mardi 25 novembre 2014

Tullus Hostilius et le thème indo-européen des trois péchés du guerrier

Tullus Hostilius et le thème indo-européen des trois péchés du guerrier
Tullus Hostilius et le thème indo-européen des trois péchés du guerrier [I]
par
Dominique Briquel
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)
École Pratique des Hautes Études (Section des Sciences Historiques et Philologiques)



Plan

La geste de Tullus Hostilius : une application apparemment parfaite de l'idéologie tripartie
Dans la série des règnes des quatre premiers souverains qui se sont succédé sur le trône de Rome, celui du roi Tullus Hostilius apparaît comme un de ceux pour lesquels les analyses de G. Dumézil se vérifient le plus clairement [1]. Si son successeur Ancus Marcius a paru souvent faire problème en termes de définition trifonctionnelle, puisqu'il n'est pas une figure de troisième fonction stricto sensu [2], si Romulus lui-même est d'une complexité qui montre qu'on ne peut se borner à le définir comme un personnage de première fonction, relevant de son aspect violent et « varunien » [3], le troisième roi à avoir régné sur l'Urbs apparaît simple, et ne semble relever que de la deuxième fonction, ne s'occuper que de guerres. Même sa volte-face finale, lorsque, frappé par la maladie, le guerrier déchu se tourne vers les dieux dont il ne s'était guère préoccupé du temps de sa grandeur, ne contrevient pas à cette définition, puisque, loin de donner un exemple de pratique saine de la religion - selon le modèle qu'avait offert son prédécesseur Numa Pompilius, qui représentait l'aspect réglé et pieux de la première fonction, son côté « mitrien » [4] -, il n'en faisait qu'une utilisation dévoyée et excessive, sombrant dans la superstition, incapable de se conformer aux règles rituelles et aboutissant par là à une catastrophe [5]. La fin tragique de Tullus, brûlé dans sa maison frappée par la foudre de ce même Jupiter que Numa avait su si efficacement évoquer mais dont lui n'avait pas su comment se concilier les faveurs [6], illustre la radicale incompatibilité entre ce que représente le farouche successeur du pieux Numa et la religion. Cette reconversion ratée fait encore mieux ressortir la période glorieuse du règne, celle où Tullus Hostilius mène conflit sur conflit, puisqu'à la grande guerre contre Albe qui s'achève, après les péripéties de la lutte des Horaces et des Curiaces et la trahison de l'Albain Mettius Fufetius, par la destruction de l'ancienne métropole, font suite d'autres conflits, contre les Fidénates, les Sabins, et encore chez Denys d'Halicarnasse les Latins. C'est dans cette partie, toute guerrière de son règne, que Tullus est conforme à sa nature.
On pourrait peut-être penser que le personnage de Numa Pompilius, dont la seule occupation, d'un bout à l'autre de son règne, consiste à fixer les cadres religieux de la cité et qui reste constant dans cette orientation jusqu'à la mort est encore plus probant quant au bien-fondé d'une analyse en termes de fonctions indo-européennes. Mais Tullus Hostilius présente une spécificité qui le rend particulièrement intéressant pour l'étude comparative. À la différence de Numa, à qui, pour ainsi dire, il n'arrive rien, dont le règne apparaît comme une longue série de fondations juridiques ou religieuses, sans que la moindre péripétie un peu saillante vienne bouleverser cette uniformité, Tullus connaît un règne riche en événements, en épisodes hauts et couleurs. Et plusieurs de ces épisodes se laissent eux-mêmes analyser, isolément, dans une perspective comparatiste : G. Dumézil a bien montré que la victoire de l'Horace survivant sur les trois Curiaces [7], puis la trahison de Mettius Fufetius et son châtiment avaient des parallèles dans la tradition indienne ou irlandaise [8]. Comme le relève J. Poucet, dressant un bilan de l'apport du comparatisme indo-européen à la compréhension de la geste des rois de Rome, le récit concernant le troisième roi offre aussi bien des exemples de ce que le savant belge appelle des « structures d'ensemble » (avec l'orientation guerrière globale du règne, s'opposant à celle, différente, donnée à d'autres règnes dans la tradition) que des « micro-récits » (avec le duel des Horaces et des Curiaces et la punition de Mettius Fufetius) [9].
