dimanche 24 février 2013

Le culte de Taranis dans les traditions populaires de l'Auvergne


Le culte de Taranis dans les traditions populaires de l'Auvergne 


Pommerol (F.)   lien Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris  lien   Année   1887   lien Volume   10   lien Numéro   10   lien pp. 398-415
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Docteur F. Pommerol
Le culte de Taranis dans les traditions populaires de l'Auvergne
In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, III° Série, tome 10, 1887. pp. 398-415.
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Pommerol F. Le culte de Taranis dans les traditions populaires de l'Auvergne. In: Bulletins de la Société d'anthropologie de
Paris, III° Série, tome 10, 1887. pp. 398-415.
doi : 10.3406/bmsap.1887.5315
308 ȃAi\cE du 2 juin 1887.
Le culte de ïai-anis dans les traditions populaires
de l'Auvergne,
PAR M. LE DOCTEUR F, fOMMEROL.
I
Les auteurs anciens n'ont laissé sur la Gaule que des no
tions fort incomplètes. Selon eux, cette grande région n'était
habitée que par des peuples barbares, dont il importait peu
de connaître l'état social, les moeurs, la religion. Les Gaulois
ne possédant aucun monument écrit, nos connaissances sur
leur civilisation sont restées naturellement bornées. Depuis
quelques années, des chercheurs de talent, comme MM. Gaidoz
et Sébillot, ont dirigé leurs investigations sur un terrain
nouveau. Pour suppléer aux renseignements, ils se sont
adressés aux sources mêmes de la littérature populaire, aux
anciennes coutumes, aux légendes, aux traditions qu'on ren
contre encore au sein de nos populations rurales, à peine
modifiées par la marche des siècles écoulés. Grâce à cet
appoint, on peut espérer remonter plus haut dans l'étude de
nos origines nationales et éclairer d'un jour moins obscurci
plusieurs questions importantes que les anciens ont laissées
dans l'ombre et l'oubli.
C'est à l'aide de cette méthode nouvelle que nous avons
fouille, en Auvergne, le champ à peine exploré des tradi
tions populaires; et nous sommes arrivé à recueillir un cer
tain nombre de matériaux, qui pourront servir à mieux faire
comprendre la situation morale et religieuse de nos an
cêtres.
Nous nous trouvions, un jour d'excursion, près du petit
village de Saint-lgnat, dans la partie centrale de la Limagne.
Un lait remarquable frappa notre attention : chaque maison
portait, sur la toiture, une marque ou un ornement spécial.
Sur les unes, c'était une pierre brute, visiblement placée à
une des extrémités de la ligne du faîte ; sur les autres, c'était
une croix de bois ou une grossière representation de la Vierge.
P. POMMEROL. — LE CUI/TE DE Ï\)Î\NIS EN \UVrKGNr. 399
Notre première idée fut qu'il existait un rapport étroit entre
ces trois emblèmes. Il était facile de saisir l'indication de la
croix et de la Vierge, dont le rôle évident est de sanctifier et
de protéger l'habitation. Mais que signifiait la pierre brute?
Était-elle aussi un symbole religieux, l'image primitive de
quelque ancienne divinité protectrice ? A partir de ce mo
ment, nous avons examiné avec soin l'extérieur d'un grand
nombre de maisons, soit dans les villages de la limagne, soit
dans ceux de la montagne. Nous avons constaté certaines
particularités intéressantes, qui nous aideront à résoudre le
problème posé.
Gomme la pierre brute sur la toiture, la croix se trouve
souvent placée sur la ligne faîtière, au point culminant; quel
quefois aussi elle est située au-dessus de la porte principale.
Elle est ordinairement en bois, on en trouve cependant qui
sont de fer ou de pierre. En certaines localités, elle est bâtie
spécialement sur le sommet de la cheminée; nous en avons
observe des exemples dans les villages du Bourbonnais, aux
environs de Saint-Germain-des-Fossés. A Sayat, près de Glermont,
ies maçons disposent les briques extérieures de la che
minée en forme 4e croix. Les tuileries de Montch.anin et de
Marseille fabriquent, à l'usage des campagnes, des tuiles faî
tières portant de petites croix. Cette coutume de mettre un
signe religieux sur le sommet des maisons paraît donc être,
en France, assez généralement répandu. Ces croix sont de
dimensions variables : celles de bois ont de 30 à 40 centi
mètres de haut ; celles de fer ont des dimensions un peu plus
grandes ; celles de pierre, généralement petites, sont quel
quefois encastrées dans une grosse dalle, que l'on pose au
point le plus élevé, le plus en vue de la construction. Dans
certains villages, comme à Germât, on semble avoir combiné
adroitement les deux emblèmes de la pierre brute et de la
croix, en bâtissant sur Ja maison des fragments d'anciennes
croix de pierre abandonnés dans les carrefours, dans les vieux
cimetières ou le long des chemins. J'ai vu des paysans recueill
irpieu sement ces débris religieux, les porter dans leur habi400
SÉANCE DU 2 JUIN 1887.
tation et les enchâsser dans un mur, pour attirer sur le foyer
un peu de bonheur et de prospérité.
