vendredi 14 juin 2013

L’alphabet glagolitique croate


L’alphabet glagolitique croate


Du 13 décembre 2012 au 24 février 2013
Palais du Tau

2, place du Cardinal-Luçon
51100 Reims
www.palais-tau.monuments-nationaux.fr
affiche
L’exposition L’Alphabet glagolitique croate — évocation d’une écriture médiévale européenne : du Moyen Âge à nos jours au Palais du Tau à Reims présente pour la première fois au public français quelques-uns des plus importants manuscrits, incunables, missels et monuments écrits au moyen de cet alphabet, qui symbolise en même temps l’appartenance millénaire de la Croatie à la civilisation européenne du livre. Certes, l’écriture glagolitique avait été inventée au IXe siècle par saint Cyrille, co-patron de l’Europe, dans le but d’introduire la liturgie slavonne. Mais à partir du XIIe siècle, l’écriture glagolitique se maintient principalement au sein de l’espace culturel croate, où elle prend progressivement sa forme carrée, et ensuite cursive, appelée « écriture glagolitique croate ». Elle a survécu le plus longtemps sur la côte adriatique de la Croatie, où elle était utilisée pour la rédaction de textes de nature très variée (inscriptions gravées dans la pierre, livres liturgiques, poèmes, légendes, registres paroissiaux, etc.). Cette exposition présente entre autres le Missel glagolitique, le plus ancien missel européen imprimé en caractères autres que latins (1483), ainsi que l’Évangéliaire de Reims (1395), sur lequel les rois de France prêtaient serment le jour de leur sacre.
Missel, 1483
La genèse de l’écriture glagolitique et son développement en Croatie • Le plus ancien alphabet slave, le glagolitique est l’un des deux alphabets créés dans la seconde moitié du IXe siècle par un lettré grec natif de Thessalonique, Constantin le Philosophe, plus connu sous son nom monastique de Cyrille. À la demande du prince Rastislav de Grande-Moravie, l’empereur byzantin Michel III l’envoya en 863, ensemble avec son frère aîné Méthode, en mission parmi les Slaves moraves pour leur enseigner la foi chrétienne en langue slave. À cette fin, Constantin élabora un nouvel alphabet original, au moyen duquel il rédigea en slavon les textes nécessaires à la mise en route de la liturgie dans cette langue. C’est ainsi que la liturgie slavonne et cet alphabet, qui allait s’appeler bien plus tard « l’écriture glagolitique », s’enracinèrent rapidement dans presque tous les pays slaves, y compris la Croatie. Mais dès la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle, cette écriture disparaît généralement dans tous les pays slaves pour être remplacée, à l’Est, par l’alphabet cyrillique, un peu plus récent et, à l’Ouest, par l’alphabet latin. C’est seulement en Croatie qu’elle se maintiendra jusqu’au début du XXe siècle, parallèlement à l’alphabet latin, avec lequel la langue croate s’écrit aujourd’hui. Cependant, selon le souhait de Charles IV, empereur germanique et roi de Bohême, des prêtres glagolisants croates renouvelèrent l’écriture glagolitique et la liturgie slavonne en Bohême, où le roi fonda à cet effet une abbaye bénédictine, connue sous le nom d’Emmaüs de Prague.
L’écriture glagolitique a suivi en Croatie sa propre voie : elle y développa sa forme carrée, à la différence de la forme originale ronde, caractérisée par de petits cercles. Vers la fin du XIVe siècle, apparaissent la cursive glagolitique livresque et la cursive glagolitique de chancellerie. Les lettres de l’alphabet glagolitiques sont formées principalement de traits élémentaires verticaux et horizontaux. Leur graphisme est très symétrique et permet une multitude de ligatures reliant deux, trois ou quatre lettres, et c’est ce qui en constitue à la fois l’originalité et la richesse. L’alphabet glagolitique croate est composé de signes alphanumériques, compte tenu du fait que chaque lettre possède une valeur numérique (qui dépend de sa place dans l’alphabet). En Croatie, cet alphabet a été nommé glagolitique, d’après le vieux verbe slave glagol’ati, « parler », fréquemment employé dans les textes des Évangiles.
Missel du prince Novak, 1368
Inscriptions et monuments • De nombreuses inscriptions ont été gravées en écriture glagolitique un peu partout en Croatie : il a été enregistré un millier d’inscriptions et de graffitis glagolitiques (petites inscriptions gravées ultérieurement à la main, le plus souvent sur les murs des églises) se rapportant à la construction de monastères et d’églises, au mobilier ecclésiastique, à la construction et à l’aménagement de maisons d’habitation. On peut les lire aussi bien sur des cuves en pierre pour l’huile d’olive que sur des plaques funéraires. Parmi les inscriptions glagolitiques les plus importantes figure celle de la stèle de Baška. Datant du début du XIIe siècle, cette grande plaque de pierre (1 x 2 m), trouvée sur l’île de Krk, porte la première mention en langue populaire de l’ethnonyme « croate » — Zvonimir roi croate — qualifiant le souverain de Croatie et de Dalmatie de l’époque. Un moulage grandeur nature est exposé au Palais du Tau.
