vendredi 24 août 2012

LA KABBALE


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Samuel Gabirol
LA KABBALE




Les mystères des grands textes enfin révélés
DE VECCHI POCHE
20, rue de la Trémoille 75008 PARIS
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AVERTISSEMENT
Les lecteurs s'intéressant à la Kabbale ou à certaines sciences occultes pourront s'étonner, selon les bibliographies
des ouvrages consultés, de constater des différences de transcription des termes hébraïques: selon
les écoles de traduction, ils pourront trouver par exemple Séphirot et Séfirot, Sépher Yetsirah et Séfer
Jésirah... Pour simplifier la lecture du néophyte, nous avons également adopté la forme francisée des noms
propres lorsque celle-ci existait, ainsi Juda pour Yehûda, Isaac pour Yitshaq, Siméon pour Shim'on....
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PREMIERE PARTIE
LES MULTIPLES VISAGES DE LA TRADITION KABBALISTIQUE
L'ANTIQUITE DE LA TRADITION KABBALISTIQUE
La succession des différentes races: au commencement du monde
Tous les grands réformateurs sur le plan religieux, que ce soient Moïse, Bouddha, le Christ, Mohamed,
Zoroastre ou d'autres, tous les fondateurs de grande spiritualité divisaient leur doctrine en
deux parties:
- la première, ou exotérisme, étant ia partie voilée destinée à l'usage du plus grand nombre;
- la seconde, ou ésotérisme, étant la partie où le secret révélé s'adressait aux seuls initiés
capables de le comprendre.
Sans vouloir nous arrêter, ce n'est pas notre sujet, sur les Orientaux (Bouddha, Confucius, Zoroastre),
l'histoire aussi bien invisible, c'est-à-dire racontée par les initiés dans leurs cénacles secrets,
que visible, c'est-à-dire scientifique, nous montre Orphée dévoilant l'ésotérisme aux initiés par
la création de mystères, de cérémonies magiques qui seront conservées de siècle en siècle dans des
sociétés secrètes.
L'histoire nous montre également Moïse choisissant une tribu de prêtres, ou initiés, celle des Lévi,
parmi lesquels il prit à part ceux à qui il pouvait confier la tradition.
Chaque continent vit naître progressivement, il y a des millénaires, une flore et une faune dont la
race humaine a été le couronnement. Ces continents apparurent successivement. Chacun "émergea"
au moment précis où la race humaine qu'il abritait se préparait à prendre la place d'une autre race en
pleine expansion sur un continent qui devait disparaître. Le Grand Architecte a mis en action un
plan qui, bien qu'échappant à notre raison, est doué de cohérence au niveau cosmique et où rien
n'est laissé au hasard. A tout moment, la terre est dominée par une race humaine; à la fin des temps
toutes les races se réuniront pour former un seul et même organisme. Plusieurs grandes civilisations,
dit la tradition, se sont ainsi succédé sur notre planète.
• La légendaire civilisation de l'Atlantide, évoquée par Platon, connaissait de nombreux secrets
aussi bien scientifiques que spirituels. Cette civilisation très évoluée s'étendant à la
place de l'actuel océan Atlantique avait été créée par la race rouge et fut détruite par une catastrophe
cosmique.
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• Au moment où la race rouge était en plein essor, un continent nouveau apparaissait. Les
mouvements de l'écorce terrestre sont tels que lorsqu'un continent vient au jour, un autre
s'apprête à sombrer, à s'effondrer dans les profondeurs de la mer. Le continent africain fut
dévolu à la race noire.
Le cataclysme qui engloutit l'Atlantide et les Atlantes est relaté par toutes les religions, tous les
mythes, toutes les spiritualités. La Bible comme l'Épopée de Gilgamesh1 le nomment Déluge. La civilisation
passa alors entre les mains de la race noire. Il y eut quelques survivants de la race rouge et
ceux-ci transmirent leur savoir. Les Peaux-Rouges d'Amérique ne sont-ils pas les descendants de
cette antique race rouge qui gouvernait l'Atlantide? Certainement, mais les Peaux-Rouges sont des'
survivants qui ont perdu le secret initiatique, ou, plutôt, ils sont les descendants de ceux qui
n'avaient connu que le savoir exotérique des doctrines de l'Atlantide.
• Enfin, alors que les Noirs eux-mêmes atteignirent leur apogée, un nouveau continent
naquit: l'Europe-Asie avec lu race blanche.
L'antique tradition ésotérique affirme que nous finirons par vivre une époque, une très longue
époque, où aucune race n'exercera sa suprématie sur une autre et certains occultistes disent que des
signes avant-coureurs de cette période sont d'ores et déjà perceptibles, malgré les désordres et les
crises de toutes sortes que nous sommes en train de traverser.
Orphée, Moïse, Jésus et les autres grands initiés
La transmission ésotérique de la tradition primordiale devient indiscutable vers l'an 550 avant notre
ère qui fut initiée aux mêmes sources qu'Orphée et Moïse, c'est-à-dire dans les sanctuaires les plus
reculés de l'ancienne Égypte. Pythagore avait un enseignement qu'il réservait à ses disciples les plus
proches et les bribes qui nous sont parvenues, en particulier les Vers dorés indiquent leur identité
absolue avec la Kabbale dont ils ne semblent être en définitive qu'une traduction et une adaptation à
l'esprit grec. Nous retrouvons encore cette tradition chez Socrate, dans Platon, Aristote et également
chez Plutarque, un grand Ancien. Plutarque disait qu'un serment lui fermait les lèvres et qu'il lui
était impossible de parler. Signalons enfin l'existence de cette tradition secrète dans le christianisme
quand Jésus révéla à ses seuls disciples le sens véritable (occulte) du Sermon sur la montagne et
surtout au moment où il confia son enseignement le plus profond à son disciple bien-aimé Jean.
L'Apocalypse du même Jean est d'ailleurs entièrement kabbalistique. Elle représente le véritable
ésotérisme chrétien. La tradition primordiale est, répétons-le, d'une antiquité vénérable.
C'est un initié du siècle précédent, Fabre d'Olivet, un initié qui, soit-il noté entre parenthèses, écrivit
la musique du sacre de Napoléon, nous donne la meilleure définition de la Kabbale. Cette définition
est, aujourd'hui, admise par tous les occultistes.
"Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, écrivit Fabre d'Olivet, que Moïse lui-même, prévoyant le
sort que son livre devait subir et les fausses interprétations qu'on devait lui donner par la suite des
temps, eut recours à une loi orale, qu'il donna de vive voix à des hommes sûrs dont il avait éprouvé
la fidélité, et qu'il chargea de transmettre dans le secret du sanctuaire à d'autres hommes qui, la
transmettant à leur tour, d'âge en âge, la firent ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi
orale que les Juifs modernes se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d'un mot hébreu qui
signifie ce qui est reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main." Kabbale= ce qui
est reçu, cela identifie la Kabbale, la tradition, au Graal celtique. Le Graal est, lui aussi, la coupe qui
reçoit. Mais qu'est-ce qui est reçu? La rosée céleste, disent les alchimistes dans leur langage très
1 Le livre sacré des Sumériens.
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imagé. La rosée céleste, ou le Verbe de Dieu, ou encore le secret de l'Univers.
L'homme qui se prit pour le Messie
Abraham Abulafia, l'un des plus célèbres kabbalistes connus, qui vivait en Espagne du temps où
l'Ordre cathare prospérait dans le Midi de la France donna à ce propos des explications très intéressantes.
Dieu, disait-il, a créé le inonde avec les lettres de l'alphabet hébraïque. Cet alphabet, comme
l'alphabet sanskrit, est sacré, chacune de ses lettres recèle un mystère. Ce n'est pas un son vide! Et
plus précisément, Dieu a créé le monde en l'écrivant. L'architecte est un artiste, un sage et un poète.
Abulafia disait que la matérialité des lettres, leur inscription physique, constitue la substance de
l'univers tandis que l'inspiration qui habite les mots divins traverse les hommes pendant qu'ils font
des rêves. Savoir déchiffrer ses songes, c'est donc se rendre maître d'une puissance extraordinaire.
Le messie est le maître de la puissance des rêves de l'humanité. Il viendra à la fin des temps, mais
les hommes doivent lui préparer le chemin en répandant les lumières qu'ils ont reçues en étudiant la
Kabbale.
Abraham Abulafia qui donna à la Kabbale son visage prophétique, pensait - et il prouva - que
chaque lettre de l'alphabet hébraïque, langue sacrée par excellence, constituait une puissance, était
la demeure d'un ange particulier (nous dirions aujourd'hui d'une force, ou d'une énergie). Mais attention,
précisa-t-il, l'inspiration divine traverse toute chose y imprimant sa marque. Cela veut dire
deux choses.
• L'individu qui déchiffre ses rêves, celui qui sait lire les textes sacrés, celui qui comprend
les messages divins, celui-là est doué du don de prophétie. Il devient son propre messie, ou
plutôt un adepte du Messie qui, à la fin des temps, doit venir réconcilier tous les hommes,
établir la paix sur la terre et révéler les secrets les plus cachés. Bref, celui qui apparaîtra
quand l'humanité atteindra son âge adulte. Pour la tradition, en effet, les hommes et les
femmes n'ont pas encore accédé à la maturité. Et il suffit d'ouvrir les yeux, de constater les
guerres et la misère qui nous assaillent pour lui donner raison.
• Lorsque l'inspiration traverse les choses et les êtres pour les amener à la vie et qu'elle les
déserte dans un deuxième temps pour remonter auprès du Père, elle laisse malgré tout une
trace, ou plutôt des traces. Ces traces sont véritablement des "signatures" permettant de
connaître l'intimité de l'être ou de la chose. Et la connaissance de ces signatures se trouve à
l'origine de sciences très intéressantes comme la physiognomonie (l'art de lire le caractère
sur les traits du visage), ou la chiromancie (l'art de lire la destinée d'une personne dans ses
lignes de la main) et bien d'autres disciplines ésotériques.
Abraham Abulafia fut donc un kabbaliste très important. Il fut très doué; malheureusement il
n'échappa pas au défaut qui fit chuter l'ange de lumière (Lucifer): la présomption. Il était convaincu
- ce qui était tout à son honneur - de l'unité occulte de toutes les religions et de la vanité des rivali -
tés: il pensa qu'il était missionné pour dévoiler cette vérité au monde. Il fit donc le voyage à Rome
dans l'intention d'y rencontrer le pape et de l'inciter à répandre cette bonne nouvelle. Que se passa-til
alors? Le pape était-il lui-même ignorant de ces vérités ésotériques dont le christianisme, comme
toute autre religion, est secrètement imprégné? Fut-il simplement antisémite? Ou bien pensait-il que
le moment n'était pas encore venu de dire de telles choses? Quoi qu'il en soit, il jeta Abulafia en prison
et celui-ci, qui devait être condamné à mort, n'eut la vie sauve qu'à la mort du pape.
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Les manuscrits de la Mer morte
Pour en revenir à l'antiquité vénérable, multiséculaire, de la tradition kabbalistique rappelée à Moïse
oralement par Dieu lui-même sur le mont Sinaï, donnons quelques faits qui la prouvent de manière
éclatante. La découverte des manuscrits de la Mer morte d'abord, ces fameux manuscrits qui furent
découverts il y a quelques dizaines d'années dans les grottes de Qumran, en Israël près de la Mer
morte et de la forteresse de Massada. Découverte sensationnelle, due au hasard, qui bouleversa plus
d'un sceptique.
La secte des Esséniens qui s'était réfugiée dans le désert, dans ces grottes, constituait un ordre initiatique
dont la tradition affirme que Jésus était membre, voire le chef occulte. Cette secte initiatique
rappelle étrangement les cathares: même mise en commun des biens, même refus du monde, même
charité et ressemblances étonnantes des rituels.
Il faut noter la surprise des archéologues et des historiens, lorsque de tels textes parvinrent entre
leurs mains. Ce furent:
- des textes dits apocalyptiques, tels le Testament de Lévi. Apocalyptiques, c'est-à-dire évoquant
à l'instar de l'Apocalypse de saint Jean la fin du monde et la résurrection;
- des textes ésotériques comme un Livre des Mystères qui nous reste énigmatique par bien
des aspects;
- des textes que personne n'ose séparer de la Kabbale.
Les historiens les plus sceptiques ne peuvent que reconnaître qu'ils témoignent de l'existence de la
tradition de la Kabbale à cette époque. On retrouve la même hiérarchie céleste, les mêmes anges, les
mêmes noms secrets de Dieu, que dans le Zohar2. Le fragment le plus impressionnant de ce texte
met en scène des "chérubins" en train de bénir le "trône de Dieu". Scholem, le meilleur spécialiste
actuel de la mystique juive avoue qu'il est obligé d'écrire "Ces fragments suppriment tout doute au
sujet d'une relation entre les plus anciens textes de la Merkabah (ou Merhavah) préservés à Qumran
et le développement ultérieur du mysticisme." La Merkabah, c'est le coeur mystique de la spéculation
kabbalistique. C'est le char divin, ou le trône céleste, que la méditation des lettres de l'alphabet
sacré finit par faire entrevoir à l'initié et qui lui révèle d'admirables secrets comme nous le constaterons
au cours de cet ouvrage.
"Il les a suspendus au Dragon"
Deuxième démonstration qui témoigne de l'antiquité de la Kabbale: elle s'appuie sur l'astronomie.
Au chapitre VI d'un livre kabbalistique le Sépher Yetsirah3 (le Livre de la création), on lit: "Les témoins
fidèles sont: le monde, l'année, la personne et la loi est: 12, 7, 3. Il les a suspendus au Dragon,
à la sphère et au coeur." Le pronom "II" désigne évidemment le Grand Architecte de l'Univers,
le créateur de tous les mondes, la force qui nous dépasse. "Il les a suspendus au Dragon". L'auteur
entend évidemment que le Dragon est à l'univers ce que la sphère est à l'année, ce que le coeur est à
la personne, c'est-à-dire la puissance impulsive de tout, le centre cosmique.
Il ne peut y avoir de doute, pense l'occultiste contemporain Papus: le roi sur son trône, l'Architecte,
le centre autour duquel gravite toute la cour des étoiles est l'étoile polaire. De nos jours encore, bien
que nous sachions scientifiquement que cela n'est nullement exact, nous continuons de prendre
l'étoile polaire pour centre de l'univers sidéral. L'étoile polaire est devenue un symbole mystique
alors qu'elle représenta jadis une réalité remarquable du système sidéral. Cependant si l'auteur du
2 Livre splendide de la Kabbale.
3 On peut également trouver dans certains ouvrages traitant de la Kabbale la transcription Séfer Yetsirah et Sépher Yesirah.
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Sépher Yetsirah indique le Dragon comme centre, c'est, qu'à son époque, l'étoile polaire faisait partie
de cette constellation. En effet, si nous suivons sur une carte céleste le cercle décrit par le pôle
dans une période de 25000 ans, nous voyons que ce pôle, actuellement à proximité de l'étoile Alpha
de la Petite Ourse, a gravité pendant toute l'époque s'étendant de l'an 2000 av. J.-C. jusque vers l'an
1000 de notre ère, dans un espace à peu près privé d'étoiles brillantes. Mille ans environ avant l'ère
chrétienne, cette étoile marqua approximativement le pôle qui s'en éloignait progressivement pour
arriver vers l'an 850 dans le voisinage qui a cours de nos jours.
Mais cela ne reste que d'un intérêt tout relatif si l'on poursuit le raisonnement. En remontant beaucoup
plus loin, de 3500 à 2000 av. J.-C., nous constatons que le pôle ne coïncidant pas alors avec la
constellation de la Petite Ourse dans laquelle il se trouve aujourd'hui occupait obliquement celle du
Dragon. C'est vers l'an 2800 que le pôle fut le plus rapproché de la brillante Alpha du Dragon. Pendant
toute la durée des quinze siècles qui séparent l'an 3500 de l'an 2000 ce fut cette étoile qui indiqua
le pôle. Et à ce moment-là, le Dragon était le centre de tout l'univers. Le Sépher Yetsirah date
donc nécessairement de cette époque.
La Kabbale existait déjà du temps du patriarche Abraham
Mieux encore. La tradition fait du patriarche Abraham l'auteur du Sépher Yetsirah. Abraham, dit la
tradition, fut initié aux mystères par Melchisédek qu'il rencontra dans . le désert et à qui il rendit
hommage comme le rapporte la Bible. Papus qui a étudié la question^ a écrit à ce propos des choses
définitives et qui méritent d'être citées: "Si nous ouvrons l'Histoire ancienne des peuples de l'Orient
de Maspero - un nom qui n'est certes pas suspect à la science contemporaine -, nous y lisons: 'Un
fragment de vieille chronique inséré au Livre sacré des Hébreux parle disertement d'un autre Elamite
qui guerroya de sa personne presque aux frontières de l'Égypte. C'est le Koutourlagamar qui
soutint Rimsin contre Hammourabi4 et qui ne put enrayer sa chute. Il régnait depuis treize ans sur
l'Orient quand des villes de Mer morte, Sodome, Gomorrhe, etc., se révoltèrent contre lui: il convoqua
ses grands vassaux et il partit avec eux aux confins de son domaine... Cependant, les rois de
cinq villes avaient réuni leurs troupes et l'attendaient de pied ferme. Ils furent vaincus, une partie
des fuyards s'engouffra et périt dans les puits de bitume qui perçaient le sol, le reste s'échappa non
sans peine vers les montagnes. Koutourlagamar saccagea Sodome et Gomorrhe et rétablit partout
son hégémonie, puis il s'en retourna chargé de butin. La tradition hébraïque ajoute qu'il fut surpris
vers les sources du Jourdain par le patriarche Abraham'."
Les choses s'éclairent. Abraham fut le contemporain et l'adversaire de Koutourlagamar, le Chodorlahomor
dont parle la Bible qui soutint sans succès son vassal Rimsin contre Hammourabi. Or Hammourabi
commença à régner en Chaldée vers la fin du XXVe siècle avant notre ère. Il régna très précisément
de 2287 à 2232. Par ailleurs, la Bible nous dit qu'Abraham était âgé de quatre-vingt-six
ans à la naissance d'Ismaël, le rival d'Israël, survenue probablement quelques années après son expédition
contre Koutourlagamar. Abraham ayant donc environ quatre-vingt ans au moment de la
guerre de Rimsin contre Hammourabi a probablement vécu entre 2300 et 2200 avant notre ère. Et
rien ne s'oppose aussi bien d'un point de vue historique que d'un point de vue astronomique, qu'il
soit l'auteur du Sépher Yetsirah. (Moïse ne serait donc pas le premier à avoir transmis la parole kabbalistique,
il n'aurait fait que la réveiller, que lui "redonner force et vigueur" comme disent les initiés).
4 Nous ajoutons quant à nous qu'Hammourabi détenait un Code semblable aux Tables de la loi qui seront ultérieurement remises par Dieu à Moïse.
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QUI SONDE LES MYSTERES DE
LA KABBALE LE FAIT A SES RISQUES ET PERILS
Le vertige de l'origine
Interrogeons-nous encore sur l'origine de la tradition de la Kabbale, car ce problème des origines
cache un grand mystère dont la solution, si elle existe, jettera incontestablement des lueurs sur les
mystères de la Kabbale eux-mêmes. L'énigme de l'origine de la Kabbale est l'un des problèmes
centraux de la Kabbale. Le résoudre, c'est s'être montré capable de pénétrer dans l'univers fascinant
de l'initiation et de la magie.
Nous avons parlé de Moïse. Un auteur qui semble avoir été un initié, un ecclésiastique du nom de
Don Augustin Calmet écrivit quelques années avant la Révolution française dont certains affirment
qu'elle avait été prévue, voire "programmée" par la tradition se nourrissant à la Kabbale et à l'alchimie5:
"Dieu donna à Moïse non seulement la loi mais aussi l'explication de la loi sur le mont Si-naï.
