vendredi 16 août 2013

Sur les Nornes

Les Nornes, les Dises, les Haminjur et les Valkyries sont décrites dans la plus grande confusion si bien que j’ai dû créer une documentation spéciale sur elles, que voici.


Voilà les textes principaux qui me permettent d’affirmer que les Nornes sont trois géantes pleines de force et de connaissance (et ‘donc’ connaissant les runes), elles ‘disent’ l’örlög (le destin) et nul ne peut s’opposer à leur paroles. Elles sont les seules hamigjur du monde, c'est-à-dire qu’elles accompagnent la destinée du monde comme la hamingja de chaque famille accompagne la destinée des membres de la famille, et leur porte chance.

Völuspá
8
Teflðo í túni,               Ils (les Dieux) jouent au ‘tafl’ dans la haie,
teitir vâro,                  de gaité pleins,
var þeim vettugis             était à eux aucun
vant or gulli,               manque d’or, [‘ils ne manquaient pas d’or’]
unz þriár komo, jusqu’à ce que trois viennent,
þursa meyar                géantes jeunes filles
ámátcar miök             (avec) ‘force de géant’ beaucoup,
úr Jötunheimum.             hors des habitations des géants (Jötunheim).


19
Ask veit ek standa,                        Un frêne je sais qu’il est debout
heitir Yggdrasill,                   il s’appelle Yggdrasill,
hár batmr, ausinn             haut arbre, arrosé
hvíta auri;                               de blanche boue ;
þaðan koma döggvar                      d’où viennent les rosées
þærs í dala falla,                qui dans la vallée tombent,
stendur æ yfir grænn             il est debout toujours au-dessus vert [‘toujours vert au-dessus de’]
Urðarbrunni.                         [yfir = au-dessus de] la source d’Urdhr.

20
Þaðan koma meyiar,                        De là viennent les jeunes filles
margs vitandi,þriár,             très connaissantes, trois,
ór þeim sal [ou sæ] er und þolli stendr; hors de leur demeure [ou mer salée] se tenant sous l'arbre
Urð héto eina, aðra Verðandi, Urdhr se nomme l'une, l'autre Verdandhi,
- scáro á scíði -                      - elles gravent des bâtons -
Sculd ena þriðio;                         Skuld est la troisième;
þær lög lögðo,                         qui légifèrent les lois
þær líf kuro                             qui marmonnent [façon de dire: elles prononcent des mots magiques] les vies
alda börnom,                         aux enfants de l'âge, [les vivants]
ørlög seggia.                           l'ørlög elles énoncent.

Vafþrúðnismál 

Óðinn dit:
48.

Hverjar ro þær meyjar,             qui sont ces jeunes filles
er líða mar yfir,                 qui glissent sur la mer
fróðgeðjaðar fara?               [fróð-geð-jaðar:] connaissant-esprit-ées elles voyagent. [elles voyagent, leur esprit empli de connaissances]

Vafþrúðnir dit:
49.
Þriár þjóðár                           Elles trois [comme de] puissantes rivières
[Certains éditeurs donnent þjóðir (peuples) mais Gering précise que les manuscrits codex regius et codex arnamagnaeanus donnent á, donc on lit þjóð-ár : puissantes rivières]
falla þorp yfir                                     tombent sur le village [notre monde]
meyja Mögþrasis,                  jeunes filles [enfants, filles] de Mögþrasir [Mög-þrasir : fils-vantard, il se vante de ses fils]
[Þriár meyja Mögþrasis þjóð-ár falla yfir þorp: Les trois filles de Mögþrasir, comme de puissantes rivières, s’abattent sur notre monde]
hamingjur einar                Hamingjur seules
þeira í heimi eru                   elles dans la maison [des humains] sont
þær með jötnum alask.             bien qu’elles avec les Jötuns soient élevées.
[elles sont les seules Hamingjur qui sont en notre monde, bien qu’elles aient été nées Jötunn]


Hamðismál

30.

