samedi 15 septembre 2012

LE DIEU TYR


LE  DIEU  TYR
mythologie nord-germanique

http://racines.traditions.free.fr/dieuxgal/dieu-tyr.pdf
«« S’il faut chercher quel est, de tous les dieux que nomment les sources
disponibles, celui qu’on peut tenir pour le plus authentiquement nordique (ou germanique),
on doit sans hésiter répondre que c’est Tyr. Il est franchement pangermanique —
caractéristique que, seule, la déesse Frigg partage avec lui — et a, d’ailleurs, donné son
nom au mardi (anglais Tuesday , allemand Dienstag , suédois Tisdag ). On est cependant
mal renseigné sur son compte. Un indice sûr est à retenir: s’il a, comparativement, laissé
assez peu de traces dans la toponymie, les noms de lieux qui portent son nom sont fort
anciens et associés au culte des forces naturelles, qui, à n’en pas douter, représente le stade
archaïque de la religion païenne germanique et nordique. Autrement dit, pour prendre la
mesure de son importance, on doit se garder de perdre de vue la perspective diachronique
selon laquelle il convient d’envisager le paganisme nordique. Celui-ci, en effet, tel que le
présentent globalement des sources écrites qui, en général, ne remontent guère au-delà du
XIIe siècle, est extrêmement impur. Les grandes fonctions distinguées par G. Dumézil n’y
apparaissent pas avec la netteté souhaitable. Au gré des invasions successives ou des
nombreuses influences qui se sont exercées sur le Nord s’est produit tout un complexe de
recoupements, de chevauchements et d’ajouts ou d’«usurpations» qui font le désespoir de
quiconque essaie de dresser un tableau synthétique cohérent. Néanmoins, il n’est pas
impossible de reconstituer prudemment les grandes étapes de cette évolution. Bien que Tyr
joue un rôle presque secondaire dans les Eddas , bien qu’il soit devenu, à l’âge viking, en
quelque sorte deus otiosus , tout concourt à prouver qu’il a dû, au stade archaïque de la
religion nordique, être le dieu suprême, et même Dieu, tout simplement.
La première preuve en est son nom: Tyr, c’est Tiwaz, en sanskrit  Dyaus , en grec
Zeus , en latin Ju-(piter) , en français «dieu», tous termes dérivés d’un mot indo-européen
dieus , qui désignait le dieu radieux du ciel et s’appliquait donc à un culte solaire dont
l’existence et l’importance, dans le Nord comme ailleurs, n’ont pas besoin de
démonstration. Les gravures rupestres de l’âge du bronze scandinave (~ 1500 à ~ 400) non
seulement prouvent abondamment la diffusion de ce culte solaire, mais encore montrent
déjà Tyr, avec son bras droit mutilé et son épée. Et c’est ici qu’il devient passionnant pour
l’histoire de la religion nordique. Tout démontre qu’il a dû être dieu de la Guerre, avant
Thórr ou Ódhinn: non dieu de la Guerre-Force brutale, comme Thórr, ou dieu de la
Guerre-Ruse, comme Ódhinn, mais dieu de la Guerre-Droit. Or, c’est sans doute là le trait
le plus original de la civilisation nordique ou germanique ancienne, ainsi qu’en conviennent
tous les commentateurs ou témoins. La guerre y est soumise à des lois strictes, tant dans ses
motivations que dans son déroulement ou ses conséquences. Elle est étroitement
réglementée, et l’on trouve un reflet patent de ce fait dans les codes de lois qu’on a
conservés, quelle que soit la date de leur rédaction. De plus, une inscription romaine
trouvée en Frise est dédiée à Mars Thingsus, le Mars du thing  (le thing  étant — autre trait
typique du monde germanique — l’assemblée saisonnière des hommes libres où sont
collectivement prises toutes les décisions d’ordre législatif, exécutif et judiciaire intéressant la
communauté). Il ne peut s’agir que de Tyr.
On doit pousser l’analyse plus avant encore. Un mythe relaté en détail par Snorri
Sturluson dans son Edda  raconte que, pour assurer l’ordre du monde et la paix, les Ases
entreprirent de juguler le loup (ou chien) Fenrir, incarnation des forces du Mal et symbole
des Puissances mauvaises. Pour y parvenir, après divers essais infructueux, ils durent
recourir à des moyens magiques. Encore le monstre ne s’y laissa-t-il prendre qu’à la
condition que Tyr accepterait de mettre la dextre dans sa gueule. Sans hésiter, Tyr
s’exécuta et Fenrir fut réduit à l’impuissance, mais il eut le temps de trancher le bras droit du dieu. Certes, on trouve certains parallèles de ce mythe dans d’autres mythologies
d’origine indo-européenne, mais ce qui est frappant, c’est que le dieu suprême du Nord ait
été le garant légal du maintien de l’ordre en même temps qu’un héros intrépide.
Là, semble-t-il, s’affirme un ensemble de concepts hautement représentatifs.  Par la
suite, la religion nordique accorda la suprématie tour à tour aux forces de la fécondité-
fertilité ou à celles de la science sacrée, poétique et magique. Mais ce dieu solaire, martial
et juridique, semble bien correspondre à une vision du monde fondamentale pour le
Nord, qui jamais ne s’offusqua vraiment en dépit d’innombrables vicissitudes. »»
R. B… CDU.

http://racines.traditions.free.fr/dieuxgal/dieu-tyr.pdf


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