jeudi 3 juillet 2014

Le ver de Lambton

Le ver de Lambton


La légende que je vais vous conter parle de la malédiction du ver de Lambton.

En 1420, le matin de Pâques, tous les habitants du village de Washington (près du fleuve Wear dans le comté de Durham en Angleterre), se dirigèrent vers l'église... Tous, à l'exception du jeune John l'héritier dépravé du château deLambton. Méprisant le soutien de la religion et l'observation de ses préceptes, pour se consacrer à des plaisirs plus matériels, John Lambton pêchait dans la rivière faisant fi des regards désapprobateurs des habitants du village qui se rendaient à l'église. Au début de l'après-midi cependant, comme il n'avait pas encore pris de poisson, sa bonne humeur tourna à l'aigre et il maudit sa malchance à voix haute.

Comme provoquée par cette explosion de colère sacrilège, une vague agita l'eau du fleuve. Quelques instants plus tard, le jeune homme sentit quelque chose tirer sur sa ligne, mais c'était bien autre chose qu'un simple poisson... Relevant sa canne, il crut tout d'abord que c'était une sorte de sangsue, ou de ver aquatique de forme allongée et présentant un dos noir et visqueux. Puis la bête leva la tête et le fixa. Le jeune Lambton eut un sursaut d'horreur car sa prise avait l'apparence d'un Dragon et le visage d'un démon.


Ses longues mâchoires portaient des centaines de dents acérées comme des lames, un liquide nauséabond suintait des neufs fentes pareilles à des branchies situées de part et d'autre de son cou, mais Lambton ne vit que ses yeux. Ils luisaient comme des braises incandescentes, capturant son regard et le plongeant dans une horrible transe et dans leur noirceur malfaisante il pouvait voir danser tels des spectres tous les péchés de sa jeunesse dissolue.

Il avait initialement eu l'intention de garder sa pêche mais il se débarrassa vitement de l'atroce créature en la jetant dans un puit voisin. A partir de ce moment, John Lambton ne fut plus jamais le même. Ne cessant de rechercher la rédemption pour ses erreurs passées, il se rendit quelques années plus tard en pèlerinage en terre sainte. Ainsi partit-il, laissant derrière lui son village natal ainsi que son château et à son insu, la monstrueuse incarnation de ses péchés de jeunesse.

Représentation qui se rapprocherait assez fidèlement de la bête de Lambton (si l'on oublie les flammes bien sur).

La bête qu'il croyait morte en la jetant dans la noirceur du puit avait au contraire prospéré, devenant de plus en plus grosse et plus puissante. Un matin, des villageois de Washington trouvèrent une étrange trace fumante et acide qui allait du puit jusqu'à une colline proche. Intrigués Ils la suivirent et découvrirent un spectacle terrifiant. Devenue si grande que ses anneaux entouraient neuf fois la colline, la créature dépourvue de membres, au corps serpentin, s'agitait mollement sous le soleil. Une écume blanchâtre déssechait l'herbe sous son corps et l'haleine empoisonnée qu'exhalait sa gueule brûlait les feuilles des arbres environnants.

Ainsi débuta le règne de terreur du ver de Lambton. Il détruisit les récoltes et les forêts, dévora le bétail ainsi que quelques enfants (histoire d'agrémenter le tout) contraignant les habitants de Washington à demeurer cloitrés chez eux, par crainte d'être victimes de la malédiction qui frappait leur village. Finalement, s'inspirant d'une vieille recette qui avait été concoctée pour calmer les Dragonsmalfaisants, les paysans tentèrent d'apaiser le monstre en lui offrant du lait. Une auge gigantesque remplie de lait frais fut déposée dans la cour du château. Apparaissant aussitôt, le ver glissa jusqu'à elle et la vida. Le reste de la journée et la nuit suivante, il demeura tranquille, endormi autour de sa colline. Mais le lendemain matin, en constatant que le lait n'avait pas été renouvelé, la bête fut prise de furie et attaqua tout ce qui se trouvait à sa portée. Les villageois terrifiés coururent se réfugier dans leurs demeures. Par la suite, toutes les vaches furent mises à contribution pour que la créature soit quotidiennement satisfaite.

Parfois quelques hommes plus aguerris que les autres essayaient de tuer le monstre avec des épées ou des lances. Mais même lorsque l'un d'eux parvenait par miracle à couper la bête en deux, les morceaux se réunissaient aussitôt reformant un ver intact qui ne leur laissait aucune chance de réitérer l'exploit ou de prendre la fuite.


Des années s'écoulèrent ainsi, puis John Lambton revint du Proche-Orient. Horrifié par ce qu'il découvrit, il décida de libérer le village de la bête hideuse née des péchés de sa jeunesse. Etant allé consulter une vieille sorcière des environs, il apprit qu'il ne pourrait tuer le monstre que s'il l'affrontait au milieu de la rivière où il l'avait capturée des années auparavant et s'il portait pour ce faire une armure spéciale, recouverte de lames effilées.


Il y avait également une condition pour qu'il réussisse : après avoir vaincu la bête, il devrait occire la première personne qu'il rencontrerait, faute de quoi, la lignée des Lambton serait maudite et pendant neuf générations, aucun des seigneurs du château ne mourrait dans son lit. S'étant fait fabriquer l'armure requise et armé de son épée, John Lambton alla donc affronter la bête manoeuvrant habilement pour la forcer à plonger dans les flots. L'orsqu'ils furent tous les deux dans l'eau, la bête chercha à l'étouffer en le serrant entre ses anneaux mais plus elle serrait plus les lames de l'armure pénétraient dans ses chairs et les tailladaient. Au bout d'un moment, terriblement blessée par l'épée et les lames, le monstre fut coupé en morceaux qui furent emportés par le courant avant d'avoir pu se reformer pour le rendre de nouveau dangereux. Ainsi périt la bête de Lambton.

John Lambton affrontant le ver.

John Lambton avait vaincu le monstre mais il n'avait pas encore dissipé la malédiction. Il courut alors jusqu'au château et son père fou de joie par la victoire de son fils fut le premier être vivant qui se présenta sur son chemin (Avouez que ce n'est pas de chance)... Lorsqu'il le vît, se souvenant de l'avertissement de la sorcière, John Lambton pâlit. Devait-il tuer son propre père pour sauver ses descendants? Il ne put s'y résoudre et tua son chien le plus fidèle à la place du vieil homme espérant que ce sacrifice suffirait. Hélas ce n'étais pas le cas... Pendant neuf générations tous les héritiers du château de Lambton connurent une fin tragique.

Le ver géant était mort, mais sa malédiction comme l'avait annoncé la sorcière demeure à jamais attachée au nom des Lambton...

Idraemir

1 commentaire:

  1. Bonsoir,

    J'apprécie tout d'abord l'intérêt que vous portez à mon travail ainsi que votre louable attention de constituer une bibliothèque de savoirs mythologiques et culturels. Cependant, il aurait été plus charmant de me demander mon avis avant de publier ce texte...

    Je ne dis pas que je suis contre cette action (loin de là, d'autant que vous avez pris la peine de me citer et de ne pas modifier mon travail), mais la prochaine fois, ayez l'obligeance de me consulter avant de publier...

    Je ne risque certainement pas de mordre pour ce genre de requête. Si cette dernière est légitime et ne dénature pas le projet initial du Fatras, tout ce que vous risquez c'est un oui.

    J'espère que nous pourrons travailler à l'avenir en bonne intelligence, je vous souhaite à nouveau une bonne soirée et une bonne continuation dans votre projet.

    Bien à vous,

    - Idraemir

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