kveld lifir maðr ekki une soirée vit un humain ‘non’
eftir kvið norna. après le mot des Nornes.
[Aucun humain ne survit à la parole (elles ‘disent’ le destin, ok ?des Nornes]

Fjölsvinnsmál
47.
Urðar orði d’Urdh le mot [ce qu’elles disent]
kveðr engi maðr, (ne) défie aucun humain
þótt þat sé við löst lagit. même si soit par bévue placé [même si (le mot) est placé par bévue]

Forspjallsljóð ou Hrafnagaldr Óðins

2.
Óðhrærir skyldi Óðhrærir devrait
Urður geyma Urðr garder [Urðr devrait garder Óðhrærir]
máttkat verja avec force (le) défendre
mestum þorra. (du) plus grand des mois du milieu de l’hiver (þorri).

þorri est le 4ème mois de l'hiver, en gros, entre notre 8 janvier et 8 février.

Notez bien que le Galdr du corbeau d’Ódhinn (Hrafnagaldr Óðins) n’est pas reconnu comme un poème ‘scaldique’ par les experts. Il est en effet sans doute tardif, mais dire que c’est une ‘forgery’ est absurde : c’est un poème écrit vers le 16ème siècle et il a été rajouté au corpus de l’Edda par les amoureux de la poésie scaldique qui cherchaient à préserver leurs traditions littéraires. Par exemple, Saemund dont le nom a produit « Saemundar Edda » qui a d’abord désigné l’Edda poétique, qu’on connaît surtout par les manuscrits qu’il a sauvés Il l’avait classé parmi ‘ses’ poèmes (et peut-être en est-il l’auteur, d’ailleurs). On trouve ce poème dans trois éditions sérieuses de l’Edda poétique, celle de Rask (1818), celle de Möbius (1860) et surtout dans l’édition la plus célèbre, celle de Bugge (1867) qu’on trouve sur la toile à http://etext.old.no/Bugge/ qui le classe avec le poème scaldique chrétien, le Sólarljóð dans les ‘tillaeg’ (suppléments).
Je cite ici la strophe 2 parce qu’elle désigne Urdhr (c’est à dire les Nornes) comme la gardienne de l’hydromel de la poésie, c'est-à-dire gardienne de la source du pouvoir créatif des Dieux et des humains. C’est bien leur rôle dehamingjur du monde qui est rappelé ainsi.

2. Sur les Dises (une dís, des dísir)

Les dísir sont des divinités qui sont plus proches des humains que les Nornes. D’ailleurs, le mot dís est souvent employé pour désigner une femme. Par exemple, le Reginsmál s. 11 appelle une jeune fille : dís ulfhuguð = une ‘dís à l’esprit de loup’ (ce qui risque d’inspirer certaines !).
Elles accompagnent certains héros, un peu comme les hamingjur accompagnent une famille, mais elles ne portent pas spécialement chance au héros. Au contraire, elles sont plutôt les représentantes de sa destinée, dure en général. Le Grímnismál 53 décrit un guerrier qui a été « haché par le tranchant des épées » et qui va donc rejoindre le Valhöll et commente : úfar ro [=eru] dísir = rudes sont les dísir. Dans le Reginsmál 24. le héros est décrit comme entouré par les dísir :
tálar dísir,                               de traîtresses dísir
standa þér á tvær hliðar             se tiennent à (tes) deux côtés [de chaque côté de toi]
ok vilja þik sáran sjá.                     et vont toi blessé voir [et vont voir à te blesser]

Elles ne sont donc pas spécialement bénéfiques (au contraire de ce que Snorri affirme quand il fait la différence entre Nornir et Dísir) mais elles accompagnent le héros dans son destin. D’ailleurs, plusieurs poèmes ne parlent pas simplement des dísir mais disent spécifiquement þér dísir = tes dísir en s’adressant au héros. En voici trois exemples :
- Atlamál in grænlenzku, s. 28 :
ek kveð aflima             Je dis (que sont) coupés
orðnar þér dísir.    les mots de tes dísir [tes dísir ont coupé les mots , c. à d. ., elles ont coupé ta destinée]
Gunnars slagr s. 9 (vraisemblablement dû à Gunnar Pálsson 1714-1781, et d’après la Viga-Glums saga) dit :
Hugða ek þér dísir …            J’ai pensé à tes dísir …
Sólarljóð s. 25 :
Dísir bið þú þér       Tes Dísir, fais (les) supporter
dróttins mála             les mots du Seigneur (chrétien) …

Elles ont aussi un rôle particulier associé aux femmes en train d’accoucher. Comme le dit le Sigrdrífumál 9.
Bjargrúnar skaltu kunna,             Sauve-runes dois-tu connaître
ef þú bjarga vilt                   si tu sauver veux
ok leysa kind frá konum;             et détacher l’enfant (hors) des femmes;
á lófum þær skal rista             sur leurs paumes devront graver (des runes)
ok of liðu spenna                        et de l’articulation saisir [et saisir l’articulation]
ok biðja þá dísir duga.             et prier les Dísir d’aider.
Et ce rôle particulier permet de comprendre que le scalde qui a écrit le Fáfnismál (strophes 12. et 13) n’a pas ‘confondu’ les Nornes et les Dises. Comme c’est si souvent le cas dans la poésie scaldique, il a appelé les Dises, ‘Nornes’, car le contexte éliminait tout risque d’erreur. Il est évident qu’il parle des Dises quand il dit :
12.

hverjar ro þær nornir,             qui sont ces Nornes
er nauðgönglar ro                    qui ‘détresse-marcheuses’ sont [elles ‘marchent’ avec la détresse]
ok kjósa mœðr frá mögum ?             et choisissent [séparent] les mères de leurs fils ?


C’est pourquoi ce ne sont pas les Nornes, mais les Dises qui ont plusieurs origines :
Fáfnir kvað (dit):
13.
Sundrbornar mjök             Différentes origines nombreuses
segi ek nornir vera,    dis-je les Nornes [ici = les Dises] être,
[je dis que les Nornes sont de nombreuses origines différentes]
eigu-t þær ætt saman,            n’ont pas elles famille même [elles ne sont pas (toutes) de la même famille]
sumar ro áskunngar,             certaines sont Áss-genre [du genre des Ases]
sumar alfkunngar,             certaines Elfe-genre [du genre des Elfes]
sumar dœtr Dvalins.             certaines sont filles de Davlin (un Nain).

Ainsi, alors que les Nornes sont trois géantes, les Dises (de nombre indéterminé, mais grand) sont d’origine variée.
Une autre différence objective entre les Nornes et le Dises est qu’il existait une cérémonie religieuse consacrée aux Dises, le dísablót, alors qu’il n’y avait pas de ‘Nornablót’. Les Nornes sont donc plus éloignées des humains, elles semblent s’occuper plutôt du monde que des destinées individuelles.
En fin de compte, les Dises ressemblent beaucoup plus à la Hamingja qu’aux Nornes. La différence entre les deux est que la Hamingja se ‘spécialise’ dans apporter la chance à une famille alors que les Dises en expriment le destin, qu’il soit bon ou mauvais.


3. Le monde des Nornes

Relisez la citation de la Völuspá s. 19 et 20 pour vous rappeler qu’elles vivent près de la source d’Urdhr qui est au pied d’Yggdrasil. Elles sont donc entre Ásgardh et les mondes situés sous les racines d’Yggdrasil. C’est de là qu’elles sortent ór þeim sal [ou er und þolli stendr; (hors de leur demeure [ou mer salée] se tenant sous l'arbre). Je préfère personnellement la version ancienne qui donne sal mais je ne veux pas entrer maintenant dans une discussion un peu chipoteuse à ce sujet. En tous cas,  n’est évidemment pas absurde. Il est courant d’appeler leur demeure ‘la fontaine d’Urdhr’ ce qui en fait des divinités aquatiques. De plus, rappelez-vous que dans le Vafþrúðnismál, s. 48, Óðinn demande à Vafþrúðnir:

Hverjar ro þær meyjar,             Qui sont ces jeunes filles
er líða mar yfir,                 qui glissent sur la mer, …
ce qui accentue encore leur aspect de divinités aquatiques. Enfin, le Fáfnismál, s. 11, cette fois sans ambigüité entre Nornes et Dises, fait dire à Fáfnir
Norna dóm                             des Nornes la cour de justice
þú munt fyr nesjum hafa             tu dois, face aux rochers qui s’avancent dans l’eau, avoir (unes est un rocher qui se prolonge dans la mer ou un lac, cf. en Écosse le nom ‘Loch Ness’)
ok örlög ósvinns apa, et l’örlög d’un sot singe [un imbécile ridicule],
C'est-à-dire : Tu dois, devant les rochers qui plongent dans l’eau, avoir le jugement des Nornes et le destin d’un grand imbécile.

Ainsi, il est clair que le monde des Nornes est essentiellement un monde aquatique et que, d’après le Fáfnismál, elles rendent même leur jugement depuis les flots. Bien entendu, cela n’évoque absolument de quelconques Vénus anadyomènes, mais des juges sévères debout sur l’eau.
Cet endroit est aussi un endroit d’intense méditation où la magie se crée. C’est pourquoi je vous rappelle la strophe 111 du Hávamál
Mál er at þylja             Il est temps de murmurer (des charmes) [souvent trad. par discourir ou chanter. Voyez le commentaire d’Evans]
þular stóli á                                           depuis des hommes-sages [ou magiciens] la chaire
Urðarbrunni at,                    près de la Fontaine d’Urdhr,
sá ek ok þagðak,                       j’ai vu et fus silencieux,
sá ek ok hugðak,                       j’ai vu et fus pensif,
hlydda ek á manna mál;             j’entendis les (ou : j’ai cédé aux) mots des hommes;
of rúnar heyrða ek dæma, des runes j’entendis l’histoire
né of ráðum þögðu              non d’avis furent-ils (-elles ?) silencieux (-ses) [ils/elles ne furent pas silencieux-ses pour donner leurs avis – les runes ou les hommes ?]
Háva höllu at,                         près du Hall du Haut
Háva höllu í,                           dans le Hall du Haut,
heyrða ek segja svá:                    j’entendis dire cela :

Vous voyez que c’est un endroit où l’on écoute, où l’on est silencieux et où l’on acquiert la connaissance en « entendant l’histoire des runes ». Le poème nous dit aussi que le siège de la sagesse est à la fois près de la fontaine d’Urdhr et du hall d’Ódhinn. Enfin, ne vous laissez par troubler par le style du scalde qui joue sur le ‘près de’ et le ‘dans’ à la fin de la strophe. Il est évident qu’il ne dit pas n’importe quoi (sauf pour ceux qui le méprisent) et qu’il faut comprendre qu’il y a une sorte de fin de phrase après « près du Hall du Haut ». Et la nouvelle phrase, qui va se relier à la strophe 112 est : « Dans le Hall du Haut, j’entendis dire cela».

De façon un peu amusante le poème chrétien Sólarljóð reprend partiellement la description du Hávamál en nous donnant aussi une description du monde des Nornes. Vous vous souvenez que le scalde demande aux Dises de « supporter les paroles du Seigneur (le Dieu des chrétiens) » mais il dit aussi, s. 51, qu’il est allé dans le monde des Nornes :
Á norna stóli                           Sur le siège des Nornes
sat ek níu daga,               je fus assis neuf jours,
þaðan var ek á hest hafinn;             De là étais-je sur un cheval haut;
gýgjar sólir                             des sorciers soleils [des soleils ensorcelés]
skinu grimmliga                   brillant horriblement
ór skýdrúpnis skýjum.             avec des nuages-dégoulineurs (nous) nous rendions (le ciel) nuageux de nuages. [les soleils ensorcelés, brillant horriblement, nous rendions le ciel plein de nuages en les faisant ‘dégouliner’ dans le ciel]