Quand il était descendu et qu'il était entré dans sa tente, Aaron Fallait trouver et Moïse lui apprenait
les lois qu'il avait reçues de Dieu. Après cela, Aaron se mettait à la droite de Moïse, Eléazar et Jtha -
mar, fils d'Aaron, entraient, et Moïse leur répétait ce qu'il venait de dire à Aaron. Après s'étant placés
l'un à droite, l'autre à gauche de Moïse, entraient les soixante-dix Anciens d'Israël qui composaient
le sanhédrin. Moïse leur exposait encore les mêmes lois... enfin on faisait entrer tous ceux du
peuple qui le voulaient... de sorte qu'Aaron entendait quatre fois ce que Moïse avait entendu de
Dieu sur la montagne, Eléazar et Uthamar l'entendaient trois fois, les soixante-dix Anciens et le
peuple une fois." Et "Moïse rédigeait ensuite par écrit les lois qu'il avait reçues, mais non pas l'explication
de ces lois. Il se contentait de les confier à leur mémoire. Cela s'appelle ainsi la Loi orale
pour la distinguer des lois écrites." Loi orale parce qu'elle ne peut se transmettre qu'au cours d'une
initiation où l'Esprit descend sur le disciple.
Moïse, malgré sa grandeur, ne fut pas le premier à recevoir la tradition kabbalistique. Avant lui,
nous l'avons vu au chapitre précédent, Abraham la reçut, puisqu'il fut l'auteur d'une partie de la Kabbale
écrite, le Sépher Yetsirah. Et Abraham lui-même la reçut du mystérieux Melchisédek. Et ce
dernier? Il n'y a pas de raison de s'arrêter. Cela donne le vertige et révèle un mystère qui dépasse
l'entendement humain.
Mise en garde
Un passage de la Kabbale met en garde contre le danger qu'il y a à se perdre dans ce vertige. Il dit
"Tu expliqueras depuis le jour où Dieu a créé Adam sur la terre, mais tu n'expliqueras pas ce qui est
en haut, ce qui est en bas, ce
qui fut et ce qui sera." Ce texte a l'air d'être énigmatique, il est pourtant très simple. Ce qui est en
haut, ce qui est en bas concerne le mystère des origines du monde. Or ce mystère des origines du
monde est celui-là même de la Kabbale, puisque celle-ci contient le Verbe de Dieu, le Verbe avec
lequel Dieu a créé l'univers.
Les lettres avec lesquelles est écrite la Kabbale sont les mêmes que celles avec lesquelles Dieu créa
le monde. C'est ce qu'enseigna Abraham Abulafia, le kabbaliste que nous avons déjà cité. La Kabbale,
la Parole de Dieu, la tradition primordiale, se trouvait dès l'origine à côté de l'Architecte et ce-
5 Ce n'est malheureusement pas le lieu d'exposer et de discuter cette théorie qui séduit certains milieux traditionalistes au sens initiatique du terme.
Pour étrange qu'elle puisse paraître, notons simplement que de nombreux indices plaident en sa faveur.
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lui-ci la fit descendre en bas pour faire naître toute chose. Les cathares disaient que Dieu avait envoyé
son Fils pour restaurer la création qui était en train de périr sous l'assaut des forces du mal. Ils
affirmaient également que Jésus était symbolisé par une lettre très secrète de l'alphabet sacré.
Le mystère des origines, celles de la Kabbale comme celles du monde, nous dépasse donc et il n'est
pas facile de l'approcher. Avant de commencer, la Kabbale met en garde le chercheur comme nous
le faisons nous-même. La Kabbale raconte deux histoires symboliques qui illustrent cette mise en
garde.
L'expérience initiatique peut conduire à la mort ou à la folie
Deux pages sont des plus frappantes.
• "Déjà, raconte la Kabbale, Simon Ben Zoma était en train d'errer. Rabbi Josué
passa et le salua à deux reprises, mais il ne répondit pas. Alors Rabbi Josué lui dit
'Qu'y a-t-il donc Ben Zoma, d'où tes pieds t'ont-ils porté? Et lui fit cette réponse: 'Je
méditais.' Rabbi Josué s'écria 'Je prends les cieux et la terre à témoin que je ne bougerai
pas d'ici avant que tu m'aies dit d'où tu viens.' L'autre répondit 'Je contemplai
l'origine. Et j'ai compris que l'Esprit de Dieu ne soufflait pas sur les eaux primordiales
comme on le raconte mais qu'il planait comme un oiseau.' Rabbi Josué se
tourna alors vers ses disciples et il leur dit 'Ben Zoma s'en est allé.' Peu de temps
après, comme il l'avait annoncé, Ben Zoma mourut." L'intrusion dans des domaines
interdits est souvent, comme dans cet exemple, un présage de mort. Lorsque l'on rêve
que l'on pénètre dans un monde inconnu et inaccessible, ou lorsque l'on contemple le
mystère des origines, on est appelé par l'Au-Delà.
• "Quatre rabbins, quatre sages, entrèrent dans le Fardes. (Le Fardes, c'est le Paradis,
c'est l'origine de lumière et de béatitude.) Ce furent Ben Azzaï, Ben Zomah, Aher
et rabbi Aqiba. L'un contempla et mourut. L'autre vit et s'égara, on ne le retrouva
plus. Le troisième contempla et il ravagea les plantations (il devint fou, détruisant
tout sur son passage). Il n'y en eut qu'un qui s'éleva en paix et descendit en paix (qui
reçut l'illumination et qui put pénétrer dans le Fardes)." Sur quatre sages, un seul
put réussir. L'expérience initiatique peut conduire à la mort, à la folie ou à l'hérésie,
si elle n'est pas bien conduite, si elle ne se conforme pas au Verbe et au rituel, si elle
néglige les avertissements que donne le Livre. Il s'agit bien plus que d'une mise en
garde symbolique: les maux décrits dans ce texte sont bien réels, comme le montre la
médecine psychosomatique qui soigne le physique, le corporel, à partir du psychique.
Un choc psychologique auquel l'on n'est pas préparé peut conduire à la folie,
tous les psychiatres le savent.
Métempsychose, chemin initiatique et Fardes
Le texte précise "Ben Azzaï contempla et mourut," c'est à son propos qu'il est dit "précieuse est la
mort de ses fidèles aux yeux du seigneur." Qu'est-ce que cela signifie? Dieu se réjouirait-il de la
mort de ses fidèles? Oui. La raison est simple: la Kabbale croit en la réincarnation, ou métempsychose.
Pour elle, comme pour toute la tradition, l'être humain revient sur terre soit sous forme humaine,
soit sous forme animale6 pour se purifier. Et d'existence en existence, d'incarnation en incarnation,
il trouve la lumière et se rapproche de l'état édénique. L'initiation est l'état de ceux qui ont
6 Selon son karma, ou destin cosmique, l'homme qui se conduit mal se réincarne sous forme animale. La Kabbale est très explicite à ce propos.
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atteint cet état. C'est pourquoi elle reste réservée à quelques appelés. Quoi qu'il en soit, les initiés,
ceux que la Kabbale a nommé ici les "fidèles", vivent leur dernier passage sur la terre. Après leur
mort, ils iront rejoindre le nirvana des hindous, ou le ciel des juifs, des musulmans et des chrétiens.
C'est pour cela que Dieu se réjouit de la mort de ses fidèles. "Ben Zoma vit et s'égara, on ne le trou -
va plus." A son propos l'Écriture dit "Tu as trouvé du miel? manges-en ce qui te suffit; autrement
gavé, tu le vomirais." Ben Zoma mangea du miel, il en voulut davantage. Ne savait-il pas que l'être
humain ne peut contempler qu'une petite parcelle de lumière? Vouloir plus de lumière plus qu'on
n'en pourrait supporter c'est pécher par présomption, comme Lucifer qui était pourtant l'ange favori
de Dieu. Un tel individu est renvoyé au néant (c'est ce que signifie "On ne le trouva plus"). Il est
obligé de recommencer le cycle entier des réincarnations depuis le début.
"Elisha vit et ravagea les plantations", à son sujet il est dit "Que ta bouche ne s'adonne pas à faire
fauter ta chair". Cela a trait à la folie comme nous l'avons dit. "Rabbi Aqiba s'est élevé en paix et est
descendu en paix." C'est à son propos qu'il est écrit "Entraîne-moi après toi, courons, le roi me fait
entrer dans ses appartements." Rabbi Aqiba est un "supérieur inconnu," c'est-à-dire un ange descendu
sur terre. Il a revêtu forme humaine, il vient sur terre comme il veut (le plus souvent pour accomplir
une mission) et il remonte au ciel à sa guise.
Les dernières phrases (Entraîne-moi après toi, courons, [...]) sont une citation du Cantique des Cantiques,
poème central de la Bible et l'un des plus beaux poèmes d'amour de l'humanité. Il raconte
symboliquement l'amour de l'âme pour son créateur (le roi). C'est cet amour dont l'âme ne se détache
jamais qui lui donne tous les pouvoirs: descendre sur terre pour révéler à certains hommes la
parole secrète et remonter "dans les appartements du roi". Mais alors à quoi ressemble le monde
d'en haut? A quoi ressemble le Fardes où put entrer rabbi Aqiba et qui restait interdit aux trois autres
compagnons? "A quoi ressemble la chose? au verger du roi au-dessus duquel une balustrade est
construite. Qu'est-il enjoint à l'homme? Qu'il regarde pourvu qu'il n'en rassasie pas ses yeux." Qu'il
n'en rassasie pas ses yeux afin qu'il ne commette pas la même erreur que Ben Zoma. La Kabbale est
composée de plusieurs livres - nous n'avons cité que le Sépher Yetsirah et le Zohar, mais il y en a
d'autres - et de milliers de pages dont toute la sagesse n'a pas encore été extraite, et sur lesquels tous
les initiés du monde, en Israël aussi bien qu'ailleurs se penchent avec ardeur. Cependant disons-le de
nouveau: avant de s'adonner à l'étude de la Kabbale, des précautions sont à prendre ainsi que les
quelques histoires rapportées le montrent. Qui veut connaître la Kabbale, ses pratiques magiques,
ses profonds mystères, le fait à ses risques et périls. Il n'y a pas besoin d'hommes armés pour défendre
les secrets spirituels de la tradition, ils se défendent bien eux-mêmes.
LES ENSEIGNEMENTS DU GRAND SYNODE
L'appel de rabbi Siméon bar Yochaï
La Kabbale a beau posséder une antiquité vénérable, elle a beau remonter dans la nuit des temps, il
n'en demeure pas moins que quelques moments historiques sont tout à fait remarquables. Nous
avons vu que ces moments sont les initiations d'Abraham d'abord et de Moïse ensuite. Un autre
moment est celui du "Grand Synode" (l'Idra Suta ou Mra Zùtà) tel que le rapporte la Kabbale ellemême
(section dite du Commentaire du Siphra Dzeniuta par rabbi Siméon bar Yochaï7).
Jérusalem venait d'être détruite par les Romains, raconte le scribe qui retranscrivit le texte. Il était
alors défendu aux juifs de revenir pleurer sur les ruines leur patrie et cela sous peine de mort. La
nation entière était dispersée en exil et, pis encore, les saintes traditions s'étaient perdues. Résultat:
7 Le lecteur pourra également retrouver le nom de ce grand rabbin dans la transcription suivante Siméon bar Yochaï.
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on avait oublié la véritable Kabbale, on la remplaçait par des superstitions. Les sorciers et les
faussaires succédaient aux initiés et une obscurité s'abattit sur le monde, car l'occultation de la
tradition est le plus grand malheur qui puisse se produire.
C'est alors qu'un rabbin très estimé, Siméon bar Yochaï, rassembla autour de lui les derniers initiés à
la science primordiale. Il décida de leur expliquer le livre du mystère. Ils en savaient tous le texte
par coeur, mais seul bar Yochaï en connaissait le sens profond que jusqu'alors on s'était transmis de
bouche en bouche et de mémoire en mémoire sans jamais l'expliquer, ni même l'écrire.
Voici les paroles qu'il leur adressa afin de les réunir: "Pourquoi dans ces jours de tourments, resterions-
nous semblables à une maison qui s'appuie sur une seule colonne ou à un homme qui se tient
sur une jambe unique? Il est temps d'agir, car les hommes ont perdu la petite lumière qui les faisait
vivre.
"Rassemblez-vous dans cette campagne où fut une aire aujourd'hui abandonnée8. Venez, comme
pour un combat, armés de conseils, de sagesse, d'intelligence, de science et d'attention. Reconnaissez
pour unique maître celui qui dispose des vies et de la mort, le Grand Architecte de tous les
mondes. Proférons ensemble des paroles de vérité que les entités supérieures aiment entendre et tout
le monde viendra autour de nous pour nous écouter."
La conjuration des initiés
Au jour fixé, les rabbins initiés se réunirent dans un espace circulaire entouré d'une muraille, ils arrivèrent
en silence, et rabbi Siméon s'assit au milieu d'eux. Les voyant tous réunis, il pleura. "Malheur
à moi si je révèle les grands mystères! Malheur à moi pourtant si je les laisse clans l'oubli. Que
dois-je faire?" Les initiés restèrent silencieux.
Enfin, l'un d'eux, nommé rabbi Abba se leva et prit la parole: "Je peux dire quelques mots avec la
permission du maître. N'est-il pas écrit que les secrets appartiennent à ceux qui les craignent? Et
nous qui sommes réunis en ce moment, ne craignons-nous pas le Grand Architecte? N'avons-nous
pas déjà été initiés aux secrets du temple?"
Tous les présents, pour s'engager au secret, mirent alors leur main dans celle de rabbi Siméon et levèrent
avec lui un doigt vers le ciel. Et après avoir dit une prière, rabbi Siméon appela son fils (son
disciple) Eléazar et il le fit asseoir devant lui. Et il plaça Abba de l'autre côté. Et il dit: "Nous formons
le triangle qui est le type primordial de tout ce qui existe. Nous figurons la porte du temple et
ses deux colonnes."[...]
Rabbi Siméon ne parlait plus et ses disciples respectaient ce silence. On entendit alors une voix
confuse qui était comme celle d'une grande assemblée. C'étaient les esprits du ciel qui étaient descendus
pour entendre. Les disciples tressaillirent, mais leur maître leur dit "Ne craignez rien. Dieu a
régné sur les hommes d'autrefois par la crainte, mais à présent il nous gouverne par l'amour." N'estil
pas dit "Tu aimeras ton Dieu"? Et n'a-t-Il pas dit lui-même: "Je vous ai aimés"? Puis il ajouta: "La
doctrine secrète est pour les âmes méditatives. Ceux qui sont agités et sont démunis d'équilibre psychologique
ne peuvent la comprendre. Est-il possible d'assurer un clou dans une muraille mobile
prête à s'écrouler au moindre choc? Le monde entier est fondé sur le mystère; mais le mystère ultime,
celui de l'initiation, n'est même pas révélé à tous les anges. Le ciel s'incline pour nous écouter
mais je ne parlerai pas sans voile. La terre s'émeut pour nous entendre, aussi je ne m'exprimerai
qu'au travers du symbole. Nous sommes en ce moment les colonnes du temple et la porte de l'univers."
8 C'est le lieu où se tenait le temple de Salomon, celui dont tous les initiés du monde sont en deuil.
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Et l'homme révolté dit à Dieu "Soumets-toi toi-même à cette loi"
Triangle qui est le type primordial de tout ce qui existe aussi bien en haut qu'en bas, tout: les anges,
les hommes, la nature; et temple reconstruit spirituellement puisque ce sont les initiés qui, se serrant
autour de rabbi Siméon, reconstituent symboliquement le temple de Salomon détruit par les Romains,
le maître avertit qui sait l'entendre qu'il va révéler les plus grands mystères. Cette séance historique,
ce synode qui eut lieu jadis en Palestine, allait avoir une importance essentielle pour le
maintien de la tradition kabbalistique. Mais, outre son intérêt historique qui s'avère considérable, il
dévoile certains secrets qui, d'habitude, restent cachés.
Et rabbi Siméon poursuivit: "Dieu, dit-il, quand il voulut, faire naître la création, jeta un voile sur sa
gloire et, dans les plis de ce voile, il projeta son ombre. De cette ombre, se détachèrent les géants
qui dirent 'Nous sommes des rois' alors qu'ils n'étaient que des fantômes. Ils apparurent donc parce
que Dieu s'était caché en faisant la nuit dans le chaos. Ils disparurent ensuite au moment où se dressa
vers l'orient la tête lumineuse, le soleil régulateur de nos aspirations et de nos pensées. Les dieux
sont des mirages de l'ombre et Dieu est la synthèse des splendeurs. Les usurpateurs tombent lorsque
le roi monte sur son trône et quand Dieu se montre, les dieux s'en vont."
Après qu'il eut permis à la nuit d'exister afin de laisser paraître les étoiles, Dieu se tourna vers
l'ombre qu'il avait faite et il la regarda pour lui donner une figure. Il imprima une image sur le voile
dont il avait couvert sa gloire et cette image lui sourit. Il voulut que cette image fût sienne, afin de
créer l'homme à la ressemblance de cette image.
Il essaya en quelque sorte la prison qu'il voulait donner aux esprits créés. Il regardait cette figure
qui devait être un jour celle de l'homme et il s'attendrissait, car il lui semblait déjà entendre les
plaintes de sa créature. "Toi qui veux me soumettre à la loi, disait-elle, prouve-moi que cette loi est
la justice en t'y soumettant toi-même. Et Dieu se faisait homme pour être aimé et compris des
hommes."
Ces dernières paroles sont remarquables et rendent sensible la profondeur de la philosophie qui
sous-tend la Kabbale:
— l'homme est un esprit revêtu de la prison la plus forte qui soit. Les anges sont prisonniers de
leur corps subtil qui les empêche de s'identifier à Dieu, mais les hommes sont prisonniers
d'un corps de matière. Les cathares parlent d'"une guenille de chair";
— dans sa souffrance infinie, lorsqu'il atteint le fond du malheur, l'homme s'interroge sur le
pourquoi, sur la raison d'être, du mal. Il ne comprend pas la loi divine.
Pourquoi Dieu qui est très puissant permet-il à Satan d'accomplir son oeuvre néfaste? Pourquoi tant
de désespoir? L'homme se révolte alors contre Dieu. Il lui dit "Prouve-moi que cette loi est la justice
en t'y soumettant toi-même." Et Dieu se fait homme pour être aimé et compris des hommes. C'est-àdire
qu'il crée l'homme à son image, qu'il crée en réduction une image de lui-même qui est l'homme.
Le Vieillard qui n'a pas d'âge
"Or, poursuit rabbi Siméon, nous sur la terre, nous ne connaissons de Dieu, de l'Architecte de tous
les mondes, que cette image empreinte sur le voile qui nous cache la splendeur. Cette image est la
nôtre et il veut que pour nous elle soit la sienne.
De ce fait, nous le connaissons sans le connaître. Il nous apparaît (quand il nous apparaît) comme
étant une forme sans contour. Nous disons symboliquement qu'il est un vieillard qui n'a pas d'âge. Il
est assis sur un trône merveilleux. De ce trône s'échappent éternellement des millions d'étincelles et
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il leur dit de devenir des mondes.
"Sa chevelure rayonne et laisse tomber d'elle des étoiles. Les univers gravitent autour de sa tête.
Les soleils viennent baigner dans sa lumière sans fin."
Dieu est un "vieillard sans âge" et sa parole recueillie dans la tradition primordiale n'a pas d'âge non
plus. On a beau remonter le cours de l'histoire, elle vient de plus loin encore. Dieu dit aux étincelles
de devenir des mondes. La Kabbale savait déjà, comme le savait d'ailleurs l'astrologie des mages babyloniens,
que l'univers est composé d'une infinité de galaxies qui explosent, surgissent, se refroidissent
ensuite pour mourir et cela pendant une durée de temps qui avoisine les milliards d'années.
