samedi 15 février 2014

Une version irlandaise du Dialogue du Corps et l'âme

Une version irlandaise du Dialogue du Corps et l'âme

Corpus of Electronic Texts Edition

Background details and bibliographic information

Une version irlandaise du Dialogue du Corps et l'�me

Author: [unknown]

File Description

Georges Dottin
translated into French by Georges Dottin
Electronic edition compiled by Benjamin Hazard
Proof corrections by Benjamin Hazard , Beatrix Färber , Juliette Maffet
Funded by University College, Cork and
The Higher Education Authority via the LDT Project
1. First draft, revised and corrected.
Extent of text: 4875 words

Publication

CELT: Corpus of Electronic Texts: a project of University College, Cork
College Road, Cork, Ireland—http://www.ucc.ie/celt

(2004) (2008)
Distributed by CELT online at University College, Cork, Ireland.
Text ID Number: F207005
Availability [RESTRICTED]
Available with prior consent of the CELT programme for purposes of academic research and teaching only.

Sources

    Manuscript Source
  1. Paris, Bibliothèque Nationale de France, fonds celtique, no. 101 (An eighteenth-century book of prayers belonging to James Purcell) p. 76–102.
    Secondary literature
  1. For literature about the Apocrypha, click on http://celt.ucc.ie/Apocrypha.pdf
  2. A website dedicated to the Latin works of Robert Grosseteste (c. 1170–1253), with extensive source material, is available at http://www.grosseteste.com/
  3. Henri Gaidoz, Le débat du corps et de l'âme en Irlande, Revue Celtique 10 (1889) 463–70.
  4. St. John D. Seymour, 'The Eschatology of the Early Irish Church', Zeitschrift für Celtische Philologie 14 (1923) 179–211.
  5. St. John D. Seymour, 'Notes on Apocrypha in Ireland', Proceedings of the Royal Irish Academy 26 (1926) class C: 107–117.
  6. St. John D. Seymour, Irish Visions of the Other-World: A Contribution to the Study of Medieval Visions (London 1930).
  7. Louis Gougaud, Christianity in Celtic lands: a history of the churches of the Celts, their origin, their development, influence and mutual relations by Dom Louis Gougaud, translated from the author's MS. by Maud Joynt (London 1932; reprinted Dublin 1992).
  8. Brian O'Dwyer Grogan, The Eschatological Doctrines of the Early Irish Church, [unpublished doctoral dissertation] (Fordham University 1972).
  9. David N. Dumville, 'Biblical Apocrypha and the Early Irish', Proceedings of the Royal Irish Academy 73 (1973) C: 299–338.
  10. Martin McNamara, The Apocrypha in the Irish Church (Dublin: DIAS 1975; corrected reprint 1984).
  11. Bernard McGinn, Apocalypticism in the middle ages: an historiographical sketch, Medieval Studies 13 (1975), Pontifical Institute of Medieval Studies, Toronto, 252–286. Reprinted in: Bernard McGinn, Apocalypticism in the Western Tradition (Brookfield, Vermont 1994).
  12. The Irish Adam and Eve story from Saltair na Rann. 2 vols. Vol. I: Text and translation by David Greene and Fergus Kelly; Vol. II: Commentary by Brian O. Murdoch. (Dublin: DIAS 1976).
  13. Bernard McGinn, Visions of the End: Apocalyptic Traditions in the Middle Ages (New York 1979).
  14. Máire Herbert, Martin McNamara (eds.), Irish Biblical Apocrypha. Selected texts in translation, Edinburgh 1989.
  15. Martin McNamara, 'Early medieval Irish eschatology'. In: Próinséas Ní Chatháin and Michael Richter (eds.), Ireland and Europe in the early Middle Ages, learning and literature: Irland und Europa im früheren Mittelalter, Bildung und Literatur (Stuttgart 1996) 42–75.
  16. Thomas O'Loughlin, 'The Celtic homily: creeds and eschatology'. Milltown Studies 41 (1998) 99–115.
  17. J. C. Vanderkam, Calendars in the Dead Sea Scrolls: Measuring time (London, New York 1998).
  18. Milton McCormick Gatch, Eschatology and Christian nurture: themes in Anglo-Saxon and medieval religious life, (Aldershot 2000).
  19. Benjamin Hudson, 'Time is Short: The Eschatology of the Early Gaelic Church', in: Caroline Walker Bynum and Paul Freedman (eds.), Last Things: Death and the Apocalypse in the Middle Ages (Philadelphia 2000) 101–23.
    The edition used in the digital edition
  1. Georges DottinUne version irlandaise du Dialogue du Corps et l'�me in Revue Celtique. volume 23, Paris, F. Vieweg (1902) page 8–39