Ainsi, dans le monde des Nornes vu par un chrétien à la tête encore remplie de légendes païennes, le monde des Nornes est éclairé par un soleil mystérieux duquel il pleut des nuages. Je suppose que le fait assis neuf jours « sur le siège des Nornes » est une allusion à Ódhinn, signifiant ‘comme Ódhinn j’ai souffert neuf jours pendu à l’arbre. Rappelez-vous aussi que Ódhinn est resté neuf jours pendu à un vindgameiðr et que meiðr peut signifier arbre mais aussi potence et que la potence est aussi appelée ‘le cheval d’Ódhinn’. Bien entendu, il ne dit pas, comme le fait le Hávamál, qu’il est assis sur la « chaise des sages ». Il est normal qu’un chrétien confonde un peu tous ces « démons » que sont les Nornes et Ódhinn et qu’il place le séjour des Nornes là où se trouve le siège d’Ódhinn.


4. Pourquoi confondre les Nornes, les Dises et les Valkyries?

D’abord, il n’y a pas de raison de confondre les Nornes et les Dises avec les Valkyries. Les valkyries sont les servantes d’Ódhinn et elles exécutent ses ordres sur le champ de bataille. Ce ne sont pas elles qui choisissent qui va mourir mais Ódhinn et les Valkyries sont des exécutantes. La meilleure preuve de ce que j’affirme est le fait que celle qui n’a pas exécuté ses ordres, Sigrdrífa, a été lourdement punie comme vous le savez tous.
Je vous ai déjà donné les textes qui font nettement la différence entre Nornes et Dises. La seule confusion importante vient du Fáfnismál (strophes 12. et 13) qui, en effet, appelle ‘Nornes’ les Dises. Comme je vous l’ai dit, je pense que c’est un effet poétique du scalde qui sait que, du fait du contexte, le lecteur doit ‘évidemment’ se rendre compte qu’il parle des Dises.
Par contre, jamais un auteur n’utilise l’expression « tes Nornes » mais je vous ai donné trois exemple de « tes Dises ».
De plus, voici quelques exemples de la façon dont on parle des Nornes :
Reginsmál 
2 : aumlig norn une lamentable Norne … [mit en forme mon destin]
Fáfnismál 44 : [Quelque chose arrive …fyr sköpum norna du fait de la fatalité des Nornes
Sigrdrífumál 17 : [Les runes sont gravées …á nornar nagli sur l’ongles de la Norne
(et dit qu’il faut supplier les Dises pour favoriser l’accouchement).
Sigurðarkviða in skamma 7 : ljótar nornir skópu oss langa þrá. D’horribles Nornes donnèrent forme à ma longue frustration.
Grógaldr
4. [Il est possible que …] skeikar þá Skuld at sköpum tu changes de voie par ce à quoi Skuld donne forme [elle change ta destinée]
7. [Je prononce des paroles magiques pour que …Urðar lokur haldi þér öllum megum, les protections d’Urdhr te soutiennent toujours.
Guðrúnarhvöt 13 : gröm vark nornum, je fus (prise de) colères contre les Nornes
Hlöðskviða 32 : illr er dómr norna. mauvais est le jugement des Nornes.

On se plaint des Nornes, on les déteste, mais elles sont toujours celles qui donnent forme à la destinée. Pour contre, on ne dit jamais cela des Dises (autrement que ce que je vous ai déjà signalé), on s’en plaint :
Reginsmál 24 : tálar dísir … de traitresses dísir …
Grímnismál 53 : úfar ro dísir, rudes sont les dísir,

Enfin le Hrafnagaldr Óðins parle des trois types de divinité, et il en dit :
1 : vísa nornir … þrá valkyrjur les Nornes montrent … les Valkyries attendent impatiemment
6 : dís forvitin la Dise curieuse
Vous voyez donc bien qu’en fin de compte, il n’y a qu'une seule ‘bonne’ raison de confondre les Nornes et les Dises, c’est cette astuce du Fáfnismál (strophes 12. et 13.).