Ces univers sont comme des étincelles au regard de la flamme céleste qui se montra à Moïse
sous la forme d'un buisson ardent.!
La céleste rosée
Et rabbi Siméon continua: "L'image divine est double. Il y a la tête de lumière et la tête d'ombre, le
blanc et le noir, le supérieur et l'inférieur. L'une est le rêve de l'homme-Dieu, l'autre celle du Dieuhomme.
L'une figure le Dieu du sage, l'autre le Dieu du vulgaire."
Toute lumière suppose une ombre et ne devient clarté que par opposition à cette ombre. La tête lumineuse
verse sur la tête noire une rosée9 de splendeur "Ouvre-moi, ma bien-aimée, dit Dieu à l'intelligence.
Ma tête est pleine de rosée et sur les boucles de nies cheveux roulent les larmes de la
nuit. La tradition est poésie. La rosée est la manne dont se nourrissent les sages. Les initiés en ont
faim et ils la ramassent à pleines mains dans les campagnes du ciel."
Ce texte est de toute beauté. La meilleure introduction que l'on puisse donner de la Kabbale est d'inciter
le lecteur à n'en imprégner. L'expérience psychique qu'il provoque est indicible, chacun ne peut
que la vivre à sa manière. La vivre et non théoriser ou discuter à son sujet. Par ailleurs, l'ombre et la
lumière vont ensemble, la loi des contrastes ce trouve partout dans la nature et dans l'esprit. La lumière
a besoin de l'ombre pour apparaître, pour ressortir. Le damier en est l'image, le symbole.
Microcosme, macrocosme, sceau de Salomon
Puis rabbi Siméon fît appel à l'expérience mystique. "L'image divine possède treize rayons dont
quatre se trouvent de chaque côté du triangle primordial. L'un d'entre eux, le dernier, se situe sur la
pointe du triangle." Cela, cette contemplation permettra de fabriquer des talismans et des pentacles
magiques. Nous aborderons ce sujet un peu plus loin. Pour le moment, rabbi Siméon poussa encore
plus loin la quête mystique. Et c'est dans une telle quête, dans une telle contemplation, que l'initié
kabbaliste se "recharge" en énergie cosmique. C'est ici aussi qu'il rencontre son guide spirituel
connu sous le nom de l'ange Métatron.
"Dessinez dans le ciel par la pensée cette image dont je viens de vous parler. Tracez-en les lignes en
allant d'étoile en étoile, elle renfermera trois cent soixante myriades de mondes. Car le vieillard supérieur
s'appelle le macrocosme, tandis que la figure d'ombre se prénomme le microcosme. La tête
de lumière épanche sa splendeur sur toutes les têtes pensantes quand elles se soumettent à la loi et à
la raison."
Rabbi Siméon venait de remettre en mémoire à ses disciples la loi fondamentale de tout l'ésotérisme
qu'Hermès Trismégiste, le grand sage de l'Égypte ancienne, formule de la sorte. "Tout ce qui est en
haut est le macrocosme et tout ce qui est en bas est le microcosme." Le haut et le bas se correspondent
quand l'influx du Grand Architecte traverse les mondes et c'est ainsi que s'accomplit le
Grand OEuvre.
9 Les alchimistes savaient recueillir cette rosée céleste. Nicolas Flamel et Basile de Valentin y firent allusion.
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L'extase kabbalistique rend le kabbaliste semblable à Dieu. Ou plutôt, pour être plus précis, elle lui
permet de réaliser dans son petit monde les mêmes merveilles que celles réalisées par Dieu dans
l'univers entier. Pour cela, l'initié doit d'abord se mettre en harmonie avec le cosmos. Il doit s'identifier
à lui. Et c'est ce que permet la contemplation de l'image que rabbi Siméon demanda à ses disciples
de tracer par leur pensée. Relevons en passant la signification du symbole universel du sceau
de Salomon que voici:
Quand les deux triangles primordiaux se trouvent en équilibre, le Grand OEuvre est accompli. Le
sceau de Salomon signifie l'équilibre du macrocosme et du microcosme, de l'ombre et de la lumière.
Il est l'emblème des sages et donne de fabuleux pouvoirs à certains mages blancs (c'est-à-dire dévolus
au Bien) qui savent s'en servir. Nous aurons l'occasion d'y revenir.
L'ultime vision du kabbaliste
Et rabbi Siméon parvint au moment ultime de la vision. "La tête du vieillard suprême est un
réceptacle fermé, et la sagesse infinie s'y dépose telle un vin délicieux. Cette sagesse est
impénétrable, elle se possède en silence. Elle se réjouit de son éternité inaccessible aux vicissitudes
du temps.
"L'Architecte révélé, c'est le dieu voilé. Cette ombre humaine de Dieu est comme le mystérieux
Eden d'où sortait une source qui se partageait en quatre fleuves.
"Rien ne sort de Dieu lui-même. Sa substance reste immobile. Tout ce qui passe, qui commence, qui
se partage, coule, tout cela glisse sur son ombre. Lui est immuable dans sa lumière. Il demeure
calme comme un vieux vin qui ne s'agitant jamais repose sur sa lie."
Mystère des mystères: l'homme est un fragment de l'ombre de Dieu. Ce précepte a donné naissance
à de multiples spéculations.
Enfin rabbi Siméon bar Yochaï dit "Ne cherche pas à pénétrer les pensées de la tête mystérieuse. Si
ses pensées extérieures et créatrices rayonnent comme des chevelures, ses pensées intimes sont cachées.
"Chaque cheveu est un fil de lumière qui se rattache à des millions de mondes. Ses cheveux se partagent
sur son front et descendent des deux côtés mais chaque côté est le côté droit. " Chaque côté
est le côté droit, parole énigmatique que la suite du discours va nous faire comprendre. "Car, expliqua
rabbi Siméon, dans la tête divine qui forme la tête blanche, il n'y a pas de côté gauche. Le côté
gauche de la tête blanche, c'est la tête noire. N'oubliez pas que dans le symbolisme traditionnel, le
bas équivaut à la gauche et la gauche se trouve pareille au bas. Or, entre le haut et le bas de l'image
de Dieu, il n'y a pas plus d'antagonisme, d'opposition, qu'entre la main gauche et la main droite de
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l'homme, puisque l'harmonie résulte de l'analogie des contraires."
[...]
Israël dans le désert s'est découragé et a dit "Mais Dieu est-il à nos côtés, ou non?" Ce faisant, Israël
séparait la tête noire de la tête blanche et le dieu de l'ombre devenait de la sorte un fantôme exterminateur.
Il les punissait parce qu'ils avaient douté.
"On ne comprend pas Dieu, on l'aime"
C'est l'amour qui crée la foi et non l'inverse. Dieu se cache à l'esprit mais il se révèle au coeur.
Quand l'homme dit "Je ne crois pas en Dieu", c'est comme s'il disait "Je n'aime pas." Et la voix
d'ombre lui répondra "Tu mourras parce que ton coeur abjure la vie."
Paroles qu'il est impossible de ne pas dire admirables. Paroles qui doivent être méditées, car c'est
ainsi, en se préparant psychologiquement, en purifiant son âme de toute ses aigreurs, que le kabbaliste
peut se mettre à l'étude.
Et rabbi Siméon conclut "Le microcosme est la grande nuit de la foi. C'est en elle que vivent et soupirent
tous les justes. Car il manque quelque chose aux terrestres même aux plus sages. Les justes
étendent leurs mains et agrippent (dans l'imaginaire) les cheveux splendides du Père. Et de ces cheveux,
des gouttes de lumière tombent et viennent éclairer leur nuit.
Entre les deux côtés de la chevelure suprême se trouve le sentier de la haute initiation, le sentier du
milieu, le sentier de l'harmonie des contraires.
Là toute chose se comprend et se concilie. Là, le bien triomphe du mal. Ce sentier est celui du suprême
équilibre (symbolisé par le sceau de Salomon). Et rien ne peut empêcher le Seigneur d'entendre
le cri de l'orphelin et la plainte de l'opprimé."
EPANOUISSEMENT; DERNIERS FEUX;
NOUVELLE OCCULTATION DE LA KABBALE
Le livre des Mystères
Le propre, la fonction, de la tradition est double:
- faire vivre le peuple auquel elle appartient;
– en se rattachant à la philosophie primordiale qui était à l'origine du monde, permettre
au monde de subsister. La spiritualité kabbalistique a été ce qui a fait s'amalgamer le peuple
juif à travers l'histoire et ses vicissitudes; ce qui lui a conféré unité profonde, identité sans
faille, fidélité à toute épreuve, malgré toutes les persécutions. La Kabbale se rattache à la tradition
primordiale, celle dont chaque peuple (les Juifs, les Celtes, les Hindous, etc.) recueille
des bribes qui, mises bout à bout, font que le monde ne retourne pas au néant. La tradition
est un verbe: ce fameux Verbe par lequel dans la Bible, par exemple, le Démiurge crée le
monde et tout ce qui s'y trouve. Un Verbe ou une parole magique d'une puissance extra-humaine.
La tradition, la parole sacrée, comme la Kabbale, est, avons-nous dit, ce qui permet au monde, à
l'univers de ne pas tomber en poussière, de ne pas redevenir chaos. "L'élude de la Kabbale, disent
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les sages, soutient le monde." Si la science kabbalistique se perdait définitivement, ce qui, à certaines
époques, faillit se produire, toute vérité disparaîtrait. Or, tuer entièrement la vérité conduit à
des catastrophes, ne serait-ce que parce que les hommes eux-mêmes finiraient par détruire la planète
(ils en ont actuellement les moyens avec les armes nucléaires!) Mais quand le kabbaliste entre
en extase, comme nous l'avons vu faire par rabbi Siméon bar Yochaï au chapitre précédent, les entités
supérieures, c'est-à-dire les principes dei forces cosmiques qui mènent l'univers, descendent sur
terre. Elles sont attirées comme des aimants et, en venant sur la terre, elles apportent avec elles un
flux bienfaisant.
Le Sépher ha-Razim (Livre des Mystères), ouvrage d'une ! antiquité vénérable lui aussi, rapporte
que si, dans le cycle j inauguré par la Bible, l'initiation a été transmise à Abraham en premier, la magie,
elle, a été révélée à Noé par l'ange Raziel au moment où il s'embarquait dans son Arche qui allait
lui permettre de traverser le Déluge sans encombre.
Nous avons traité du "cycle de la Bible", c'est-à-dire du cycle historique correspondant à l'apparition
du peuple juif, parce qu'évidemment avant le peuple juif, d'autres peuples furent en possession de la
tradition, mais leur souvenir s'est aujourd'hui estompé.
En tout cas, le Livre des Mystères cité explique que les anges qui répondent à la prière, à l'invocation
du mage ou de l'initié sont divisés en hiérarchie. Une fois qu'ils sont là, présents tout autour de
celui qui les a convoqués, il faut savoir à qui l'on veut s'adresser précisément. Cela dé-| pend de ce
que l'on attend: amour, gloire, richesses, etc. Chaque pratique met en action des libations, des mots
de passe, des combustions d'encens et l'astrologie. Il faut, en effet, bien choisir son moment.
L'ascension mystique de l'initié kabbaliste
La Kabbale est le plus souvent restée cachée. Certes, dévoilée ou non, elle est pleine de secrets qui
ne sont pas révélés à tout le monde. Mais nous voulons souligner qu'à certains moments historiques,
un grand homme (Abraham, Moïse) ou un groupe de conjurés voués à l'initiation (rabbi Siméon et
ses disciples) agissent pour la faire tant soit peu sortir de l'ombre. Les hommes de ces moments-là
traversent une mauvaise passe et il faut leur apporter la lumière.
A partir de rabbi Siméon bar Yochaï, les kabbalistes se livrèrent donc à un travail intense dont les
profanes ne se rendirent pas compte. Ils préparèrent le passage à des temps nouveaux. Ces temps
furent le coeur du Moyen Age avec l'apparition des cathares. Et lors de l'apparition des cathares, en
effet, des livres kabbalistiques surgirent comme par miracle et révélèrent leurs splendeurs. Et entretemps?
Un travail intense se fit, un travail dont nous ne pouvons que résumer les étapes.
Les initiés juifs fixèrent définitivement ce qui était perçu par les anciennes traditions, mais qui restait
alors confus. Ils entreprirent de mettre au point "le voyage de l'âme dans le monde céleste", une
technique permettant à l'esprit de quitter son corps (oui ! de se détacher de son corps et de voyager
dans la quatrième dimension) accessible à certains initiés. Cette technique d'ascension mystique
était précédée d'une phase de préparation importante à caractère ascétique pouvant durer quarante
jours. Le mystique s'interdisait de consommer aucune plante, il préparait lui-même son pain. Il pratiquait
aussi durant cette période des bains rituels à la tombée de la nuit et récitait des incantations et
des hymnes (dont certains furent conservés jusqu'à aujourd'hui). Il faisait tout cela sa tête placée
entre ses genoux, cette position facilitant le passage à un autre niveau de conscience. Quant aux
hymnes, indispensables pour atteindre l'extase, ils étaient chantés par les anges eux-mêmes devant
le trône divin. Ils exprimaient la glorification du Sublime Vieillard assis sur son trône, entouré de
majesté, de crainte et de tremblement.
L'initié effectue un voyage (un vrai voyage disent les occultistes) à travers sept palais situés tout en
haut dans les cieux. Des portiers angéliques sont toujours placés à gauche et à droite de chaque entrée.
Il faut leur présenter des sceaux magiques pour pouvoir franchir le seuil sans danger; et à
chaque étape, il faut user de nouveaux sceaux et proférer des formules magiques de plus en plus
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compliquées. Le danger atteint son paroxysme au sixième palais. "A la porte du sixième palais, dit
un texte qui nous est parvenu comme pour nous mettre sur la voie, apparaissent des milliers et des
milliers de vagues d'eau qui se jettent contre l'initié; il n'y a cependant aucune goutte d'eau, mais
seulement l'éclat éthéré des plaques de marbre dont le palais est paré."
Seul l'initié accompli peut entrer dans le septième palais, le plus secret de tous. Tout autre qui va outrepasser
la loi, qui persiste, peut le payer de sa vie.
Les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse
Les initiés de toutes les nations entretenaient des rapports amicaux entre eux: par exemple, les Templiers
avaient! beau être de fidèles chrétiens, ils avaient beau combattre les musulmans et se
conduire bravement sur les champs de bataille des croisades, ils n'en avaient pas moins des rapports
avec des ordres secrets musulmans. De même, les kabbalistes juifs - Abulafia par exemple - étaient
entrés en rapports avec les soufis musulmans et les cathares chrétiens. Ceci non pas pour se fondre
en eux, mais simplement pour se reconnaître comme frères.
En Provence cathare et en Espagne où pendant un temps, avant l'intervention d'Isabelle la Catholique,
reine répressive, les chrétiens, les musulmans et les juifs avaient fini par vivre en bonne intelligence,
la Kabbale atteignait l'un de ses sommets. Le travail effectué antérieurement avait donné
ses fruits, il ne s'agissait plus que de les cueillir. On assista à une floraison remarquable. Et d'abord
évoquons le Sépher Yetsirah (Livre de la Création). Ce livre commence ainsi "Par les trente-deux
voies merveilleuses de la sagesse, l'Architecte a gravé." Il a écrit son monde par trois livres. Les
trente-deux voies de la sagesse sont:
- les dix Séphirot (ou Sefirot) (ou nombres primordiaux);
- les vingt-deux lettres de l'alphabet hébraïque.
Les dix Séphirot ne sont pas des nombres ordinaires, mais des principes métaphysiques de la création.
Un peu comme dans la numérologie où ils ne servent pas à compter, mais à deviner le caractère
d'un individu ou son destin. Il suffit de connaître l'équivalence du nom secret de l'individu et
des chiffres qui lui correspondent. Les six dernières Séphirot représentent les six directions de l'espace.
Elles sont scellées au moyen des six combinaisons mystiques du nom caché de Dieu qui est
YHW (lire: Yahwé). La seconde partie du Sépher Yetsirah nous enseigne comment toute la réalité -
du ciel cosmique au plus petit microbe, en bas - est créée par la combinaison des vingt-deux lettres
de l'alphabet hébraïque. Nous verrons cela en détail ultérieurement; notons pour l'instant que le réel
le plus quotidien, comme le cosmos le plus éloigné, est composé de trois niveaux: le Monde (Olarri);
le Temps (Shanah) et l'Homme (Nefesh). Quant à la combinaison des lettres de l'alphabet, en ce
qui concerne plus particulièrement le monde, il faut faire appel, pour comprendre, à la notion des
"231 Portes", autrement dit, des 231 combinaisons binaires10 des vingt-deux consonnes11 à l'aide
desquelles s'effectue la genèse de ce monde.
Cela risque peut-être d'apparaître à certains, surtout aux sceptiques, comme de gratuites spéculations.
Il n'en est rien; les portes s'ouvrent à qui le désire et fait l'effort nécessaire. Nous le verrons en
détail ultérieurement.
Retenons encore que toutes ces combinaisons procèdent d'un même nom, qu'elles sont pour ainsi
10 Notons, cela n'est pas sans importance, que l'époque moderne commence à découvrir les possibilités infinies du calcul binaire. (Le damier avec
ses carrés noirs et ses carrés blancs le symbolise.) Notre époque retrouve l'importance du binaire. La preuve? Les ordinateurs sont fondés sur le
binaire. Leur principe de base est qu'en chaque point d'eux-mêmes, en chaque "cellule" électronique (cela s'appelle les bits) le courant passe ou ne
passe pas, comme la lumière passe ou ne passe pas sur le damier. A partir de ce "oui, ça passe" "non, ça ne passe pas" — c'est-à-dire d'un principe
binaire -, l'ordinateur reconstitue à des vitesses vertigineuses tous les chiffres et tous les calculs. Le "oui" est égal à 1, le "non" égal à 0 pour
l'ordinateur.
11 L'alphabet hébraïque est composé de vingt-deux consonnes et de signes (des points ou des tirets) qui symbolisent les voyelles. Ici il ne s'agit que
des consonnes. Cependant les voyelles ont une importance loin d'être négligeable, comme nous le constaterons quand nous aurons avancé dans la
connaissance de la Kabbale pratique.
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dire des déclinaisons comme on dit en grammaire d'un Verbe unique. "Il en est, dit le Sépher Yetsirah,
que toute créature, humaine, animale, végétale ou minérale, et que toute parole procèdent d'un
seul nom." Ce nom est évidemment le nom secret de l'Architecte. La connaissance de ce Nom devint
bientôt le but de la quête kabbalistique. La possession du Nom caché donne, en effet, tous pouvoirs
sur le monde.
Cela permit à un rabbin du ghetto de Prague de construire un golem. Le golem est un automate en
terre, ou en argile, qui se met à vivre lorsqu'on lui met entre les lèvres et qu'on lui attache sur le
front un papier où est inscrit le nom secret. Ce golem devient alors un esclave bien obéissant.
Comme il est d'une force herculéenne et qu'il ne craint rien parce que les armes humaines ne
peuvent l'atteindre, le rabbin de Prague qui le construisit s'en servit pour défendre la communauté
juive contre les agressions, les persécutions et les pogroms.
La Kabbale provençale du Moyen Âge
C'est en Provence, à partir du XIIIe siècle que la Kabbale connaît un extraordinaire essor. Citons
pour mémoire:
• Le Sépher ha-Bahir (Livre de la Clarté) dont voici un court passage pour donner une idée
de son contenu: "Les puissances de Dieu sont disposées les unes au-dessus des autres
comme le long d'un arbre. De même que l'arbre produit des fruits grâce à l'eau, ainsi Dieu
(le Sublime Vieillard) accroît au moyen de l'eau les forces de l'arbre, lit qu'est-ce au juste
que l'eau de Dieu? C'est la Sagesse (Hokhmah) et les fruits sont les âmes des justes qui s'envolent
de la source vers le grand canal et s'attachent à l'arbre. Et par quoi fleurit-il? Par les
Israélites. Lorsqu'ils sont bons et justes, la 'Shekinah' (la présence divine) habite parmi eux
et habite leurs oeuvres et les rend féconds."