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Project Description

CELT: Corpus of Electronic Texts

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Interpretation
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Canonical References

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Profile Description

Created: Translation by Georges Dottin (c.1901)

Use of language

Language: [FR] The text is in French.
Language: [LA] Some text is in Latin.

Revision History

  • (2012-02-17)Juliet Maffet (ed.)
  • File proofed; some corrections made.
  • (2008-10-10)Beatrix Färber (ed.)
  • XML file created; header modified; keywords added; file validated.
  • (2004-10-15)Beatrix Färber (ed.)
  • File proofed (2); HTML file created.
  • (2004-10-14)Benjamin Hazard (ed.)
  • File proofed (1); header constructed and bibliography adapted from companion file; structural and content markup applied; file parsed.
  • (2004-10-04)Benjamin Hazard (Data capture)
  • Text captured by scanning.

Corpus of Electronic Texts Edition: F207005

Une version irlandaise du Dialogue du Corps et l'�me: Author: [unknown]


p.9

Discours de l'�me

O misérable chair impitoyable, ô noix avide des passions, ô cimetière de malédiction et d'audition rude, qu'est-ce qui t'a mise sous cette forme-ci, sans figure, sans face, sans nourriture, sans vêtement, sans force, sans activité, sinon le seul péché? Qu'est-ce qui t'a jetée sans bien-aimé, sans serviteurs, sans famille, sinon le péché? Quelle est la chose qui a mis sens dessus dessous tes pensées envieuses et mondaines sinon l'orgueil, et l'honneur, ton nom et ta gloire; n'était-ce pas au point du jour que tu as fait toutes les mauvaises actions que tu as faites; n'est-ce pas toi qui étais hier joyeux, connu, orgueilleux, réjoui, arrogant et follement audacieux dans ce

p.11
pauvre monde trompeur, plein de vanité et de folie? quoique tu sois aujourd'hui sous un monceau de terre, sans considération, sans pages, tu étais d'un orgueil étonnant, insensé jusqu'a maintenant. Où est le patrimoine, ou la terre, ou l'héritage que tu recueillais autrefois, où sont les cours ou les châteaux que tu as élevés, où est allé le bétail, le clan, l'abondance que tu t'étais procurés? Où sont la famille, les femmes, le plaisir, la boisson, la musique, la société, les gens de service et de ta suite que tu avais à volonté?
En vérité, c'est un songe que tu as vu, mais comment te plaît maintenant cette vile demeure où tu es maintenant couché toi seul dans la tombe, sans compagnon de lit, sinon les vers de terre qui te rongent. Hélas, hélas! il est malheureux que ce corps-ci se soit entretenu avec tant de plaisir pour eux; vois maintenant le sommet de ta maison qui tombe sur ton nez sans qu'il te soit permis de te retourner jamais; tes yeux sont fermés, ta bouche close, ta langue sans parole, tes oreilles sans ouïe, tous tes sens altérés, tes qualités disparues, sauf seulement la pesanteur; elle est partie ta vigueur,

p.13
l'adresse de tes mains, ta valeur, ta bravoure; elle est partie ta réunion et assemblée de plaisir et de médisance, tes amis et tes compagnons de chaque côté de toi; elle s'est brisée la fleur de ta vie, et la belle forme de ton union avec ta femme, tes enfants, ta race, et tout à jamais, en sorte que tout le monde est plein d'horreur devant toi. Désormais le chagrin et la douleur de ta perte n'accableront pas plus longtemps ta compagne, car l'élégance et l'ordonnance de ton corps et de ta beauté sont souillés et il est dommage que tu ne sentes pas de trouble ni de détresse quand tout près de toi sont les peines éternelles et durables et la cohabitation comme esclave avec le diable dans la ville sale et obscure de l'enfer' et [l'âme] a dit: ‘ma malédiction sur toi, ô chair qui pique et blesse, enfin; notre union n'est pas permanente, ô terre vide, malheur à celui qui m'a donné comme compagnon ou comme compagne toi mauvaise femme corruptrice maudite, tes passions sont mauvaises, ô serpent horrible, c'est toi qui m'a corrompue, elle est pitoyable, l'intelligence dans la maison de l'enfer pour payer ton ivresse et me voilà pour longtemps dans la peine.’

p.15

Réponse du Corps à l'�me

Après que l'âme eut fait cette lamentation et cette plainte, le corps se leva debout tout comme s'il eût été vivant, et après avoir poussé un grand soupir et une plainte, voici ce qu'il dit: 'Que m'as-tu chanté avec ces paroles furieuses, n'es-tu pas l'âme qui gouvernait ce corps jusqu'à présent? Si c'est bien toi, ce que tu dis n'est pas vrai, car c'est de toi qu'est venu vers nous tout le mal, par la raison que Dieu t'a créée à l'image et à la ressemblance, toi l'âme toute seule et qu'il t'a donné trois facultés comme l'intelligence, la volonté et la mémoire, outre qu'il t'a donné d'autres divers sens nobles avec un grand nombre de grâces et de dons qu'il t'a donné ensuite, et encore qu'il t'a aimé au point qu'il a donné son fils unique pour te sauver, sur les clous de la croix de la Passion pour te délivrer de l'esclavage du diable; il m'a donné en même temps à toi, moi pauvret pour ton travail et ton service afin que nous fassions de bonnes actions et que nous nous améliorions et que nous ayons le paiement et la récompense pour ce monde-ci, mais en vérité c'était [mettre] des armes dans la main d'un fou, que te donner ces dons-là et il était bien à

p.17
l'homme (?) de te faire du bien. Car tu as brisé le devoir et tu as pris le chemin contraire du vice, pour cette raison que tu es la maîtresse et moi la servante et que c'était toi qui avais la raison et l'intelligence au moyen desquelles tu devais nous diriger ensemble dans cette vie variée du monde. Il est malheureux que ta volonté et ton consentement se soient portés vers les actions mauvaises, misérables, défendues, et certainement puisque tu t'es conduite injustement et inéquitablement, c'est à toi qu'il est plus juste de rapporter tout le mal, et ce n'est pas à moi qui étais sans intelligence, sans raison; ô Dieu n'est-ce pas assez que mon sang et ma chair se fondent, pourrissent et se corrompent pour faire des vers actifs, horribles qui rongent ma chair et mes os dans cette prison dure et étroite où je suis à cause du mal et de tes mauvaises actions, sans me damner éternellement, mais hélas! je suis une personne privée de tout secours' et il dit les vers qui suivent:
  1. Ame qui ne me faisais pas de bien
    va t'en loin de moi, puisque tu as fait ma perte
    dans la force de l'enfer, sujet sans secret
    sera manifeste là notre conflit (?)

p.19

Réponse de l'�me au Corps

‘Je ne te quitterai pas encore’ dit l'esprit ‘mais je me tiendrai devant toi et j'essaierai de rétorquer ton injuste plaidoyer’ et voici ce qu'il dit: 'ô chair mince, creuse, misérable, pauvre petite, pauvre bouche-bée, petit sac hideux et sale, et ô carcasse corrompue, maudite, ô vieille sotte dissolue, scandaleuse, folle, vaine, impudente, affligeante, ô mauvaise conseillère, qui t'a appris à me parler si aigrement? comprends bien (quoique tu parles beaucoup de la vérité sans essayer de la dire) que lorsque je désirais mettre un frein aux mauvaises passions par des peines corporelles: la misère, la soif, le jeûne, les pèlerinages, les longues veilles, le mauvais lit, les pensées pieuses et les prières, c'était alors que la vanité du monde commençait à t'apparaître comme un joyau merveilleux, en sorte qu'elle a attiré à elle complètement la force de tes sens et de façon que tu as abandonné toute action bonne et toute mouvement de conscience et l'enseignement de la prédication que tu as reçue autrefois de Dieu, éteignant la lumière de l'intelligence, mangeant, buvant, t'enivrant, enfreignant les commandements, évitant la vertu, parlant avec légèreté, donnant leur plaisir aux sens du corps sans cesse jusqu'à que les brandons et l'épouvante de la mort t'aient pris dans les filets damnés du vieux péché, jusqu'à ce que tu sois tombé