L'emblème de la pierre simple est aujourd'hui peu com
mun ; la croix lui a fait une rude concurrence et l'a remplacé
presque partout. Il consiste généralement en un bloc brut de
basalte, de moyenne dimension et de forme pyramidale irré
gulière. Quelquefois même c'est un simple caillou roulé. Les
maisons des villages situées près des coulées de lave portent
souvent, comme pierres de sommet, une scorie allongée, d'ap
parence plus ou moins bizarre et offrant, de loin, une vague
ressemblance de forme humaine ou de forme animale.
La pierre n'est pas toujours employée à l'état brut. Quel
quefois elle est taillée en forme de sphère, de demi-sphère
ou de cône; d'autres fois, c'est un fragment sculpté, ayant
appartenu à quelque monument religieux du moyen âge ou
de l'antiquité païenne. J'ai observé une de ces pierres, assez
finement ciselée, montrant sur les côtés des anneaux sem
blables à ceux que porte le tintinnabulum de Bouddha1,
C'est là, il faut l'avouer, un fait curieux de survivance.
En août 1885J 'assistais au Congrès scientifique de Grenoble.
Nous allâmes en excursion, à traver& les gorges abruptes des
Alpes dauphinoises, jusqu'au plateau élevé de Lans. Je fus
étonné de trouver des pierres travaillées sur presque toutes
les maisons de celte petite ville. Ces pierres sont en calcaire
cénomanien, qui est la roche fondamentale de la contrée ;
leur hauteur varie de 45 a 30 centimètres, et elles affectent
les formes suivantes : la pomme de pin, l'oeuf, la colonne
carrée, surmontée d'une boule ou d'un cône ; le cône réuni à
la sphère, la colonne cylindrique. On voit que les architectes
du pays varient singulièrement la forme du sujet. En Au
vergne, au contraire, ces pierres décoratives sont plus rares
et d'un style plus primitif.
i G. et A. de Mortillet, Musée préhistorique. Paris, 1881, pi. XCVIIf,
fig. 1230.
F. POMMEROL. — LE CULTE DE TARANIS EN AUVERGNE. 401
II
1 La construction des monuments publics et des maisons par
ticulières donne lieu à des cérémonies dont l'origine remonte
à une haute antiquité. On sait qu'il est d'usage de fêter avec
éclat la pose de la première pierre, d'y sceller des monnaies
de l'époque et des pièces métalliques ornées d'inscriptions.
A ce sujet, il existe dans nos campagnes une curieuse tradi
tion : si c'est un enfant qui pose la première pierre, une ter
rible fatalité pèse aussitôt sur lui, et une année ne s'écoule
pas qu'une maladie ou un accident ne vienne lui ravir l'exis
tence. On sait encore qu'une fois la toiture de la maison te
rminée, on place sur le point culminant un gros bouquet de
fleurs et de feuillages ; et le propriétaire donne aux ouvriers
un certain nombre de bouteilles de vin. Les bouteilles et les
verres qui ont servi aux libations sont considérés comme des
objets sacrés : on les bâtit soit au faîte de la maison, à côté
du bouquet, soit en rangées symétriques au-dessus de la
porte ou dans l'épaisseur d'un mur apparent. Parfois verres
et bouteilles sont couchés horizontalement, parfois ils sont
en position verticale. En certains villages de l'arrondissement
d'Ambert, si le propriétaire refuse aux ouvriers d'offrir le vin
du chantier, de payer la fête du bouquet, ceux-ci mettent
dans la bâtisse des ossements humains ou des ossements
d'animaux *.
Le plus souvent, une seule bouteille décore le faîte de la
maison, et l'on introduit dans le goulot une tige de bois à
laquelle est attaché le bouquet. Après ces cérémonies de
nature toute païenne, la religion actuelle vient réclamer ses
droits, et le paysan oublie rarement d'appeler un prêtre pour
bénir l'habitation nouvellement construite. Sans cette pré
caution, le diable ne manquerait pas d'habiter sous le toit,
1 C'est a M. Béai, ancien instituteur» que noua devons ce renseignement
ainsi que la légende de saint Jean et quelques autres indications contenues
dans ce travail
t. x (3e série). 26
402 séance Du 2 î\jm 1887.
si même un jour de tempête la maison n'était pas démolie ou
foudroyée.
Aux temps passés, les coutumes relatives à la construction
des habitations semblent avoir été marquées de superstitions
plus grandes et plus variées. M. Bonnemère a signalé en
Maine-et-Loire la découverte d'une hache de pierre, en même
temps que la rencontre d'une médaille et de deux petits ob
jets de bronze, dans les fondements d'un ancien manoir1.
Dans les Côtes-du-Nord, on enfouissait autrefois des haches
de pierre dans les murs des maisons en construction pour les
préserver de la foudre'. Sur le faîte des maisons flamandes,
d'après M. Gh. Piot, on bâtit encore une hache de pierre
désignée sous le nom de donderstein ou pierre de tonnerre. A
côté, oïi plante une touffe de joubarbe ou bar be-de- Jupiter *,
La joubarbe se rencontre fréquemment sur les maisons de la
Limagne, mais surtout sur le mur de clôture, près de la porte
d'entrée. Les paysans l'appellent Y herbe à la blessure ; ils lui
attribuent une grande vertu pour la guérison des plaies et
des contusions.
