vendredi 9 novembre 2012

Wodhanaz



Wodhanaz


par Carl Jung
Vu sur < Swastika.com/goddess.html >

Wodhanaz est «le Berserker, le Dieu de la Tempête, le Vagabond, 
le Guerrier, le Seigneur des Morts, le Maître de la Connaissance 
Secrète, le Magicien et le Dieu des Poètes. »
L'essai suivant, Wodhanaz, a été écrit par Carl Jung en 1936, trois ans avant
l'éruption de la Deuxième Guerre mondiale. Il est ici abrégé : 
     «Ce qui est curieux est que le Dieu antique des tempêtes et de la fré-
nésie, le long Wotan tranquille, doit se réveiller comme un volcan éteint à la 
nouvelle activité, dans un pays civilisé qui était depuis longtemps devenu 
trop grand pour le Moyen âge. Nous l'avons vu revenir à la vie dans le mouvement de jeunesse allemand et, au commencement, le sang de plusieurs 
mouton a été répandu en honneur de sa résurrection. 
          « Armés du sac à dos et du luth, de blonds jeunes gens et jeunes filles,
fidèles sectateurs du Dieu nomade, furent vus errant sans cesse sur toutes les
routes, du Cap Nord à la Sicile. Plus tard, vers la fin de la République de 
Weimar, ce rôle d’errant a été repris par des milliers de chômeurs.
          « Mais, peu avant 1933, ils n'ont plus erré mais marché au pas par
centaines de milliers : le mouvement d'Hitler a littéralement apporté toute 
l'Allemagne à ses pieds, depuis les bambins de cinq ans jusqu'aux vétérans,
et a produit le spectacle d'une nation migrant d'un lieu à l’autre : Wotan
“le Vagabond” était en mouvement.
1          « Wotan est un vagabond agité qui crée l'agitation, éveille la lutte et 
travaille par magie*. Très tôt, il a été changé en diable par le Christianisme et 
ne survécu à travers la disparition des traditions locales que comme un chasseur fantomatique que l'on voyait avec sa suite (la “Chasse Sauvage”)
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, vacillant comme un feu follet dans la nuit orageuse.
          « Les jeunes allemands qui célébraient le Solstice avec des sacrifices 
de mouton n'étaient pas les premiers à entendre le bruissement dans la forêt 
primitive de l'inconscient. Ils furent précédés par Nietzsche, Schuler, Stefan 
George et Ludwig Klages. La tradition littéraire de l'Allemagne a un cachet 
(style) classique qui ne peut pas être abandonné facilement ; chaque interpré-
tation d'intoxication et d'exubérance est apte à être reprise depuis Dionysos 
vers les modèles classiques. 
Le Dieu grec Dionysos que Jung voyait 
comme étant pratiquement synonyme de Wodhanaz.
          « Il n’y a aucun doute qu''interpréter ces choses comme étant Dionysos
sonne mieux aux oreilles universitaires, mais Wotan pourrait recevoir une interprétation plus correcte : il est le Dieu* de la tempête et de la frénésie, le dé-
clancheur des  passions et de la soif de bataille; de plus il est un magicien* 
supérieur et un artiste en illusion qui est versé dans tous les secrets occultes. 
          « Basant notre avis sur des facteurs économiques, politiques et psychologique, nous sommes convaincus que le monde moderne est raisonnable. Je risque la suggestion hérétique que les profondeurs insondables du caractère de Wotan en expliquent plus sur le national-socialisme que ces trois 
facteurs raisonnables réunis. Il n'y a aucun doute que chacun de ces facteurs 
explique un aspect important de ce que se passe en Allemagne, mais Wotan 
en explique encore bien plus. 
2Ménade possédée par l'esprit de Dionysos.
          « Peut-être, pouvons-nous résumer ce phénomène général comme un
Ergriffenheit, un “état de saisissement ou de possession”. Le terme postule non 
seulement un Ergriffener “celui qui est saisi” mais aussi un Ergreifer “celui
qui saisit”. Wotan est un Ergreifer d'hommes et, à moins de déifier Hitler - ce
qui, en réalité, est arrivé - Wotan ne soient vraiment la seule explication. Il est
vrai que Wotan partage cette qualité de possession avec son cousin Dionysos, mais Dionysos semble avoir exercé son influence principalement sur
des femmes. Les ménades était une espèce de troupe de tempête féminine
qui, selon des rapports mythiques, étaient assez dangereuses
1
. Wotan s'est 
borné au Berserkers, qui ont trouvé leur vocation comme “Chemises d’ours”
des rois mythiques.
          « Il me semble que cette hypothèse de Wotan “force la note”. Apparemment, il était seulement endormi dans la montagne du Kyffhauser avant
que les corbeaux ne l'appellent et lui annoncent la fin du jour. Il est un attribut fondamental du psychisme allemand, un facteur psychique irrationnel qui 
agit sur la haute pression de la civilisation comme un cyclone et la souffle au 
loin. Les fidèles de Wotan semblent avoir jugé des choses plus correctement
que les fidèles de la Raison. Apparemment chacun avait oublié que Wotan
1
Dangereuses : elles figuraient les forces bouillonnantes de la renaissance de la nature après le 
