dimanche 9 mars 2014

Aigle de sang

Aigle de sang

L'aigle de sang (blóðörn en vieux-norrois) est un mode d'exécution évoqué dans la littérature norroise, dont les modalités varient selon les sources. Il peut s'agir de tailler un aigle sur le dos de la victime. L'aigle de sang peut aussi consister à inciser le dos du supplicié, à séparer les côtes de la colonne vertébrale, puis à les déployer comme les ailes d'un aigle, faisant ainsi sortir les poumons de la poitrine.
Le Þáttr af Ragnars sonum en fait une description réunissant ces deux variantes :
Les fils de Ragnarr firent tailler un aigle dans le dos d'Ella puis séparer toutes les côtes de l'échine avec une épée, de façon à lui arracher par là les poumons.
Le Dit des fils de Ragnarr (3), traduction de Jean Renaud1.

La littérature scandinave médiévale témoigne de quatre victimes de l'aigle de sang : deux personnages historiques et deux personnages légendaires.
La plus ancienne serait le roi de Northumbrie Ella. Une strophe de la Knútsdrápa de Sigvatr Þórðarson (xie siècle) évoque ainsi comment les fils de Ragnarr Loðbrók se vengèrent du meurtrier de leur père :
À Jórvík siégeait
Ívarr qui fit
découper un aigle
dans le dos d'Ella.
—Sigvatr Þórðarson, Knútsdrápa (1), traduction de Régis Boyer2.
La mise à mort d'Ella est aussi rapportée par la Ragnars saga loðbrókar (17) et la Gesta Danorum de Saxo Grammaticus (IX, 5).
Autre victime historique, Hálfdan háleggr (« longue jambe »), fils du roi de Norvège Haraldr hárfagri. Dans l’Orkneyinga saga (8), le jarl des Orcades Torf-Einarr fait subir le supplice de l'aigle de sang à son rival Hálfdan et l'offre à OdinSnorri Sturluson rapporte la mort de Hálfdane dans les mêmes termes Haralds saga hárfagra (30), mais sans mentionner son aspect odinique.
Des personnages légendaires subissent aussi l'aigle de sang. Dans le Reginsmál (26), il est ainsi découpé sur le dos de Lyngvi, le meurtrier de Sigmundr, père de Sigurðr. Le Nornagests þáttr (6) cite cette même strophe, et la développe.
Enfin, dans l’Orms þáttr Stórólfssonar (9), le supplice de l'aigle de sang est infligé par Ormr au géant Brúsi, meurtrier de son frère juré Ásbjörn.
Toutes les sources ne font pas état de l'incision des côtes et de l'extraction des poumons. Le Reginsmál, la Ragnars saga et la Gesta Danorum n'évoquent que le découpage d'un aigle sur le dos de la victime (la Gesta Danorum précisant toutefois que du sel fut ensuite jeté sur les blessures).
Alfred Smyth a par ailleurs suggéré que le récit par Abbon de Fleury, dans sa Passio Edmundi, du martyre de Saint Edmond serait le premier témoignage du supplice de l'aigle de sang3.

Les différents exemples fournis par la littérature scandinave médiévale ont conduit à suggérer que l'aigle de sang serait un sacrifice odinique ou une façon de venger son père, mais sa signification reste obscure4.


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