• Rabbi Abraham ben Isaac (mort en 1180) qui fut le premier président du tribunal de Narbonne,
écrivit le premier texte de "Kabbale théosophique" s'interrogeant sur les fins dernières,
sur le sens de l'histoire universelle et toujours en quête du Nom fabuleux.
• Rabbi Abraham ben David (dit "le Rabed") et Jacob ben Satil (dit "le Nazaréen"). Ce dernier
couple de kabbalistes appartenait à un groupe d'initiés qui étaient en relations suivies
avec les cathares. En accord avec eux, ils remirent au goût du jour la croyance en la transmigration
des âmes (réincarnation) interdite par l'Église et la Synagogue, mais faisant partie
de la tradition primordiale de tous les peuples.
• Isaac l'Aveugle (1165-1235) surnommé le "riche en lumière" (comme Homère, l'auteur de
l'Odyssée qui, lui aussi, était un aveugle inspiré). Isaac l'Aveugle découvrit que la divinité
s'étend sur trois domaines:
- l'En-Sof (en-soi), sans fin, ineffable, insaisissable pour la pensée;
- la pensée;
- la parole ou Verbe magique.
Mais l'initié, précisa Isaac, finit par rejoindre l'En-Sof. Au terme de son ascension mystique, de son
voyage dans la dimension, il parvient à l'adhésion, à la communion avec Dieu. Les disciples d'Isaac
l'Aveugle racontent que "Notre maître a dit 'L'essentiel de la méditation réside en ceci: à Lui vous
devez adhérer.' C'est un grand principe pour l'étude et la prière qui veut que l'on équilibre sa pensée
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et sa foi et, comme si la pensée adhérait avec l'en-haut en vue de lier le nom en ses lettres et d'embrasser
en lui les dix Séphirot, de même qu'une flamme est en liaison avec le charbon. Avec la
bouche il doit l'exprimer, mais en son coeur il doit le lier."
Passons maintenant en Espagne. Nous avons évoqué rapidement dans un précédent chapitre la figure
d'Abraham Abulafia (1240-1292) qui se prit malheureusement pour j une sorte de Messie.
Abulafia mit au point une méthode de méditation sur les lettres hébraïques et une combinatoire de
lettres de l'alphabet sacré qui permet d'atteindre l'extase et de connaître tout ce qui est et tout ce qui
sera. Autrement dit, Abulafia réussit à faire de ce texte compilé par les initiés juifs un instrument de
divination comme le sont les Centuries de Nostradamus. (Notons que, bien que converti au catholicisme,
Michel Nostradamus appartenait à une famille de juifs kabbalistes).
En Espagne toujours, apparut le Zohar (Livre de la Splendeur) recueilli par les disciples de rabbi Siméon
bar Yochaï et parvenu jusqu'à Moïse ben Léon, un initié qui, sentant le moment venu de lui
donner une forme littéraire pour en faire un livre accessible à un plus vaste public, le rédigea sur
parchemin, fixant la tradition orale. Puis après cette période bénie, les kabbalistes entrèrent de nouveau
dans l'ombre. Certains d'entre eux firent le voyage en Terre sainte et Isaac Luria, l'un des plus
célèbres, créa le centre de Safed. Ce centre initiatique eut une importance culturelle et humaine que
les historiens profanes sous-estiment peut-être. Il a en tout cas, aujourd'hui encore, quelques descendants
qui poursuivent secrètement l'oeuvre entreprise.
Avant de s'occulter, les kabbalistes exercèrent une influence sur l'ésotérisme chrétien. Pic de la Mirandole
(1463-1494), esprit encyclopédique, Paracelse (1493-1541), médecin et alchimiste qui fit
merveille et dont on découvre l'oeuvre immense de nos jours, Robert Fludd et bien d'autres firent
partie de ce monde fascinant. Sans eux, sans la transmission de la tradition kabbalistique à laquelle
ils se consacrèrent, l'occultisme contemporain n'aurait peut-être pas existé. Les maîtres du siècle
précédent: le mage Eliphas Levi, Fabre d'Olivet, Louis Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe inconnu,
se seraient trouvés démunis et nous aussi.
DEUXIEME PARTIE
LA PRATIQUE DE LA KABBALE
PREMIERES NOTIONS DE KABBALE PRATIQUE
Trois lettres mères, sept lettres doubles et douze lettres simples
OEuvre philosophique, oeuvre initiatique, oeuvre mystique, la Kabbale est également une oeuvre
divinatoire et magique. C'est une oeuvre à multiples dimensions. Le mieux est de commencer par le
commencement et de suivre le cheminement d'un élève en Kabbale.
Le point de départ de la Kabbale, ce sont les lettres de l'alphabet hébraïque, langue sacrée comme
l'est, sur un autre continent, le sanskrit. L'alphabet hébraïque comprend vingt-deux lettres qui ne
sont pas placées par hasard les unes à la suite des autres. Chacune d'entre elles correspond à un
nombre d'après son rang, à un hiéroglyphe d'après sa forme et à un symbole d'après ses rapports
avec les autres lettres.
Les kabbalistes classent les lettres de la manière suivante dans les trois groupes de lettres mères,
lettres doubles ou lettres simples.
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• Trois lettres mères
Le A (Aleph)
Le M (Mem)
Le SH (Shin).
• Sept lettres doubles
Ces lettres expriment, en effet, deux sons à la fois, l'un positif fort, l'autre doux négatif. Il suffit de
la présence ou l'absence d'un point au-dessus ou dedans pour passer d'un son à l'autre.
Le B (Beth)
Le G (Ghimel)
Le D (Daleth)
Le CH (Ceaphe ou Kaf)
Le PH (Phé)
Le R (Resch ou Resh)
Le T (Thau ou Tav).
• Douze lettres simples
Combiner des nombres et des idées
Combiner les lettres de l'alphabet hébraïque, c'est avant tout combiner des nombres et des idées.
Cela explique entre parenthèses la correspondance avec les vingt-deux lames majeures du tarot,
chacune équivalent à une lettre.
Papus écrit "Chaque lettre étant une puissance, est liée plus ou moins étroitement avec les forces
créatrices de l'univers. Ces forces évoluant dans trois mondes, un physique, un astral et un psychique,
chaque lettre est le point de départ et d'arrivée d'un foule de correspondances. Combiner des
mots hébraïques, c'est par suite agir sur l'univers lui-même, de là les mots hébreux dans les cérémonies
magiques."
Chaque lettre est donc une puissance énergétique et la combinaison de ces lettres selon certaines
règles ésotériques donne naissance à ces "centres actifs de force" qui sont susceptibles d'agir
concrètement quand ils sont mis en action. Les sociétés secrètes, telle la franc-maçonnerie,
connaissent bien ce qu'elles appellent "l'égrégore", c'est-à-dire l'esprit collectif de la loge ou du
groupe humain qui est éveillé par le rituel. Et les méditations des cathares à Montségur avaient pour
but de mettre en action un centre spirituel d'un très forte intensité.
Ce même principe se trouve à la base de la formulation de dix noms divins, c'est-à-dire, comme dit
Papus, "dix lois actives de la nature et dix centres universels d'action". Il faut bien comprendre à ce
propos que tout dans l'univers est lié, que l'univers forme un seul et même organisme, que tout est
traversé de flux et, qu'en conséquence, agir sur un centre spirituel peut mettre en branle un autre
centre situé très loin. Cela explique notamment certaines actions des sociétés initiatiques qui, agissant
(spirituellement ou magiquement) en un point de la planète, peuvent atteindre un autre point
très éloigné. On parle de certaines fraternités blanches ou noires qui ainsi pèsent fortement sur la
marche du monde.
Le temps, l'espace et la matière
Arrêtons-nous sur les dix noms divins.
Le 1er nom: EHIEH
11 signifie "J'étais, je suis, je serai" ou "le toujours". La base de ce nom est la lettre Yod qui exprime
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le commencement et la fin de toutes choses. Certains occultistes dupliquent le Yod, ou le rendent
triple et le disposent en triangle12 comme on développe une figure géométrique. Réunis, les trois
Yod représentent les principaux attributs de la divinité:
- le premier Yod exprime l'éternité qui crée le Temps (le passé, le présent, le futur);
- le deuxième Yod exprime l'infini qui crée l'Espace (la longueur, la largeur, la profondeur);
- le troisième Yod exprime la substance qui crée la Matière (solide, liquide, gazeuse).
Un tableau complété résume ces éléments:
Le 2 e nom: IAH
II a une influence sur les chérubins, le ciel et les étoiles. Il crée des figures, des motifs, des structures
comme on dit en physique moderne, qui mettent en ordre le chaos originel. L'agent de la divinité
en cette affaire est l'ange Raziel qui fut le guide spirituel d'Adam, l'homme primordial.
Le nom mystérieux
Le 3 e nom: IEVE ou YAHWE
C'est le nom le plus mystérieux de la Bible. D'après la tradition juive, celui qui sait le prononcer
comme il convient met en branle des forces qui le rendent maître de toutes les sciences. Ce mot
n'est jamais prononcé par les juifs, car même si presque personne ne sait comment il faut le dire, il
12 En fonction du principe que le triangle est la figure primordiale de toute chose comme le dit rabbi Siméon bar Yochaï.
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est tellement sacré qu'il ne doit jamais encourir une profanation éventuelle due seulement au hasard.
Seul le grand prêtre de Jérusalem, s'enfermant dans le saint des saints, c'est-à-dire en l'enceinte la
plus secrète du temple de Salomon, le proférait une fois l'an pour faire descendre la bénédiction divine
promise par l'Alliance qui liait le peuple juif à son dieu. Ce nom était jadis inscrit au portail des
cathédrales et on le lit encore de nos jours sur l'une des tours de l'église Saint-Sulpice à Paris. C'est
le mot secret du plus haut grade de la franc-maçonnerie, c'est-à-dire du 33e degré.
"Ce nom, écrit Fabre d'Olivet, offre d'abord le signe indicateur de la vie, doublé, et formant la racine
essentiellement vivante (EE). Cette racine n'est jamais employée comme nom et c'est la seule qui
jouisse de cette prérogative. Elle est non seulement un verbe, mais un verbe unique dont tous les
autres ne sont que des dérivés." Nom de lumière, racine de vie et de mystère, ce nom signifie en fait
le Verbe. Mais comme nous sommes en Kabbale, il ne s'agit pas d'un simple verbe symbolique mais
d'un Verbe au sens originel du terme, d'un Verbe qui représente réellement la parole (divine) qui a
créé le monde et que l'initiation recueille pour conduire l'Adepte vers la 1 connaissance suprême.
Ce nom est formé des quatre lettres: Yod, Hé, Vau, Hé (la m lettre Hé est donc répétée).
Or, comme chaque lettre de l'alphabet est aussi un nombre, nous avons:
Yod = 10,
Hé = 5,
Vau = 6 d'après les équivalences occultes.
La valeur numérique totale de IEVE est donc de 10+5+6+5 = 26.
Or, le 10 représente, symbolise d'après les principes de la I numérologie, le Principe-Tout, comme
Pythagore le savait I déjà. En effet, le 10 est composé de 1 (c'est-à-dire de I l'Unité) et de 0 (c'est-àdire
du Néant). Lorsque l'unité m rencontre le Néant, c'est pour le féconder, donc pour créer l'univers.
Le 5, de son côté, est la moitié de 10; il symbolise donc la m dualité. Et Hé, la seconde lettre du
nom sacré qui vaut 5, est un élément passif (féminin) par rapport au Yod qui est conquérant. Hé,
c'est la femme par rapport à l'homme, la substance par rapport à l'essence, la vie par rapport à l'âme.
Le Vau, lui, 6e lettre de l'alphabet est produit par 10 (Yod) +5 (Hé), c'est-à-dire les lettres qui l'ont
précédé dans la formation du nom divin. En effet: 10 + 5 = 15 et 15 = 1 + 5, d'après des calculs
théosophiques donc 10 = 6; c'est donc le rapport entre 10 et 5. Quant au second Hé, c'est une répétition
qui signifie un passage du monde métaphysique (celui du créateur) à un monde physique (celui
de la création).
Poussons plus loin la spéculation
On peut pousser la spéculation plus loin, mais celle-ci - il faut le dire - est réservée aux étudiants
ayant atteint un niveau certain de connaissances en Kabbale. Le lecteur profane qui ne suivrait pas
cette démonstration pourra y revenir après avoir lu notre ouvrage. Il sera alors à même de comprendre
de quoi il en retourne. Dans le mot Yévé (nom sacré de la divinité), cela se présente comme
suit:
- le Yod (10), la rencontre du 1 et du 0 (de l'Être et du Néant) est le principe actif par
excellence;
- le Hé symbolise le principe passif;
- le Vau les relie. Sa valeur est 6, alors que Hé a pour valeur 5. (Voir notre démonstration
précédente.)
Ces trois termes que nous venons de citer expriment le triangle primordial qui structure toute chose,
comme le disait rabbi Siméon bar Yochaï (voir chapitre précédent de cet ouvrage). Les chrétiens le
retrouvent sous forme du Père, du Fils et du Saint-Esprit et les philosophes sous celle de la thèse, de
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l'antithèse et de la synthèse qui scandent les exposés bien bâtis. Quant au second Hé, il signifie le
passage d'un monde à l'autre. Il est en musique ce qui permet de monter d'une gamme à l'autre. Pythagore
qui inventa notre gamme musicale moderne, permit le développement de toute la musique
européenne. Sans Pythagore et son invention, il ne serait pas exagéré de dire que nous n'aurions
point eu Bach, Mozart (qui était franc-maçon), Beethoven (dont on est presque sûr qu'il fut initié) et
bien d'autres.
Pythagore, toujours lui, a inventé une équivalence entre les nombres et les figures (1 = 1 point; 3 =
le triangle, etc.) Et, d'après cette géométrie occulte, Yévé peut être représenté en triangle, en croix
ou en cercle.
• En triangle13
Le deuxième Hé est ainsi placé sous le Yod. Papus écrit à ce sujet et cela vaut la peine d'être intégralement
cité: "Ce deuxième Hé sur lequel nous insistons volontairement si longtemps, peut être comparé
au grain de blé par rapport à l'épi. L'épi, trinité manifestée ou Yod Hé Vau, résout toute son activité
dans la production du grain de blé du second Hé. Mais ce grain de blé n'est que la transition
entre l'épi qui lui a donné naissance et l'épi auquel il donnera lui-même naissance dans la génération
suivante. C'est la transition entre une génération et une autre qu'il contient en germe, c'est pourquoi
le deuxième Hé est un Yod en germe." Tout est dans tout. Tout se transforme. Rien ne garde sa
forme, la vie seule demeure.
• En croix
• En cercle
Une troisième manière enfin consiste à envelopper la trinité du second Hé, comme si elle donnait le
ton. Comme si elle environnait les trois premières lettres et qu'elle leur signalait la présence de la
transcendance qui enveloppe toute chose.
13 II s'agit ici du triangle rectangle au sujet duquel Pythagore nous donna son fameux théorème.
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L'étude du tarot consiste en la transformation du nom divin mystérieux.
LES DIX NOMS KABBALISTIQUES DE DIEU
Les soixante-douze génies
Le nom IEVE que nous avons étudié au chapitre précédent est inépuisable en fait. C'est de lui que l'on tire un
nom kabbalistique de soixante-douze lettres, de la manière suivante:
Nous écrivons, comme nous l'expliquons plus bas à l'envers. Il s'agit du nom divin vu dans le miroir
de l'univers. Nous avons écrit dans ces deux triangles le nom sacré une première fois en français,
une seconde en hébreu. Comme dans la seconde, il existe une équivalence numérique, nous pouvons
obtenir:
YOD = 10
YOD et HE = 10 + 5 = 15
YOD, HE, VAU = 10 + 5 + 6 = 21
YOD, HE, VAU et HE = 10 + 5 + 6 + 5 = 26 ,
25
(Nous avons déjà vu ces équivalences numériques au chapitre précédent).
Le total est de 10 + 15 + 21 + 26 = 72.
Dans la Kabbale pratique, on utilise les soixante-douze noms des Génies qu'évoqué la Bible, à qui
sait la lire, par les procédés suivants: les noms des soixante-douze génies sont constitués des trois
versets mystérieux du chapitre 14 de l'Exode sous les 19, 20, 21, lesquels versets suivant le texte hébraïque
se composent chacun de soixante-douze lettres. Voyons comment:
Écrivons séparément ces versets, formons-en trois lignes, chacune composée de soixante-douze
lettres. Prenons la première lettre du 19e et du 20e verset en commençant par la gauche14. Prenons
ensuite la première lettre du 20e verset, qui est celui du milieu, en commençant toujours par la
droite. Ces trois premières lettres forment le génie, son nom plus exactement. En suivant le même
ordre jusqu'à la fin, on a les soixante-douze attributs des vertus divines. Si maintenant, nous ajoutons
à chacun de ces noms un des deux grands noms divins IAH ou EL, nous aurons les soixantedouze
noms des anges composés de trois syllabes dont chacun contient en lui le nom de Dieu. Ces
procédés sont complexes, nous les citons pour mémoire. Il faut pour bien les comprendre et les pratiquer
connaître l'hébreu.
Passons en tout cas à la suite des noms divins dont nous n'avons donné jusqu'ici que les deux premiers
(voir chapitre précédent).
Les autres noms divins
Le 3 e nom: ELOHIM
II signifie jubilé, rédemption, vie à venir. Les kabbalistes disent symboliquement qu'il "influe sur
l'ordre des trônes", ou sur celui de Saturne dans la sphère astrologique. Il gouverne l'ange de Noé.
Le 4 e nom: EL
II signifie grâce, miséricorde, piété. Il influe sur l'ordre des dominations et de Saturne. Il forme les
effigies des corps (leur sceau secret). Il gouverne l'ange d'Abraham.
Le 5e nom: ELOHIM
II est la force, la gravité, la pureté, le jugement. Il est le tribunal de Dieu, il se trouve à la ceinture,
au bras gauche cl à l'épée de Dieu. Il est aussi la crainte, influe sur l'ordre des puissants et sur la
sphère de Mars. Il envoie la guerre ou les révolutions par lesquelles les éléments changent de place.
Il gouverne l'ange de Samson qui détruisit le temple des philistins et dont la force résidant dans ses
cheveux fut, en définitive, vaincue par la douceur de Dalila.
Le 6e nom: ELOHAT
II signifie la beauté, le plaisir et la gloire. Pour les chrétiens, c'est le bois de vie dont est faite la
vraie croix. Il influe sur l'ordre du soleil, lui donne sa clarté et sa vie qui crée les métaux purs que
trouve l'alchimiste en possession de la pierre philosophale. Il gouverne l'ange de Jacob, d'Isaac et de
Tobie.
Le 7e nom : ADONAI SABAOTH
II signifie l'éternité et la justice. Il influe sur l'ordre de principautés et sur la sphère de Vénus. Il produit
les végétaux. Il gouverne l'ange du roi David qui vint à bout de Goliath et de la force brute.
Le 8e nom : ELOHIM SABAOTH !
C'est le dieu des armées, mais aussi celui de la piété et de la concorde. Son sens est double et
contradictoire comme le dieu romain Janus qui est un dieu à double face. Il signifie louange et
confusion. Il influe sur l'ordre des archanges et sur Mercure. Il produit les animaux. Il gouverne
l'ange de Salomon, le sage constructeur du temple.