Grand Printemps Cyclique ! Dyonisos en est le Dieu* récurrent, donc aussi celui du printemps annuel
3est un facteur germanique de la première importance, l'expression la plus 
vraie et la personnification sans égale d'une qualité fondamentale qui est particulièrement caractéristique des Allemands.
     « L'accent mis sur la “race germanique”, “l'héritage germanique”, “le 
sang et le sol”, “la chevauchée des Valkyries”, “Jésus comme un héros 
blond et aux yeux bleus” - tout cela est le paysage indispensable pour le 
drame qui a lieu (1936)
n
 et, au fond, ils signifient tous la même chose : Dieu* 
a pris possession des Allemands et leur maison est emplie “d'un vent 
puissant”. 
 La figure effrayante de la Valkyrie 
dans la “Chasse Sauvage”.
          « Ce n'était pas dans la nature de Wotan de s'attarder et de montrer des 
signes de vieillesse. Il a simplement disparu quand les temps se sont retourné
contre lui et il est resté invisible pendant plus de mille ans, travaillant anonymement et indirectement. Les archétypes sont comme les lits des rivière
qui sèchent quand l'eau les abandonne mais, elles peuvent les retrouver
de nouveau à tout moment. Un archétype ressemble à un vieux cours 
d'eau le long duquel l'eau de la vie a coulé pendant des siècles, creusant
un canal profond. Et, plus elle a coulé dans ce canal, plus elle retournera naturellement un jour à son vieux lit.
          « Nous sommes amenés à conclure que Wotan doit, en son temps, ré-
véler non seulement le côté agité, violent, orageux de son caractère, mais 
aussi ses qualités d'extasié et de devin, et le “National-Socialisme” ne sera 
pas son dernier mot. Des choses, que nous ne pouvons pas imaginer à pré-
4sent, doivent être cachées à l'arrière-plan, mais nous pouvons nous attendre à 
ce qu'elles apparaissent dans le futur. » 
          Jung avaient beaucoup plus qu'un intérêt seulement universitaire pour 
Wodhanaz, en fait il en est venu à croire que ce Dieu est la vraie déité des 
peuples germaniques d'Europe. Un rêve que Jung eut la nuit où sa mère dé-
céda fut d’un intérêt particulier à cet égard car, dans son autobiographie Mé-
moires, Rêves, Réflexions, il écrivit : 
          « La nuit précédant sa mort j'eus un rêve effrayant. J'étais dans une forêt dense, sombre ; rochers fantastiques, gigantesques, parmi d'énormes  arbres semblables à la jungle. C'était un paysage héroïque, primitif. Soudainement, j'ai entendu un sifflement perçant qui a semblé résonner par l'univers 
entier. Mes genoux tremblèrent. Alors, il y eut des mouvements dans le sous-bois et 
un chien-loup gigantesque avec une gueule béante terrifiante apparut.  En voyant cela, le sang s'est gelé dans mes veines. Cela s'est déchiré devant moi et, soudainement, je compris : le Chasseur Sauvage lui avait commandé d'emporter 
une âme humaine. Je me suis réveillé dans une terreur mortelle et, le matin 
suivant, j'ai reçu la nouvelle du décès de ma mère.
          « Rarement un rêve m'a autant secoué car une idée superficielle semblait dire que le diable était allé la chercher. Mais, pour être précis, le rêve a 
signifié que c'était le Chasseur Sauvage, le Grunhutl, ou le porteur du Cha-
5peau Vert qui, cette nuit, chassait avec ses loups. C'était Wotan, le Dieu de 
mes ancêtres alémaniques, qui venait de re-unir ma mère à ses ancêtres. 
          « Ce sont les missionnaires chrétiens qui ont fait de Wotan un diable. 
En soi, il est un Dieu important - un Mercure ou Hermès, comme les Romains l'ont correctement compris, un esprit de la nature qui est re-venu à la 
vie dans la légende du Graal*. Ainsi le rêve dit que l'âme de ma mère a été 
prise dans ce territoire plus grand du Moi qui se trouve au-delà du segment 
de moralité chrétienne, pris dans cette intégrité de la nature et de l'esprit dans 
laquelle les conflits et les contradictions sont résolus. 
          « Je suis allé à la maison immédiatement et, tandis que je voyageais de 
nuit en train, j'eu un sentiment de grand chagrin, mais dans le fond de mon 
cœur je ne me sentais pas éploré et cela pour une étrange raison : pendant 
tout le voyage j'entendais continuellement de la musique de danse, le rire et 
la gaieté, comme si un mariage était célébré. 
          « On peut expliquer ce paradoxe si nous supposons qu'à un moment 
la mort a été représentée du point de vue de l'ego et, ensuite, du point de vue 
du psychisme (l'âme). Dans le premier cas, la mort est apparue comme une 
catastrophe; c'est ainsi qu'elle nous frappe souvent, comme si des puissances
mauvaises et impitoyables avaient mis fin à une vie humaine.... D'un autre
point de vue cependant, la mort apparaît comme un événement joyeux : dans
la lumière de l'éternité, c'est un mariage, un  mysterium coniunctionis.
L'âme atteint en effet, sa moitié manquante, elle réalise son intégrité. »
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