Suivant les légendes irlandaises, on pratiquait ancienne
mentau, moment de la construction des palais et des tem
ples, de singulières cérémonies qui nous reportent aux temps
lointains des druides et des sacrifices humains. « Quand le
roi Nemède, le premier de l'île, fit bâtir son palais, il en
arrosa les fondements avec le sang des architectes 4. » De
même, saint Patrick, « voulant bâtir une église, en fut em
pêché par un mauvais esprit qui faisait tomber les murs à
peine élevés, jusqu'à ce qu'une victime humaine eût été sa
crifiée et enterrée sous les fondations de l'édifice8». La
même tradition se retrouve dans les récits qui se rap-
1 Bull, de la Soc. d'anthrop. de Paris, 1886, p. 681.
8 L'Homme, 18"6, p. 140.
8 Matériaux pour l'histoire naturelle de l'homme, 1882, p. 424.
* Gatien Arnoult, Htitoiredr la philosophie en France, t. 1, période gau
loise, p. 194.
5 Ibid., p. 168.
F. POMMEROL. — LE CULTE DE TARAIS EN AUVERGNE. 403
portent à la naissance de l'enchanteur* Met-lin ; dfl parle
d'utlfe tille que Voulait bâtir le roi Vortigërn et dottt les hltifâilles
se renversaient constamment d'elles-mêmes", jusqu'à
ée que lès fondements aient été arrosés de sang htimàift 4.
Des traces de ces légendes profondément altérées se constaterit
ddns riûtfe pys ; elles sorit Relatives à l'édification des
anciens fionts et dès anciens châtetttfx. Oit raconte sotlvént
que les maçons ii'àVàiënt ph àiéitfè à YtéHvte lé dernière
pierre, tàfit qti'tin1 prêtre n'avait pas exorcisé les démons qui,
chaque nuit, démolissaient ce qtfe l'on avait bâti la veille '.
On peut constater l'existence de fees tréditiôn'9 danê là
clïflstfticliott dé nos anciennes églises : oh âtaifc aatrefek
l'habilttde de ttletke dans les fondations t£@â Reliques de
saints et iflêtne des ëardophàges cOiitenttflt les ossements
d'homfnes illustres par leur piété3. On tfautë aujourd'hui,
dans les mura de certaines églises, de petits autels de pierre
tournés tantôt à 1'intéfiétir et tantôt à l'extérieur an mottflment.
Il n'est pas rare de reiicofttrer sur le pierre toute une
série de cupules, dofit dii a été longtemps1 à connaître
l'usage j Nous avOns essayé de démontrer eu Congrès de
l'Association française, tenu Y Art dernier à Nariey, que ces
autels devaient recouvrir des restes fctimairis. Ges fails ont
trait à l'idée d'écsif ter Û& l'église I'iflfliiGflee Malveillante des
esprits infernaux, en la mettant s&Étè la protection d'un
saint personnage.
Poursuivons notre incursion dans te* domaine mystérieux
de là tradition et des légendes, et demandOhs-nôtis quelle est
la s/gnificaticrn de ces pierres que l'on met en évidence sur
le sommet des habitations. M. J. Sacaze a déjà signalé, au
pays de Luehon, des pierres brutes eti 1res grossièrement
taillées, bâties au faîte des vieilles- maisons.- Le? vieillards1
* Gatien Arnoult, Htstotve de la phtlosophie en France, t. I, période gaul
oise, p. 167, 168.
* De semblables légendes existent au sujet de la construction du château
de Chazeron et du Pont-du-Diable, h Giroux.
3 L' Homme i 4887, p. 198.
404 SÉANCE DU 2 JUIN 1887.
ont pour elles une grande vénération et ne souffrent pas
qu'une main profane vienne les enlever1. Dans le canton de
Courpière, les paysans placent sur les meules de ble tantôt
une croix de paille, tantôt une pierre brute. La pierre, selon
eux, représente saint Jean, et ils prétendent qu'elle est un
préservatif du tonnerre. Il est naturel que saint Jean soit
assimilé à un dieu fulgurant. Sa fête, qui tombe au sol
stice d'été, est marquée par les cérémonies nocturnes des
feux de joie, restes curieux des anciens cultes solaires. Au
village de Gébazat existe une légende prouvant que saint
Jean et la foudre ont des rapports très intimes dans la tradi
tion populaire : saint Jean demanda un jour à Dieu la per
mission de voir le Tonnerre. « Je ne le puis, répondit ce
dernier, tu en mourrais de frayeur. » Saint Jean répliqua
qu'il avait vécu au désert parmi les bêtes féroces, et que ja
mais la peur ne l'avait fait trembler. Cédant à de vives
instances, Dieu finit par lui montrer ce qu'il désirait ; et
à l'instant saint Jean fut foudroyé. Il ne mourut cependant
pas des suites de cette fatale curiosité ; mais, toute sa vie
durant, il fut atteint du mal caduc, qu'on appela depuis le
mal de Saint-Jean*. Dans la littérature chrétienne, saint Jean
est appelé le fils du tonnerre, à cause de son caractère em
porté 3 ; cette désignation ne serait-elle pas plutôt une allu
sion à son aventure légendaire ?