Stèle de Baška, vers 1100
Manuscrits • L’alphabet glagolitique a été utilisé pour la traduction de textes et de livres bibliques (Psautier, Cantique des cantiques), ainsi que pour les livres liturgiques, les sources fondamentales de la littérature croate médiévale, les documents juridiques (lois, statuts, règles monastiques), les registres paroissiaux (des baptêmes, des confirmations, des mariages, des décès) et autres livres pratiques. Le recueil de lois en glagolitique le plus intéressant est le Code de Vinodol (1288), qui constitue le plus ancien code slave après la Russkaya pravda. Il n’est conservé que dans une copie du XVIe siècle, présentée dans le cadre de cette exposition.
Code de Vinodol, 1288 (copie du XVIe s.)
Les débuts de l’imprimerie • Les Croates introduisirent les caractères typographiques glagolitiques dès la première période de l’imprimerie européenne, c’est-à-dire au XVe siècle, où furent imprimés cinq incunables glagolitiques. L’édition princeps du Missel glagolitique en slavon croate fut publiée le 22 février 1483, donc seulement 28 ans après la Bible de Gutenberg. C’est le premier missel européen à être imprimé en caractères non latins. La perfection des caractères et la beauté de la composition et de l’impression font de lui un chef-d’œuvre de l’art typographique. C’est la première fois que cet ouvrage exceptionnel est présenté au public français. Parmi les ouvrages exposés de très grande valeur figurent en outre le manuscrit du Bréviaire de l’abbé Mavar (1460), l’incunable Bréviaire de Baromić (1493) et le Missel croate (1531). Bien que la langue croate s’écrive actuellement avec l’alphabet latin, les caractères glagolitiques ont été utilisés en imprimerie jusqu’au début du XXe siècle (plus précisément jusqu’en 1905). Or l’écriture glagolitique continue de passionner les Croates, qui la considèrent encore aujourd’hui comme l’un des déterminants de leur identité culturelle.
Bréviaire de l'abbé Mavar, 1460
L’écriture glagolitique en France • Les milieux français ont appris à connaître l’écriture glagolitique au plus tard au début du XVe siècle, époque à laquelle vécut en France Georges de Slavonie, dit aussi Georges de Rayn et Georges de Sorbonne, prêtre glagolisant du diocèse d’Aquilée (vers 1355-1416). Il fit ses études à la Sorbonne, où il fut ensuite professeur. À la fin de 1404, il quitta Paris pour Tours, où il exerça les fonctions de chanoine pénitencier de la cathédrale Saint-Gatien. C’est là qu’il inscrivit de mémoire, l’ayant qualifié d’alphabetum chrawaticum (alphabet croate), un abécédaire glagolitique sur les pages vierges d’un manuscrit latin conservé actuellement à la bibliothèque municipale de Tours. L’écriture glagolitique est signalée en 1538 par le célèbre humaniste Guillaume Postel et, en 1573, dans un livre de Blaise de Vigenère. La Bibliothèque nationale de France possède deux importants recueils glagolitiques croates (Code Slave 11 et Code Slave 73). De son côté, la Bibliothèque Mazarine conserve l’un des trois exemplaires du rituel glagolitique Petit livre du baptême, imprimé à Rijeka en 1531.
Pourtant, l’écriture glagolitique est connue en France surtout grâce à l’Évangéliaire de Reims de 1395, manuscrit dont la reliure était jadis rehaussée d’or et de pierres précieuses. Il est composé de deux parties de format et au contenu identiques, reliées ensemble à une époque ultérieure. La première partie, plus restreinte, a été écrite en alphabet cyrillique ancien au XIe ou au XIIe siècle, et la seconde, plus ample, l’a été en belle onciale glagolitique et en slavon croate dans l’Abbaye bénédictine d’Emmaüs de Prague. Ce manuscrit est décoré de miniatures et de lettrines aux couleurs vives. Il contient un choix de textes extraits des Évangiles, des épîtres et des Actes des apôtres. Conservé d’abord à Constantinople, il a été offert solennellement à la bibliothèque de la cathédrale de Reims par le cardinal Charles de Lorraine. L’Évangéliaire de Reims est aussi appelé Texte du Sacre en référence à plusieurs sources historiques dans lesquelles il est mentionné que les rois de France prêtaient serment dessus lors de leur couronnement. Il est conservé actuellement à la Bibliothèque Carnegie de Reims, qui l’a prêté spécialement pour cette exposition.
Évangéliaire de Reims, 1395
Auteurs et organisateurs • L’exposition a été conçue par Anica Nazor, membre de l’Académie croate des sciences et des arts, et réalisée par la maison d’édition Erasmus naklada. Les manuscrits, les incunables, les missels et les évangéliaires glagolitiques originaux ont été généreusement prêtés par la Bibliothèque nationale et universitaire de Zagreb et par l’Institut de paléoslavistique de Zagreb. L’Évangéliaire de Reims a été prêté par la Bibliothèque Carnegie de Reims. Organisateurs : le Centre des monuments nationaux — le Palais du Tau, l’Office de Tourisme de Reims, le Ministère croate des Affaires étrangères et européennes, avec le soutien de l’Institut français.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire