lundi 18 novembre 2013

L'Epouse du Croisé

1. Le temps que va durer
La guerre où l'on me demande d'aller,
A qui donner
Ma chère épouse à garder?
- Qu'elle vienne chez moi,
Mon cher beau-frère, c'est mieux ainsi.
Mes demoiselles
Offriront leur logis.

2. Elle pourra loger
Près d'elles, ou - ce sera de bon coeur -
Avec les dames
Dans notre salle d'honneur.
Elles viendront s'asseoir
A la même table, leurs repas
Seront servis
Dans un unique plat.

3. Bientôt des chevaliers 
Se pressaient, spectacle étonnant à voir,
Au Faouët 
Dans la cour du vieux manoir, 
Croix rouge sur l'épaule, 
A cheval et bannières au vent 
Venus quérir 
Le seigneur en partant. 

4. Ils n'était pas encor
Bien éloigné du manoir qu'à sa femme
On adressait
Ce commandement infâme:
- Otez-moi cette robe 
Rouge: une blanche passez donc
Pour, sur la lande,
Garder les moutons!

5. - Quel tort vous ai-je fait?
Mon frère, dites-le moi, je vous prie!
Je n'ai jamais
Gardé mouton de ma vie.
- Jamais, vraiment? Fort bien! 
Voici ma lance pour vous montrer, 
Et au plus vite,
Comme on devient berger! -

6. Sept ans, sept ans durant, 
Elle ne fit rien que se lamenter.
Puis un beau jour
On l'entendit qui chantait.
. Un jeune chevalier
Qui revenait juste de l'armée 
Ouït son doux chant
Sur le mont résonner.

7. - Halte! mon petit page.
Tiens la bride de mon cheval. J'entends
Sur la montagne
Chanter une voix d'argent.
J'entends une voix douce
Chanter sur le mont. Sept ans, je crois,
Que le l'ouïs
Pour la dernière fois.

8. - Jeune fille, bonjour,
Bergère de la montagne! Avez-vous
Si bien dîné
Que votre chant soit si doux?
- Oh oui! Grâces en soient 
Rendues à Dieu, j'ai fort bien dîné
D'un bout de pain
Sec qu'ici j'ai mangé.

9. - Jeune fille jolie,
Dites-moi, vous qui gardez les moutons:
Dans le manoir
Là-bas m'hébergera-t-on?
- Oh oui, certainement
Vous aurez le gîte et, s'il le faut,
Une écurie
Pour mettre vos chevaux.

10. Ainsi qu'un lit de plume
Où vous reposer, tout comme autrefois,
Je le faisais,
Quand j'avais un mari, moi.
Ce n'était point alors
Dans une étable que je dormais,
Ni dans l'écuelle
Du chien, que je mangeais.

11. -Où donc, ma chère enfant,
Où donc est votre mari? Car je vois
Un anneau de
Mariage à votre doigt.
Pour aller à l'armée,
Seigneur, j'ai vu partir mon époux
Il était blond,
Mais oui, blond comme vous.

12. -S'il avait les cheveux
Blonds comme moi, ne serait-ce point lui
Regardez bien
Mon enfant, qui est ici?
- Oui, je suis votre dame,
Votre amie, votre tendre épousée!
Vraiment je suis
La Dame du Faouët!

13. - Laissez là ces moutons
Car nous allons de ce pas au manoir
Qu'il me tarde
Après si longtemps de revoir.
- Bonheur à vous, mon frère,
C'est votre frère qui vous le dit.
Comment va mon
Epouse, est-elle ici?

14. - Elle est, - entrez mon frère,
Comme autrefois, je vous trouve pimpant! -
Avec les dames
A Quimperlé maintenant.
Elle est à Quimperlé
A une noce. Vous la verrez:
Dans un moment
Elle sera rentrée.

15. - Tu mens, toi qui en as
Fait une gardienne de moutons,
La traitant comme
La dernière des souillons!
- Tu mens, ouvre les yeux!
Car elle est là, derrière la porte.
Oui, la voilà!
Vois comme elle sanglote!

16. Vas-t'en cacher ta honte!
Vas-t'en, et sur le champ, frère maudit!
Ton coeur est plein
De malice et d'infamie!
Si ce n'était ici
La maison de mes propres parents,
Je rougirais
Mon épée de ton sang!

Traduction Christian Souchon (c) 2008

http://chrsouchon.free.fr/kroazouf.htm

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