Références supplémentaires



David A. H. Evans
a donné une discussion detaillée du Hávamál dans les VIKING SOCIETY FOR NORTHERN RESEARCH TEXT SERIES (A. R. Faulkes et P. G. Foote Eds.), 1986. Voici ses commentaires de la strophe 111.

111
Sur cette strophe obscure et discutée voir p. 26 ci-dessus et Hollander 2, 282-7.
              2. þulr semble signifier quelque chose comme ‘sage’ ou ‘voyant’. Le mot se retrouve dans 134, où on instamment recommande à Loddfafnir de ne pas rire d'un þulr chenu, car les vieux parlent souvent sagement, et dans 80 et 142, on dit que les runes sont colorées par fimbulþulr, le puissant þulr (vraisemblablement Óðinn); l'association avec l'âge avancé apparaît également dans deux autres occurrences dans l'Edda : inn Hára þul, se rapportant à Reginn, dans Fáfnismál 34 et inn gamli þulrutilisé pour Vafþrúðnir, dans Vafþr. 9. Dans d'autres poèmes, le mot est appliqué une fois au héros légendaire Starkaðr, au ‘magicien poète’ Þorleifr jarlsskáld, et une fois par le poète Rögnvaldr kali de à lui-même; cela n’est pas attesté en prose mais une inscription runique danoise du début du neuvième siècle de Snoldelev commémore un Gunnvaldr, fil de Hróaldr, þulr de Salhaugar (maintenant Sallev), comme si c'étaient une fonction publique identifiée. Le þyle(d’étymologie commune à þulr) en Vieil Anglais est employé pour designer un orateur et aussi, semble-t-il, scurra et histrio (voir PMLA 77 1962)
              2). þelcræft (évidemment à la place de *þylcræftg) est désigné comme réthorique, et dans Beowulf Unferth, une courtisant du roi danois Hrothgar, aux pieds duquel il est assis, s'appelle Hroþgüres þyleLe verbe des norrois estþylja ce qui est sans aucun doute dérivé du nom, parfois semble signifier ‘chanter, proclamer’ et parfois comme dans le passage actuel ‘marmonnement’ (spécialement le marmonnement de sorts, de sagesse cachée etc.) Cf. str. 17 ci-dessus: il y a également un nom þula ‘catalogue poétique, énigme’. Il y a eu beaucoup de spéculation quant à la fonction originale du þulr : il était le plus probablement un sorte de sage publiquement reconnu, dépositaire du savoir antique et crédité de pouvoirs prophétiques. Mais comme ce concept est évidemment préhistorique et déjà frappe d'obsolescence au temps de nos plus anciens témoignages écrits, il est impossible d’en âtre certain. Pour davantage de discussion voir E. Noreen 2.19-26. W. H. Vogt ‘Der frühgermanische Kultredner’ 250-63. Axel Olri k At sidde pa Höj’ Danske Studier 1909, 1-10. et H. M. and N. K. Chadwick The Growth of Literature 1 (Cambridge 1932) 618-21.
              Urþar brunni at les éditeurs comprennent soit que cela doit être pris comme ce qui précède, soit avec ce qui suit. Mais, puisque la strophe dans son ensemble est tellement obscure, il semble risqué de casser le modèle régulier du Ljóðaháttr en plaçant un arrêt après la première ‘longue ligne’ (c.-à-d. à la fin de ligne 2) ; le seul parallèle serait en 69 mais là, une coupure se produit aussi à la fin de la ligne 3. Völuspá 19 parle aussi de Urðar brunnr , se trouvant sous le frêne toujours vert Yggdrasill, et Snorri indique dans l’Edda ne prose (Gylfaginning ch. 15) que þribja rót asksins stendr á himni, ok undir þeiri roter brunnr sá, er mjök er heilagr, er heitir Urðarbrunnr. Þar eigu guðin dómstað sinn. Dans un fragment d'une poésie chrétienne du dixième siècle, le scalde Eilífr Guðrúnarson parle du Christ se tient sunnr at Urðar brunni (Skj. i 144), évidemment une appropriation chrétienne du concept du Puit du Destin comme siège de la sagesse.