Un certain nombre de peuplades sauvages adorent encore
aujourd'hui la pierre brute. Jusqu'au dix-septième siècle, les
Lapons lui ont voué un culte spécial4. Jupiter lui-même était,
à l'origine, représenté par un simple caillou. On l'appelait
Jupiter lapis, tonans,fulgurans, et le char à quatre roues, le
char du soleil et de la foudre, était un de ses attributs. Les
auteurs supposent que cette pierre était un fulgurite ; elle
i Bull, de la Soc. d'anthrop., Paris, 1879, p. 169
* Cette légende se retrouve dans le Nivernais (voir Revue des Jradtttons
populaires, 1887, p. 269).
s E. Renan, l'Antéchrist, 2« edit., Paris, 1873, p. 348.
4 Scheffir, Histoire de la Laponte, Pari«; in-4°, 1678 ; p 79-90; flg. 2, 3.
F. POMMEROL. — LE CULTE DE TARANIS EN AUVERGNE. 405
était déposée à Rome dans le temple de Jupiter Feretrius I.
Le maître des dieux protégeait aussi les limites des champs ;
il était alors un dieu Terme, et on le représentait par une
simple pierre. Plus tard, Silvain hérita de cet attribut; tout
en étant le dieu des forêts, on le vénérait comme un deus
terminalis ; et, quand il veillait sur la maison, on l'invoquait
sous le nom de Silvanus casamcus 2. Les autels de Silvain se
trouvent souvent associés à ceux de Mercure, d'Hercule, de
Pan, de Liber 3. Ce fait a été constaté par l'inscription su
ivante trouvée au Mont-Dore : Herculi, Mercurio, et Silvano
sacrum et divo Panteo ♦ .
Les anciens peuples du nord de l'Europe, les Germains et
les Scandinaves, ont adoré un dieu de la Foudre qu'ils nom
maient Thor et qu'ils représentaient sous la forme d'une
météorite ou d'un marteau de pierre. Malgré leur conversion
au christianisme, ils continuèrent longtemps leurs pratiques
païennes. Au huitième siècle, le concile de Leptines défendit
aux Germains d'adorer les pierres de Thor s. Chez les Iakoutes,
le tonnerre et l'éclair forment deux divinités distinctes. Après
la tempête, ils vont chercher dans les champs des petites
pierres rondes comme des balles ou allongées en forme de
ciseau ; ils pensent qu'elles sont tombées du ciel : ce sont les
flèches du tonnerre. Elles ont la vertu de préserver des malad
ies la personne qui les possède et de défendre les maisons
des atteintes de la foudre 6.
1 Preller, trad. Dieiz, les Dieux de l'ancienne Borne, Paris, Didier, in-12,
1884, p. 168.
1 Preller, op. cit., p. 245. — Cerquaud, Mémoires de l'Académie de Vaucluse,
1882, p. 47.
s Cerquaud, op. cit., p. 43.
* Silvain était aussi connu sous le nom de Pantheus. C'est en interpré
tanftau ssement cette inscription que plusieurs auteurs ont cru qu'il exis
tait au Mont-Dore un véritable Panthéon, un temple consacré à tous les
dieux. — Voir, à ce sujet, Gault et Rabany-Beauregard, Tableau de la
ci-devant province d'Auvergne, p. 171, ainsi que (î.-B. Bouillet, Statistique
monumentale du Puy-de-Dôme, p. 89.
5 Matériaux pour P histoire de l'homme, 1882, p. 424.
6 Mi., 1887, p. 254.
iO6 SÉANCE DU 2 JUIN 1887.
Signalons enfin Ja fameuse pierre noire 4e la Mecque, que
les musulmans considèrent ayeo une extrême yénérafton. Qn,
prétend qu'elle fut apportée par l'ange Gabriel poqr servir à,
|a cpnstrftction $e l?t mosquée, y Elle étajt autrefois, dit, le,
cle,rgé musulman, d'une couleur si brillante, qu'elle éblQuisr
les yeux, même à la distance de quatre jours de marche,
elle a pleuré si longtemps pqur les péchés de l'human
ité,q u'elle a fin; par devenir opaque et enfin totalement
l/idée de représenter la foudre par une pierre se retrouve
dans les traditions populaires de l'Auvergne. Le tonperre,
disent les paysans, jtpmbe spus, trois formes différentes : le
plus squvent \\ tombe ep feij, et p b,rûle; parfois il tombe ejj
eaft, p'e^t une trombe qui engloutit tout; et d'autres fp^s, \\
tornbe en pierre et vous écrase. Cette dernière croyance
trouye sa raison d'êtrp 4ans les chutes de météorites qui se,
font avec accompagnement de b,rujts et de lueurs qui re
ssemblent au tonnerre et à l'éclair. Aussi les météorites;
sont-ils appelés vulgairement 4es pierres $e tonnerre, de
mêmp que la ha.pb,e de pierre, que l'antiquité et le moyen
âge ont ecmsidérée pom,ra.e un produit de la foudre. Le mart
eau, de Thor et je silex de Donar trpuvent ainsi une expli
cation toute naturelle ,
III
Essayons de pénétrer plus profondément sous la frondaison
touffue de nos vieilles coutumes, parfois admirablement con
servées par les pratiques religieuses. Chaque région, chaque
village possède les siennes, tantôt semblahles, tantôt diff
érentes. Recueillons et comparons celles qui se rapportent au
culte du tonnerre, Nous, arriverons ainsi à constituer un
faisceau de faits dont il sera possible de dégager la cause vé
ritable.