p.21
tout d'un coup dans ce lit de douleur où tu es, du milieu du plaisir et de la richesse, et sans rien de ce que tu as possédé, sauf le seul linceul; maintenant, il est vrai que c'était à moi à te gouverner loin de l'orage et de la faiblesse et de l'iniquité de cette vie, car c'est moi qui avais la suprématie sur toi; cependant puisque tu m'as corrompu par d'agréables séductions mondaines en te rendant un hommage fragile et caduc, je te dis en vérité que c'était toi la grande cause des maux pour nous. Mais désormais nous ne pourrons plus faire pénitence.' Après que le corps eut compris que le discours de l'esprit était juste, il cria et hurla pleurant et déplorant ses fautes et il se mit à crier vers sa mère Eve et dit:
  1. Elle ne sut pas payer entièrement l'amende;
    c'est malheureux pour moi qu'elle ne leur soit pas
    une femme qui alla à travers un verger [restée (?)
    m'enleva mon âme pour une pomme.

Réponse du Corps

Le corps répondit à l'âme par des paroles lamentables et voici ce qu'il dit: 'ô cher ami maintenant nos crimes sont mis en présence de Dieu et du monde et devant notre seigneur

p.23
Jésus-Christ parce que après qu'il nous eût rachetés cher et avec des peines indicibles, nous avons laissé perdre le prix du sang et de la chair et gratis pour peu de bien et pour le plaisir mondain qui dure peu; et pour payer cela nous sommes maintenant à brûler en compagnie l'un de l'autre [voués] aux peines éternelles et durable par la justice de Dieu; nous n'avons pas commis le même crime tous deux pour la raison que c'était toi qui devais bien gouverner la vie et pour cela il est plus juste de t'imposer la sentence la plus lourde et la plus dure, car il est possible de le prouver par une foule de raisons; s'il t'était agréable d'adorer parfaitement Dieu illustre et tout puissant, et de ne pas rendre au monde ni au corps sur le conseil du diable l'honneur [dû à] Dieu mais l'aimer d'un amour craintif, sûr, filial, par dessus toute créature, il nous arriverait du bien encore; si tu te faisais juste et équitable entre le puissant et le pauvre et [s'il t'arrivait] de ne pas poser ta forte main lourdement sur le faible, mais de faire la charité aux endettés pour Dieu et protéger les orphelins et les veuves et ne pas commettre de manquement à l'égard de l'église, on nous ferait à la fin miséricorde; en troisième lieu, si tu évitais la mauvaise compagnie des gens méchants, corrompus