14 Rappelons que l'hébreu, comme l'arabe, autre langue sémitique, s'écrit de droite à gauche.
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Le 9e nom : SADAI (le Tout-Puissant) ou ELHAI (le Dieu vivant).
Il signifie alliance, bon entendement, repos. Il influe sur l'ordre des anges (les chérubins) et sur la
Lune qui préside à la vie terrestre de toute chose, hommes comme animaux. Il gouverne l'ange de
Joseph qui descendit en Égypte pour j préparer la rédemption.
Le 10e nom : ADONAI MELECH (le Seigneur et Roi)
Il signifie à la fois temple et porte. (Le temple est la porte du sacré.) Il influe sur l'ordre des âmes
bienheureuses. Il est à l'origine du don de la prophétie. Il gouverne l'ange de Moïse, le berger du
peuple d'Israël. Nous venons de donner rapidement les dix noms de Dieu, de l'Architecte créateur de
tous les mondes, ou du Sublime Vieillard comme disent les kabbalistes dans leur langage un peu
pompeux (mais comment ne pas être pompeux au seuil de tels mystères?) Ces noms, il suffira au
lecteur pour poursuivre son approche de la Kabbale de les connaître, ou plus précisément de savoir
ce que nous venons d'en dire. C'est à partir de ces dix noms que se développe la pensée kabbalistique.
LES MERVEILLES DE LA KABBALE
Les trois mondes
Une loi générale préside à la Kabbale; cette loi, c'est celle du triangle primordial dont rabbi Siméon
bar Yochaï a parlé. Les chrétiens la traduisent en sainte Trinité, et les philosophes en thèse, antithèse
et synthèse, comme nous l'avons noté. Cet aspect ternaire dérive de l'unité primordiale ainsi que
nous allons le montrer.
Chacun des éléments qui composent la trinité, ou le triangle primordial, relève de l'unité dont il possède
en fait le pouvoir créateur; mais chacun de ces éléments relève également d'un caractère particulier
qui dépend du sexe ou du plan d'action. Il y a trois plans d'action qui correspondent aux trois
sexes ésotériques: le masculin, le féminin et l'androgyne. L'androgyne se réfère à un mystère sexologique
dont le yoga tantrique, ou yoga sexuel, donne la clef. C'est en tout cas dans ces trois plans
que peut s'exercer toute activité, quelle qu'elle soit. La Kabbale appelle ces trois plans: les trois
mondes. Une explication par rabbi Mordechaï Hagège, un kabbaliste réfugié à Kairouan en Tunisie,
affirme que chaque lettre de l'alphabet sacré est une "créature intellectuelle".
Cette créature contient les trois mondes, comme le corps de l'homme est une création physique qui
contient les trois mondes lui aussi, symbolisés par la tête, la poitrine et le ventre.
Les francs-maçons ont retrouvé cette tradition, puisqu'ils demandent à l'apprenti de saisir les forces
qui traversent son ventre, au compagnon celles de sa poitrine et au maître celles de sa tête. Les initiés
maçons ont| des signes précis qui symbolisent tout cela.
Les trois mondes se divisent en monde supérieur, monde médian (ou intermédiaire) et monde inférieur.
Dans l'homme, et c'est évident, le monde supérieur correspond à l'Esprit immortel, celui auquel
accèdent les humains qui ont achevé leur périple après leur mort; sa base est le système nerveux
conscient ou sympathique. Le plan médian correspond à la vie, ou à ce que les anciens appelaient
l'âme, et il utilise le système nerveux parasympathique. Le plan inférieur correspond au corps,
mais dans cette infériorité, il ne faut rien voir de péjoratif. Il ne s'agit que d'une fonction. Peut-on
dire que l'ouvrier exécutant soit inférieur moralement à l'architecte qui conçoit?
Chaque monde a cependant dans l'autre monde, le supérieur par rapport à lui et l'inférieur par rap-
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port à lui, une représentation de lui-même. Quoique gouverné par la tête (le cerveau), le système
nerveux central a des émanations aussi bien dans la poitrine que dans le ventre. Ainsi, les kabbalistes
et les ésotéristes ont adopté le schéma de la page suivante.
Ce tableau a deux points extrêmes: l'Être et le Néant (la lumière et l'obscurité). Et pour l'homme, il
se lit comme suit.
— au plan supérieur, l'Esprit y est localisé, la Vie y est reflétée ainsi que le corps;
— au plan intermédiaire (la poitrine), la Vie s'y localise, l'Esprit s'y reflète et le
corps également;
— au plan inférieur, l'Esprit et la Vie s'y reflètent et le corps y est localisé.
L'Esprit représente le Principe créateur (Dieu), le médian (la Vie) symbolise le sentiment, et le corps
représente l'instinct.
Les dix Séphirot
L'alphabet hébraïque se compose, répétons-le, de vingt-deux lettres (ou hiéroglyphes) dont chacune
est une "créature intellectuelle" comme le dit rabbi Hagège. Ce sont:
- trois lettres mères qui représentent le monde supérieur;
- sept lettres doubles qui symbolisent le monde intermédiaire;
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- douze lettres simples qui emblématisent le monde inférieur.
Des considérations très complexes conduisent, en combinant tout cela, à mettre au point la théorie
des Séphirot ou émanations divines qui représentent le schéma de toute la création. Mystère central
de la Kabbale, les dix Séphirot sont comme le programme de l'ordinateur céleste, si l'on nous permet
cette comparaison. Il explique comment tout se structure, et d'abord la structure de l'entité divine
en train de créer le monde. L'homme terrestre ne peut profaner le mystère de l'Être Suprême,
celui-ci reste à jamais caché. Lorsque l'Être se fait Architecte, lorsqu'il crée le inonde et sa créature,
l'homme, ce dernier, par un effet de miroir, peut percevoir comment Dieu se manifeste. Cette intuition
se fait sur la disposition et la signification des Séphirot.
Ce que la Kabbale enseigne sur Dieu
La Kabbale fut très souvent mal vue par les milieux rabbiniques officiels. De ce point de vue, la
Synagogue qui rejette les kabbalistes ressemble à l'Église qui exclut les cathares. (La Synagogue,
avouons-le, elle, ne brûla pas ses hérétiques.) En tout cas, les kabbalistes dégageaient une odeur de
soufre parce qu'ils voulaient percer de la divinité. L'enseignement exotérique se contente de croire,
tandis que la recherche ésotérique pousse plus loin.
L'homme est fait à l'image de l'univers dit la Kabbale, mais l'homme et l'univers sont faits à l'image
de Dieu. Dieu "en-soi" reste, certes, inconnaissable, et les kabbalistes l'appellent alors l'En-Soph,
mais il y a encore ses manifestations (les autres Séphirot) qui, elles, sont susceptibles d'être
comprises.
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A vrai dire, la manifestation principale, c'est le triangle; On retrouve cette loi dans les groupes:
- Soleil, Lune, Terre,
- Osiris, Isis, Horus,
- Brahma, Vichnou, Siva,
- Père, Fils, Saint-Esprit...
Ils se concrétisent sous la forme de trois Séphirot (voir tableau): Hokhmah (ou Chochmah), Binah,
Kether. Ces trois premières Séphirot représentent l'Esprit de Dieu (Esprit incommensurable et très
mystérieux). Quant au corps de Dieu, c'est l'univers, dit la Kabbale. Curieuse conception: Dieu a
un corps! Cela rejoint le matérialisme cosmique d'un Giordano Bruno, philosophe italien brûlé à la
Renaissance. De ce fait, la Kabbale n'est ni tout à fait juive (le judaïsme n'admet pas que Dieu ait un
corps) ni même tout à fait chrétienne (pour le christianisme, Dieu ne s'est revêtu que d'un corps humain
et non de l'univers). On ne retrouve de telles spéculations que dans les hérésies, tel le catharisme.
Dieu est donc inconnaissable dans son essence, mais il est connaissable dans ses manifestations. Et
ce point de vue rejoint la tradition primordiale et les traditions particulières de nombreux peuples. Il
rejoint ainsi les conceptions hindoues qui, elles aussi, se fondent sur une base rappelant les Séphirot.
Le Dr Malfati, un ésotériste du XIXe siècle qui écrivait en pleine révolution ouvrière de 1848, remarquait
que "le premier acte en soi de révélation de Brahma fut celui de la Trimurti. Or la Trimurti
est le principe ternaire procédant à l'acte créateur de la divinité. Cette Trimurti qui représente la
création, la conservation et la destruction, sous le nom de Brahma, Vichnou et Siva équivaut à
l'évocation des trois Séphirot: Hokhmah, Binah, Kether." Bien plus, dit le Dr Malfati "Cette première
Trimurti passe alors dans une révélation extérieure et dans celle des sept puissances précréatrices,
ou dans celle du développement septuple personnalisé par Maïa, Oum, Haranguerbehah,
Porsh, Parad Pradiapat, Prakrat, Pran." Bref, nous avons une stricte équivalence entre les personnifications
de l'hindouisme et les Séphirot de la Kabbale. Cela ne nous étonne pas, nous qui sommes
maintenant familiarisés avec la notion de tradition primordiale.
Enseignement de la Kabbale sur l'homme
Comme l'alchimie et toutes les disciplines occultes, mais avec une science très consommée, la Kabbale
dit que l'homme contient en raccourci tout l'univers. De là son nom de "microcosme". Remarquons
en passant que lorsque l'ésotérisme dit que l'homme est comme l'univers, que le haut est
comme le bas, il ne fait pas allusion à une égalité, mais à une analogie. L'homme et le monde ne
sont pas semblables et encore moins égaux, mais analogues. D'après les sciences occultes, les objets
qui se conforment à la même loi dans l'univers sont analogues aux organes humains. La nature
montre des êtres de constitutions variées (minéraux, végétaux, etc.) qui se groupent pour former des
planètes, lesquelles se groupent à leur tour pour former des systèmes solaires. Les planètes et leurs
satellites donnent naissance à la vie de l'univers comme le jeu des organes donne naissance à la vie
humaine. Les organes et les planètes ont donc beau être des grandeurs absolument incomparables,
ils agissent en fonction de la même loi et sont analogues...
D'après la Kabbale, l'homme primordial est composé de trois éléments essentiels:
- d'un élément inférieur, Nefesh (ou Nefesch);
- d'un élément supérieur, l'étincelle divine Neshamah (ou Neschamah)',
- d'un élément médian, Ruah (ou Ruach).
L'homme primordial n'est pas encore matériel au sens où nous l'entendons. Il n'acquerra son corps
de matière très grossière qu'après la chute.
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L'élément supérieur de cet homme primordial s'appelle le Neshamah. Nefesh et Neshamah sont
d'essences vraiment différentes, absolument opposées. C'est le Ruah qui les met en accord, qui leur
permet de coexister pacifiquement.
Au commencement du monde, l'homme (l'Adam Kadmon15) est émané de Dieu à l'état d'esprit pur.
Bien plus, j| comme Dieu constitué en Hokhmah en Binah est à la fois mâle et femelle. Il forme un
seul être symbolisé par l'Androgyne. Adam et Eve ne sont pas encore des êtres distincts. La
biologie montre que c'est la différenciation sexuelle qui a apporté la mort. Au début, la vie était éternelle16,
mais elle était incapable de plaisir et de reproduction. La Kabbale tient compte de la
sexualité: le plus grand péché, disent les kabbalistes, est pour un homme de rester sans femme. La
Kabbale a-t-elle développé, corne le yoga tantrique, des techniques érotiques de rétention du sperme
et de transformation de l'instinct sexuel en présence de la lumière? Les textes ne sont pas tout à fait
explicites à ce sujet. Mais il y aurait fort à parier que la tradition kabbalistique n'échappe pas à la
règle de la prise en compte du phénomène sexuel.
Sous l'influence de la chute, l'être unique, originel, l'Adam Kadmon, se divise et se matérialise en
homme et femme (Adam et Eve). La psychologie moderne rejoint ici l'enseignement traditionnel:
l'homme n'est jamais entièrement homme, ni la femme entièrement femme. Ils contiennent chacun
une part de sexe opposé: la sensibilité (féminine) pour l'homme, l'activité (masculine) pour la
femme. C'est le refus de la sensibilité, la peur de l'homosexualité, les préjugés, la virilité exacerbée,
qui sont cause de nombreuses maladies psychiques, comme montrent Sigmund Freud et la psychanalyse...
Retrouver l'immortalité perdue
Ainsi revêtu d'un corps, d'une "tunique de chair" disent les cathares, l'homme est soumis aux passions
et il doit - c'est même le sens de son passage sur terre - y retrouver son état primordial édénique.
Il doit recréer son immortalité perdue. C'est ce qui explique qu'il se réincarnera autant de fois
qu'il le faudra. La Kabbale enseigne, en effet, la réincarnation. Il existe pourtant des différences
entre la Kabbale et l'hindouisme, et voici ce qu'en dit un occultiste contemporain (F.C. Barlet): "Je
dirai que les doctrines hindoues me semblent plus vraies au point de vue métaphysique, abstrait; les
doctrines judéo-chrétiennes au point de vue moral, sentimental, concret: le christianisme et la Kabbale
laissent plus d'incertitude [...] L'un parle à l'intelligence, l'autre à l'âme. On ne peut donc posséder
la doctrine complète de la Tradition qu'en interprétant le symbolisme de l'un par la métaphysique
du second. Alors, et alors seulement, les deux pôles ainsi animés l'un par l'autre font resplendir,
par les splendeurs du monde divin, l'incroyable richesse du langage symbolique." Chaque
peuple, en effet, ne recueille qu'une bribe, qu'une parcelle, de la tradition primordiale. Et il faut tout
rassembler, "rassembler ce qui est épars", disent les initiés, pour commencer à comprendre quelque
chose. L'étude de la Kabbale n'infirme pas l'étude des philosophies d'Orient. Au contraire! Bien que
venues d'horizons différents, ces conceptions se complètent. Tout individu qui fera des progrès dans
la compréhension d'une tradition fera des progrès dans toutes les autres.
L'homme doit donc reconstituer d'abord son androgynie primitive - comment? la Kabbale l'enseigne
- pour retrouver l'état d'avant la division en Adam et Eve. La reconstitution de cette androgynie
conduit au "saint des saints", c'est-à-dire au coeur du mystère que la chambre la plus reculée du
temple de Salomon symbolise sur la terre. Il y a sept tabernacles, et dans le plus parfait qui est le
"saint des saints", les âmes vont s'unir à l'âme suprême. Là, tout rentre dans l'unité et dans la perfection.
Tout se confond dans une seule pensée qui s'étend comme une bénédiction sur l'univers entier.
Au fond de cette pensée se cache une lumière intense que personne ne peut saisir. Dans cet état, l'individu
ne se distingue plus de son créateur. L'homme fait partie de Dieu.
15 C'est le mystérieux Adam Kadmon (ou Qadmon). Le Zohar le nomme aussi Adam belaa "Homme suprême".
16 Une amibe peut vivre un temps extrêmement long.
31
Enseignement de la Kabbale sur la nature (l'univers se réincarne)
Dieu, l'Homme, nous venons rapidement de voir quel est l'enseignement de la Kabbale sur ces deux
sujets. Il nous reste pour être complet de comprendre son enseignement sur l'univers. Pour la Kabbale,
comme nous l'avons suggéré plus haut dans ce même chapitre, les planètes forment ses organes,
comme le foie, les poumons, le coeur, etc. forment les organes de l'homme. Chez l'être humain,
la vie résulte du courant sanguin qui baigne tous les organes, élimine les déchets, restaure ce
qui nécessite de l'être. Dans l'univers, de la même manière, la vie résulte des vagues de lumière qui
baignent toutes les planètes. Bien plus, c'est la lumière qui expulse les déchets planétaires: les trous
noirs récemment découverts par les astronomes sont peut-être les poubelles du cosmos. Einstein a
montré que la matière, les étoiles, l'univers sont composés de lumière et il rejoint ainsi l'enseignement
le plus constant de la Kabbale et de la tradition.
Dans l'homme, chaque globule sanguin est un "être" véritable qui est constitué à l'image de l'homme
lui-même. La biologie montre que tout est dans tout et la conclusion s'impose d'elle-même: le fluide
vital contient une infinité d'"êtres". Il en va ainsi de la lumière qui contient une infinité de photons
qui sont des "granules" de lumière comme dit Einstein. Ce sont ces photons qui, amalgamés et mis a
l'abri de toute influence matérielle, donnent les anges. La Kabbale pratique étudie ces êtres invisibles,
ces récepteurs-transmetteurs de la lumière contenue dans l'univers. Elle agit sur eux et
connaît tous leurs pouvoirs. D'où l'astrologie, la démonologie et toutes les autres techniques de la
Kabbale.
La force vitale transmise par le sang n'est pas la seule chez l'homme. Au-dessus d'elle, il existe la
force nerveuse. Le fluide nerveux domine les phénomènes vitaux. Il peut agir par la volonté, au travers
du cerveau et des nerfs rachidiens, ou organiquement, au travers du grand sympathique. Ce
dernier, le grand sympathique, est le corps astral des occultistes. Pour les occultistes, en effet,
l'homme est triple: corps de matière (physique), corps astral et corps de lumière. A la mort, l'individu
se dépouille des deux premiers comme d'enveloppes grossières et successives.
Le fluide nerveux, en tout cas, n'est pas porté comme l'est la vie par des "êtres" (les globules sanguins).
Il part de quelque chose qui est la cellule nerveuse, que nous connaissons bien depuis
quelques dizaines d'années, et il aboutit à un centre de réception (un centre nerveux). La Kabbale dit
qu'il en est de même pour ce qui concerne l'univers: au-dedans des courants de lumière, on trouve
un fluide mystérieux indépendant de la nature comme la force nerveuse est indépendante des globules
sanguins. Directement émané de Dieu, ce fluide est le corps de Dieu. Et ce corps de Dieu,
c'est l'Esprit de l'univers.
L'univers ressemble encore sur d'autres points à l'homme: il est soumis lui aussi à une évolution et
une involution périodiques et il doit finalement être réintégré dans son origine. Pour le dire plus
simplement, mais de manière plus stupéfiante: l'univers se réincarne. La physique nucléaire et l'astronomie
montrent que l'univers, si l'on compte en milliards d'années, passe par des évolutions comparables
à celles de l'humanité. L'univers, en effet, vieillit, meurt et renaît. C'est ce qui se passe lors
de l'épuisement des ressources de la planète dont nous sommes peut-être en train de nous rapprocher
comme le pense la théorie écologique. Et après l'épuisement des ressources, c'est l'explosion
cosmique. Mais dans tous ces cycles, l'univers, qui passe par de "mauvais moments" (les crises),
s'améliore. L'univers est donc mû par une volonté directrice qui se transmet de proche en proche et
de loin en loin au moyen
du magnétisme universel dont Einstein lui-même parle avec sa théorie de la relativité généralisée.
Ce magnétisme est appelé:
- aour par les kabbalistes;
- or par les alchimistes;
- musique des sphères par Pythagore. Cependant et il faut le reconnaître, la Kabbale en
donne la description la plus précise, la plus cohérente, la plus belle qui soit.
32
LA PHILOSOPHIE (MYSTIQUE) DE LA KABBALE
Les grands philosophes connaissaient la Haute Kabbale
On a comparé la Kabbale à un joyau brûlant de mille feux et, en effet, la tradition kabbalistique recèle
des merveilles que nous venons d'entrevoir et qui coordonnent tout un savoir épars en une sagesse
cohérente. L'étudiant en Kabbale découvre des vérités qui, expliquant différentes énigmes de
l'univers, de l'homme, de Dieu même, calment son angoisse légitime sur le destin de l'univers, lui
apportent une paix intérieure. Et il a besoin d'une telle paix pour poursuivre sa quête, car sa voie est
celle de l'initiation, c'est-à-dire la voie où l'on acquiert des pouvoirs occultes susceptibles de changer
le cours des choses, d'agir sur sa propre personne, sur ses proches et sur son monde proche.