Grímnismál

53.
Eggmóðan val                                    Les tranchant-hachés tués [Les morts, hachés par le tranchant des épées]
nú mun Yggr hafa,                maintenant vont Yggr avoir,
þitt veit ek líf of liðit;                        à toi je garantis vie de peu [je te garantis une courte vie]
úfar ro [=erudísir,                rudes sont les Dises,
nú knáttu Óðin sjá,                     maintenant tu vas Ódhinn voir
nálgastu mik ef þú megir.             viens près de moi si tu peux.

Reginsmál

2.
Andvari heiti ek,                   Andvari je suis nommé
Óinn hét minn faðir,               Óinn est nommé mon père,
margan hef ek fors of farit,             souvent je ‘tanguais’ une rivière durant mes voyages
aumlig norn                            une lamentable Norne
skóp oss í árdaga,                       me forma dans les temps anciens
at skylda ek í vatni vaða.            qui me lie (à ce que) dans les eaux je patauge.

Fáfnismál

Fáfnir kvað:
11.
Norna dóm                             des Nornes la cour de justice
þú munt fyr nesjum hafa            tu dois, face aux rochers qui s’avancent dans l’eau, avoir [un nes est un rocher qui se prolonge dans la mer ou un lac, cf. en Écosse le nom ‘Loch Ness’]
ok örlög ósvinns apa,             et l’örlög d’un sot singe [un imbécile ridicule],
[Tu dois, devant les rochers qui plongent dans l’eau, recevoir le jugement des Nornes et le destin d’un grand imbécile.]
í vatni þú druknar             dans l’eau tu seras noyé
ef í vindi rœr,             si dans le vent tu rames
alt er feigs forað. tout entier est bizarre [ou mourant] l’abîme [ou situation dangereuse].
[tu seras noyé dans l’eau si tu rames dans le vent, l’abîme du mourant est complet (pour toi)]
[[Note: On trouve dans le Þrideilur Rúna, (contenu dans un manuscrit daté de 1660-1680), l’explication suivante à la rune Is: feigur: qvi jam fatali morti appropingvat” (celui qui déjà de fatale mort s’approche) , “forad . puteus hians” (abîme, trou profond)]

Sigrdrífumál


17.
[Les runes sont gravées …]
á nornar nagli                         sur l’ongle de la Norne
ok á nefi uglu.                         et sur le bec de la chouette.
Grógaldr
4.
ef þat verðr,                                        s’il arrive que
at þú þinn vilja bíðr,                                à toi ton désir supporte [ton désir se conforme à toi]
ok skeikar þá Skuld at sköpum.            tu changes de voie par ce à quoi Skuld donne forme [elle change ta destinée]

7.
Þann gel ek þér annan,             Ainsi je chante pour toi en second
ef þú árna skalt                si tu obtiens [deviens]
viljalauss á vegum:                        sans volonté dans les voies [sur ton parcours]
Urðar lokur                            d’Urdhr’ les protections [ou d’étranges et magiques protections]
haldi þér öllum megum,             [qui] tiennent toi tout autour [qui t’enveloppent complètement],
er þú á sinnum sér.                         quand tu (es) dans une lourde marche [alors que tu marches lourdement].
            [Je chante pour toi … les protection d’Urdhr …]

Guðrúnarhvöt

13.
Gekk ek til strandar,                     J’allais jusqu’à la grève
gröm vark nornum,                      des colères j’eus envers les Nornes
vilda ek hrinda             je désirai botter
stríðgrið þeira;                         l’endroit de leur calamité;
hófu mik, né drekkðu,                     elles [les vagues] me soulevèrent, ne me burent pas,
hávar bárur,                           les hautes vagues,
því ek land of sték,                ainsi je me trouvais sur la terre
at lifa skyldak.                         vivre dois-je.