p.25
et maudits qui se tournent vers tout mal sans conscience, jouant, commettant l'adultère, se vengeant par trahison, commettant l'homicide, rongeant et critiquant les autres personnes, faisant de grands serments, insultant Dieu et les saints par des parjures, par blasphème par des testaments diaboliques, déréglés nous ne serions pas damnés ainsi à jamais et la vanité n'eût pas pris chacun de nous; maintenant il m'est arrivé d'être lié et marié avec toi dans notre vie et j'ai eu part à tes avantages terrestres et à tes plaisirs mondains; mais il est vrai que le bien ne se perd pas et que le mal [ne reste pas] sans vengeance, mais voici pour ta malice mon salaire que tu vois maintenant devant toi, et les membres où nous avons fait les fautes qui sont à toi, se remplissent de putréfaction, de corruption, et une mauvaise odeur s'en exhale; de la vermine, des vers, des reptiles, des serpents venimeux et les démons de l'air passent par la clavicule de ma poitrine et de mes oreilles, par la fenêtre de mes sens, et par la demeure de mon sein, et pire que cela est la résidence mince, étroite, où je suis serré fortement et enfermé seul jusqu'au jour du Jugement Dernier. Hélas, hélas, ils me tourmenteront souvent sans pitié et ce n'est rien encore. Je sais que je ressusciterai un jour en ta compagnie, mais hélas ce n'est pas là un changement excellent de la tombe à la montagne de Sion et de là aux feux de la fournaise de l'enfer, lieu où nous serons pour notre châtiment pendant que Dieu sera à jouir de la gloire; de la mort à la mort qui est venue par dessus toute la terreur, de vie en vie, de peine en pénitence, sans fin, sans terme. C'est triste d'aller à la mort à chaque moment sans qu'il soit en notre pouvoir d'aller au néant mais être sans fin, sans terme, vivant éternellement de crainte! O chrétien de mon cœur, que ces paroles te

p.27
donnent de la crainte et repens-toi, comprends bien ces vers, qui sont devant toi:
  1. bois desséché, os du corps,
    couverture fausse de chair, mon membre
    terre sans fruit, argile du corps,
    je suis terre et une âme dedans;
    la terre de mon ami plus que la terre d'un autre
    je ne la connais pas dans la tombe;
    ici il est dans ma main et je ne le connais pas
    [l']os de celui que je connaissais.

Cri de Douleur de l'�me

C'est alors que l'esprit poussa un hurlement pitoyablement triste et cria un chagrin immense, furieux, amèrement, aggressivement et activement et avec intensité et sans arrêter, et voici ce qu'il dit: 'Hélas, hélas, il est malheureux que je sois né, hélas, hélas, il est malheureux que j'aie été engendré, hélas, il est malheureux que j'aie été mis dans ce corps horrible; malheur à moi que je n'aie pas été pierre ou bâton de nature, choses innocentes. Mes sept malédictions sur le jour de ma naissance, il est malheureux qu'il n'y ait pas eu d'arbres et de pierre, de vent et d'air, d'astres et d'étoiles de l'univers en général pour me jeter au néant dans le sein de ma mère avant que je ne vinsse sous cette forme devant mon Seigneur, mais [je me demande avec] angoisse pourquoi Dieu m'a créé alors qu'il savait que j'étais sur le chemin de la damnation, mais elle est bénie, juste, heureuse la condition des bêtes brutes, car toutes iront au néant âme et corps, après leur

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mort, à leur façon, sans damnation; ô roi du ciel il est malheureux qu'il n'en soit pas de même du pauvre pécheur après la mort, et son sort ne serait pas amer, à la fin, mais hélas, il est amer et très amer, comme je le vois', et c'est alors que l'âme eut un accès de larmes et de chagrin et récita ces paroles:
  1. mon cri, c'est que mon sort est pitoyable
    il est pitoyable que je sois vivant à cette heure-ci;
    pourquoi ai-je commis des fautes horribles
    contre Dieu et le bien de mon âme?
    car je ne suis pas de la race qui est venue d'Ève,
    mais créature m'a crée le roi des grâces
    pour la vie éternelle, satisfaite
    par la volonté de la chair c'est le malheur qui est arrivé.
    C'est une pitié que j'ai vu ce jour
    dans lequel j'ai perdu tout profit
    le royaume de Dieu, par orgueil,
    pour le monde, à rechercher le renom;
    puisque le plaisir est regret et affliction.
    être toujours en des peines amères
    pendant les siècles des siècles, à cause de mon seigneur
    dans la maison d'enfer, sans assemblée de renom;
    des peines de l'enfer est trop grande ma plainte;
    ô roi des armées, toute chose n'est pas bonne
    que je sois jamais allé dans le monde c'est pitoyable
    puisque pour moi la fin est d'être dans un lit froid etc.

Question du Corps a l'�me

C'est alors que le corps parla à l'âme pitoyablement et follement après cette lamentation funèbre au dessus de la fosse et voilà ce qu'il dit: ‘Je t'exhorte, ô esprit’, dit-il, 'à me raconter quelles sont les peines les plus grandes que tu as vues en enfer, ou si la troupe damnée a un motif d'espoir [tiré de] la

p.31
miséricorde ou de la passion du Christ et de plus s'il y a avantage pour les hommes nobles, honorés, pour les rois, pour les grands seigneurs, ou pour les prélats, d'avoir eu jusque-là la souveraineté de ce monde, ou s'ils ont un motif d'espérer qu'ils pourront se racheter par un patrimoine, une terre ou un héritage, de l'or, de l'argent ou toute [espèce de] bien.' In inferno nulla est redemptio. Luc, 11.

Réponse de l'�me

‘O chair’, dit l'esprit 'ta question est dépourvue d'intelligence, de raison, comme était souvent jusqu'à maintenant ta conversation, pour cette raison: jusqu'à ce que l'on compte les étoiles du ciel, le sable du rivage et l'herbe de la mer, jusqu'à ce que l'on dessèche la grande mer dans ses moindres gouttes, il n'est pas possible de le dire ou le raconter à cause du nombre et de la diversité, car la demeure des peines est sauvagement située à l'exact milieu de la terre, profondément cachée, en sorte que un homme y prendrait plein sa main d'obscurité; et ce n'est rien encore, tu verras tout ce qui t'arrivera de malheureux, et tu ne verras rien de ce qui t'arrivera d'heureux, mais tu auras besoin de tout et tu ne pourras avoir rien de ce dont tu auras besoin, sauf la mort au bout de chaque instant et ainsi tu seras continuellement [en proie] au dessèchement de la mort; tu te renouvelleras pour la mort, et toi ainsi d'ordinaire, [tu seras] sans mort, sans vie, de manières différentes, pour l'éternité; tu seras plein d'incrédulité, plein de toute maladie et trouble dans fournaise enflammée des peines, lieu où il y a beaucoup de puanteur et de mauvaise odeur, lieu où il y a famine, peste et faim, lieu où il y a cri, soupir, et flot

p.33
de larmes, lieu où il y a mélodie pitoyable, triste des démons et des diables très durs, violents, servant et dispensant les peines indicibles du feu aux damnés selon la grandeur et la mesure de leur péché; mais il y a une chose encore; il y en a une troupe pour les tourmenter de diverse façon, les battre et les couper, une troupe pour les faire dissoudre et les dépouiller, une troupe pour les rôtir et les servir, une troupe pour les cuire et les couper en poix, et en résine et en autres métaux variés et en fleuves bourbeux de feu; du soufre et de la souillure sur leur face et leur figure à chaque grande peine nouvelle; où ils sont il y a des serpents venimeux et des bêtes horribles qui vont sur chacun de leurs membres pour les mâcher et s'enrouler autour d'eux; ils sont dans des feux que n'éteint pas l'eau et dans une neige qui ne fond pas au feu, sur des pierres de glace et, infortune de leur tourment, ils font un saut dans le chaleur et un autre saut dans le froid et un autre dans la fournaise de feu qui les jettent dans la gueule des nombreuses bêtes énormes, infernales, jusqu'à ce qu'elles les rejettent à travers toute l'horreur sens dessus dessous vers les mêmes tourments et il y a les vers de leur conscience maudite à témoigner contre eux, que c'est juste et équitable d'être dans cette puante captivité; le désespoir les dessèche, l'intelligence les coupe, la volonté les scrute et l'accès de colère les étouffe, le flot des péchés les balaie et ils seront ainsi à réclamer et à faire des reproches à la Trinité pendant les siècles des siècles.
Quant l'autre question que tu m'as posée, ô chair, comment sont les princes du monde en enfer, le fils de Pélée, César Dominus, l'orgueilleux Alexandre et les rois vaniteux du monde et de la terre carrée sont dans des peines chères désagréables, mais il y a une chose: c'est la pire et la plus lourde peine le piloris où sont les mauvais gouverneurs de Christ, prélats de l'Eglise partiaux dans leurs jugements tous, car il y a hypocrites, les homicides, les luxurieux horribles, les voleurs, et les meurtriers du monde dans le fin fond de l'enfer à cause du nombre des peines et tous les autres selon ce que méritent leurs actions en ce monde.
Enfin reçois de moi la solution de la troisième question que