Pourtant cet exemple quasi parfait d'application de la méthode comparative présente en réalité de grosses difficultés. Car si la définition globale du roi, tel que le récit traditionnel le dépeint, comme un personnage de deuxième fonction ne soulève pas d'objection et justifie l'affirmation de notre confrère belge quant à la pertinence de l'analyse au niveau de l'ensemble de la geste de ce souverain, et s'il est également vrai que certaines parties de ce qui est raconté sur son règne appellent des rapprochements précis avec ce qu'on connaît pour des dieux ou héros de deuxième fonction dans d'autres secteurs du monde indo-européen, on ne peut pas dire que cela rende compte de tout ce qui est dit de lui. D'autres épisodes existent, en dehors de ceux pour lesquels on peut invoquer des parallèles dans d'autres traditions : nous pouvons citer la scène de la destruction d'Albe, sur laquelle nous aurons à nous pencher, ou encore les autres guerres que mène le roi après l'achèvement du conflit avec Albe. Et surtout, on ne peut pas dire que se dégage un schéma explicatif clair, qui permette, par-delà tous ces rapprochements de détail, de rendre compte de la structure d'ensemble du récit. Le thème des trois péchés du guerrier, qui paraîtrait pouvoir fournir un cadre d'organisation tout trouvé, et vers lequel semblerait orienter la comparaison avec la geste d'Indra telle qu'elle est exposée dans le Markandeyapurana, n'est pas réellement pertinent dans le cas de la geste de Tullus Hostilius - alors que G. Dumézil l'a appliqué - avec succès à notre avis - à des figures aussi diverses que les héros grec Héraklès, germanique Starcatherus, indien Sisupala, ossète Soslan, celtique Gwynn, que D. Dubuisson a reconnu qu'il sous-tendait l'intrigue de la grande épopée indienne du Ramayana, et que Rome semble avoir parfaitement connu cette application on serait tenté de dire passe-partout de la tripartition fonctionnelle s'il est avéré, selon la suggestion de G. Dumézil, qu'elle se retrouve dans la tradition sur Tarquin le Superbe [10]. Le comparatiste l'avait lui-même reconnu [11], et nous verrons que le schéma, en dépit des apparences, ne permet pas d'expliquer réellement la structuration du récit qui s'est formé sur le règne du troisième souverain que l'Urbs a connu.
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Articulations trifonctionnelles dans le récit des règnes des rois de Rome
Si on se penche sur l'ensemble de la tradition relative à la période royale, il apparaît que ce que G. Dumézil a appelé l'idéologie tripartie a permis de donner un cadre non seulement à l'articulation globale des quatre premiers règnes, mais aussi, dans le détail du récit de chaque règne, à la manière dont la matière était présentée. À la différence de ce qui se passe pour la période ultérieure, où le schéma annalistique, raccroché à la succession, année par année, d'un couple de consuls, venait ordonner la narration, l'histoire de la période royale a dû être organisée différemment, règne après règne, et donc par grandes masses. Or il apparaît que, dans la présentation qui en a été faite, le système de classification, simple, hérité des vieilles conceptions sur les trois fonctions, a joué un rôle prépondérant et a permis de structurer l'exposé [12]. Nous rappellerons que la geste de Romulus s'ordonne autour d'une pluralité de schémas ternaires, fondés sur les trois fonctions, qui, après avoir structuré le récit des enfances du héros et de son frère, informent la fondation même de la cité, avant de scander, en une séquence où semble se retrouver le thème des trois péchés correspondant chacun à un niveau fonctionnel, combiné avec celui de trois victoires donnant lieu - sauf chez Tite-Live qui n'admet pas l'existence de triomphes avant la période des rois étrusques - à autant de triomphes [13]. Celle d'Ancus Marcius suit aussi un plan fondé sur les trois fonctions, allant dans son cas de la première à la troisième, ce qu'il convient de mettre en relation avec le fait qu'il ne doit pas être compris, en raison de sa place dans la structure d'ensemble des rois préétrusques, comme un pur représentant du troisième niveau fonctionnel, mais la projection, dans le récit des premiers temps de l'Urbs, du troisième dieu de la triade primitive, Quirinus, qui est le dieu des citoyens et, comme eux, présente en son sein une harmonieuse synthèse des trois fonctions [14]. Le récit du règne des Tarquins garde encore la trace de ce procédé de mise en ordre de la matière, quand bien même il ne s'agit plus de figures fonctionnelles comme les souverains de la période précédente [15]. La carrière du roi Tarquin l'Ancien s'ordonne selon une série de trois guerres et de trois triomphes, à coloration fonctionnelle, et le règne du dernier roi, nous l'avons signalé, se laisse analyser selon le schéma des trois fautes, passant de la première puis à la deuxième puis à la troisième fonction [16]. Nous pouvons ajouter que ce qui, dans la tradition sur les rois de la période étrusque, ne rentre pas dans ces articulations fonctionnelles d'ensemble répond souvent, d'une autre manière, au même principe de classement : on se trouve en présence de plusieurs séries de trois épisodes de signification parallèle, mais présentés indépendamment, qui illustrent, par trois exemples relevant chacun d'un des trois niveaux fonctionnels, une idée commune [17]. On le voit, la quasi-totalité de ce qu'offre la tradition sur la période royale se laisse ordonner selon des modes de présentation où on retrouve la structuration commode que permettait la référence aux trois fonctions de l'idéologie tripartie [18].