Il tombe sous le sens, après ce que nous venons de dire, que la Kabbale a influencé la philosophie.
La tradition a des voies d'action qui restent secrètes et ce que nous prenons parfois (souvent même)
pour invention, une création profane, ne sont qu'une intervention initiatique déguisée. L'histoire de
la philosophie est remplie de ces interventions.
Platon, c'est incontestable, a connu la Kabbale, on retrouve dans sa pensée des spéculations mystiques
et surtout numérologiques sur la création du monde et l'Architecte de tous les mondes. Certains
universitaires se sont demandés comment Platon aurait pu avoir des contacts avec la philosophie
occulte de l'hébraïsme, mais l'objection tombe dès que l'on admet, ce que Platon dit luimême,
qu'il connaissait certains des enseignements des temples de la haute Égypte. Or ces temples
conservaient, eux aussi, la tradition primordiale. Bien plus, selon une certaine tradition, Moïse fut
un initié égyptien qui connaissait tous les mystères des sanctuaires de son pays. D'autre part tous les
grands philosophes grecs, dont Platon, avaient été \ initiés en Égypte aux "mystères d'Isis", considérés
comme les livres d'initiation les plus complets et les plus redoutables.
On peut sans forcer la note relever l'influence de la Kabbale sur Pythagore, l'inventeur du "nombre
d'Or" avec lequel sont harmonieusement bâtis temples et cathédrales de l'Antiquité et du Moyen
Age, et dont le modèle mystique reste évidemment le temple de Salomon. On peut encore souligner
cette influence sur Orphée, le plus grand initié de la Grèce antique. On peut noter la permanence de
la tradition kabbalistique en Moïse, Ezéchiel, les prophètes et cela jusqu'à saint Jean dont l'Évangile
reste le livre très secret que vénèrent les initiés de toutes les sociétés secrètes d'Europe, et dont
l'Apocalypse est truffée d'allusions kabbalistiques.
Il est fort possible, voire certain, que la Kabbale influença les alchimistes, les rosé-croix (les initiés
les plus mystérieux d'Occident), les templiers ces moines guerriers brûlés par le roi de France qui
craignait leur pouvoir. Signalons enfin que la franc-maçonnerie connaît et utilise les symboles de la
Kabbale dans certains de ses hauts grades comme le 14e degré qui est dispensé fort parcimonieusement.
Mais voyons d'un peu plus près les problèmes de philosophie.
L'exil de l'âme selon rabbi Hagège
II n'est pas vain de rappeler que parmi toutes les questions que se pose la pensée humaine, celle de
notre propre essence, de l'immortalité et de la spiritualité de notre Moi n'a cessé de préoccuper l'humanité,
et parfois jusqu'à l'angoisse. Partout les doctrines se sont succédées à ce sujet; mais la plus
ancienne est, incontestablement, la Kabbale. Et sur ces questions que tout le monde comprend, bien
rares sont ceux qui peuvent les résoudre, il apparaît avec éclat que la Kabbale est l'un des rameaux
33
de cet esprit pénétrant que l'homme possédait dans son état originel. Ainsi que nous l'avons vu, la
Kabbale considère l'homme comme un tout complexe différencié en trois parties: le corps, l'âme et
l'esprit.
Le corps, siège du principe vital, porte le nom de Nefesh; l'âme, siège de la volonté, s'appelle Ruah
et l'esprit Neshamah. Ces trois parties ne sont pas complètement séparées; il faut se les représenter
comme les couleurs du spectre qui, bien que différenciées les unes des autres, se fondent l'une dans
l'autre. Le corps est sensible aux influences extérieures, celles du monde, et dans l'âme la passivité
et l'activité se trouvent à proportions égales. L'âme est le lien entre le spirituel et le matériel; c'est à
la fois le support et le siège de la personnalité humaine. L'âme se trouve en double rapport avec ce
qui est au-dessus d'elle (l'esprit) et ce qui est au-dessous d'elle (le corps).
Dans l'Esprit, on ne retrouve pas, en revanche, une once de passivité; c'est l'activité qui domine.
L'élément le plus élevé dans l'être humain, le Yechidad, l'unité en elle-même, se trouve dans l'Esprit
en son recoin le plus riche. C'est l'Esprit qui est en relation avec la divinité, et c'est en lui que l'être
humain va pouvoir puiser sa puissance spirituelle.
Un individu qui ne ferait que le mal, dit la Kabbale, un individu qui serait capable de refuser les influences
spirituelles et qui croirait ainsi vivre par ses propres forces, cet individu serait tout simplement
un Démon, celui que les chrétiens nomment l'Antéchrist. Il est impossible pour un homme d'y
parvenir, si méchant soit-il...
Quoi qu'il en soit et cela concerne la majorité des humains, l'immense majorité, l'homme, dit la
Kabbale, au lie,u de vivre dans la divinité comme cela se passait au Paradis, s'est enfoncé de plus en
plus dans l'amour de lui-même. Il s'est enfoncé dans le péché; il a quitté son centre spirituel pour
s'excentrer. Rabbi Hagège dit que l'âme s'est exilée comme le peuple juif en Égypte et qu'elle attend
son Moïse. Rabbi Hagège précise également que l'étude de la Kabbale peut hâter la venue de ce
nouveau Moïse. La chute et l'éloignement toujours plus grand de la divinité qui en est résulté ont eu
pour conséquence immédiate une déchéance des pouvoirs mystiques et magiques de la nature humaine.
L'étincelle divine s'est de plus en plus retirée de la créature qui a perdu son union intime
avec son créateur.
Et de ce fait, la partie inférieure, sa frange la plus basse, qui était à l'origine un corps de lumière, ou
corps éthérique, comme disent les occultistes, est devenue notre corps matériel. De ce fait encore,
l'homme a été assujetti à la dissolution après la mort.
La mort par en haut et la mort par en bas
Toujours d'après la Kabbale dont nous sommes en train d'exposer le système philosophique, la mort
de l'homme n'est que son passage à une forme nouvelle d'expérience. En finale, l'homme est appelé
à retourner auprès de Dieu (le nirvana des Hindous), mais cette réunion ne lui est pas possible dans
l'état actuel des choses en raison de la grossière matérialité de son corps. Cet état doit donc subir
une purification. La Kabbale, et cela est passionnant, distingue deux causes qui peuvent conduire à
la mort:
- la première consiste en ce que la divinité diminue progressivement ou brutalement son influence
sur Neshamah (l'esprit) et Ruah (l'âme) de telle sorte que Nefesh perd la force par
laquelle le corps matériel est animé et celui-ci meurt. Le Zohar appelle ce type de mort "la
mort par en haut" et ce nom est bien clair;
- la seconde s'appelle "la mort par en bas". Elle consiste en ce que le corps, se désorganisant
sous l'influence d'un trouble quelconque ou d'une lésion, perd ses propriétés, sa vitalité,
son fonctionnement. Chacun des trois degrés d'existence de l'homme a dans le corps humain
son siège particulier (nous l'avons déjà vu) et aussi sa sphère d'activité correspondant à un
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degré précis de spiritualité. Comme ils se sont tous trois trouvés liés à ce corps, c'est dans
un ordre inverse qu'ils abandonnent le cadavre.
Neshamah a son siège dans le cerveau et, principe supérieur, il s'est uni en dernier au corps matériel.
Cette union commence très exactement à l'âge de la puberté. A la mort, Neshamah quitte le corps en
premier. Avant la mort, ou plus précisément avant le moment que nous appelons la mort physique et
qui correspond irrémédiablement à l'arrêt du cerveau, l'homme est doué d'un Ruah plus élevé et il
aperçoit ce qui lui est resté caché dans la vie. Sa vue perce l'espace et le temps, et il peut même dis -
tinguer des parents et des amis défunts qui habitent l'Au-Delà. Cette affirmation rejoint la tradition
tibétaine, recueillie dans le Bardo to-thol (Livre des morts tibétain) et elle est corroborée par les
constatations récentes les plus scientifiques qui soient (voir à ce sujet l'ouvrage de Pierre Vigne Oui,
la vie existe après la mort... aux éditions De Vecchi).
Qu'est-ce que l'"esprit des ossements"?
Aussitôt qu'arrivé l'instant critique, Ruah se répand dans tous les membres du corps, puis pour ainsi
dire prend! congé d'eux. Ce processus est constaté lui aussi médicalement: plus d'un malade connaît
une amélioration passagère avant l'instant final. Il se produit une secousse, c'est elle que l'on appelle
habituellement l'agonie et qui peut être très pénible. Ensuite, l'essence spirituelle de l'homme se retire
dans son coeur et se met à l'abri des mauvais esprits qui se précipitent sur le cadavre "comme
une colombe poursuivie se réfugie dans son nid" (le cadavre est le nid des mauvais esprits, comme
le prouve sa puanteur). La séparation de Ruah avec le corps est pénible. Ruah (l'âme vivante) flotte
entre les régions infinies de la lumière et celles du corps. Elle hésite, attirée à tour de rôle par chacun
de ces espaces. Son siège est pourtant dans le coeur qui est la racine de toute vie. Ce siège est le
trait d'union entre le cerveau et le foie dans la médecine mystique de la Kabbale (toutes les médecines
traditionnelles que la science de nos jours est en train de redécouvrir reprennent ce schéma).
Au moment de la mort finale, le coeur sort par la bouche dans un souffle ultime. (Il s'agit encore une
fois d'un coeur spirituel et non physique. Le coeur physique n'est que le symbole du corps spirituel.)
Outre la mort par en haut et celle par en bas qui sont les deux grands types de mort, la Kabbale dis -
tingue neuf cents espèces de morts différentes qui entrent dans l'une ou l'autre de ces deux grandes
catégories. La plus douce de toutes les morts se nomme "le baiser", la plus pénible est celle dans laquelle
le mourant éprouve la sensation d'une épaisse corde de cheveux arrachée du gosier... Une fois
séparé de Ruah, l'individu semble mort; cependant Nefesh habite encore en lui. Aussitôt après le départ
de Ruah les Masikim (mauvais esprits) prennent possession du cadavre comme nous l'avons dit.
Ils s'amoncellent même au-dessus de lui. Cette décomposition du corps oblige Nefesh à le quitter.
La puanteur est insupportable, mais l'Esprit reste encore longtemps près de la dépouille pour la
pleurer. Il a du mal à se séparer de ce vieux compagnon.
Une telle désintégration de l'homme à sa mort n'est toutefois pas complète. Une liaison subtile demeure
entre Nefesh et le corps putréfié. Quelque chose du principe spirituel descend jusqu'au tombeau.
C'est ce que le Zohar nomme le "souffle des ossements" ou "l'esprit des ossements". Cela
constitue la base du corps de lumière, ce que les chrétiens appellent "le corps glorieux de résurrection".
Jésus, initié essénien d'une secte ésotérique juive, aurait donc, il semble bien, divulgué les enseignements
de la Kabbale.
Après la mort
Mais ce n'est pas tout. La Kabbale ne laisse aucun point dans l'ombre. Quand les diverses parties de
l'individu se sont séparées après la mort, chacune se rend dans sa sphère naturelle, accompagnée des
êtres, des entités, qui lui ressemblent et qui entouraient déjà le lit de mort. Certains initiés sont, paraît-
il, spécialement entraînés pour les t voir, les reconnaître et leur insuffler la nourriture spiri-tuelle
35
qu'elles réclament. D'autre part, en fonction de la loi des correspondances:
- tout est dans tout,
- le plus petit élément reproduit le plus grand, l'univers que la kabbale appelle Aziluth se partage en
trois! mondes Asiah, Jezibah et Briah qui sont parallèles aux trois divisions de l'homme: Nefesh,
Ruah, Neshamah. Asiah est le monde dans lequel nous évoluons. Ce que nous en percevons par nos
yeux corporels n'en est que la sphère la plus matérielle, la plus inférieure. Le corps appartient évidemment
à Asiah. Dans la tombe, l'Esprit se trouve dans un état d'obscure léthargie qui, pour le
Juste, est un pur sommeil. C'est pourquoi la Kabbale interdit d'évoquer les morts, cela dérangerait
leur sommeil et l'évolution qu'ils sont en train de subir. Les traditions juive et chrétienne reconnaissent
la réalité du spiritisme17, mais elles qualifient ses effets de néfastes.
Comme d'autre part, les sens matériels ne sont capables de percevoir que le cercle le plus inférieur
d'Asiah, nos yeux matériels ne voient que notre corps matériel. Le reste nous échappe. Le Zohar dit:
"Si cela était permis à nos yeux, nous pourrions voir dans la nuit, ou à la lune nouvelle, ou aux jours
de fête, les spectres (Diuknim) se dresser dans les tombeaux pour louer et glorifier le Seigneur. " II
est inutile de préciser, pensons-nous, que les initiés kabbalistes détenaient de tels pouvoirs de vision.
Dernière information sur le sujet et qui a son importance: sous le nom de Zelem, la Kabbale
définit la figure par laquelle opèrent les différents principes de l'homme. En effet, Nefesh, Ruah et
Neshamah, même après la destruction de leur enveloppe matérielle due à la mort, conservent encore
une certaine forme qui ressemble à l'apparence corporelle. Le Zelem lui aussi relève de la division
tripartite que l'on retrouve partout: une lumière intérieure très intense enveloppée dans deux lumières
extérieures. Le processus de la mort se produit véritablement dans les différents Zelem; Nefesh,
Ruah et Neshamah ne sont pas du tout modifiés par elle. Trente jours avant la mort d'un individu,
les lumières enveloppantes de Zelem se retirent dans Neshamah. Puis quand Ruah s'enfuit, elles
se raccrochent à lui, s'agrippent même, pour "goûter le goût de la mort" dit la Kabbale. Et ce qui
s'offre à nous dans l'apparition de personnes défuntes, lorsque celles-ci se montrent à nous, c'est de
la subtile matière aérienne ou éthérée. Et cela s'applique à toute forme d'apparition, ange, humain,
ou démon.
Des études récentes et des expériences menées dans certaines universités américaines, toutes fondées
sur le principe Kirlian, un Soviétique qui a réussi le premier à photographier des phénomènes
paranormaux et d'autres phénomènes psychiques, ont montré que Zelem a une réalité effective,
même si elle échappe à notre regard courant. Les occultistes lui donnent le nom d'aura. Et cette aura
varie en fonction de la santé ou de l'état moral de la personne. Ces travaux rejoignent une vérité millénaire
exprimée par le Zohar "La beauté du Zelem de l'homme pieux dépend des bonnes oeuvres
qu'il a accomplies ici-bas, alors que le péché la souille18."
Pour la Kabbale, comme pour toutes les grandes spiritualités, c'est ici-bas que l'homme prépare son
salut. Ou, plus précisément, son retour sur terre sous une forme supérieure ou inférieure, car rappelons
que la Kabbale, comme toutes les traditions, croit en la réincarnation et au "karma", c'est-à-dire
au destin cosmique de l'individu. Selon son degré d'avancement, c'est-à-dire selon l'état de son karma
qui dépend de la qualité des oeuvres qu'il a accomplies dans ses vies antérieures, l'individu prend
telle ou telle forme d'incarnation: homme bon, homme méchant, homme appelé à souffrir ou à réaliser
de grandes oeuvres, ou encore animal domestique, animal inférieur, animal barbare, etc. L'individu
doit revivre dans ses réincarnations successives le cycle complet de la nature. Et cela se conçoit:
la nature, le monde, ne sont-ils pas comme le dit la Kabbale, le corps de Dieu? Et l'être humain ne
doit-il pas à la fin réintégrer la divinité?
17 L'évocation des morts à l'aide d'un médium soutenu par une assistance de participants plongés dans la pénombre et se touchant les doigts.
18 L'aura, photographiée grâce au procédé Kirlian, se révèle être très pure et claire chez les personnes de grande spiritualité ou moralité.
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TROISIEME PARTIE
LA MAGIE KABBALISTIQUE
LES TROIS PREMIERES LETTRES MYSTERIEUSES
Dieu, dit la Kabbale, a créé le monde avec les lettres de l'alphabet hébraïque qui, bien plus que de
simples signes conventionnels, sont réellement des puissances, comme l'étaient les hiéroglyphes
dont les prêtres égyptiens savaient extraire l'essence magique. Le principe de la Kabbale, aussi bien
philosophique que magique, est donc très simple: "la loi qui a présidé à la création de la langue des
Hébreux est la même que celle qui préside à la création de l'univers. Connaître l'une c'est implicitement
connaître l'autre", écrivait Papus.
La langue sacrée, celle que les initiés se passent de génération en génération, a un secret. Très
concrètement connaître le secret de la langue hébraïque, c'est connaître le secret de l'univers.
Chaque lettre est un message divin, une information mystique, une condensation d'énergie, un fragment
du cosmos. Leur contemplation, la méditation sur elles, puis leurs différentes combinaisons,
permettent d'atteindre l'extase. Au cours de cette extase, le kabbaliste rencontre l'ange Metatron qui
lui révèle alors ce après quoi il court. Il ne s'agit pas seulement d'une réalité symbolique, mais d'une
réalité très concrète. Les initiés sont très affirmatifs sur ce point. Et toute société initiatique, tout
ordre digne de ce nom, rejoint le point de vue de ces initiés. Puisque l'initiation a pour but de faire
retrouver des pouvoirs perdus. Des pouvoirs que l'humanité possédait avant la chute...
Voyons d'un peu plus près ce que sont les lettres de l'alphabet hébraïque. Nous ne pouvons évidemment
donner toute leur richesse dans le court espace du présent ouvrage, mais nous pouvons résumer
l'essentiel de ce qu'il faut savoir pour commencer à pratiquer soi-même la Kabbale. Un manuscrit
du XVIe siècle, découvert par le mage Eliphas Levi qui marqua le monde de l'ésotérisme du
XIX e siècle par sa personnalité et ses travaux, contient ce qui suit: "Voici quels sont les privilèges
et les pouvoirs de celui qui tient en sa main droite les clavicules de Salomon et dans la gauche la
branche d'amandier fleuri". Le message est clair: l'initié en Kabbale a des privilèges et des pouvoirs
(nous verrons lesquels). Il doit connaître les formules magiques, les pratiques secrètes, les rituels et
tenir la "branche d'amandier fleuri"; c'est-à-dire s'avancer sur le chemin du bien. II nous reste à passer
les lettres elles-mêmes en revue. Nous suivrons l'alphabet dans l'ordre.
1. L'AIeph, l'En-Sof
C'est la lettre du commencement, celle de la lumière intellectuelle. E. Levi dit à ce sujet: "Qu'est-ce
que la lumière intellectuelle? C'est la parole." Nous dirons, quant à nous, cela nous paraît plus précis,
que la lumière intellectuelle est le Verbe créateur. Et nous ajouterons que dans l'oeuvre de la
création (divine ou humaine), l'être est le principe, le Verbe est le moyen, la plénitude, c'est la fin.
Cela veut dire que toute création a pour but de prendre un être (principe) et de le perfectionner (fin).
Le sculpteur prend une pierre informe (être principe), la travaille, en fait une oeuvre d'art (la fin). Ce
travail, c'est l'intrusion du Verbe dans la matière. Il en va de la sorte pour ce qui concerne notre
sculpteur, il en alla ainsi pour ce qui fut de la création du monde, il en est ainsi pour tout ce qui est
sur terre. Pour évoluer, pour réussir dans la vie, pour se perfectionner moralement, etc. Le premier
travail des initiés est de comprendre cette loi. De s'en imprégner de l'intérieur.