Nous obserypns d'ab,ord 4&ns les cérémonies locales 4e la
1 Niebuhr translated by Robert Heron : Trwtls $rQy$ 4rq$q %$($ other
Countries in the Earl, Perth, 1799, 2 vol. in-12, t. II, p.
87.'
F. POMMEROL. — IE CULTE DE TARANJS EN AUVERGNE. 407
Fête-Dieu certaines particularités qui ne sont pas étrangères
h notre sujet. Cette solennité se célèbre au voisinage de la
Saint-Jean ; aussi a-t-elle avec cette dernière plus d'un point
de contact et de ressemblance. Durant l'octave, il se fait
chaque soir dans les églises une procession suivie par des en
fants qqj jettent des fleurs ; un des petits garçons est appela
le roi% une des petites filles est appelle, la reine, Sur les autels
de chaque chapelle, les femmes ont apporté des couronnes
de fleurs que le prêtre bénit1. Ces couronnes sont conservées
précieusement, car elles possèdent une grande vertu- Quand
le tonnerre gronde et que l'orage a déchaîné sa fureur, la,
maîtresse du logis, pour préserver la maison de la foudre, en
asperge les murs avec un rameau de buis trempé dans l'eau
bénite ; elle allume ensuite un grand fau et fait brûler un
fragment de la couronne de fleurs.
On sait combien est générale l'ancienne coutume des feux
de la Saint-Jean- En plusieurs endroits, comme à. Géba?Kit et
à Ghâteaugay, le prêtre vient Je soir bénir ces feux, pendant
que quatre jeunes garçons du nom de Jean portent sur leurs
épaules la statue de leur saint patron, Chaque assistant tient
à la main un bouquet composé de fenouil, de lierre terrestre,
de feuille de noyer, le tout cueilli le m&Un avant XAngçhis,
Ces plantes, bénites seront désormais d'excellents préservatifs
du tonnerre et du mal de Saint-Jean*.
Tout le mon.de connaît l'ancienne habitude qu'ont les ha
bitants des campagnes de sonner les cloches au moment des
orages. Les paysans croient que le tonnerre et la grêle sont
causés par des sorciers qu'un pouvoir surnaturel tient su
spendus dans les nuages, Au siècle dernier, on ne se content
aiptas toujours de sonner les cloches, le prêtre devait aussi
* La couronne, de même que ta roue, esfc un; emblème squire» gn. Nor
mandie, les pourann.es de fleurs spnt en. usage à la Samt-Jean. —
C.-H. Gaidoz, le Dieu gaulois du soleil et le Symbolisme de la roue, Vans,
Leroux, in-8°, 1886, p, 109, UO,
* A Marat, oe sont des fleurs dp sureau cueillies la veille de la, gçunt-
Jean que le prêtre bénit en même temps que le feu 4e joie. Qq s'e« §çrt
ensuite pour faire de? Us^ne? çt des foiQeuUtiou.a.
408 SÉANCE DU 2 JUIN 1887.
exorciser la tempête. Au moment voulu et pendant que deux
hommes le tenaient sous les bras, il envoyait aux sorciers sa
malédiction et lançait un violent coup de pied dans la direc
tion du nuage chargé d'éclairs V Une année, dit-on, lors d'un
orage épouvantable, pareil exorcisme fut pratiqué à Châteaugay.
L'esprit malin voulut emporter le prêtre, mais il ne
put que lui arracher son soulier, qu'on trouva le lendemain
près de Coeur, dans un endroit stérile où la grêle était venue
tomber. A la fin de chaque orage, prétendent les paysans, un
sorcier est précipité tout nu sur le sol du haut des nuages. Il
se hâte de gagner un fossé, une mare; il en agite l'eau avec
ses bras; le brouillard produit l'enlève de nouveau dans les
airs, et il va plus loin porter la tempête et la dévastation.
L'habitude de faire du bruit pour écarter les orages doit
être fort ancienne et se pratiquait sans doute avant l'usage
des cloches. Les sauvages actuels se livrent à un grand va
carme pour faire cesser les éclipses 2; et, dans nos campag
nes, n'aime-t-on pas, au moyen de bruyants et grotesques
charivaris, à protester contre certains événements qui frois
sent les idées reçues s ?
Au Brugeron, dans le canton d'Olliergues, on invoque
sainte Agathe pour détourner les orages. Il se forme dans ce
but des confréries de femmes appelées les Saintes- Agues.
Quand la foudre gronde et que le sonneur monte au clocher,
elles se rendent à l'église et récitent des prières qui doivent
écarter la tempête de la commune et l'envoyer sur les terri
toires voisins. Au moment des moissons, les Agues vont avec
le sonneur quêter des gerbes dans les champs, comme prix
du service public qu'elles pensent avoir rendu.
i J'ai entendu dire qu'on détournait aussi un orage en tirant vers le
nuage un coup de fusil chargé d'une balle bénite.
8 Association française pour l'avancement des sciences, 12e session,
p. 692.