p.35
tu m'as posée: si l'on fait miséricorde à la foule des damnés ou si on les rachète; sache que, quand même les saints de la terre prieraient éternellement, et les ordres réguliers du monde jeûneraient jusqu'à la mort et les justes du monde donneraient les biens de la terre par charité pour l'âme d'une seule créature, si elle était dans le fond de l'enfer, ils ne pourraient la secourir ou la racheter de ses fautes pour la raison qu'il n'est pas possible aux anges du ciel pour l'or du monde de donner la plus petite aide à la foule des damnés. In saecula seculorum.
  1. Elle est douloureuse la demeure cuisante de l'enfer
    l'étincelle cuisante les a trouvés ici-bas;
    La forteresse très étroite de l'esclavage
    Prison des peines.
Pense, ô chrétien de mon cœur que ces paroles sont vraies et mettez un frein aux mauvais désirs.

p.37
Les diables se réjouissent de conduire l'âme en enfer après ce malheureux dialogue entre l'âme et le corps après qu'ils se furent séparés l'un de l'autre; et après que le corps fut tombé dans la fosse et eut entendu la terreur de l'enfer, il vit venir à lui la pauvre âme entre deux diables hérissés, hideux, qui étaient plus noirs et sombres que le charbon d'une forge de forgeron et les poètes et les peintres du monde n'auraient pu dessiner l'apparence ou le portrait de ce susdit couple, ou raconter leur horreur ou leur vilaine forme, et aussitôt après être venus en présence de l'âme, ils fourrèrent leurs deux crocs tordus, recourbés, durs, en fer, deci delà sur l'esprit damné et le jetèrent entre eux pour le tourmenter vers les portes effroyables de l'enfer et lui de crier et de hurler. Il vint alors à leur rencontre des armées de diaboliques démons se réjouissant de damner cette âme chrétienne, car ils trouvaient doux et amusant de célébrer cette victoire, et c'est pour cela qu'ils lui faisaient des remercîments pour les services [qu'elle leur avait rendus] dans le monde, car il y avait nombre d'autres gens qu'elle avait corrompus par le mauvais exemple, l'ivresse, la débauche, et à la suite de cela, elle aurait un salaire et une récompense de Lucifer, à savoir: être à brûler et à se consumer près de lui dans la fournaise des peines, à jamais, entendant les batailles des diables, le rugissement des bêtes démoniaques, les fléaux de la troupe des damnés, et des diables de chaque côté d'elle, sans commencement, sans fin désormais, sans cesse et éternellement. La pauvre âme tremblait terriblement après avoir vu l'enfer ouvert et les châtiments prêts à la saisir

p.39
et elle dit: ‘O fils unique de Dieu, fais miséricorde à ta pauvre créature’, et alors les diables crièrent en se moquant d'elle et dirent: ‘Il est trop tard pour que tu appelles à l'aide et [que tu invoques] le nom de ton seigneur Dieu, et c'est injuste à toi, puisque c'est nous que tu servais et que tu obligeais pendant ta vie, que ce ne soit pas à nous que tu demandes secours et protection maintenant, après que la sentence de damnation est portée contre toi; et tu viens dans nos mains, sans espoir de nouveau jugement ni permission d'appel, jamais pour toi, et pour cette raison, comprends désormais que tu vas ressembler à notre nature, comme tous les diables, et que tu vas maudire Dieu éternellement’ et après avoir dit cela, ils firent rouler ce malheureux esprit dans la masse de feu et ils le jetèrent dans la gueule de l'enfer dans le feu, et l'heure ne tarda pas pour la pauvre âme où elle vint à désespérer de Dieu et de la cour céleste et elle se mit à provoquer le dieu unique et les anges et elle dit les vers qui suivent:
  1. puisque mon seigneur m'abandonne
    ce n'est pas la peine de lui demander des grâces;
    Je renonce à la gloire, je renonce à Dieu;
    nous ne serons plus à tendre vers eux(?)
G. Dottin.

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