On pourrait donc s'attendre à ce que le règne de Tulllus Hostilius, lui aussi, offre une articulation comparable. Or, ce n'est pas le cas et, nous l'avons rappelé, de l'aveu de G. Dumézil, le thème des trois péchés du guerrier ne fournit pas une grille d'explication satisfaisante. Faut-il alors songer à un autre mode de structuration ? Dans un article précédent, nous en avons envisagé un, toujours fondé sur le jeu des trois fonctions [19] : la séquence de trois guerres victorieuses, aboutissant - au moins chez Denys d'Halicarnasse, qui, en dehors de Tite-Live, nous offre le seul récit continu et suffisamment exhaustif sur le règne de ce roi - à autant de triomphes [20]. Cette articulation semble en effet avoir joué un grand rôle dans la mise en forme du récit des règnes de rois de Rome : nous venons de le rappeler, on la voit mise en œuvre dans la geste de Romulus, celle de Tarquin l'Ancien, et au moins l'existence d'une série de trois triomphes - sur lesquels malheureusement nos sources ne nous disent pour ainsi dire rien - est attestée également pour Servius Tullius. Que ce cadre simple, créé par les Romains à partir des schémas trifonctionnels hérités et appliqué à une de leurs plus prestigieuses institutions, ait aussi été utilisé dans le cas du récit du règne du roi guerrier Tullus n'est pas pour surprendre. Et effectivement, on peut reconnaître aux trois conflits qui l'opposent successivement à Albe, Fidènes et les Sabins, un caractère de série trifonctionnelle. Le conflit avec Albe tourne autour de la souveraineté sur le Latium, et Tullus y agit en tant que roi, non vraiment de guerrier - soin qu'il laisse à Horace et ses frères. La guerre qui éclate avec Fidènes, une fois réglée la question albaine, ne met en jeu que des aspects militaires ; l'ennemi y fait d'ailleurs appel à des spécialistes de la guerre, des mercenaires recrutés indépendamment de tout accord politique avec les cités étrusques d'où ils sont issus. Les hostilités enfin avec les Sabins naissent à l'occasion de querelles à caractère économique, survenues lors du marché du Lucus Feroniae et le récit de la victoire romaine insiste sur le butin fait dans le camp adverse tandis que les clauses du traité imposé aux Sabins vaincus soulignent les réparations matérielles dues aux Romains [21]. On peut donc définir ces épisodes comme relevant de la première, puis de la deuxième, puis de la troisième fonction. On retrouve, de cette manière, dans la geste du troisième roi de Rome, une indéniable structuration selon le principe de l'idéologie tripartie.
Mais une telle analyse est-elle suffisante ? Nous ne le pensons pas. Cette articulation offre sans doute un cadre d'ensemble qui permet de rendre compte, dans le récit du règne de ce roi, de pans entiers de la narration que le schéma, envisagé mais non retenu par G. Dumézil, des trois péchés du guerrier, laissait dans l'ombre : les dernières guerres du souverain, après la destruction d'Albe, que le grand comparatiste se bornait à évoquer brièvement, considérant qu'elles ne faisaient que prolonger la coloration guerrière - de deuxième fonction - de Tullus Hostilius, en une narration « dépourvue de tout pittoresque » [22]. Elle en fait une suite logique et attendue du conflit avec Albe, qui représente, sans conteste, la grande affaire du règne et sur lequel se concentre la majeure partie de ce que la tradition raconte de ce roi [23]. Mais cette intégration de l'absorption par Rome de son ancienne métropole dans une structure trifonctionnelle qui la dépasse ne résout cependant pas toutes les difficultés. Il est clair que le conflit avec Albe est d'une autre nature que les guerres qui suivent. Non seulement il est traité avec infiniment plus de détail - le déséquilibre, dans la narration, entre ce qui relève de ce point et le reste des agissements du roi est flagrant -, mais certains des épisodes qui s'y insèrent ont une consistance propre, qui invite à leur donner une signification plus ample que celle d'être de simples péripéties d'un conflit comparable aux autres. La richesse, d'un point de vue comparatiste, du combat des Horaces et des Curiaces, avec son aspect de récit d'initiation guerrière, ou encore celle, d'un point de vue strictement romain, du jugement du héros meurtrier de sa sœur, qui sert de fondement à une norme aussi essentielle pour le fonctionnement des institutions que le droit d'appel au peuple garanti aux citoyens n'ont assurément pas leur équivalent dans ce qui est raconté des guerres contre les Fidénates ou les Sabins. Et par ailleurs il convient toujours de tenir compte de la fin du règne de Tullus Hostilius, ce retournement final et inattendu vers la religion, qui aboutit à sa mort. Cette fin de la geste du personnage n'est pas justifiée par la séquence trifonctionnelle des guerres et des triomphes qui scandent sa carrière. Nous l'avons souligné dans notre article de 1997, cette série de guerres ne se lie aucunement à une série de fautes qui exprimeraient une déchéance progressive du héros, passant successivement, en une séquence descendante, par les trois niveaux fonctionnels et expliquant sa disparition finale par une sorte de dépouillement total de son être. Une telle structure combinant guerres et fautes semble devoir être envisagée dans le cas de Romulus, où les trois triomphes sont suivis, apparemment, d'autant de fautes, débouchant finalement sur la fin du personnage [24]. À plus forte raison n'est-elle pas comparable à la séquence qui ordonne le règne de Tarquin l'Ancien, où les trois triomphes se font selon un ordre inverse, ascendant - passant de la troisième à la première fonction - et se terminent par l'apogée que constitue la victoire sur l'Étrurie avec la remise des insignes de souveraineté qui caractérisent désormais vraiment le monarque en tant que roi, détenteur de l'imperium, et constituent peut-être même un sommet de l'histoire de la dynastie dans son ensemble [25]. On peut estimer que, par rapport à la mort misérable du roi Tullus Hostilius, la suite de ses trois guerres et ses trois triomphes forme un corps indépendant, qui ne prépare pas vraiment cette fin.
Il est indéniable, en revanche, qu'une telle déchéance finale cadre bien avec ce qui est attendu dans la mythologie guerrière. G. Dumézil a insisté sur les fatalités qui pesaient sur la fonction guerrière et ses représentants, sur les fautes que la nature même de leur état était susceptible de les amener à commettre [26]. Cette conception du deuxième niveau fonctionnel trouve son expression la plus achevée dans la thématique des trois péchés du guerrier, dont nous avons rappelé l'importance dans tous les secteurs du monde indo-européen, de l'Inde au monde celtique, en passant par les Ossètes, la Grèce, Rome, le monde germanique. Dans les récits de ce type, on voit un personnage marqué sur le plan de la fonction guerrière commettre successivement des fautes sur chacun des trois niveaux fonctionnels - habituellement dans un sens descendant, mais parfois dans un sens ascendant [27] -, sa carrière se définissant ainsi comme une déchéance progressive au terme de laquelle il ne lui reste plus qu'à disparaître. Il est certain que la mort de Tullus s'accorde bien avec ce schéma, d'autant plus que la manière dont il périt, consumé par les flammes, n'est pas sans évoquer ce qui advient à un autre héros guerrier, le Grec Héraklès [28]. Nous croyons donc qu'il n'est pas inutile de reprendre la question de l'application du motif des trois fautes à coloration fonctionnelle que commet le guerrier à la geste du roi romain Tullus Hostilius, et, peut-être, de proposer une solution à ce problème resté ouvert en dépit de ce que G. Dumézil, et nous-même ensuite, avons pu tirer d'une analyse de la tradition à partir des données de la comparaison indo-européenne.
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Les trois péchés d'Indra et la légende de Tullus Hostilius
Le rapprochement, institué par G. Dumézil, de la geste de Tullus Hostilius et de celle du dieu indien Indra, telle qu'elle est exposée dans leMarkandeyapurana, permet de mettre en parallèle les épisodes successifs du combat des Horaces et des Curiaces et de la trahison de Mettius Fufetius, qui, dans le schéma des trois fautes dont le dieu indien se rend coupable, représentent les composantes de première et de deuxième fonction de la séquence. En vertu de cette homologie, on s'attendrait à ce que les deux premiers épisodes attestés dans la tradition romaine soient suivis d'un troisième, qui constituerait l'élément de troisième fonction, le pendant de ce que représente, dans le mythe indien, la faute sexuelle d'Indra, prenant l'apparence de son mari Gautama et violant Ahalya [29]. Or, s'agissant du troisième roi de Rome, on ne peut que constater, avec G. Dumézil, « l'absence d'une faute de troisième fonction » [30], qu'elle soit sexuelle ou autre [31]. Aucun comportement répréhensible de cet ordre n'est reproché à Tullus Hostilius, ou à un personnage quelconque de son entourage dans le reste du récit, et l'idée, un instant caressée par le comparatiste, de faire intervenir ici la faute de Sextus Tarquin, en estimant qu'elle aurait été transférée à un autre moment de l'histoire romaine et attribuée à une autre figure guerrière, le « soudard Tarquin » [32], peut être définitivement écartée depuis qu'il a lui-même reconnu dans la tradition sur Tarquin le Superbe une application indépendante du thème des trois péchés du guerrier, dans laquelle le viol de Lucrèce par le fils du roi représente la composante de troisième fonction [33]. Il reste donc l'irritant problème, si on veut expliquer la légende romaine à la lumière de la tradition sur Indra présentée dans le Markandeyapurana,de l'absence de l'élément, attendu, de troisième fonction qui conclurait la série et viendrait introduire la déchéance finale et la mort de Tullus.
Il est bien évidemment possible d'imaginer qu'un tel élément de troisième fonction ait existé et n'ait pas été conservé dans l'état de la tradition qui nous est parvenu. Mais, avant de se résigner à une telle solution, qui consiste à projeter dans l'inconnu et l'indémontrable la solution de l'aporie à laquelle on se heurte, il convient d'explorer d'autres voies - et d'examiner si d'autres solutions ne peuvent pas être prospectées, qui seraient conciliables avec la légende telle que nous la connaissons, dont il est gratuit de supposer qu'elle résulte de l'altération d'une forme originelle. Or, si on reprend la comparaison entre les trois péchés d'Indra et les épisodes de la geste de Tullus Hostilius qui en apparaissent comme les correspondants, on ne peut manquer de relever certaines distorsions - que G. Dumézil avait fort honnêtement relevées. Déjà, le roi est relativement absent de tout ce qui concerne l'histoire des Horaces et des Curiaces et leurs suites. Il ne participe pas directement aux événements que sont le duel qui décide du sort de la guerre et le meurtre de la sœur du héros vainqueur lors du retour de ce dernier à Rome. Il intervient en tant que roi - ce qui répond au reste au caractère de première fonction que prend cette guerre, avec le triomphe qui la marque, dans la série des trois conflits qu'il mène -, aussi bien dans les opérations militaires où il a un rôle de commandement - déclaration de guerre, accord avec Mettius Fufetius pour régler le conflit par un duel de champions -, mais non d'exécutant [34], que lors du procès d'Horace où il agit sur un plan juridique, dans son rôle de juge. La figure réellement guerrière est Horace lui-même, qui assure, par les armes, la victoire de Rome sur Albe, et dont la difficile réintégration dans la cité, après sa victoire, est marquée par son comportement à l'égard de sa sœur et ses conséquences.
Corrélativement, si une faute apparaît dans le récit, elle n'est pas le fait de Tullus Hostilius lui-même, mais de ce personnage guerrier qu'est Horace. Et encore cette faute ne concerne-t-elle pas le combat lui-même, cette victoire du troisième contre un adversaire triple, dans le combat où, seul survivant après la mort de ses frères, il a affronté les trois Curiaces réunis [35] : Tite-Live ne voit aucune difficulté dans le fait que le sort des armes soit réglé par un duel entre des héros qui sont des parents et, si Denys d'Halicarnasse évoque la souillure que risque de représenter un tel affrontement, c'est pour estimer qu'elle n'existe plus à partir du moment où les adversaires se sont portés volontaires [36]. On ne peut donc pas relever la moindre connotation négative dans le pendant romain du combat d'Indra (ou de Trita) contre le Tricéphale, et rien ne correspond, du côté romain, à la caractérisation de la mise à mort de l'adversaire du dieu indien comme un brahmanicide, c'est-à-dire comme une faute grave, contre la première fonction, qui entraîne la souillure de celui qui l'a commise, quelles qu'en aient été les raisons [37]. Assurément la faute apparaît-elle ensuite dans le récit romain : c'est le meurtre de sa sœur par Horace, qui va entraîner le procès de celui-ci, et déboucher sur la mise en place de la procédure de l'appel au peuple et du rituel de réintégration des guerriers dans la cité que constitue la « poutre de la sœur ». Mais, avant de revenir sur ces points qui demanderont à être analysés plus en détail, nous pouvons d'ores et déjà retenir que la faute d'Horace, ici encore, ne concerne nullement le roi. Tullus n'en est pas le moins du monde responsable et s'il existe une souillure, elle concerne exclusivement Horace, contre lequel est envisagée, dans un premier temps, la perspective d'une condamnation par les IIviri perduellionis, avec une mise à mort sous les coups de verges infligés par les licteurs du coupable, lié et attaché à un arbre de mauvais augure. Dans ces circonstances, loin d'être entaché de la moindre souillure, Tullus agit en tant que responsable de la loi et de son application. Là encore, nous sommes très loin du brahmanicide imputé au dieu indien. Le seul fautif envisageable est Horace, et encore sa faute est-elle très différente de celle qui existe dans le récit indien.