8 On fait le charivari si une fille met au monde un enfant, si plus tard
elle se marie, si un veuf ou une veuve convole en secondes noces. C'est
une forme de réprimande publique qui date d'un temps immémorial çt
que nulle autorité dans les villages ne pourrait empêcher,
F. POMMEROL. — LE CULTE DE TARANIS EN AUVERGNE. 409
Tous le? ans, au 20 juin, on célébrait à Rome un sacrifice en
l'honneur de Jupiter Summanus ou dieu du ciel nocturne. On
lui offrait des gâteaux en forme de roue, symbole probable
du char de la foudre ». Ces sortes de gâteaux, un peu modifiés,
se fabriquent encore en Auvergne, au moment de certaines
fêtes religieuses, et principalement aux fêtes de Pâques.
Les cratères-lacs de Pavin et de Tazenat, dans le Puy-de-
Dôme, possèdent une très mauvaise réputation. On affirme
qu'à certaines époques de l'année, il se forme à leur surface
des orages effrayants. Le père Foderé prétend, suivant Dulaure,
qu'en jetant une pierre sur l'onde noirâtre de Pavin,
on voit bientôt s'élever un brouillard épais chargé de grêle
et de tonnerre8. Dans le gouffre de Tazenat, dit une légende,
une ville maudite est engloutie. Chaque année, au jour delà
Toussaint, et à minuit, on entend sur les bords escarpés du
lac le son des cloches et le chant des coqs.
IV
Les coutumes, les traditions, les légendes que nous venons
d'indiquer se rapportent toutes au tonnerre, à ce grand phé
nomène céleste qui, de tout temps, a si fortement impres
sionné l'imagination des hommes. Nous avons montré que la
pierre brute placée au faîte des maisons et des meules de blé
était une espèce de divinité destinée à écarter la foudre.
Nous avons vu que la hache de pierre, la joubarbe, la croix,
la statue de la Vierge, possédaient le même pouvoir mystér
ieux. Nous avons dit qu'à Rome Jupiter Tonnant était repré
senté par un simple caillou. De même le marteau de Thor
et la pierre de Donar, chez les peuples du Nord, étaient les
symboles de la foudre. Les Gaulois, d'après Lucain8, ado
raient une triade composée d'Ésus, de Teutatès et de Taranis.
Les Latins avaient assimilé Ésus à Mars ou à Camulus,
1 Preller, op. àt, p. 165.
s L'abbé E. J. C, Souvenirs de voyage ou les Vacances en Auvergne,
Clermont-Ferrand, Thibaud, 1857, in-12, p. 311.
* L. Ier, v. 4*t-6.
410 séance du 2 jjuiN 4887.
Teutfttès à Mercure , et Taranis à Jupiter. Tarante — son
nom l'indique — « était proche parent de Thor et de Donar * ;
il était dono réellement le dieu du tonnerre et pouvait sans
inconvénient être confondu avec le Jupiter Fulgurant des Ro
mains, II existe des monuments de l'époque impériale qui
assimilent Taranis tantôt à Jupiter, tantôt à Silvain.Des sta
tues gallo-romaine's, comme celles des musées 4'Avignon et
d'Àrless, représentent Taranis couvert d'une peau de loup
et tenant un marteau ou une pierre & la main- Stfvain
était aussi appelé h Louvetier, et sur quelques autels qu^
lui sont dédiés on l'a. représenté avec les marteau^ dç la
foudre3.
Nous pavons que le marteau a parfois; joué un certain rôle
quand il a fallu choisir l'emplaoement des anciennes églises,
Nous avons donné la. légende qui se rapporte q. la construc
tiodne l 'église d'Orcival*, et dans laquelle un marteau jeté
par le maçon vint en tombant marquer l'emplacement du
sanctuaire de la Vierge. Saint Bozon, dans les Vosges, indiqua
ainsi le lieu où s'élève l'église de Bouzemont5. L'emplacement
de la chapelle de l'abbaye de Gluny fut désigné de la même
manière par un marteau que lança en l'air Gauzon, ar
chitecte de Saint-Hugues. Où tomba le marteau, le grand
autel fut édifié6. Ces légendes prouvent réellement que le
culte de Taranis s'est infiltré jusqu'à nous, malgré les persé
cutions des empereurs romains et les défenses du clergé ca
tholique. Ainsi, en certaines contrées de l'Angleterre, aux pre
miers jours de mai, les garçons sonnent du cor et les jeunes
filles se couronnent de fleurs et de feuilles. On croit que cette
1 Thor était devenu le dieu Thoron ou Thordoen chez les anciens Lapons.
Ils en avaient des représentations grossières en bois ou en pierre. Ils lui
mettaient a la i^ain droite un marteau, et dftn$ <a tôt^ u.u iVjorcajjiu de
caillou (Scheffer, op. cit., p. 78),
2 Mem. Acid, de Vaucluse, 1882, fig. 1-4.
3 Ibid., p. 42.
* L'Homme, 18864 p. 624.
8 Mém. Acad. de Vaucluse, $88?, p, 19,
« Ibid., p. 38.
F. POMMEROL. — LEJ CULTE DE TARANIB EN AUVERGNE. 411
coutume se rapporte à une ancienne fête peltjque en l'hon
neur de Taranis1,
Jja pierre brute ou la croix que l'on pose sur les maisons
est un reste évident du culte de cette vieille divinité gauloise.
En Irlande, les sacrifices humains se sont perpétués en son
honneur jusqu'au temps de saint Patrick, En Auvergne,
l'us,age de bâtir, en certaines occasions, des ossements hu
mains dans les murs des maisons ; la tradition de considérer
l'enfant qui pose la première pierre comme devant bientôt
mourir, celle de placer des cadavres dans les fondements des
églises, toutes ces pratiques ne sont que l'écho affaibli, le
s,ym.b,oleJ moderne des anciens sacrifices humains que les
Qaulois faisaient au dieu de la foudre, à leur cruel Taranis.
Aypc 1§ secours, des pratiques et des documents légen
daires, ijqus essayerons d'esquisser la physionomie, de re
constituer quelques-uns des attributs de cet antique dieu de
la Gaule. Nous pensons d'abord qu'il devait être une divinité
solajre ; qu'à certaines époques de l'année on l'adorait par
des feux allumés la nuit. C'est sans doute sous son invoca
tionqu e lps druides cueillaient [la verveine, le samolus, le
sélage, ces plantes sacrées en si grand usage dans la médec
ine gauloise ; nos herbes de la Fête-Dieu, nos herbes de la
Sain>Jean, ne paraissent être qu'une survivance de cet an
cien culte. Nous avons donné des faits qui tendent à démont
rerqu 'à la manière de Jupiter et de Silvain, Taranis était le
dieu protecteur de la maison et du foyer, qu'il protégeait les
répolt-es, préservait de la maladie les hommes et les trou
peaux et défendait les habitations et les temples contre les
esprits des ténèbres. Étant un dieu solaire, la roue devait
être son eipblème, comme elle l'était chez les {lomains du
char de la foudre et du Jupiter Tonnant. Nous sommes ici
de l'avis de M. d'Arbois de Jubainville, contrairement à
l'opinion de M. Gaidoz. En Auvergne, la roue se rencontre
parfois sur les maisons ; on peut en voir des exemples à Vil-
1 Revu» des Traditions populaires, 1887, p. 265.
412 SÉANCE DU 2 JUIN 1887.
lars et aux Martres-de-Veyre. Ce fait établissant un rapport
entre la pierre brute et le signe de la roue vient à l'appui de
notre manière devoir. Les hommes du moyen âge qui je
taient en l'air un marteau avant de construire leurs églises
ne faisaient que rendre h Taranis un hommage lointain,
inconscient. Bien qu'il ait été dans la suite en partie absorbé
par les personnalités puissantes du Jupiter romain et du Dieu
chrétien, il n'est pas difficile aujourd'hui de le retrouver
encore vivant sous certaines pratiques du paganisme ancien
et du christianisme actuel.
D'autres faits semblent rapprocher le culte de Taranis de
celui de Baal. Dans le nord de l'Europe, les feux qu'on
allume dans la nuit du milieu de l'été (midsummer-night) ont
certainement la même signification que nos feux de la Saint-
Jean. Les habitants de la Scanie [les appellent Baldersbal ou
feux de Balderx. Gomme en notre pays, on danse en rond, on
crie, on chante autour des bûchers allumés.
Le culte des Béthyles, ou des pierres consacrées à Baal, a
été en grand honneur dans la Phénicie et a persisté jusqu'à
la disparition du paganisme gréco-romain. « Le mot de bethyle
était un terme générique qui servait à désigner toutes
les pierres sacrées. Rien n'était plus variable que la forme
de ces pierres. En général, elles étaient coniques ou ovoïdes;
quelquefois elles avaient la forme de pyramides. Dans cer
tains sanctuaires, c'étaient des cippes équarris, à faces planes.
Certaines de ces pièces étaient, assure-t-on, des aérolithes,
ce qui ajoutait encore à leur crédit2. » Au temps de Tacite,
la déesse Astarté ou Aphrodite était représentée dans les
temples de Paphos et de Biblos par une pierre taillée en forme
de cône 8. A Émèse, on voyait, comme à la Mecque, une
1 Ch. Rau, Observations on cup-shaped and other laptdarian sculpture in
the Old World and in America, in Contributions to North american Ethno
logy, vol. V, p. 72.
* Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art dans l'antiquité, Paris, Hachette,
in-8°, 1885, t. III, p. 59.
8 Histoires, II, 3.
DISCUSSION SUR LE CULTE DE TARANIS EN AUVERGNE. 413
grande pierre noire tombée du ciel et déforme conique, dans
le temps où Héliogabale en était le prêtre avant de devenir
empereur1. Au moment de la décadence de l'empire romain,
alors que le paganisme latin vacillait sur sa base, la pierre
brute était considérée comme la plus haute incarnation de la
divinité*. Nous savons que les druides avaient plus d'un lien
de parenté avec les mages de l'Orient ; que le berceau du
druidisme doit être recherché en Asie, et que les Phéniciens
avaient établi de nombreux comptoirs sur les côtes de la
Gaule. Nous ne sommes donc pas étonné de trouver en des
régions si éloignées les unes des autres des symboles, des
emblèmes religieux ayant la même signification et la même
origine.
