lundi 9 mars 2015

Le sens véritable de la formule sur le monument de Rök


Le sens véritable de la formule <sakumukmini> sur le monument de Rök


Alain Marez

Publié dans

Études Germaniques

2008/3 (n° 251)


Éditeur
Klincksieck
Page 529-550


Le monument de Rök se compose de deux parties distinctes fort différentes. Elle s’ouvre sur deux bandes runiques surdimensionnées par rapport au calibre de toutes celles qui suivent. Le contraste est sans aucun doute voulu, car il met en valeur une dédicace émouvante, celle d’un père (Varinn) à la mémoire de son fils défunt (Væmoð). Le style en revanche n’a rien d’original et s’apparente assez étroitement à celui de certains monuments contemporains du début de l’époque des Vikings [1][1] Rök : /Aft Væmoð standa runaR þaR/ « À la mémoire de....
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Avec ses vingt-cinq bandes, la seconde partie occupe toute la surface du bloc de pierre, y compris les arêtes sommitale et latérales. Le fait mérite d’être souligné, car aucune inscription ne recouvre, à ma connaissance, la totalité de son support, même si certaines se déploient sur plusieurs faces d’un monument. Cette omniprésence du texte se double d’une singularité manifeste ; il transmet par le discours et non par la gravure le contenu de récits héroïques ou mythiques, l’un d’entre eux par une strophe en fornyrðislag (mode des anciens récits dans l’Edda) racontant la destinée d’un certain Þjóðrikr (Théodoric) non encore formellement identifié, les autres par des mentions plus ou moins brèves en prose, six récits en tout, qui correspondent à un univers héroïque sans doute familier au public de l’époque, mais qui nous est complètement inconnu. On chercherait en vain dans l’ensemble du corpus runique une telle volonté de raconter (segja) des mythes héroïques, – de les « dire » –, alors que les représentations plastiques de tels mythes ne manquent pas sur les monuments de l’époque des Vikings [2][2] Parmi les récits héroïques, on rencontre notamment.... Ce fait nouveau et unique a l’aspect d’une énumération en forme de catalogue.
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Il s’ouvre sur la formule <sakumukmini> qui apparaît six fois après cette mention liminaire, trois fois sous sa forme complète <sakumukmini> et trois fois sous sa forme réduite <þatsakum>. Sur ces sept occurrences en tout, quatre sont gravées en runes scandinaves dans leur variante de Rök (kortkvistrunar « runes à branches courtes »), deux en runes cryptiques, l’une en runes de substitution et l’autre en runes à crochets (dites hahalrunar « runes-chaudron »), lesquelles sont un simple encodage de la séquence précédente, une enfin en fuþark germanique à vingt-quatre signes. Elles sont inégalement réparties sur l’ensemble du bloc de pierre : sur la face antérieure, les deux séquences sont gravées en runes de Rök, sur la face postérieure deux sont en runes de Rök, une en fuþark germanique à vingt-quatre signes, une quatrième en runes de substitution. La dernière, celle en runes à crochets, apparaît enfin sur l’arête de gauche.
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On pressent l’importance capitale de cette formule susceptible de dévoiler l’intention de son auteur, mais aussi de donner la clef d’une interprétation générale de l’inscription, car non seulement elle introduit le message dans sa totalité, mais elle en rythme le contenu en une ample anaphore, – elle se retrouve en effet chaque fois que le graveur aborde un nouveau récit – Elle le clôt de surcroît avec une invocation ( ?) au dieu Thor et constitue pour ainsi dire un procédé d’encadrement (dan. omramning), assez fréquent dans l’organisation syntaxique de certains textes runiques.

Ligne 3, de bas en haut <sakumukmini> (runes de Rök)
Fin de la ligne 5 et début de la ligne 6 <þatsakumąna/rt> (runes de Rök)

Ligne 21 (transversale inférieure en runes renversées (fuþark germanique à 24 signes), de droite à gauche <sagwmogumeniþadhoaRigold>
Ligne 22 (verticale à l’extrême gauche, de bas en haut (fuþark germanique à 24 signes) <igaoaRigoldindgoąnaRhosli>
Ligne 23 (transversale en dessous des runes à branches, de gauche à droite, en runes cryptiques de substitution) <airfbfrbnhn> = <sakumukmini>
Ligne 12 (verticale, la 2° en partant de la gauche, de bas en haut) <þatsakumtualfta> en runes de Rök
Ligne 14 (verticale, la 4° en partant de la gauche, de bas en haut) <þatsakumþritaunta> en runes de Rök
Ligne 27 (tranche de droite, de haut en bas en runes à crochets (hahalrunar) <sakumukmini>
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La découpe traditionnelle de cette séquence graphique en « mots » n’a pas varié depuis la première tentative d’interprétation, c’est-à-dire depuis celle de S. Bugge en 1878 [3][3] Sophus Bugge : Rök I (1878) et Rök III, Der Runenstein.... Malgré son caractère peu satisfaisant, elle a été inlassablement reprise par de grands spécialistes en runologie depuis E. Wessén (1958) et L. Jacobsen (1961) jusqu’à O. Grønvik (1983) et, plus récemment encore, G. Widmark (1993) [4][4] Elias Wessén : Runstenen vid Röks kyrka, Kung. vitterhets.... Cette segmentation est elle-mêmes sujette à controverse : les uns proposent<sakum ukmini>, les autres <sakum (m)ukmini> avec haplographie du<m> qui terminerait <sakum> et constituerait l’attaque consonantique de <(m)ukmini>. Succédant à une forme <sakum> transcrite /sagum/ qui pourrait être soit une 1Pplprés. ind soit un subjonctif soit même un impératif 1Ppl ( !) [5][5] Cf . Elias Wessén, op. cit., p. 32., <ukmini> /ungmænni/ dans le premier cas serait un datif singulier « aux jeunes, à la jeunesse »,<(m)ukmini> /mogminni/ dans le second cas constituerait un accusatif singulier, voire pluriel « la mémoire populaire ». La séquence pourrait donc être interprétée de deux façons différentes : « je dis (forme solennelle de 1Pplprés. ind., lit. nous disons !à la jeunesse » ou « je dis (nous disons) la mémoire populaire ». Comme la formule précède l’énumération des récits héroïques, on est contraint dans la première hypothèse de penser que le graveur a pour intention de faire connaître aux jeunes ces récits qu’ils ignorent peut-être, dans la seconde en revanche cette « mémoire populaire » serait la matière mythique elle-même qu’il s’apprête à énumérer [6][6] Elias Wessen et Lis Jacobsen adoptent cette seconde.... Cette ambiguité dans l’interprétation est génante en soi ; on en veut pour preuve l’empressement avec lequel tous les spécialistes tentent d’en proposer de nouvelles.
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Au lieu de reprendre la découpe <sakum>, on suppose une haplographie normale de <u> entre la finale d’une séquence <saku> + <(u)m>. La règle orthographique qui consiste à ne pas graver deux fois le même graphème lorsqu’il termine un mot et constitue l’initiale de celui qui suit immédiatement est l’un des principes les plus contraignants de l’orthographe runique tant à l’époque du germanique (ancien fuþark à 24 signes) qu’à celle des Vikings (nouveau fuþark à 16 signes). Il ne connaît un assouplissement tout relatif qu’au Moyen Âge (à partir de 1050).
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Cette nouvelle segmentation permet de dégager une première unité graphique <saku> qui se laisse aisément interpréter comme une forme, certes légèrement archaïsante, mais tout à fait normale de la 1Psg. prés. ind. du verbe segja « dire » /sagu/. Le morphème /-u/ est celui attesté en protonordique dans le paradigme flexionnel des verbes forts et faibles [7][7] Martin Syrett : The unaccented vowels of proto-norse,.... On note que le verbe /segja/ conserve sa flexion d’origine, celle des verbes faibles en /-ē-/ et n’a pas adopté encore celle des verbes en /-ja-/ qu’il a en vieux-norrois (1Psg. prés. ind /seg(i)/).
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On interprète le second élément comme la préposition <(u)m> suivi d’un accusatif.
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Quant à la séquence <(m)ukmini>, elle constitue le groupe prépositionnelintroduit par la <(u)m>. On considère donc que l’haplographie du <m> supposée par une partie de la recherche antérieure est réelle.
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<mukmini> est un mot composé neutre à l’accusatif singulier ou pluriel. Les deux membres de la composition sont reliés par une relation de type déterminatif, dans laquelle le second est déterminé par le premier : <muk->, le déterminant, est sans doute la transcription graphique du terme qu’on retrouve sous la forme /mơgr/ masculin (thème en /-u-/) en vieux norrois « fils, jeune garçon », tandis que <-mini> le déterminé note vraisemblablement le terme /minni/ neutre (thème en /–ija/-) « mémoire, souvenir » et, dans plusieurs textes, « monument (funéraire) commémoratif » [8][8] Cf. l’expression en vieux norrois « setja bautasteina....
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C’est l’application stricte de la règle de l’haplographie qui permet une telle lecture : la chaîne phonique /sagu um mögminni/ ne peut absolument pas apparaître dans une transcription du type *<sakuummukmini> et on ne voit guère par ailleurs comment le graveur aurait pu la noter autrement. On s’étonne du reste que des années de recherche runologique accomplie par d’éminents spécialistes n’aient pas conduit à une telle interprétation, d’autant que la seconde haplographie, celle du <m> faisait partie des hypothèses avancées. /sagu um mơgminni/ installe une nouvelle lecture : « je dis sur (toute la surface du) le monument du (de mon fils) », dans laquelle la préposition /um/ + A. a le sens qu’elle conserve en vieux norrois « tout autour de, sur toute la surface de ». Dans la forme abrégée de la formule, c’est-à-dire sans groupe prépositionnel, /um/ apparaît en fonction d’adverbe : <þat sakum> (L 5/6, 12 et 14), et note la chaîne phonique /þat sagu um/, soit « je dis cela (sur le monument entier) », dans laquelle /þat/, démonstratif à l’accusatif neutre singulier annonce la subordonnée interrogative indirecte.
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La réécriture de <sakumukmini> en runes germaniques (fuþark à 24 signes) atteste que l’ancienne série était encore connue des graveurs au début duixe siècle. Il n’est pas sûr en revanche qu’un contemporain ait été encore capable de les déchiffrer, même s’il était versé dans la connaissance du fuþark scandinave à 16 signes et de sa variante de Rök. Il semble que deux intentions se rejoignent chez le graveur, celle de faire étalage de sa science et de sa maîtrise des runes et celle de crypter le message autrement que par les procédés d’encodage classiques comme les runes de substitution ou les runes à crochets, fondés uniquement sur des manipulations formelles du fuþark. La comparaison des deux séquences transcrivant la même chaîne phonique doit nous renseigner sur la valeur de notation phonétique que les anciens signes avaient à l’époque de la réalisation du monument, mais aussi nous permettre peut-être de confirmer ou d’infirmer l’interprétation retenue précédemment.
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Cette comparaison se fonde sur une analyse épigraphique rigoureuse jamais entreprise jusqu’à maintenant, laquelle représente le seul moyen d’investigation susceptible de conduire à une interprétation scientifiquement fondée de la séquence.

Début de la ligne 21

Séquence en runes scandinaves
(variante de Rök)
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On constate que les deux séries comportent le même nombre d’unités graphiques, soit onze. Sur ces onze graphèmes, sept sont des signes appartenant à la série germanique (fuþark à 24 signes), soit les runes 1 <s>, 3 X<g>, 4 P<w>, 5 <m>, 6 <o>, 7 X<g>, 9 <e>, – un caractère appartient à la série scandinave (fuþark à 16 signes, variante de Rök) 10 <n>, – trois enfin sont des créations : 2, 8, 11.
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L’analyse du consonantisme montre que le graveur n’a pas rencontré de difficultés à crypter le message en fuþark germanique, car les caractères ont des formes différentes dans les deux séries runiques :
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R 1 :  <s> correspond à s pour la notation de la sifflante sourde /s/.
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R 3 et 7 X <g> /g/ de la série germanique est noté  <k> /k/ en runes scandinaves, puisque la corrélation de sonorité /g/ /k/ subit une neutralisation graphique au profit de la sourde lors du passage de l’ancien au nouveau fuþark.
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R 5 :  <m> /m/, l’ancien signe pour l’occlusive bilabiale nasale disparaît au profit de 4 dans la variante de Rök du nouveau fuþark (ailleurs, c’est-à-dire dans la variante dite danoise (Gørlev), elle est remplacée par ).
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En ce qui concerne R 10 <n> (/n/ occlusive dentale nasalisée), on trouve le même signe dans les deux séquences, soit . C’est la forme de la variante de Rök (kortkvistrunor), non celle de l’ancien et du nouveau fuþark scandinave dont le trait transversal coupe la haste verticale : . On ne sait trop la raison pour laquelle le maître des runes a renoncé à cette forme qui lui donnait pourtant l’occasion de différencier, au moins légèrement, les deux séquences.
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Déterminer la valeur phonétique des anciennes runes lors de l’installation du nouveau fuþark, c’est-à-dire à l’aube de l’époque des Vikings, est, en ce qui concerne le vocalisme, une tâche autrement délicate. Une reconstruction est toutefois réalisable à partir du principe acrophonique. Ce moyen mnémotechnique permet au lapicide de retenir la valeur phonétique du signe graphique grâce au son initial du nom de la rune, qui subit les mêmes évolutions que les autres mots de la langue. Or celles-ci sont considérables (métaphonies, fractures, syncope) au cours de la période qui précède et inaugure l’époque des Vikings au point de paralyser la tradition épigraphique en Scandinavie au viiiesiècle [9][9] Cf. Alain Marez : Les Causes de la réduction du fuþark.... Grâce à la phonétique et à la phonologie diachroniques, on parvient toutefois à reconstituer pour une grande part les grands traits de ces modifications du vocalisme en syllabe accentuée, c’est-à-dire celles qui se produisent à l’initiale du nom des runes. Une fois ce travail accompli, on vérifie que la valeur phonétique présumée de la rune est identique à celle décelable dans les autres occurrences de la séquence graphique en runes germaniques (lignes 21 et 22) :

L’ensemble de la séquence en fuþark germanique à 24 signes (lignes 21 et 22).
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En cas de concordance, il convient d’examiner en dernier lieu si ce résultat est en accord avec la séquence graphique en nouveau fuþark scandinave à 16 signes.
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R. 4 P est la variante arrondie de la huitième unité de la série germanique  <w>. La forme germanique reconstruite du nom de la rune pourrait être */wunjō/ (vang : wenwynn, got : uuinne) « joie, plaisir » et sa valeur de notation /w/, glide bilabial, lequel s’est maintenu devant voyelle homorgane à l’initiale accentuée jusqu’au milieu du viie siècle (inscriptions du Blekinge). Après sa disparition en cette position, le nom de la rune commence par /u-/ ; le son est déjà noté par R2  <u> [10][10]  (et ses variantes) <u> occupe la seconde place et... et le signe disparaît parce que jugé redondant. Le graveur de Rök ignore à l’évidence la valeur de transcription /w/ puisqu’il note le glide à l’aide de  <o> le vingt-quatrième et dernier signe de la série germanique, et ceci à trois reprises : (ligne 21, runes 16-19) <hoaR> /hwaR/ int. masc. sg. « qui ? », (ligne 22, runes 4-7) <oaRi> /waRi/ 3Psgprét. subj aux. du passif « aurait été » et (ligne 22, runes 15-20) <goąnaR> /kwānaR/ Gsgfém. « d’une femme ». Il apparaît que le choix du signe est déterminé par la volonté de transcrire un phonème dont le trait principal est le caractère arrondi.  <u> est disponible mais dessert le dessein d’occulter le message. Le graphème  offrait toutefois la possibilité de noter un /u/ nasalisé [11][11] Peu importe qu’il s’agisse d’une occlusive nasale dentale... (cf. */unn-/), – une façon commode de signaler la présence dans la chaîne phonique de la nasale /m/ appartenant à la préposition /um/ mutilée graphiquement par l’haplographie.
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R6  a pour nom probable la forme reconstruite /ōþala-/ ~/ōþila-/ « bien héréditaire ». La forme anglo-saxonne du nom /ēðel/ ~/ēðil/ et celles du vang. /ōðel/ ~/ēðel/ refléteraient à l’initiale une alternance /ō/ ~ /ø/ (/e/ par désarrondissement) due à l’évolution légèrement divergente des deux formes : seule */ōþila/ subit l’évolution /ō/ > /ǿ/ causée par la métaphonie par /-i-/. Toutes les formes ultérieures des langues scandinaves comportent d’ailleurs l’état non infléchi du vocalisme radical, soit isl. óðal, norv. odel, suéd. odal[12][12] La forme attestée du vieux haut allemand /uodal/ reflète.... On vient de voir par ailleurs que le graveur utilisait le signe pour transcrire le glide bilabial /w/ devant voyelle antérieure. Il est donc vraisemblable qu’il a choisi la rune <o> pour noter un phonème dont le trait distinctif était son caractère arrondi. En pleine période d’évolution du système vocalique en syllabe accentuée telle que la connaît le début de l’époque des Vikings, le choix de l’unité phonique se limite à deux phonèmes /o/ et /u/, voire à un allophone /ơ/ (/o/ ouvert) issu de la métaphonie par /-u-/ de /a/).
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R9  Le caractère pose un problème particulier de nature épigraphique. Il n’existe pas dans l’ancienne série germanique ou, pour être plus précis, représente formellement un mixte entre la rune 19  <e> et la rune 20  <m>. Faut-il y voir une une confusion due au voisinage immédiat des deux signes dans le répertoire mnémotechnique du graveur, une frappe maladroite dans le maniement du burin, ou, une fois encore, la volonté de crypter le message en créant un caractère inconnu ? On ne saurait le dire [13][13] On ne peut exclure non plus une rainure « naturelle ».... En tout cas, la place de la rune entre deux signes de valeur consonantique et les contraintes de l’ensemble de la chaîne phonique nous incitent à poser la rune <e> et non la rune <m> dont le tracé apparaît d’ailleurs en R5. Quelle valeur pouvait avoir la rune  <e> pour le graveur ? En germanique, on s’accorde sur une forme de type */ehwaz/ ~ */ewaz/ « cheval ». Tout comme /o/, le son /e/ en syllabe accentuée évolue sous l’influence du vocalisme en syllabe atone (métaphonies et fractures). Si on compare les formes du protonordique <ehwu>/ <ehe> à celle du visl. /jór/, on constate l’effet de la fracture par /u/. A une époque intermédiaire, celle de la transition entre les deux séries du fuþark, le nom de la rune a vraisemblablement comporté un glide palatal /j/ à l’initiale. Comme la notation du glide était déjà assurée par, le signe fut considéré comme redondant et éliminé. Il n’y a rien d’étonnant à ce que notre graveur l’utilisât comme transcription d’un /i/ vocalique (notation par position devant consonne).
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Restent trois signes irréductibles à l’une ou à l’autre série du fuþark, la germanique ou la scandinave, ce sont R2, R8 et R11. Ils constituent de véritables créations du lapicide.
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R2 a l’aspect d’une hache dont la haste verticale serait le manche et le triangle grossièrement dessiné le tranchant. Le signe est unique dans le corpus runique et ne se laisse dériver d’aucune autre forme de l’ancien comme du nouveaufuþark[14][14] L’idée d’Aslak Liestøl (in The emergence of the viking.... Les six occurrences aux lignes 21 et 22 indiquent que le signe note un son /a/ : <sagw> /sagu/ 1Psgprésind « je dis », <þad> /þat/ Asgdémneut « cela », <-iga> dans <igold-iga>/-inga/ Gplmasc du morphème dérivationnel /-ing/, et, après le glide bilabial /w/, <hoaR> /hwar/ « Qui ? », <oaRi> /waRi/ « aurait été », <goąnaR> /kwąnaR/ Gsg « d’une femme ». Le dernier exemple indique que le graveur, comme le font du reste tous ceux de l’époque des Vikings, distingue le /ą/ (/a/ nasal/) æ[15][15] La différence est infime entre le <ą> du graveur de... du /a/ (/a/ oral) le signe en forme de hache. Dans le reste du texte non crypté, le /a/ oral a la forme qu’on lui connaît dans la variante de Rök, c’est-à-dire  <a> (forme normale en nouveau fuþark  <a>). Le problème du lapicide est donc de transcrire le /a/ oral : l’ancienne série germanique est exclue, car elle ne possède pas de signe spécifique et la nouvelle série scandinave ne garantit pas un brouillage suffisant du message ( se différencie à peine de ). Il choisit donc la voie audacieuse de créer son propre signe en prenant soin de respecter la référence acrophonique du nom des runes : le son transcrit sera le phonème initial du nom de sa rune, c’est-à-dire /a/ oral, et le signe aura la forme de l’objet ou de la notion qu’il désigne : őx f. « hache » dont le vocalisme initial et radical est /a-/ : germ */aqwisi/ ~ */akusi/. Ce degré /a/ de la racine est soumis à la métaphonie par /w/ au Nsg., mais se retrouve encore bien apparent en vieux norrois au Gsg /axar/ et ou Npl /axir/. Le recours à l’idéogramme constitue un hapax dans le corpus des inscriptions, mais n’a rien d’invraisemblable : il sert le dessein de son auteur sans enfreindre pour autant le principe souverain de l’acrophonie.
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R8 révèle un autre artifice du graveur qui a su déjouer jusqu’à maintenant la perspicacité des runologues les plus avertis. Tout comme le précédent, le signe gravé n’existe ni dans l’ancienne série germanique ni dans le fuþark scandinave et pourtant, tous les spécialistes s’accordent pour le transcrire par la seule valeur de translittération <m> notant /m/ occlusive bilabiale nasalisée. Rien n’autorise une telle démarche qui relève d’une négligence incontestable dans l’analyse épigraphique.  <m> est bien le signe transcrivant /m/ dans la variante de Rök (ailleurs  (Gørlev) et  en général), mais la translittération en cause ignore le jambage de gauche du signe très légèrement recourbé au sommet lorsqu’il rejoint le trait horizontal supérieur de <m>. Le signe lui-même est un hapax formel, certes, mais il constitue une ligature de deux runes connues, l’une commune aux deux fuþark  voire  (forme inversée) <u> /u/, l’autre spéciale à Rök  <m> /m/. Dans le complexe <u+m>, la haste verticale de <m> est commune aux deux signes. Cette ligature présente un double avantage : elle permet aux deux séquences, celle en ancien et celle en nouveau fuþark, d’aligner le même nombre d’unités et sert dans le même temps le dessein avoué de dissimuler la nature du message, en associant deux runes parfaitement identifiables lorsqu’elle sont isolées, mais illisibles pour les contemporains lorsqu’elles sont unies par une ligature.
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R11 est le dernier signe à témoigner de la créativité graphique du lapicide. Il est composé d’une haste verticale dont les deux extrémités sont reliées par une sinusoïde en forme de <s> légèrement incliné sur la gauche. Il apparaît à plusieurs reprises avec pour fonction de noter un /i/. Bande 21 <-meni> /-minni/, <igoldiga> /Inguldinga/ ; bande 22 <oaRi> /waRi/, <goldin> /guldinn/, <hosli> /husli/. Comme | /i/ conserve en fuþark scandinave la forme qu’il avait en germanique, il fallait créer un signe susceptible d’égarer le lecteur. C’est ainsi que le graveur associe | à un élément qui pourrait être l’ancien tracé de la rune 12 du germanique  <j> avec la valeur de notation /j/ (glide palatal ou /i/ consonantique). Ce second signe aurait du reste suffi à assurer le cryptage.
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L’analyse épigraphique permet donc d’établir la translittération suivante de la séquence :
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<sagwmogumeni> qui transcrit la chaîne phonique /sagu(u)m(m)oguminni/ soit « je dis sur le (toute la surface du) monument du garçon (du fils) ». Cette translittération met en évidence le faits suivants :
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La séquence compte onze unités graphiques (graphèmes) mais douze runes en raison de la ligature <u+m>.
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Elle est hétéroclite sur le plan graphique puisqu’elle puise à la fois dans les formes anciennes des runes germaniques, dans celles des nouvelles runes scandinaves et même dans l’imagination graphique du docte graveur. Cet « éclectisme graphique » n’est pas dû à la fantaisie de son auteur, mais à une contrainte imposée par le caractère ambitieux de son projet : réécrire en fuþark germanique à 24 signes tous les sons (ou phonèmes) de la chaîne phonique. Certaines runes en effet ont conservé la même forme dans les deux séries, la germanique et la scandinave. C’est le cas pour  <u>, i et <n>. On a vu comment il contournait la difficulté : pour | <i> à l’aide  <e> et de | + [16][16] /i/ fait l’objet de trois transcriptions différentes :..., pour  <u> grâce à la ligature  +  <u+m>, mais il a renoncé pour  <n> qu’il transcrit « en clair » dans lefuþark qui est le sien (kortkvistrunor).
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Le problème de la transcription de /a/ (/a/ oral) est d’une tout autre nature. L’ancienne série germanique n’avait pas de signe spécifique susceptible de le transcrire. Le nom acrophonique de la rune R4 */ansuR« (dieu) ase » la destinait à noter /ą/ (/a/ nasal). Quelques tentatives de notation du /a/ oral voient le jour dans le groupe des inscriptions du Blekinge (650-750/800). Le signe S, très isolé et minoritaire [17][17] Il n’apparaît que sur Istaby., voisine avec , beaucoup plus répandu [18][18]  en syllabe accentuée sur Stentoften (x3) et Istaby..., qui va se maintenir sur des monuments danois contemporains de Rök et y concurrencer  (variante de Rök ) [19][19]  seule dans Avnslev et Høje Tåstrup – et sur Sønderby,... avant de prendre la valeur /h/ qu’elle a dans l’inscription de Gørlev. Aucun de ces deux signes n’est utilisable par le graveur de l’Östergötland : il réserve le premier  pour noter <s> /s/, sifflante sourde) ; quant au second, il semble d’un emploi limité au Blekinge et au Danemark et a déjà la valeur de notation <h> /h/ dans la série de Gørlev (vers 750/800-900) qui constitue la première manifestation du nouveau fuþark (runes danoises). La seule solution est donc d’inventer un nouveau signe, le pictogramme de la hache.
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La valeur de notation des anciennes runes germaniques lors de la création du nouveau fuþark transparaît donc dans la séquence graphique et il est possible de déterminer, au moins de façon minimale, les caractéristiques principales de chaque unité en cause dans l’outil mnémotechnique du lapicide. Lorsqu’il grave , il note /s/ sifflante sourde, /g/ occlusive vélaire sonore et /m/ occlusive labiale nasalisée, c’est-à-dire la valeur ancienne des signes consonantiques. Même si le vocalisme en pleine évolution au cours du viiie siècle (métaphonies fractures et syncope) est à peine stabilisé au début du ixe siècle et donc délicat à cerner, il n’apparaît pas déraisonnable de tenter une telle entreprise :
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 en germanique glide bilabial a perdu cette valeur à cause de la chute assez précoce du phonème initial : germ*/wunnjō/ > */unn-/, et la valeur phonétique du signe est désormais en vertu du principe acrophonique un phonème /u/ dont les traits distinctifs sont : arrière +, arrondi +, nasal + qui s’oppose à /u/ oral, arrière +, arrondi +, mais non nasal -(noté  <u>).
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 n’a plus non plus sa valeur originale, mais a conservé le trait arrondi + pour noter, comme on l’a signalé, le glide bilabial devant /a/, mais aussi, selon toute vraisemblance, /ơ/ (plus ouvert que /o/ et moins que /a/, produit de la métaphonie par /u/ de /-a-/).
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 <e>, affecté par la fracture par /w,u/ (*/ehwaz/ */ehu-/ > /jór/), a désormais comme valeur initiale du nom de la rune le glide palatal /j/ choisi pour noter /i/ sous l’accent dans /-minni/.
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À l’évidence, « l’orthographe » du lapicide tient compte des évolutions phonétiques qui ont affecté le nom des runes et donc leur valeur de transcription.
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On peut donc résumer les correspondances sons (phonèmes) ~ runes (graphèmes) dans le tableau suivant :