Si la mise à mort du Tricéphale par le dieu Indra (ou éventuellement par son acolyte Trita) mérite d'être mise en parallèle avec la victoire d'Horace sur les Curiaces, on n'est pas pour autant en droit d'étendre ce rapprochement au caractère de faute - et de faute de première fonction - qui découle pour le dieu, en Inde, de cette mort : rien ne permet, dans le récit romain, de considérer que cette victoire - ni même sa suite, le meurtre par le héros victorieux de sa sœur - représente une faute du roi, pouvant former le premier élément - celui de première fonction - d'une éventuelle série de trois fautes qui lui serait imputée. Mais le même type de critique peut être fait à propos de l'épisode de la trahison de Mettius Fufetius, qui constituerait, dans la perspective d'un alignement avec ce qu'offre, pour l'Inde, la séquence des trois péchés d'Indra dans le Markandeyapurana, la faute de deuxième fonction de Tullus. Là encore, le rapprochement avec l'Inde, et, en l'occurrence, la victoire d'Indra sur Namuci, qui fait suite à l'épisode du Tricéphale et en est la suite logique, n'ont pas à être remis en cause. L'attitude ambiguë tant du chef albain, qui ne trahit pas ouvertement la cause romaine lors de la bataille contre les Fidénates et leurs alliés véiens, qu'il a pourtant encouragés à prendre les armes contre Rome, se bornant à se réfugier sur une hauteur en attendant de voir de quel côté se dessinerait la victoire, que du roi Tullus Hostilius, qui feint de n'avoir pas compris la duplicité de son prétendu allié et l'attire dans un guet-apens sous couvert de s'occuper d'affaires communes, correspond bien à ce qu'on peut dire des deux adversaires du mythe indien, dont l'un - Namuci - profite du pacte qu'il a conclu avec Indra pour enlever au dieu toutes ses forces, tandis que l'autre - Indra - joue sur l'ambiguïté des mots pour vaincre Namuci tout en faisant mine de respecter les termes de l'accord passé entre eux. En outre, il est juste, comme l'a fait G. Dumézil, de relever que le caractère exceptionnel de la mise à mort de Mettius Fufetius, par écartèlement, que souligne expressément Tite-Live [38], rappelle la manière, également exceptionnelle, dont le dieu indien tue son adversaire, par ce qui est présenté comme un barattement de sa tête dans l'écume.
Néanmoins, ici encore, la prudence s'impose avant de conclure que la signification des deux épisodes serait identique dans les deux traditions, et donc que, pour Rome, la trahison du chef albain constituerait, comme c'est le cas pour la lutte d'Indra contre ce nouvel adversaire dans le Markandeyapurana,le deuxième élément d'une série de trois fautes orientées fonctionnellement, celui de deuxième fonction, où on pourrait reprocher au héros guerrier un manquement aux règles de l'honneur militaire, par le recours à une ruse déloyale. Si on s'en tient à ce que disent Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, la ruse que Tullus Hostilius déploie pour attirer dans son camp Mettius Fufetius et ses hommes n'est nullement connotée négativement : elle apparaît comme la juste réponse du roi à la trahison, avérée, du chef albain. On peut certes reprocher au troisième roi de Rome - point sur lequel G. Dumézil insiste beaucoup dans son analyse [39] - une cruauté excessive dans l'affreux supplice qu'il inflige à son adversaire, et Tite-Live lui-même en souligne l'aspect anormal, dérogeant par rapport à la coutume bien établie qu'il attribue aux Romains de faire preuve de toute l'humanité possible en matière de châtiment. Mais, avant d'y voir une faute du roi, qui serait comparable à celle que les casuistes indiens reprochaient à Indra, on doit relever que, dans le récit parallèle, Denys est beaucoup moins critique à l'égard du souverain, se bornant à évoquer la « fin misérable et honteuse » de Mettius Fufetius [40]. Il ne faudrait pas en effet fausser la perspective : si, dans le récit romain, il y a un coupable, ce n'est pas Tullus Hostilius, mais le chef albain, traître à lafides qu'il doit à Rome. C'est lui, et lui seul, qui apparaît fautif et, dans nos textes, le terrible supplice que lui inflige Tullus traduit avant tout, symboliquement, à travers son corps déchiré en deux parties, l'attitude ambiguë et la duplicité dont il a fait preuve. Certes, on peut toujours, comme le suggérait G. Dumézil, estimer que les Romains ont modifié - sur ce point comme sur la question de la victoire d'Horace sur les Curiaces - la trame originelle du récit, en gommant les torts de leur roi pour charger uniquement la mémoire de leurs adversaires : l'auteur de Heur et malheur du guerrierparlait de la « retouche, résult(ant) du caractère national, nationaliste même, pris par l'épopée » que constituait le récit des premiers temps de l'Urbs,d'un refus de Rome de « considérer comme des péchés qui l'eussent souillée deux meurtres (celui des Curiaces puis celui de Mettius Fufetius) commis dans son intérêt le plus évident » [41]. Mais il n'est pas de bonne méthode de supposer que notre récit ait perdu sa valeur originelle, et que la signification dont il était porteur au départ ait été altérée : il vaut mieux tenter de voir si, dans la forme sous laquelle il existe, il ne témoigne pas d'une cohérence qui lui donne son sens.
Ainsi le parallélisme, avéré, entre la tradition romaine sur le troisième roi de l'Urbs, et celle recueillie, en Inde, dans le Markandeyapurana, sur les trois péchés du dieu Indra, n'autorise pas à attribuer automatiquement aux épisodes de la victoire d'Horace et de ses suites et de la trahison de Mettius Fufetius la signification de fautes de première et de deuxième fonction qu'ont, dans le récit indien, les victoires sur le Tricéphale et sur Namuci auxquelles ils répondent. Outre l'absence d'un terme de troisième fonction qui viendrait conclure la série, trop de différences apparaissent, à l'intérieur même de ces épisodes, pour qu'on puisse leur appliquer, sans autre forme de procès, le même type d'analyse structurale dont est redevable le récit indien. C'est d'abord de l'étude des composantes de la tradition romaine, prises en elles-mêmes, que doit se dégager - si elle existe - une articulation d'ensemble qui lui donne sa cohérence.
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Liaison entre la victoire d'Horace et le meurtre de sa sœur : Horace et Cuchulainn
Dans la mise en parallèle systématique qui a été faite par G. Dumézil, à partir de 1969, dans Heur et malheur du guerrier, entre le mythe d'Indra, tel qu'il apparaît dans le Markandeyapurana, et la tradition romaine sur Tullus Hostilius, il semble qu'un aspect de la cohérence du récit romain, qui avait été bien dégagé précédemment par le grand comparatiste, dans son ouvrage de 1942 Horace et les Curiaces, a été estompé : le rapport qui existe, d'un point de vue comparatif, entre la victoire d'Horace sur les Curiaces et le meurtre subséquent de sa sœur, et que permet de comprendre le rapprochement, non avec le dieu indien Indra, mais avec le héros irlandais Cuchulainn. Dans le mythe indien en effet, il n'y a pas d'épisode parfaitement homologue, si bien que, dans son analyse comparée du récit indien et du récit romain, G. Dumézil en arrivait à considérer le meurtre de la sœur d'Horace comme un substitut de la faute contre le sang d'un parent - qu'il analyse comme étant un péché « juridico-religieux », donc de première fonction -, qu'aurait initialement représenté la mise à mort des Curiaces ; l'épisode lui-même aurait été emprunté à une autre thématique, et n'aurait pas eu de rapport direct, au départ, avec l'histoire des Horaces et des Curiaces [42]. On le voit, cette conception du combat des champions romains et albains oblige, une fois de plus, à supposer un état antérieur de la légende, dont nous n'avons aucune preuve qu'il ait jamais existé : nous avons déjà exprimé les réserves méthodologiques que suscite une telle démarche.
Or, si on se reporte non plus au « Dumézil 1969 », celui de Heur et malheur du guerrier, mais au « Dumézil 1942 », celui de Horace et les Curiaces,on constate que, dans cet ouvrage où il n'analysait pas le mythe d'Indra et du Tricéphale, le comparatiste avait trouvé, avec la légende irlandaise de Cuchulainn, un parallèle qui rendait parfaitement compte de la séquence combat contre un adversaire triple/rencontre avec une femme agressive qu'offre le récit romain. Déjà, le récit irlandais offre un exemple de la victoire du héros guerrier contre un adversaire triple : dans une lutte qui constitue sa véritable initiation guerrière, Cuchulainn abat successivement les trois fils de Nechta. Il fournit donc, lui aussi, sur ce point, un correspondant exact au héros romain vainqueur des trois champions d'Albe [43]. Mais, surtout, pour la suite du récit, il offre une séquence qui peut rendre compte de ce qu'offre la tradition romaine - avec le meurtre de la sœur et ses conséquences -, ce que n'autorise pas la comparaison avec le Markandeyapurana. Car, après son exploit, le héros irlandais doit faire sa rentrée dans la capitale des Ulates : or il est encore tout chargé du furor du combat, qui le met dans un état de violence extrême, potentiellement dangereux pour ses compatriotes. Il faut donc, préalablement, qu'il se décharge de ce trop-plein d'énergie [44]. Cela se produit en deux temps : d'abord une troupe de femmes nues, conduite par l'impudique Scandlach ou par l'épouse du roi Conchobar, devant laquelle, par pudeur, le héros se voile la face ; puis on le plonge successivement dans trois cuves d'eau, qui, peu à peu, le refroidissent, le débarrassant de son ardeur excessive [45]. Avec des éléments différents, c'est ce qui se produit pour Horace. La rencontre avec la féminité agressive de sa sœur se fait certes sous une forme beaucoup plus conflictuelle, puisqu'à l'ostentation de la nudité féminine, qui, ici comme dans certaines légendes grecques [46], force le guerrier à se calmer, se substitue l'assouvissement du furor dans le meurtre de la jeune femme, qui oppose son amour pour un des Curiaces à la victoire de son frère qui l'a tué. Et, au lieu de la description, très concrète, d'un procédé mécanique des cuves qui ramènent le corps du héros échauffé par le combat à sa température normale, on assiste à la mise en place d'un rituel de désécration [47] qui permet de libérer le guerrier de l'énergie qui le possède : cette libération de la force du furor se fait par un passage sous une arche, moyen de caractère magique largement attesté, la poutre de la sœur, tigillum sororium, dont l'institution conclut le jugement du héros et pourvoit ainsi la cité d'un processus rituel de purification du guerrier au retour du combat.