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Le mage est ce que les kabbalistes appellent le "microproscope" c'est-à-dire le créateur du petit
monde. L'homme ne devient le roi des animaux qu'en les domptant et en les apprivoisant; autrement
il en serait lui-même l'esclave. Les animaux sont les figures de nos passions. Ce sont les forces instinctives
du corps, celles qui tissent la "guenille de chair" comme disaient les cathares, celles qui
emprisonnent la pure lumière en quête de laquelle nous sommes. Pour commencer à devenir magiquement
efficace, il faudra se débarrasser de tout ce qui nous maintient en léthargie. Et pour ce
faire, il faudra vaincre et enchaîner nos passions. Comment cela? En sachant au moins deux choses.
• II existe une vraie et une fausse science, une magie divine et une autre magie véritablement infernale.
Elles se reconnaissent à l'odeur pour peu qu'on en ait l'habitude. "Le magicien, comme l'écrit
E. Levi, est le souverain pontife de la nature, le sorcier n'en est que le profanateur." Et pour parvenir
à la puissance, quatre impératifs doivent absolument être suivis: une intelligence que rien n'arrête
(le kabbaliste n'est pas un anti-intellectuel, c'est au contraire un intellectuel créateur et fier de l'être),
une grande audace (le courage, inutile de le préciser, est indispensable), une volonté que rien ne
brise (il faut prendre garde à ne point céder au découragement) et une discrétion à toute épreuve (il
faut cacher les secrets que l'on a découverts). Savoir, oser, vouloir, se taire, tels sont les quatre
verbes symboliques du mage.
• Au moyen de la véritable science, l'adepte possède une toute-puissance qui lui permet d'agir de
manière surhumaine. D'une manière qui dépasse la portée commune des hommes. On pourrait citer
à cette occasion: Hermès Trismégiste d'Égypte, Moïse, le Christ, Merlin l'enchanteur chez les Gaulois
et bien d'autres beaucoup moins célèbres, mais dont l'action fut réelle. On pourrait encore citer
une infinité d'obscurs, car si secrète soit la Kabbale, elle s'ouvre à qui elle veut. Ne dit-on pas de
l'esprit qu'il souffle où il désire? Chacun, pour peu qu'il le désire, peut forcer les portes du mystère.
Sur le chemin de l'étude initiatique et de la Kabbale dans laquelle notre lecteur est en train de pénétrer
tout doucement et progressivement, il ne faut pas s'engager avec témérité; mais une fois en
marche, il faut arriver au but, ou périr. Douter revient à sombrer dans la folie. S'arrêter, c'est tomber
dans un gouffre. C'est commencer à errer dans les ténèbres. Ceux de nos lecteurs qui ne s'en sentent
pas la force feraient bien de ne pas poursuivre; aux autres, nous conseillons de relire plusieurs fois
ces pages, de laisser décanter ce qu'ils ne comprennent pas encore. Tout finira par s'éclairer pour qui
sait attendre. Puisque l'Aleph est le principe, il fait allusion au premier principe de l'ésotérisme que
nous avons évoqué: "Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas." Cela mérite maintenant
d'être développé et signifie que la forme est proportionnelle à l'idée ou que l'ombre est la mesure du
corps calculée dans sa relation au rayon lumineux. L'imagination d'une entité avec laquelle il est
possible d'entrer en contact détermine la forme de l'enfant dans le sein de sa mère et fixe la destinée
des hommes. Vous trouvez-vous en danger? Croyez-vous invulnérable, dit Paracelse, et vous le serez.
La peur attire les coups et même les balles, et le courage donne une force tout à fait mystérieuse.
Et puisque l'Aleph symbolise l'unité, il symbolise aussi le mouvement qui fait que les nombres se
succèdent. Il emblématise également le principe essentiel de la magie que voici en peu de mots: le
verbe se trouve dans une proportion exacte avec les choses que nos yeux physiques ne peuvent voir.
Ou pour le dire plus simplement: le visible est la manifestation de l'invisible. Notre corps est la manifestation
de notre âme et cela donne la science physiognomonique qui permet de lire sur un visage
le caractère, le destin, voire le karma, d'un individu. Une fleur est la manifestation d'un parfum. Un
animal la manifestation d'une force, etc.
L'Aleph d'autre part représente schématiquement un homme qui élève une main vers le ciel et
abaisse l'autre vers la terre. C'est l'image du magicien qui agit ici-bas avec les puissances de là-haut.
Cette lettre constitue à elle seule un pentacle. Cousue au revers du veston, elle est un porte-bonheur.
Elle met l'individu au centre de courants cosmiques bénéfiques. C'est un caractère, un hiéroglyphe,
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exprimant, condensant, la science sacrée universelle.
2. Le Beth, les colonnes du temple
La science est la possession complète de la vérité. La connaissance suppose l'existence du binaire et
il faut:
- l'être qui veut connaître (un savant par exemple);
- un objet à connaître (le soleil, par exemple, ou le système nerveux, ou tout autre
chose bien définie).
Le binaire est donc l'unité qui se multiplie pour connaître: c'est pour cela que dans la Bible, Eve sort
de la côte d'Adam. La création d'Eve ne signifie pas autre chose que la division de l'Adam Kadmon
(l'homme primordial) voulant lui-même se connaître.
Adam se symbolise dans la Kabbale par la lettre Yod qui, ressemblant à une apostrophe, signifie en
fait le phallus sacré que l'on retrouve dans la tradition érotique de l'Inde. C'est aussi d'une certaine
façon la Verge de Moïse, verge avec laquelle il fit des miracles devant les Égyptiens médusés. Si
l'on ajoute le nom ternaire d'Eve à ce Yod, on obtient le nom très sacré Yeve. Cela signifie qu'Adam
couchant avec Eve, ou Adam retrouvant Eve, produit le nom caché de Dieu, celui-là même que seul
le grand prêtre d'Israël avait le droit de prononcer dans le saint des saints du temple de Salomon,
une fois l'an. Il y a là un mystère à méditer et qui ouvre des perspectives sur l'amour, voire sur l'érotisme
sacré. Une tradition juive dit, en effet, que lorsqu'un homme et une femme s'aiment, les anges
se réjouissent. Et même que le chant des anges s'alimente à l'amour terrestre qui lie les amants. De
là aussi est née une astrologie érotique que les anciens connaissaient, mais dont nous avons perdu le
secret.
Aleph, c'est l'homme;
Beth, c'est la femme.
1 = le principe,
2 = le Verbe s'étant manifesté.
Aleph = A; Beth = B; A, c'est l'actif; B, c'est le passif.
Nous retrouvons également le principe chinois du Yin et du Yang. De même, Aleph et Beth symbolisent
les deux colonnes qui se tenaient devant la porte principale du temple de Salomon. Les
francs-maçons et d'autres initiés ont repris cette symbolique et ils appellent ces colonnes "Bohas" et
"Jakin" mots que nous ne sommes pas autorisés à révéler et dont nous garderons donc le sens secret.
Toutes les interprétations données dans des livres ont été faites, selon des sources bien informées,
par des demi-initiés et elles sont pour cela sujettes à caution. En tout cas, il faut retenir que les deux
colonnes du temple maçonnique viennent de la Kabbale et expliquent tous les problèmes de l'antagonisme
naturel, politique ou religieux: jour et nuit, froid et chaud, lutte des classes, bien et mal,
etc. Elles expliquent aussi la lutte génératrice de l'homme et de la femme. Le principe actif cherche
le principe passif. Le plein est amoureux du vide et il l'attire. Quelle est la nature du principe actif?
C'est de répandre. Quelle est celle du principe passif? C'est de rassembler et de féconder. L'unité ne
peut se manifester que par le binaire: l'unité du macrocosme s'exprime par les deux points opposés
des deux triangles entrecroisés qui forment le sceau de Salomon que nous avons déjà évoqué et dont
la puissance magique est redoutable. L'homme primordial, l'Adam Kadmon était androgyne, et tous
les organes du corps vont par paires, sauf le nez, la langue et le sexe qui est un symbole du Yod...
Pour rendre la lumière visible, Dieu a supposé l'ombre, car cette dernière est le repoussoir de cellelà.
De même Satan est nécessaire à la création, car l'univers est maintenu en équilibre par deux
39
forces contradictoires: la force qui attire et celle qui repousse. C'est ce que la Bible exprime dans le
combat de Jacob avec l'ange, ou par les deux chérubins qui encadraient l'Arche d'Alliance que le
peuple juif transportait dans ses pérégrinations dans le désert après qu'il eut reçu la loi divine.
Dans le domaine moral, il existe deux forces également: une qui porte atteinte et l'autre qui expie.
Ce sont Caïn et Abel, les deux frères de la Bible, dont le second fut assassiné par le premier. "Caïn,
écrit E. Levi, n'a pu laisser vivre Abel, et le sang d'Abel ne laisse plus dormir Caïn" ("L'oeil était
dans la tombe et regardait Caïn" écrit Victor Hugo).
Dans l'âme du monde qui est 1'"agent universel" des alchimistes et des mages, il y a un courant
d'amour et un courant de colère. Ce fluide ambiant, imperceptible à nos sens s'ils ne sont pas
éveillés, pénètre toute chose. C'est une sorte d'éther. Et la physique moderne n'est pas loin d'en approcher
lorsqu'elle parle de la gravitation électromagnétique qui imprègne tout phénomène: les
étoiles, la terre, tout.
L'arbre du savoir, du Bien et du Mal, qui était planté au Paradis et dont les fruits donnaient la mort
aux non-initiés est l'image du secret du binaire.
Adam et Eve commirent le péché originel parce qu'ils goûtèrent à ce fruit alors qu'ils n'avaient pas
encore été initiés. Les cathares disaient que le mal est contraire à l'esprit de Dieu, mais que celui-ci
accepte qu'il existe et que c'est là un très grand mystère. La Kabbale est du même avis. En fait, l'Architecte
veut initier l'homme et la femme, et il laisse le serpent les induire en erreur pour qu'ils
passent par des épreuves expiatoires comme cela se fait aujourd'hui encore dans toutes les cérémonies,
tous les processus d'initiation... Dans Y Apocalypse dont, rappelons-le, l'auteur n'est autre que
saint Jean, il est question de deux témoins ou martyrs: Élie, l'homme de la foi et du miracle, et Hénoch.
Or Hénoch est le même que celui que les Égyptiens nommaient Hermès (le grand Hermès
Trismégiste duquel procède le mot hermétisme synonyme
d'ésotérisme) et que les Phéniciens19 nommaient Cadmus. Une remarque à propos du nom de
l'homme primordial de la Kabbale, Adam Kadmon n'est sûrement pas loin phonétiquement de Cadmus.
Cadmus était l'auteur de l'alphabet sacré qui, selon la tradition, avait été enlevé au ciel et reviendra
à la fin des temps. On dit à peu près la même chose de saint Jean qui, dans son Apocalypse,
a retrouvé et expliqué les mystères d'Hénoch. La tradition dit encore que la résurrection de saint
Jean qui semble être une réincarnation d'Hénoch se fera à la fin de l'actuel cycle astrologique que
nous traversons pour quelques siècles encore. Elle se traduira par le renouvellement de la doctrine
ésotérique et la mise en lumière des clefs de la Kabbale. Toute la tâche actuelle des initiés est donc
de livrer au public les idées kabbalistiques qu'il peut supporter sans dommages. Certains secrets,
mais pas tous, peuvent être révélés.
3. Le Ghimel, le triangle de Salomon
La tradition ésotérique et la Kabbale en particulier - car elle surtout s'est livrée à des spéculations
mathématiques vertigineuses - ont insisté sur l'importance du binaire, mais elles ne l'ont pas divinisé.
Elles n'ont pas, pour ainsi dire, écarté l'une de l'autre les colonnes du temple qui n'ont de sens
qu'unifiées. Le binaire est un avatar, une manifestation de l'unité. Plus encore: le binaire en Dieu
n'existe que par le ternaire. Le binaire est de l'ordre du relatif et si l'on conçoit l'absolu comme 2, il
faut immédiatement le concevoir comme 3 pour retrouver le principe unitaire. C'est là le secret des
francs-maçons qui signent en ajoutant trois points à leur nom, mais cela demande évidemment que
l'on s'y arrête un peu et que l'on apprenne à méditer à ce sujet.
Le Verbe dans toute sa splendeur, tel que l'ont contemplé les kabbalistes, est le ternaire, parce qu'il
suppose un principe intelligent, un principe parlant et un principe parlé. Trois choses donc. Quand
Dieu créa l'univers, il avait un plan, une parole ("Dieu dit que la lumière soit. Et la lumière fut") et il
créa un principe parlé (la lumière, par exemple qui résultait de son appel à venir à l'existence). Ces
19 Notons que le constructeur du temple de Salomon, maître Hiram, venait de Phénicie...
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trois principes se trouvent à la base du triangle primordial que l'on retrouve en tout, qui est l'archétype
par excellence:
- en magie; le principe, la réalisation et adaptation;
- en alchimie, l'azoth (l'agent très mystérieux), l'incorporation et la transmutation
qui transforme le plomb en or;
- dans l'âme humaine, la pensée, l'amour et l'action. Le ternaire est le but et l'expression
de l'amour: on ne se cherche à deux que pour devenir trois.
Les premiers sages qui ont commencé à comprendre le monde ont vu que le Bien et le Mal coexistaient;
ils ont observé également l'ombre et la lumière. Ils ont comparé l'hiver au printemps, la jeunesse
à la vieillesse, la vie à la mort et ils ont compris que les deux principes de l'équilibre universel
ne sont pas opposés, bien qu'ils soient contraires en apparence. Le Bien se trouve à droite, le Mal à
gauche, mais la bonté (ou la sagesse) est au-dessus d'eux: elle fait servir le Mal au triomphe du Bien
et le Bien à la réparation du Mal comme le croyaient les cathares. Les kabbalistes comparent l'esprit
à une substance qui reste fluide dans le milieu divin sous l'influence de la lumière suprême, mais
dont l'extérieur se durcit comme une cire exposée à l'air dans les régions plus froides du raisonnement.
Ces "écorces", ces enveloppes pétrifiées, sont la cause des erreurs ou du mal. Le Zohar appelle
les démons les écorces.
Cela vaut la peine de citer ici Eliphas Levi qui, sur ce point, nos propres recherches nous en ont
convaincu, se réfère à un texte ancien dont il semble avoir eu communication par quelque voie détournée.
"Les écorces du monde des esprits, écrit E. Levi, sont transparentes, celles du monde matériel
sont opaques; les corps ne sont que des écorces temporaires dont les âmes doivent être délivrées;
mais ceux qui obéissent au corps en cette vie se font un corps intérieur ou une écorce fluidique
qui devient leur prison et leur supplice après la mort, jusqu'au moment où ils parviennent à se
fondre dans la chaleur de la lumière divine où leur pesanteur les empêche de monter; ils n'y arrivent
donc qu'avec des efforts infinis et le secours de justes qui leur tendent la main, et pendant tout ce
temps ils sont dévorés par l'activité intérieure de l'esprit comme dans une fournaise ardente. Ceux
qui parviennent au bûcher de l'expiation s'y brûlent eux-mêmes et se délivrent ainsi de leurs
chaînes; mais le plus grand nombre manquent de courage devant cette dernière épreuve, qui leur
semble une seconde mort plus affreuse que la première et restent ainsi dans l'enfer qui est éternel
mais dans lequel les âmes ne sont jamais ni précipitées ni retenues malgré elles."
Nous pensons que ce beau texte contient en lui de nombreuses vérités et qu'il est nécessaire de le
méditer.
LES SECRETS DES AUTRES LETTRES HEBRAÏQUES
4. Le Daleth, le tétragramme
Affirmation, négation, discussion, solution, ce sont là les quatre opérations logiques de l'esprit humain.
"Le ternaire, dit un kabbaliste contemporain dont nous tairons l'identité, naît du binaire antagonique,
mais il se complète dans le quaternaire, base carrée de toute vérité". Ainsi - et cette pensée
deviendra plus claire - le nom secret de Dieu est-il formé de quatre lettres comme nous l'avons déjà
vu. Et dans ces quatre lettres, il y en a une qui se répète deux fois (le Yod qui exprime le Verbe et la
création du Verbe). Donc ces quatre lettres du nom n'en forment que trois. Cela constitue le paradoxe
central de toute la numérologie, c'est-à-dire de la correspondance des lettres et des chiffres.
Notons encore à cette occasion que les kabbalistes disent que le "nom le plus fort du diable se compose
des lettres retournées du nom de Dieu. Ce qui numériquement donne la valeur absolument op-
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posée. La cause première s'est révélée par la croix dans toutes les civilisations comme le montre
l'ethnologie: c'est-à-dire une unité de deux qui se divisent pour former quatre. La croix a été (est) la
clef des mystères de l'Inde et de l'Égypte sous forme de Tau, le signe du dieu Osiris sur les sculptures
des musées par exemple. A la croix correspond la clef de voûte du temple que les compagnons
du Tour de France et francs-maçons connaissent bien. La croix, relevons-le encore, semble être dans
la langue française la racine du verbe croire et du verbe croître et réunit de la sorte les idées de
science, de spiritualité et de progrès qui sont parfois antagoniques, hélas!
Disons un mot maintenant du "grand agent magique". Remarquons d'abord qu'il se dévoile par
quatre types de phénomènes: calorifique, lumineux, électrique, magnétique. Les ésotéristes du passé
lui donnèrent divers noms: tétra-gramme, azoth, éther, od, fluide magnétique, âme de la nature, etc.
Einstein l'appelle la "gravitation électromagnétique." Ce grand agent magique commande à la force
d'attraction qui se fixe toujours au centre des corps. D'après Guillaume Postel, un kabbaliste chrétien,
le secret incommunicable, la formule mathématique du grand agent est inscrite dans le mot
rota dont nous faisons remarquer que l'inversion donne taro. La croix condense les quatre formes
élémentaires du cosmos qui sont l'air, la terre, le feu et l'eau. Observons, et cela est d'une importance
primordiale, que :
- l'eau, la terre, etc. n'ont rien à voir avec ce que nous appelons l'eau, la terre,... Les éléments
vulgaires que nous connaissons dit la Kabbale ne sont que des "écorces" d'essences
spirituelles. Les éléments spirituels qu'ils expriment apparaîtront au terme de quelques années
de labeur;
- la mise en mouvement de la croix qui supporte à chacune de ses pointes un élément particulier
donne une roue ou une rota dont on sait ce que l'inverse signifie;
- le quatre, avons-nous dit précédemment, peut se réduire à trois. L'esprit, la matière, le
mouvement et le repos peuvent, en effet, se réduire d'après la Kabbale al chimique en absolu,
fixe et volatile.
5. Le Hé, le pentagramme
Le Hé correspond au pentagramme, c'est-à-dire à l'étoile à cinq branches dont le pouvoir est connu
depuis la plus haute antiquité (l'initiation des francs-maçons au grade de compagnons se fait sous le
signe de l'étoile). Le pentagramme est le symbole du microcosme. Grâce au pentagramme, on peut,
si l'on sait utiliser les rituels qui conviennent, forcer les esprits à apparaître en songe, ou invoquer
les défunts. Le mage amène de la sorte leur reflet cosmique qui existe dans l'astral, c'est-à-dire dans
la deuxième enveloppe de l'univers. Les femmes enceintes, plus que toutes autres, sont sous l'influence
de la lumière astrale qui concourt à la formation de leur enfant. C'est ainsi que d'après la tradition
certaines femmes, sans même le vouloir, imprimeraient à leur enfant à naître une forme qui
les a frappées. Elles contemplaient cette forme dans l'astral, ou dans leurs songes, et elles l'ont transmise
au foetus.
Le pentagramme est conçu en proportion exacte de l'athanor20 qui donne la pierre philosophale. Et
en tant que signe, il n'est rien par lui-même, il n'a de force que si le Verbe l'habite. Remarquons que
son usage est très dangereux, car la direction de ses points change le caractère de l'opération et
aboutit parfois à des résultats inverses de ceux recherchés.