Le Taranis gaulois, comme le Thor des Scandinaves et deâ
Germains, représente le même principe cosmogonique que le
Baal phénicien et le Jupiter classique. Ces grandes entités
religieuses sorties du cerveau de races distinctes ont néan
moins les mêmes attributs divins, et il est facile de voir en
elles la personnification réelle du Soleil et de la Foudre. En
remontant aux origines aryennes, au vieux culte védique
d'Indra, on trouverait peut-être la raison d'une si étroite
ressemblance.
Discussion.
M. Ploix. Il ne me paraît pas douteux que le placement
d'une pierre brute, ou de tout autre objet au-dessus d'une
maison dont la construction vient d'être achevée, ne soit le
résultat d'une ancienne superstition. Mais les documents que
M. Pommerol a réunis me semblent insuffisants pour affi
rmer que cet objet a été primitivement une de ces pierres
qu'on appelle pierres du tonnerre, ou que sa destination ori
ginaire était de protéger spécialement l'habitation contre la
foudre. On peut certainement croire qu'il s'agissait de proté
gerla construction (et peut-être aussi ceux qui l'habitaient)
» Hérodien,V, S.
* Terrai et Chipiez, op. at*, p. 60.
4l i SEANCE DU 2 JUIN 18&7.
contre toutes sottes de mauvaises chance^ ; là dhtltd de* là
foudre rentre dans dette catégorie, mais elle rt'ëst pas la
fedule (Jue l'on ait à redoute^ . D'un autre côté, M. Pommerol
, va encore plus ioin ; il droit Voir danë la pietfe bfute dont il
est question un dieu, et il est prêt à reconnaître ce dieu
comme étant le Gaulois Taranis, dieu du totiiierre. Cette
Conclusion me paraît prématurée, et même très hasardée.
On nous parie du culte des1 pierres ; les piètres que l'on
adorait n'étaient pas des dieux; c'étaient de simples fétiches,
et nous avons affaire évidemment ici à iitife survivance fêticbiqUe.
Mais no Us ne saurions ^dir dans Chacun des objets
placés au faîte des maisons la1 représentation d'un dieu. 11 à
pu arriver, par des raisons que je n'ai pas à examiner ici,
qu'une pierte ait été regardée comme étaiit un têritable
dieu ; c'est alors une pierf e déterminée, et l'on n'en jacttirrait
trouver de cette sorte autant qu'il y a de maisons à con
struire. A ma connaissance, les pierres du tonnerre n'ont
jamais passé pour être le dieu lui-même qui larièe la foudre.
M. PoMmerol. Une superstition n'est autre chose qu'un1
reste d'une ancienne croyance religieuse. Souvent le chris
tianisme, en plaçant Une croix, n'a fait qUë substituer son
emblème à des emblèmes de religions plus anciennes. Lès
faits que j'ai cités me semblent prouver qu'il existe un rap
port étroit entre les symboles de la pierre brute, de la hache,
du marteau et le culte du tonnerre. Le tonnerre étant en
Gaule le principal attribut du dieu Taranis, ce sont les survi
vances plus ou moins altérées de cet ancien culte que nous
retrouvons dans les traditions et les coutumes de l'Au
vergne.
M. Verrier. Il existe en Auvergne et ailleurs des fontaines
que le catholicisme s'est en quelque sorte appropriées et
qui étaient déjà des lieux de pèlerinage au temps des Gaulois.
M. Pommerol ajoute que le fait est très fréquent et que le
culte des pierres était intimement associe à celui des fon
taines.
M. Piètrement cite une fontaine conservée par Je clergé
A PROPOS 0Ù PflOCÈS-YEItflAL. 415
Gatholiqile et dans laquelle jeunes gens et jetlttëS filles vont
jeté? des épingles dafls l'espoir de se Marier.
M. Gaultier de Gl^Obhy ajoute que, dâhs le département
des Landes, les principales maladies portent le nom d'un
saint et se guérlgsent avec l'edu d'une fontaine consacrée au
même saint. Lô mal de Saint-Louis ou Ie8 échelles fait etfcëp*
tion ; il se guérit infailliblement ëfi faisant toucher là partie
malade pat* le septième garçon bu là septième fille d'une
famille de sept enfants du même sexe, tous vivants. Faute de
mieux, on se fait toucher par un enfant posthume; mais ce
moyen ne réussit pas toujours.
Là séance est levée à six heures.
L'un des secrétaires : manouvbier .
485e SEANC8. — 16 juin 1887.
Présidence de M. MAttlTOT, président.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
A propôë du pfôéèS'Verbal.
Sur le mot nato. — M. 0. BëÀUftEGAfiO lit une note SUf le
mot fiato.
À notre précédente séance, j'avais l'intention de présenter
quelques observations à propos du mot ftato. Mais la façon
absolue et positive dont s'est exprimé à ce éujet notre col
lègue, M. Sanson, sous l'inspiration de M. Gharnay, m'a fait
ajourner.
Aujourd'hui je tiens à dire (Jue le mot fiaio n'est pas espa
gnol-castillan.
Le mot castillali pdut Oafliatd êSt rorttô, qui a pouf fémîfifri
roma.
Nato pour camard est de l'espagnol du centre-Amérique
et de l'Amérique du Sud ; du reste, fiatd, dans l'Amérique
Argentine^ un féminin, quiest nûta, et de plus Un diminutif;

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