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Le point remarquable de la séquence en runes germaniques demeure la ligature en R8, qui, comme nous l’avons déjà vu, associe deux runes dont l’une  <u> est formellement identique dans les deux séries, tandis que l’autre  <m> appartient exclusivement à la variante de Rök. Le graveur, toujours soucieux de rendre son message indéchiffrable, ne pouvait utiliser  <u> de façon isolée et s’est vu contraint d’utiliser l’artifice de la ligature. Le même nombre d’unités graphiques dans les deux séquences dissimule en réalité une rune supplémentaire dans la séquence en runes germaniques, c’est-à-dire 12 runes dans la séquence cryptée, mais 11 seulement dans celle en runes « modernes » (variante de Rök), soit :

<mogu-> ~ <muk-> qui transcrivent /mơgu-/ ~ /mơg-/.
41
Le /-u/ de la syllabe atone dans la série germanique constitue la syllabe de liaison entre les deux membres du nom composé <mogumeni> /mơgu-minni/, laquelle n’est autre que le morphème thématique de la flexion des thèmes en /-u-/. Il apparaît du reste dans des inscriptions du protonordique dans de nombreux noms composés [20][20] <widugastiR> Sunde, <widuhundaR>, Himlingøje 2, <ansugisalaR>... et semble se maintenir assez longtemps [21][21] Cf. Hans Krahe et Wolfgang Meid, Germanische Sprachwissenschaft.... Il faut donc voir dans le premier membre du mot composé <mogu-> ~ <muk-> le nom /mơgr/ qui suit la flexion des thèmes en /-u-/ (vxnorrois /mögr/) « jeune garçon » et le prendre dans le sens qu’il a dans la langue poétique, c’est-à-dire « fils ». On trouve ici la confirmation de notre hypothèse liminaire. L’artifice de la ligature qui, dans l’esprit du lapicide, devait crypter le message, fournit paradoxalement au runologue la clef de l’interprétation de la séquence :

<sakumukmini> ~ <sagwmogumeni>
transcrit bien
/sagu(u)m(m)ơgminni/ ~ /sagu(u)m(m)ơguminni/
soit
« je dis sur (toute la surface du) le monument du (de mon) fils »
42
Une telle interprétation ne fait que mettre en évidence grâce à une stricte analyse épigraphique les règles contraignantes de l’orthographe runique (haplographie et ligature) telle qu’on peut les constater depuis les premiers textes jusqu’à la fin de l’époque des Vikings.
43
Elle n’est d’ailleurs pas sans trouver quelque confirmation dans des unités lexicales du texte lui-même.
44
Tout d’abord dans l’emploi que fait le maître des runes de la préposition /um/ jusqu’à maintenant ignorée par la recherche parce qu’occultée par la double haplographie qui l’encadre. /um/ + A. caractérise la durée dans le temps et l’enveloppement circulaire dans l’espace. Dans les deux cas, l’accent est mis sur le caractère complet et fini de la notion exprimée : dans le temps « pendant toute la durée de.. », dans l’espace « tout autour de… ». Dans notre texte, « tout autour de.. » signifie à l’évidence « sur toute la surface de.. ». A la déclaration du graveur correspond une réalité manifeste : comme nous le signalions plus haut, le monument ne présente pas un seul espace, si réduit soit-il, qui ne serve de support à des runes. L’auteur annonce ce qu’il va faire et fait ce qu’il a annoncé !
45
Le terme /mơgr/ ensuite, M. (thème en /-u-/) : synonyme de /sveinn/ m., il désigne généralement un « jeune garçon », mais prend dans la langue poétique un sens plus précis, celui de « fils » (synonyme de /sonr/ m.) [22][22] Cf. sur l’emploi différencié des termes sveinn ~ mơgr.... Chaque fois qu’il apparaît dans le corpus runique, il est en relation immédiate avec les plus proches parents, c’est-à-dire avec le père ou la mère. Dans <makur> /magur/ Nsg. Västergötland 119 (face 3) en Suède, <maki> /mægi/ Dsg., Rimsø (DR114), Jutland septentrional (Danemark), <magu-> /magu-/ dans un mot composé sur Kjølevik en Rogaland (Norvège, milieu du ve siècle).
46
/minni/ n. (thème en /-ja-), n’a jamais dans le corpus runique le sens qu’il a dans les langues scandinaves modernes, celui de « mémoire, souvenir », mais celui de « monument commémoratif (funéraire) » et constitue un synonyme de /kumbl/ ou /sten/. C’est une erreur manifeste que de lui attribuer le sens du terme /minne/ qu’il a en suédois moderne, alors qu’il correspond en réalité à /minnesmærke/. Tous les exemples tirés du corpus runique sont formels sur ce point : <minum> /minnum/ Dpl. dans Runby (U.114, face 2) en Uppland (Suède) ainsi que sur les monuments danois tous situés dans le Jutland septentrional (périodes Jelling et post-Jelling (750/800-1050) : <minni> /minni/ D. sg. dans S. Vinge 2 (DR83), <mini> /minni/ N. pl dans Ålum 1 (DR94) et <m(i)ni> /minni/ A. pl. dans Virring (DR 110). Le composé qui nous occupe /mơgu-minni/ « le monument (funéraire) du (de mon) fils » n’est pas un hapax et se retrouve par un heureux hasard dans une inscription norvégienne datée selon toute vraisemblance du milieu du ve siècle, celle de Kjølevik en Rogaland (Strand sogn, Stavanger amt) : <maguminino>/maguminni+ ino/ (N. ou A. pl, forme définie) [23][23] Cf. Alain Marez, Kjølevik-Inschrift, eine neue kritische.... Le terme /minni/ dans cette acception particulièrement évidente et exclusive est donc lexicalisé dès cette époque. Il n’est pas indifférent que le même terme réapparaisse dans des circonstances identiques à l’aube de l’époque des Vikings : un père rend hommage à son fils défunt en lui érigeant en personne un monument commémoratif.
47
En annonçant dès le début qu’il va occuper toute la surface du bloc de pierre, l’auteur prévient en quelque sorte qu’il va créer un monument unique en son genre, fort éloigné de la tradition épigraphique funéraire telle qu’elle était pratiquée avant lui. La dédicace liminaire suffisait par ailleurs à faire de l’inscription de Rök une stèle analogue à celles qui vont faire florés tout au long de l’ère viking, tandis que la seconde partie introduite par la séquence qui nous occupe est en rupture totale avec la culture épigraphique passée et future. En reprenant cette formule devant la mention de chaque épisode épico-mythique, il informe sa matière en la cloisonnant dans le style d’un catalogue et lui donne une ampleur littéraire certaine grâce à l’anaphore.
48
La coexistence des deux séquences <sakumukmini> ~ <sagwmogumeni> ne nous fournit pas seulement la clef de la véritable interprétation et ne se borne pas à en délivrer le sens, mais éclaire de manière significative certaines questions de phonétique et phonologie diachroniques, telles les phénomènes de fractures et de métaphonies. La séquence en runes germaniques ne constitue pas une simple réécriture qui consisterait à remplacer chaque rune « moderne » par son équivalent ancien. Elle renseigne manifestement sur l’évolution de la chaîne phonique et sur certains de ses aspects au moment précis où le monument a été gravé.
49
Il n’est pas douteux que la fracture de /e/ par /w/ ~ /u/ en syllabe accentuée est accomplie dans le nom acrophonique de la rune puisque le signe  <e> transcrit un son (phonème) aux traits distinctifs suivants : étiré +, antérieur +, fermé +. En distribution complémentaire : /j/ devant voyelle (i consonantique ou glissée), /i/ vocalique devant consonne.
50
La coexistence des deux formes <muk-> ~ <mogu-> /mơg-/ ~ /mơgu-/ indique que le graveur avait connaissance d’une forme plus ancienne de la même chaîne phonique, laquelle comportait encore le morphème thématique en fonction de voyelle de liaison entre les deux membres du mot composé. On ne saurait dire si cette forme, transcrite en runes germaniques, était encore en usage au moment où il grave le monument ou si elle fait partie de l’érudition du « maître des runes ». Quoi qu’il en soit, la syncope de /-u-/ a dû intervenir, sinon du vivant du graveur, du moins à une date assez voisine pour qu’il en puisse garder le souvenir. Deux faits retiennent donc l’attention : La notation du vocalisme radical sous l’accent atteste dans <mogu-> /mơgu/ et <muk-> /mơg/ que la métaphonie par /u/ est accomplie, tandis que dans l’inscription 119 du Västergötland, le vocalisme originel persiste : <makur> (présent dans <magu-> sur Kjølevik) où <a> note encore /a/, alors que Rök lui substitue <o> /ơ/ dans la série germanique et <u> /ơ/ dans la série scandinave (variante de Rök) [24][24] La notation est tout à fait normale puisque () <u>....
51
Dans /mơgu-/ la nouvelle voyelle radicale n’est qu’un allophone (variante combinatoire) de /-a-/ puisque le facteur métaphonique subsiste. Dans /mơg-/ en revanche la variante a été phonologisée à la suite de la syncope. Une telle phonologisation ponctuelle dans une chaîne phonique singulière n’autorise aucune généralisation, mais le fait de pouvoir la constater pour la première fois dans un corpus d’ordinaire très parcimonieux en ce genre d’indication permet de supposer que le phénomène n’est sans doute pas isolé. /ơ/ noté <o> et <u> dans Rök représente donc le stade intermédiaire complet (allophone et phonème) de l’évolution du /a/ originel soumis à la métaphonie par /u/ ~ /w/ entre le protonordique (Kjølevik <magu-> et le nordique ancien (vxnor. mơgr) m.). La présence simultanée de la variante allophonique et du phonème dans le même contexte phonique indique que la métaphonie par /u/ et la phonologisation qui lui succède avec la syncope sont en cours, ce qui ne signifie pas pour autant que toutes les chaînes phoniques concernées sont affectées au même degré et au même moment. Il n’est pas exclu en effet que le nom acrophonique choisi pour la rune *<a> /a/ oral présente encore une forme de nominatif singulier avec /a/ comme voyelle initiale accentuée */aksu/ à côté d’un doublet allophonique de type */ơksu/.

Les rangées 19 et 20

52
La plupart des spécialistes soucieux d’établir une interprétation de la séquence <sakumukmini> ~ <sagwmogumeni> sollicitent la seconde partie de la rangée 19 et la rangée 20 [25][25] Elles constituent les deux dernières rangées verticales..., car cette dernière, à son début, reprend selon eux le terme <mini>.

53
On voit que toute la partie droite (ici la partie inférieure) de la rangée 20 est fort endommagée au point que toute les hastes des runes ont disparu.
54
La fin de la bande 19 qui s’élargit et occupe à peu près la largeur des deux bandes 19 et 20 ne présente aucune difficulté de lecture : après le point qui délimite la fin de la phrase précédente et le début d’une nouvelle proposition, on déchiffre nettement et sans ambiguité <> <ftiRfra/(æ)tiR fra/. La ligne 20 commence par la rune  <n>, dont la haste verticale est commune avec la ligne d’encadrement de la rangée horizontale inférieure comme à la ligne 18 (<niR>). Les 3 runes qui suivent sont aisément identifiables <> <-ukm->. Les cinq suivantes sont indéterminées, car réduites à des points ou à des traits verticaux minuscules non significatifs. Le signe 10, deux points alignés verticalement dans la partie inférieure de la bande peut figurer à la rigueur une rune <R> endommagée. Les trois runes suivantes représentent sans doute, bien que mutilées, la séquence  <alu..> (11-13). Les deux traits suivants ne peuvent être identifiés, tandis que le signe qui succède pourrait représenter la rune  <k>, dont le trait oblique est légèrement arrondi (16). Après un signe qui pourrait figurer un | <i>(17 ?), un groupe de 4 signes identifiables :  <ainh>(21-24), puis, semble-t-il, un  <u> suivi d’un  <a> (25-26).
55
Le signe suivant (27) n’est guère identifiable. Les runes 28 et 29 figurent |þ <>. La séquence se termine par le signe’ <s>. Après une lacune qu’on pourrait estimer à sept signes ( ?), on trouve la rune þ <þ> suivie d’une nouvelle lacune moins importante que la première (4 signes environ).

Le texte lisible s’établit donc comme suit :
bande 19 : <- f t i R f r a>
bande 20 : <n u k m X X X X X X a l u X k X a i n h u a X X i þ s ( ?)……þ….>
56
Trois reconstructions entre autres ont tenté de donner une interprétation de la séquence :
57
Celle d’E. Wessén (1958), qui place la partie élargie de la bande 19 à la suite de la vingtième : <nukm---m—alu—kiainhuaR-þ…þ…ftiR fra> /Nu’k minni meðr allu sagi. AinhvaRR …svað…æftiR fra/ « Maintenant je dis les mémoires (populaires) en entier( !). Quelqu’un…..ce qu’il a demandé ».
58
L. Jacobsen (1961) garde l’ordre de succession des runes, mais va plus avant dans la reconstruction : L. 19 <ftiR fra>, L.20 <nukminimiRaluXXkiainhuaRiþXXXXXþXXXX> /(æ)ftiR fra nu’k minni meðR allu…./ « Maintenant j’ai interrogé complétement la mémoire populaire….. »
59
O. Grønvik enfin (1983), tout en reprenant l’ordre syntaxique de Wessén, donne la leçon suivante : <nu k mini miR alu saki ain huaR iþXXXXXXXþXXXXftiR fra>. Il complète la seconde partie de la ligne 19 ainsi <huaR iþ(kialt ni) þ(ikia) (a)ftiR fra> /nú’k minni með ơllu segi ein ; hverr iðgjjơld ne þiggi-a, eftiR frá/ « Maintenant je dis en entier quelques mémoires (populaires) ( ?) ; celui qui ne reçoit pas de compensation, je l’ai appris par la suite ( ? ?) »[26][26] Cette dernière phrase pour le moins étrange dans le....
60
Sans entrer dans une critique détaillée de ces interprétations parfois fort hasardeuses et en se bornant strictement aux séquences lisibles et aux leçons indiscutables, force est de constater qu’une interprétation cohérente de l’ensemble est impossible.
61
Les quatre premières runes (1-4) <nukm..> ne constituent pas une reprise de la séquence qui nous occupe, car le premier caractère ne peut être que la rune n<n>. Les auteurs cités cèdent visiblement à la tentation de compléter <uk…> par <…mini>, bien qu’aucun élément de nature épigraphique ne les y autorise : les traits minuscules ou points indiquant l’extrémité supérieure des signes sur la ligne d’encadrement ne sont pas pertinents et peuvent appartenir à n’importe quelle rune. Dans ces conditions, la segmentation en mot de <nukm..> est aléatoire, pour ne pas dire impossible : <nuk + m…> /nơg/ adj « assez, sufisant »,<nu + (u)k> avec haplographie de <u> // adv. « maintenant » + /auk/ conj. coord. « et », voire <nú + (e)k> avec élision de la voyelle du pron. pers. « maintenant je.. », -toutes hypothèses indémontrables en l’absence de contexte de phrase.
62
<alu> (11-13) peut représenter un D. sg. neut. de allr « tout », soit une forme de type /ơllu/. Il dépendrait, selon les auteurs précédents, de la préposition /með/ (með ơllu = « complètement, entièrement »), mais il n’est guère possible d’identifier les runes correspondantes dans les trois traces qui précèdent et la leçon proposée <miR> n’est pas recevable vu l’état de la rangée à cet endroit.
63
<ki ?ainhu ?aR ?> (16-24) demeure problématique pour 17 et, à un moindre degré, pour 24 <R>. On ne saurait dire s’il faut voir dans <ainhuaR> la transcription de /einnhverr/ pron. « chacun, un..quelconque » ou celle de /einn/ num. et pron. « un » + /hverr ?/ pron. int. « qui ? » et, dans ce dernier cas, à quel élément rattacher /einn/ ?
64
Ainsi, dans aucun des segments comportant des fragments de runes nettement interprétables, il n’est possible de dégager une séquence ayant un sens. On comprend la tentation de lire *<mini> /minni/ (4-7) qui, associé à <miRalu>/me(ð)R ơllu/ « complètement, entiérement », rendrait compte de l’accomplissement de la tâche que s’était assignée le graveur en employant la préposition /um/. Ce dernier signalerait qu’après le point de la bande 19, il « a recouvert entièrement la surface du monument ». Mais on vient de démontrer le caractère aléatoire d’une telle lecture, et rien n’est moins sûr que cette interprétation.
65
L’analyse qui précéde montre et démontre qu’il est indispensable de revenir à la source fondamentale de toute interprétation qui consiste en une analyse épigraphique rigoureuse pour tous les textes qui, à des degrés divers, proposent des interprétations peu satisfaisantes, ambiguës et précaires. Elles sont imputables pour la plupart à une découpe erronée de la séquence graphique. La trop longue controverse sur le sens exact de <sakumukmini> puise en effet son origine dans la reprise inconditionnelle et incompréhensible du premier découpage funeste <sakum> /sagum/ qui entraîne nécessairement des hypothèses plus ou moins hasardeuses et en tout cas erronées et stériles. Le déchiffrement doit d’abord tenir compte des règles orthographiques propres au runique, qui, fort heureusement, sont stables jusqu’à la fin de l’époque des Vikings. Les haplographies ne souffrent aucune exception (il y en a plusieurs dans notre inscription), les ligatures sont facultatives, mais répondent souvent à des intentions du lapicide comme ici le codage d’un point de la séquence graphique ou à des contraintes matérielles telles que l’exiguïté du support ; – les deux procédés assurant une économie de l’espace particulièrement précieuse pour notre graveur préoccupé par le volume et l’ampleur du message qu’il entend délivrer. Dès le début de la partie narrative, il est sans doute conscient qu’il se verra contraint d’occuper toute la surface du bloc de pierre, d’autant que la dédicace qui précède, gravée en caractères beaucoup plus grands, occupe déjà peut-être plus d’espace qu’il n’escomptait. La formule elle-même n’est ni une adresse à des lecteurs éventuels (la jeunesse !) ni une désignation du contenu du texte qui suit (la mémoire populaire !), mais l’expression de l’intention de son auteur assortie d’un avertissement concernant l’originalité audacieuse de son projet : le monument consacré à son fils défunt est unique dans sa conception et dans sa réalisation.
66
Il l’est aussi en proposant, comme la pierre de Rosette, la double notation d’un texte identique. Le fait ne connaît pas de précédent et ne se reproduira pas au cours de l’époque des Vikings. En ce tout début du ixe siècle, l’utilisation des runes germaniques représente une véritable performance quand on sait que le quasi-hiatus épigraphique du viiie siècle est dû au désarroi des graveurs qui ne peuvent plus désormais utiliser l’ancien système de notation en raison de l’évolution rapide du vocalisme. L’initiale vocalique du nom des runes s’est modifiée rendant caduc le principe de référence acrophonique. Cette période, comme on l’a souligné, appartient déjà au passé pour le graveur de Rök en ce qui concerne les apertures moyennes /e/ et /o/ ainsi que le glide bilabial /w/. Il utilise au mieux la nouvelle valeur des runes anciennes, et là où toute notation est impossible à cause d’une lacune du système graphique, il crée son propre signe, le pictogramme de la hache, tout en prenant soin en « maître des runes » accompli de le munir d’une référence acrophonique évidente et univoque. Sur le plan purement graphique donc, le fuþark germanique demeure un souvenir vivace, même si les runes scandinaves sous la forme de la variante de Rök constituent déjà l’outil de notation utilisé. Sur le plan phonétique, certaines évolutions, comme le montrent précisément les valeurs des anciens signes, sont déjà accomplies : le fait est patent pour les ouvertures moyennes antérieures et postérieures /e/, /o/ ainsi que pour le glide bilabial /w/. La métaphonie par /-u/ en revanche semble en cours de réalisation, car elle ne touche vraisemblablement que certaines chaînes à ce moment précis : elle est accomplie dans /mơgu-/, mais peut-être pas dans le nom de la rune / a/ oral */aksu/ non plus donc dans /sagu/ ( ?). Sur le plan phonologique enfin, le monument fournit, à ma connaissance, le seul exemple de phonologisation d’un allophone dans le doublet /mơgu-/ ~ / mơg-/ : l’allophone a sa place dans la séquence en runes germaniques, ce qui apparaît normal puisqu’il note un état de langue plus ancien, tandis que la syncope du facteur métaphonique provoque la phonologisation de /ơ/ dans la séquence en runes nouvelles. La syncope de la voyelle de liaison /u/ dans le composé /mơg(u)minni/ illustre aussi des modifications dans la morphologie tout comme d’ailleurs le fait que le flexion du verbe / segja/ n’ait pas encore rejoint la flexion des verbes en /-ja/ : /sagu/ et non /segir~segr/. Les transformations subies par le nordique trouvent donc un écho dans la notation des formes nominales et verbales : certes, le (les ?) phénomène(s) métaphonique(s) se développe(nt) encore, mais l’intervention de la syncope indique peut-être l’apparition sporadique et ponctuelle d’un début de stabilisation des évolutions.
67
À l’évidence, notre « maître des runes » appartient à une période critique dans l’évolution du scandinave runique. La crise proprement « épigraphique », celle du système d’écriture, est révolue, alors que celle du système phonologique n’est pas encore achevée. Il a sans doute connu de son vivant la coexistence incertaine de plusieurs formes de la même unité lexicale, du même « mot », et se trouve donc placé au cœur même de cette instabilité intermédiaire entre le nordique et le scandinave de l’époque des Vikings. C’est donc au monument de Rök qu’il convient de s’adresser pour établir une définition précise et la plus exhaustive possible de ce qu’il faut appeler une inscription de transition.


Signes, abréviations et éléments de bibliographie

  • Les séquences en gras entourées de <> indiquent les valeurs de translittération, celles en italiques entre // restituent la chaîne phonique (ou phonologique) présumée.
  • /ơ/ note le résultat de la métaphonie de /-a-/ par /-u/, soit un son arrondi intermédiaire entre /a/ et /u/ pour le trait d’aperture.
  • D.R. renvoie à Jacobsen L. et Moltke E, Danmarks Runeindskrifter, Copenhague (1942) Munksgaard.
  • Ouvrages cités

    • Sophus BUGGE : Rök I (1878) et Rök III : Der Runenstein von Rök, publication posthume en 1910.
    • Ottar GRøNVIK : « Runeinnskriften på Rök-steinen », in : Maal og Minne 3-4 (1983).
    • Helmer GUSTAVSON : « Rökstenen », in : Svenska kulturminnen 23, Stockholm, 1991.
    • Ragnvald IVERSEN : Norrøn grammatikk, Oslo : Aschehoug/ Nygaard, 1961.
    • Lis JACOBSEN, Erik MOLTKE : Danmarks runeindskrifter, Copenhague : Munksgaard (DR), 1942.
    • Lis JACOBSEN : « Rökstudier », in : Arkiv för nordisk Filologi LXXVI (1961), p. 1-50.
    • Hans KRAHE, Wolgang MEID : Germanische Sprachwissenschaft I-III, Berlin : Walter de Gruyter, 1969.
    • Aslak LIESTøL : « The Emergence of the Viking Runes », in : Michigan Germanic Studies 7.1 (1981).
    • Alain MAREZ : « “sakumukmini” ? Une relecture de l’inscription de Rök », in Études germaniques 4, 1997, p. 543-557.
    • Alain MAREZ : « Kjølevik-Inschrift (Rogaland, Norwegen), eine neue kritische Deutung », in :Zeitschrift für deutsche Philologie, Bd. 120, Heft 3/2001, p. 413-420.
    • Alain MAREZ : Les Causes de la réduction du fuþark germanique : les glides et le vocalisme, Paris-Lille (2002).
    • Lucien MUSSET : Introduction à la runologie, Paris : Aubier Montaigne, 1965.
    • Martin SYRETT : The Unaccented Vowels of Proto-Norse, Nowele 11, Odense (1994).
    • Otto VON FRIESEN : Rökstenen, Stockholm 1920.
    • Elias WESSEN : « Runstenen vid Röks kyrka », in : Kungl. vitterhets historie och antikvitets akademiens handlingar, filologisk-filosofika serien 5, Stockholm 1958.
    • Gunnar WIDMARK : « Varför ristade varin runor ? Tankar kring Rökstenen », in : Saga och sed, Uppsala 1993.