Hamðismál


Hamðir kvað:
28.
[Nous avons tué notre brave frère …]
hvöttumk at dísir, -                         - les Dises nous ont aiguisés [encouragés] -

Sörli kvað:
29.
sem grey norna,                         comme les chiennes des Nornes[les loups]
þá er gráðug eru                   ceux-ci sont avides,
í auðn of alin.                                     en destruction la mesure.

30.
kveld lifir maðr ekki                   une soirée vit un humain ‘non’ [ne survit pas]
eftir kvið norna.                         après le mot des Nornes.
            [Aucun humain ne survit à la parole des Nornes]

Hlöðskviða

32.
Bölvat er okkr, bróðir,            ‘Coincés’ [porteurs de malheur] sommes-nous, frère,
bani em ek þinn orðinn,             fléau je suis de ton ‘mot’ [ton destin],
þat mun æ uppi,                qui un jour sera debout [qui se manifestera un jour]
illr er dómr norna.             mauvaise est la sentence des Nornes.


Forspjallsljóð

Hrafnagaldr Óðins

1.
Alföðr orkar,                          Le Père_de_tous [Óðinn] peut agir
álfar skilja,                             les Elfes analysent
Vanir vitu,                              les Vanes [Dieux ancients] connaissent
vísa nornir,                             les Nornes montrent
elr íviðja,                                recoit Iviðja
aldir bera,                               les humains supportent
þreyja þursar,                         attendent douloureusement les Thurses
þrá valkyrjur.                         attendent impatiemment les Valkyries

2.
Óðhrærir skyldi               Óðhrærir should
Urður geyma                          Urðr keeps
máttkat verja                         powerfully defends
mestum þorra.                                    (of) greatest middle-winter months.
[Ce passage fait d’Urdhr la gardienne d’Ódhrærir, l’hydromel de la poésie – source de créativité. Leur rôle de « seules hamingjur du monde » qui est ainsi rappelé.]

6.
dís forvitin                              la dís curieuse [indiscrète]


Sólarljóð
(un poème scaldique chrétien)
25
Dísir bið þú þér                   Tes Dises, fais (les) attendre
dróttins mála                         les mots du Seigneur (chrétien)
vera hollar í hugum;                        (qu’) elles (leurs) soient fidèles en esprit;
[Prie les Dises d’attendre et de rester fidèles à l’esprit des mots du Seigneur;]

51
Á norna stóli                           Sur le siège des Nornes
sat ek níu daga,               je fus assis neuf jours,
þaðan var ek á hest hafinn;            De là j’étais sur un cheval haut;
gýgjar sólir                             des sorciers soleils [des soleils ensorcelés]
skinu grimmliga                   brillant horriblement
ór skýdrúpnis skýjum.                       avec des nuages-dégoulineurs rendaient (le ciel) nuageux de nuages.
[les soleils ensorcelés, brillant horriblement, rendaient le ciel plein de nuages en les faisant ‘dégouliner’ dans le ciel]

Gunnars Slagr (La mélodie de Gunnar)

(Sans doute due à Gunnar Pálsson 1714-1781, et inspirée par Viga-Glums saga)

9. [J’ai vu une lance rougie par ton sang, une potence prête pour le fils de Giuki]
Hugða ek þér dísir                 Je me doute que tes Dises
heimboð gøra.                                    ont une ‘offre de logement’ construit.
Munu ykkr brœðrum                     Elles vont pour tes frères
búin vélræði.                           préparer de trompeuses règles.

11.
Oss hafa nornir             Pour nous ont les Nornes
aldr um lagit,                          un temps autour préparé
[les Nornes nous ont mis dans une période]
örfum Gjúka                           pour [nous] les héritiers de Gjúka
at Óðins vild.                          au bon plaisir d’Ódhinn.




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