L'homologie entre les récits irlandais et romain est donc complète, et associe à l'épisode du combat ce qui le suit - impliquant dans les deux cas une rencontre avec un élément féminin et la mise en œuvre d'un processus destiné à faire sortir le guerrier de l'état où il s'est mis dans le feu de l'action. Autrement dit la légende de Cuchulainn comme celle d'Horace, dans ses deux volets successifs, associe à l'exploit contre l'adversaire triple le problème du retour du vainqueur après le combat et de sa réinsertion dans la société normale - point qui n'a pas d'équivalent dans le Markandeyapurana. Et c'est uniquement dans ce second temps qu'intervient, dans la légende d'Horace, la notion de faute - puisque, nous l'avons vu, la tradition romaine n'attribue aucun caractère négatif à la victoire sur les Curiaces. Cette faute peut de ce fait être considérée comme l'illustration des dangers que le furor qui s'empare du combattant représente pour la cité, et de la nécessité d'instituer des procédures spécifiques, comme le passage sous la « poutre de la sœur », pour que cette réintégration se fasse sans heurts.
Mais, s'il en est ainsi, on peut se demander si l'analyse de la faute faite par G. Dumézil, dans Heur et malheur du guerrier, en termes de première fonction est adéquate. Car il faut bien voir de quel problème il s'agit : c'est celui du retour du combattant dans la cité, c'est-à-dire, pour parler en termes romains, dans une société où les guerriers ne forment pas une catégorie sociale à part, mais sont des citoyens-soldats, qui ont pris temporairement les armes à l'appel de l'Urbs, celui du passage, une fois les hostilités finies, de l'état de miles à celui de civis. Or, s'il est un dieu qui est concerné par cette rentrée du miles dans le corps des cives, c'est bien le dieu Quirinus, qui est, comme l'a excellemment montré une étude de D. Porte, avant tout le dieu des citoyens, ces Quirites qui portent un nom apparenté au sien et qui sont réunis dans les structures politico-sociales des curies qui sont également dénommées à partir d'une formation analogue sur co-viri, groupement d'hommes réunis ensemble [48]. En tant que dieu des individus qui, rassemblés, forment la cité, et qui les patronne spécialement dans leurs activités pacifiques - on sait quels effets César tirera de l'emploi du terme Quirites, ressenti comme s'appliquant à des civils et non à des militaires, vis-à-vis de ses soldats réticents -, il est impliqué au premier chef dans le retour à la vie de citoyen normal de l'ancien miles. Ses saliens, associés à ceux du dieu de la guerre Mars, ferment religieusement, avec leurs danses armées, la saison guerrière lors des cérémonies de l'Armilustrium du 19 octobre : cela montre l'implication du Mars tranquillus dans les opérations qui permettent au combattant de retour de la guerre de redevenir un paisible citoyen [49].
Ainsi, la difficile réintégration de l'Horace vainqueur à Rome est, d'un point de vue romain, du ressort du dieu Quirinus [50]. Or il faut tenir présentes à l'esprit les conséquences très importantes qui découlent du fait que, à Rome, c'est ce dieu, et non un autre, qui est devenu le troisième dieu de la triade primitive, le représentant canonique de la troisième fonction, faisant pendant au dieu souverain Jupiter et au dieu guerrier Mars : pour les Romains, le troisième niveau fonctionnel n'est pas nécessairement compris, ni même principalement ressenti comme relevant de notions comme la fécondité, l'abondance, la richesse, la santé, la beauté [51]. Ce qui concerne les citoyens est du ressort de ce troisième niveau, à travers son dieu Quirinus. Or ce sont bien les citoyens qui sont en jeu dans l'épisode du procès d'Horace : significativement, le roi Tullus ne tranche pas personnellement l'affaire, mais décide d'en appeler au peuple, aux Quirites - et nous avons rappelé l'importance de cet épisode, où apparaît le droit fondamental deprovocatio ad populum pour la conception même de la citoyenneté à Rome. Même la procédure de purification, de désécration pour reprendre l'expression de G. C. Picard, qui est décidée au terme du jugement d'acquittement n'est pas présentée comme relevant du roi et des structures officielles de l'État : elle est confiée à une famille particulière, celle des Horatii [52]. Aussi l'analyse de l'ensemble de l'histoire d'Horace en termes de première fonction, qui découle d'une application à la légende romaine de ce qui peut être dit de l'épisode du Tricéphale dans la geste d'Indra telle que la narre leMarkandeyapurana, nous semble irrecevable d'un point de vue romain. Tout concourt au contraire, jusque dans son aspect « juridico-religieux » que soulignait G. Dumézil, à mettre la légende romaine en rapport, plus qu'avec le pouvoir souverain du roi, avec le corps des citoyens, et donc à travers eux avec leur patron divin Quirinus. Si, dans les cadres qui sont ceux de Rome où le troisième dieu de la triade où s'exprime l'articulation des trois fonctions est Quirinus, on veut caractériser fonctionnellement l'histoire d'Horace, et notamment la faute que commet le héros, on la rangera dans le domaine de la troisième fonction, non de la première [53].

suite: http://bcs.fltr.ucl.ac.be/fe/05/tullus1.html 

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