Notes

[*]
Alain MAREZ est Professeur honoraire à l’université Michel de Montaigne (Bordeaux III), « Le Figuey », 4 chemin du vivier F-33640 BEAUTIRAN ; courriel ; marez@free.fr
[1]
Rök : /Aft Væmoð standa runaR þaR/ « À la mémoire de Væmoð se dressent ces runes » – Flemløse 1 (Båg herred, Odense amt, Fionie), DR 192 : /Æft Roulf stændr sten sasi…../ « À la mémoire de Roulv se dresse cette pierre… »
[2]
Parmi les récits héroïques, on rencontre notamment Sigurðr Fafnisbáni (Sigurd, le meurtrier de Fafnir) sur Ramsundsberget, Gök, Ockelbo, Stora Ramsjö et Drävle en Suède, le cycle des Völsungar sur Norum et Västerljung et celui du forgeron Völund (Ardre, Gotland). Les épisodes mythiques sont aussi bien représentés : la pêche de Thor sur Altuna, les funérailles de Baldr sur Hunnestad 2 ( ?), la fin du monde (Ragnarök) et la mort d’Óðinn sur la pierre de Ledberg toujours en Suède.
[3]
Sophus Bugge : Rök I (1878) et Rök III, Der Runenstein von Rök, publication posthume en 1910.
[4]
Elias Wessén : Runstenen vid Röks kyrka, Kung. vitterhets historie och antikvitets akademiens handlingar, filologisk-filosofiska serien 5, Almqvist och Wiksell, Stockholm 1958.
Lis Jacobsen : Rökstudier, Arkiv för nordisk filologi, LXXVI, 1961, p. 1-50.
Ottar Grønvik : Runeinnskriften på Rök-steinen, Maal og Minne 3-4 1983.
Gunnar Widmark : Varför ristade varin runor ? Tankar kring Rökstenen, Saga och sed, Uppsala 1993.
Cf. aussi Helmer Gustavson : Rökstenen, Svenska kulturminnen 23, Stockholm (1991).
[5]
Cf . Elias Wessén, op. cit., p. 32.
[6]
Elias Wessen et Lis Jacobsen adoptent cette seconde interprétation.
[7]
Martin Syrett : The unaccented vowels of proto-norse, Odense University Press, p. 237 sq.
[8]
Cf. l’expression en vieux norrois « setja bautasteina til minnis : dresser des pierres en guise de monument commémoratif.
[9]
Cf. Alain Marez : Les Causes de la réduction du fuþark germanique : les glides et le vocalisme, Paris-Lille 2002. (thèse d’État).
[10]
 (et ses variantes) <u> occupe la seconde place et conserve la même forme dans les deux séries germanique et scandinave.
[11]
Peu importe qu’il s’agisse d’une occlusive nasale dentale dans le nom de la rune et d’une labiale dans la préposition, l’essentiel demeure la notation du caractère nasal de la voyelle qui précède, c’est-à-dire /u/.
[12]
La forme attestée du vieux haut allemand /uodal/ reflète pour le westique aussi la présence de /ō/ en syllabe accentuée.
[13]
On ne peut exclure non plus une rainure « naturelle » dans le support, car le trait oblique rejoignant la haste de gauche paraît moins régulier que la partie supérieure à en juger par les clichés plus ou moins nets en ma possession.
[14]
L’idée d’Aslak Liestøl (in The emergence of the viking runes, in : Michigan Germanic Studies 7.1, (1981), p.112sq) selon laquelle le signe serait dérivé de l’ancienne rune R14  <p> est fort peu vraisemblable !
[15]
La différence est infime entre le <ą> du graveur de Rök et celui de l’ancien fuþark : les deux traits obliques vers le bas à droite sont seulement décalés vers le milieu de la haste au lieu de partir de son sommet (au lieu de. ).
[16]
/i/ fait l’objet de trois transcriptions différentes : 1 – dans <-iga> /-inga/, morphème de dérivation« appartenant à la lignée de… ». La raison est purement épigraphique : dans toute l’inscription la ligne supérieure de la bande horizontale constitue la haste verticale de la rune initiale de la bande verticale. 2 – < | + > : le signe composé est employé partout où /i/ se trouve en syllabe atone /waRi/, /goldinn/, /hosli/ et /minni/. 3 – Le cas de <-meni> /minni/ illustre une distribution complémentaire des signes différents pour le même son /i/ : <e> en syllabe accentuée, <i> (signe composé) en syllabe atone.
[17]
Il n’apparaît que sur Istaby.
[18]
 en syllabe accentuée sur Stentoften (x3) et Istaby (1), en syllabe atone ou en finale dans Stentoften (x3), Istaby (x2) et Gummarp (1).
[19]
 seule dans Avnslev et Høje Tåstrup –  et  sur Sønderby, Flemløse 1 (x5 de chaque), Snoldelev ((x2)  (x5) –  seule dans N. Brarup (1), Ørbæk ?, Helnæs, Gørlev.
[20]
<widugastiR> Sunde, <widuhundaR>, Himlingøje 2, <ansugisalaR> Kragehul, <ansugasdiR> Myklebostad <haþulaikaR> <hagustaldaR> Kjølevik, <haþuwolafR> Gummarp, Istaby, Stentoften.
[21]
Cf. Hans Krahe et Wolfgang Meid, Germanische Sprachwissenschaft III, Wortbildungslehre, § 20, p. 20. Il est conservé encore dans les textes du Blekinge (650-750/800).
[22]
Cf. sur l’emploi différencié des termes sveinn ~ mơgr en vieux norrois la première strophe du Fafnismál(Edda poétique) où le dragon Fafnir à l’agonie s’adresse à son meurtrier Sigurðr (strophe 1, v.2/3) :« hverjum ertu sveini um borinn ? Hverra ertu manna mơgr ? = Garçon, de quel garçon es-tu né ? De quels hommes es-tu le fils ? »
[23]
Cf. Alain Marez, Kjølevik-Inschrift, eine neue kritische Deutung, in : Zeitschrift für deutsche Philologie, Bd. 120, Heft 3/2001, p. 413-420. <…ek hagusta(l)daR/ hlaaiwido/maguminino> /ek HagustaldaR hlai(wa) aiwido/ maguminni (i)no/ « Moi Hagustaldar j’ai fait la tombe. (Voici) le monument (funéraire) du (de mon) fils. »
[24]
La notation est tout à fait normale puisque () <u> sert à transcrire toute voyelle arrondie.
[25]
Elles constituent les deux dernières rangées verticales à l’extrême droite de la face postérieure de la pierre.
[26]
Cette dernière phrase pour le moins étrange dans le « contexte » nécessite de la part de son auteur une explication laborieuse et bien peu convaincante.

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