6. Le Vau, l'équilibre
La fatalité, la volonté et la puissance constituent un ternaire qui correspond, au plan humain, au tri-
20 Alambic utilisé par les alchimistes dans leurs recherches.
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angle primordial. Or, la fatalité, c'est l'enchaînement des causes et des effets, c'est l'ordre sans aucune
liberté. La volonté, en revanche, c'est la faculté directrice de l'intelligence pour introduire la liberté
humaine sans laquelle point de créativité ni même d'initiative. Et la puissance enfin, c'est l'emploi
astucieux de la volonté qui oblige la fatalité à servir à l'accomplissement des désirs de celui qui
agit. Les forces de la nature laissées à elles-mêmes sont destructrices, apprivoisées elles donnent
l'électricité, la force motrice, etc. Les forces du monde sont à la diposition de qui sait leur résister.
Le monde est aimanté de lumière solaire et nous sommes aimantés par la lumière astrale. Ce qui
s'opère dans le corps de la planète se répète en nous.
Nous sommes conditionnés par la Terre et même par la région du globe où nous vivons, par son climat,
sa flore, sa faune, sa géographie, etc. Mais nous subissons aussi une influence infiniment plus
cosmique. L'homme est, en effet, un microcosme (petit monde) qui, analogiquement, reproduit tout
ce qui constitue le macrocosme (grand monde). Nos humeurs sont déterminées par le grand agent
astral. Une volonté tendue peut agir sur la lumière astrale et, avec l'aide d'esprits qu'elle a asservis,
elle peut provoquer d'irrésistibles courants. Le grand agent se domine par le coeur, c'est-à-dire par le
grand sympathique. Les exercices du yoga permettent de maîtriser ce grand sympathique et
viennent en aide à l'étudiant en Kabbale, ne se- |j rait-ce que parce qu'ils lui facilitent la concentration.
7. Le Zaïn, l'épée flamboyante
Le sept est le nombre sacré par excellence parce qu'il additionne le trois et le quatre. (Voyez aux
lettres qui correspondent à ces nombres.) Le sept symbolise l'esprit assisté de toutes les puissances
élémentaires. L'abbé Trithème a confectionné à partir du nombre sept une clavicule qui lui donnait
un grand pouvoir de divination. Et saint Jean a fermé le livre de Y Apocalypse de sept sceaux.
Moïse dit qu'à la porte du Paradis se tient un sphinx tenant une épée flamboyante. Ce sphinx armé
symbolise la loi du mystère qu'il faut percer si l'on veut être admis au Pardes. Il y a toute une série
de correspondances numéro-logiques que nous citons rapidement pour ne pas alourdir notre exposé:
les sept couleurs du prisme, les sept planètes, les sept notes musicales, etc. "Les sept planètes sont
des symboles hiéroglyphiques du clavier de nos affections." Cette sentence, le poète socialiste Fourier
qui vivait au XIXe siècle aurait pu la prononcer. Confectionner des talismans du Soleil, de la
Lune ou même de Saturne, revient à attacher magnétiquement sa volonté à des signes qui expriment
les principales puissances de l'âme humaine. Se consacrer à Vénus ou à Mercure par le même
moyen, c'est se magnétiser en vue de la science ou du profit.
Précisons à cette occasion que les talismans se font sur des pierres précieuses (diamant, rubis, saphir,
etc.) ou bien sur les métaux (or, argent, fer, cuivre, etc.). Les signes kabbalistiques des sept esprits
sont:
- en ce qui concerne le Soleil, un serpent qui a une tête de lion;
- un globe coupé en deux pour ce qui est de la Lune;
- pour Mars, un dragon mordant une épée;
- pour Mercure, le caducée (constitué par une baguette entourée des deux serpents
entrelacés);
- pour Jupiter, un aigle;
- pour Saturne, un vieillard.
Ces indications ne suffisent par à composer des talismans, mais elles sont indispensables. Nous en
saurons un peu plus au moment venu, c'est-à-dire un peu plus loin.
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8. Le Heth (ou Hêt), la réalisation
La magie n'est pas le mysticisme, ou plutôt elle en diffère sur certains points particuliers, elle est la
compréhension des phénomènes en vue d'une action concrète sur eux. Le mysticisme n'a pour but
que la méditation, la contemplation, voire l'adoration. La Kabbale, le lecteur l'a peut-être perçu, est
à la fois mysticisme et magie. Elle est foi qui se solde par des réalisations pratiques...
Les hommes naissent dans un monde modifié par une idée dont ils portent en eux la trace ou l'empreinte.
L'empreinte de la faute d'Adam a été conservée dans l'astral et il en porte la trace pour des
millénaires. La lumière astrale se trouvait à la disposition d'Adam qui l'ayant troublée - par sa désobéissance
en a fait, sans même s'en apercevoir, l'instrument de son supplice. Le yoga permet d'agir
sur l'astral.
On peut en sachant respirer - cela s'apprend - se délivrer dès maintenant de son corps pour voyager
dans la quatrième dimension, comme l'ont fait des initiés de haut rang, tels Paracelse et Swedenborg.
9. Le Thet, l'initiation
Le nombre neuf, valeur du Thet, est celui des reflets du Sublime Vieillard; c'est pourquoi Hermès
Trismégiste lui attribue l'initiation sur laquelle il règne comme un ange tutélaire.
Le Thet est riche en enseignements. Les actes des hommes s'inscrivent, disent les kabbalistes, à la
fois dans l'astral et sur le visage, dans la démarche, l'accent de la voix, etc. Chaque individu porte en
lui, avec lui, dans sa silhouette et inscrite sur sa peau, l'histoire de sa vie que les initiés savent lire
d'un seul coup d'oeil. C'est de cette manière que les initiés recrutent des profanes dont ils feront de
nouveaux initiés.
10. Le Yod, la Kabbale
La Kabbale est bien plus qu'un livre. Nous avons vu qu'elle était la tradition primordiale elle-même.
De ce fait, elle est le Verbe s'incarnant dans les lettres. Elle est donc un avatar (une incarnation) du
Yod divin qui ensemence la matière pour en faire une création viable.
Le dix est un nombre très sacré chez les pythagoriciens (leur tétractis) sur lequel ils faisaient leurs
serments. Il y a aussi dix séphirot disposées, comme nous l'avons vu précédemment, de part et
d'autre de l'arbre kabbalistique qui rappelle celui des chamans, ces initiés sibériens qui grimpaient
mystiquement sur le leur et prenaient leur envol. L'arbre séphirotique se rapporte à Dieu et au cosmos,
et sa compréhension permet de faire des miracles. Il existe un équivalent de cet arbre. Un équivalent
portatif, pour ainsi dire, puisqu'on peut le transporter écrit sur un fragment de papier dans sa
poche ou son portefeuille, alors que l'arbre grandeur nature doit être dessiné en de multiples couleurs
sur un parchemin. Et cet arbre portatif, ce talisman, qui protège celui qui le porte à la fois du
mauvais oeil, des maladies psychiques et de toutes les agressions extérieures, est fondé sur l'idée du
triangle archétype.
Ce talisman est un triangle formé de l'ensemble21 des noms divins et il se trouve à la base du rituel
magique des anciens juifs. On en trouvera, soit dit en passant, une application dans le Tarot. Voici
ce talisman:
21 Une série comme l'on dit en mathématiques. Les noms divins sont infinis, mais ils se laissent saisir par séries.
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11. Le Kaph (ou Caph), la chaîne magique
C'est le nombre (ou la lettre) de l'invocation des esprits. C'est la lettre de la chaîne magique que font
en se tenant les mains les participants à une séance de spiritisme. Il nous est arrivé à plusieurs reprises
après de telles expériences d'être réveillé la nuit en sursaut par des frôlements de mains ou
d'ailes vraiment impressionnants; voire par des objets (des livres le plus souvent) qui se déplaçaient.
12. Le Lamed, le Grand OEuvre
C'est la lettre, ou l'esprit, sous la protection de laquelle se sont placés les alchimistes comme Nicolas
Flamel ou Raymond Lulle.
13. Le Mem, la lumière astrale
Lorsque l'individu a eu une vie exemplaire et qu'il meurt, son corps astral quitte son corps physique
à la manière d'une vapeur, ou d'un encens montant vers les régions supérieures. Si l'individu a eu
une mauvaise vie, il tourmente les songes des vivants: ses anciens vices lui apparaissent et, sous
forme de monstres, le poursuivent. Les âmes qui ne sont pas entièrement purifiées restent plus ou
moins longtemps prisonnières du corps astral où elles sont brûlées par la lumière cosmique. C'est
pour fuir ce cadavre que les âmes qui souffrent entrent parfois dans les vivants et y demeurent sous
une forme que les kabbalistes appellent un dibbouk.
14. Le Nun, les transmutations
Notons simplement pour élargir le débat et ouvrir les esprits en proie au scepticisme que de très
nombreux témoignages dignes de foi corroborent la présence visible et réelle, en chair et en os, du
père Alphonse de Liguori auprès du pape agonisant, tandis que le même personnage était observé
chez lui, à une grande distance à Rome, en prières et en extase. Et la présence du missionnaire François
Xavier en plusieurs endroits à la fois n'a pas été moins rigoureusement constatée.
Cagliostro, qui connaissait presque sûrement la Kabbale, pratiquait les invocations et avait, paraît-il,
un élixir de ! longue vie qui rendait instantanément la jeunesse aux! vieillards. On dira que tout cela
n'est que légendes; mais après tout, les alchimistes pouvaient avoir découvert des formules d'amélioration
de l'état physiologique. La composition de la formule de l'élixir de Cagliostro avait pour
base, selon E. Levi, le vin de malvoisie et s'obtenait] curieusement par la distillation du sperme de
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certains animaux.
15. Le Samek
Le Samek est symbolisé en calligraphie hébraïque usuelle! par une sorte d'anneau, alors que le Samek
primitif était] représenté par une triple croix. L'ancien alphabet palestinien évolua vers des
formes calligraphiques qui s'inscrivent dans un carré. Une remarque: l'ancienne forme calligraphique
du Samek est proche symboliquement de la crosse que tient de sa] main gauche le Pape, Arcane
V du Tarot. Et la forme' usuelle du Samek se retrouve sur l'Arcane du Diable... qui est l'Arcane
XV...
16. Le Ayin, les envoûtements
"Ce qu'on veut avec persévérance, on le fait". La suggestion, l'envoûtement, etc. se développent sur
la base de cet axiome. Si l'on est capable de vouloir vraiment et obstinément, on obtient. Il existe
deux sortes d'envoûtement: le volontaire et l'involontaire; mais il faut savoir que la force attire toujours
la force. Si deux enfants vivent ensemble et qu'il y en ait un de faible et l'autre de fort, le fort
absorbera le faible et celui-ci dépérira.
Le mot envoûtement exprime l'action de prendre et d'envelopper quelqu'un dans un désir ou dans
une volonté formulée par un rituel adapté. Et l'instrument de l'envoûtement n'est autre encore une
fois, que le grand agent magique. Quant au maléfice, c'est-à-dire l'opération cérémonielle en vue de
l'envoûtement, il sert à fixer et à confirmer la volonté de l'opérateur. Plus l'opération est difficile,
plus elle est efficace, car plus elle agit sur l'imagination de la victime.
17. Le Phé, l'astrologie
Nous avons noté précédemment que la lumière astrale recevait et conservait toutes les empreintes
des choses du visible. Il en résulte que la disposition quotidienne du ciel se réfléchit dans cette lumière
qui, comme elle, est l'agent principal de la vie, influence la conception, la naissance et le futur
destin des enfants à naître. Cette lumière transmet au nouveau-né, dont le caractère est encore tout à
fait mobile, les impressions atmosphériques et les influences du système planétaire à tel ou tel moment.
Les signes gravés dans la lumière astrale par le reflet et l'attraction des astres se produisent sur tous
les corps qui se forment avec le concours de cette lumière. L'art de la divination repose sur la
connaissance de ces signes que le grand Paracelse appelait des "signatures". Suivant Ptolémée, un
fameux astronome et astrologue de l'Antiquité, le Soleil dessèche et la Lune humecte et, d'après les
kabbalistes, le Soleil est la rigoureuse Justice, tandis que la Lune représente la Miséricorde. Le Zohar
dit que "le serpent magique, fils du Soleil, allait dévorer le monde, lorsque la mer, fille de la
Lune, lui mit le pied sur la tête et le dompta." Cette image kabbalistique signifie que "la, femme
doit écraser la tête du serpent", thème mystérieux que l'on retrouve dans l'Apocalypse. D'ailleurs, et
cela n'est pas sans rapports avec notre sujet, chez les Anciens, Vénus était fille de la mer et Diane
était identique à la lune et remarquons que chez les chrétiens, Marie signifie "étoile de la mer".
Le célèbre astrologue Jérôme Cardan a laissé un calcul fort simple grâce auquel nous pouvons prévoir
la bonne ou mauvaise fortune des années de sa vie. Pour savoir quelle sera la fortune d'une année,
il résume les événements de celles qui l'ont précédée par 4, 8, 12, 19 et 30 :
- 4 est le nombre de la réalisation;
- 8, celui de Vénus ou des choses naturelles;
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- 12, celui de Jupiter ou des réussites;
- 19, celui de la Lune et de Mars;
- 30, celui de Saturne ou de la fatalité.
Ainsi, si nous voulons savoir ce qui nous arrivera au cours i de l'année 1988, nous repasserons dans
notre mémoire :
- tout ce qui nous est arrivé de décisif en matière de progrès dans la vie, il y a 4 ans;
- ce que nous avons eu de bonheur ou de malheur, il y a 8 ans;
- ce que nous avons pu compter de chance ou de malchance, il y a 12 ans;
- les malheurs ou les maladies, il y a 19 ans;
- ce que nous avons éprouvé de triste, ou subi de tragique, il y a 30 ans.
Puis nous reporterons tout cela sur l'année en cours. Les résultats sont surprenants !
18. Le Tsadé, les philtres ou les sorts
II existe des médailles kabbalistiques, des amulettes et quelquefois des philtres et des rituels qui
s'appuient sur des connaissances kabbalistiques. Le maître kabbaliste les utilise en vue du Bien.
19. Le Kof, la pierre philosophale
Trouver la pierre philosophale, c'est avoir découvert l'absolu que connaissaient les anciens maîtres
de la Kabbale. Sur un vieux grimoire d'un anonyme du Moyen Age, qui était à la fois alchimiste et
kabbaliste, on voit l'esprit représenté debout sur un cube que des langues de feu parcourent et
lèchent; il a pour phallus un caducée, le Soleil et la Lune sur la poitrine à droite et à gauche; il est
barbu, couronné et il tient un sceptre à la main. C'est le très secret Azoth des sages sur son piédestal
de sel et de soufre philosophiques. Cette image mérite d'être longuement méditée. Il y a en elle une
vérité qui ne peut se révéler par le commentaire, mais seulement par la réflexion et la contemplation.
Les mots doivent parfois céder leur place à la méditation.
20. Le Resch, la médecine universelle
En vertu de la loi d'analogie que la psychanalyse moderne commence à comprendre, la plupart de
nos maladies physiques viennent de nos maladies psychiques ou même morales. La tempérance, la
tranquillité d'esprit, le calme et la raison, tout le monde le sait, rendent l'individu non seulement
heureux mais bien portant. A la limite, la mort, disent les kabbalistes, n'existe pas pour le sage. C'est
un fantôme rendu terrifiant par l'ignorance. On peut abolir la douleur: la sophrologie, une science
toute récente, le montre, et certains médecins et dentistes la pratiquent déjà dans leurs cabinets pour
le plus grand bien de leurs patients. Il paraît aussi, mais cela évidemment nous dépasse, qu'il est
possible de ressusciter les morts pour un temps très bref.
21. Le Shin, la divination
Pour réussir le Grand OEuvre, il faut être devin. Car la divination donne une intuition indispensable à
toute recherche. L'intuition, la divination, sont les maîtres mots de la Kabbale pratique. Ils sont des
phénomènes magnétiques maîtrisés. Et les instruments divinatoires, une coupe de cristal remplie
47
d'eau par exemple, ne servent qu'à fixer l'attention du mage. La vision s'opère par éblouissement et
fatigue du nerf optique qui cède la place au troisième oeil dont parlent tous les initiés et qui se
trouve au milieu du front. Ce troisième oeil est évidemment assoupi chez l'immense majorité d'entre
nous; des exercices permettent cependant de le réveiller.
22. Le Tav (ou Tau), le Thot
Cette lettre et ce nombre sont le résumé des quatre sciences occultes. Rappelons les lois vues dans
ce bref survol de toutes les lettres de l'alphabet sacré:
- l'analogie ("Tout ce qui est en haut est comme ce qui est bas" et "Tout est dans
tout") est le premier axiome de l'ésotérisme;
- l'harmonie est dans l'équilibre et l'équilibre résulte en occultisme de l'analogie des
contraires;
- l'unité, est la raison suprême;
- pour créer l'équilibre, il faut d'abord analyser puis faire la synthèse.
Ces lois peuvent paraître abstraites. Nous avons cependant entrevu leur sens profond et nous verrons
bientôt ce qu'elles sous-entendent lorsqu'elles sont mises en pratique.
48
LA KABBALE, LE TAROT, L'ALCHIMIE ET L'ASTROLOGIE
La Kabbale et le Tarot
Le Tarot divinatoire ou initiatique ne présente que de lointains rapports avec le jeu du tarot commun,
un jeu de cartes bien agréable, d'ailleurs! Ce tarot "vulgaire" est exotérique, alors que le Tarot
divinatoire est ésotérique. Tout est dans tout. La Kabbale est dans le Tarot, comme le Tarot est dans
la Kabbale. Précisons une chose: le Tarot est un aide-mémoire figuré des principaux enseignements
de la Kabbale. Les Arcanes du Tarot sont, pour ainsi dire, une Kabbale "de poche". D'abord, il y a
vingt-deux lames de Tarot initiatique, ou Arcanes majeurs, comme il existe vingt-deux lettres de
l'alphabet hébraïque. Ce n'est pas un hasard, surtout si l'on admet cette vérité de l'occultisme qui
veut que le Tarot, comme les lettres de l'alphabet hébraïque, soit représentatif du monde, de
l'homme et du cosmos. Si l'on admet aussi que le Tarot est comme un ordinateur céleste qui contient
d'infinis secrets. Mais tout ce que nous venons de dire peut, après tout, résulter du hasard. (Un hasard
bien extraordinaire, à vrai dire!) L'examen de quelques Arcanes de Tarot nous convaincra que
l'on ne peut s'en tenir à l'hypothèse du hasard comme voudraient le faire croire les sceptiques.
L'Arcane I du Tarot représente un Bateleur qui, avec un] bras, montre le ciel et avec l'autre la terre.
Excellente illustration de la parole fondamentale d'Hermès Trismégiste qui dit que "Tout ce qui est
en haut est comme ce qui est en bas." Et il y a encore plus significatif de notre point de vue: le torse
penché du Bateleur trace un Aleph avec les bras du personnage. Aleph, rappelons-le, est la première
lettre de l'alphabet hébraïque.
Mais ce n'est pas tout. Il existe encore d'autres "hasards". Le roi qui, dans l'Arcane XVI appelé la
Maison Dieu, est précipité du haut de la tour brisée (image de la Tour de Babel) a tout à fait la
forme de l'Ain hébraïque (voir cette lettre au chapitre précédent). Dans l'arcane VIII qui s'intitule la
Justice où un personnage féminin tient une balance, comme cela va de soi, on est irrésistiblement
poussé à assimiler la forme de la balance à celle du Hé hébraïque. Dans la lame de l'Ermite, neuvième
Arcane où un ermite avance le bras droit portant une lanterne à hauteur de sa tête, on voit un
Thet.
Le lecteur, ou celui qui découvre le Tarot, est sollicité par ces ressemblances et il doit, s'il veut poursuivre
son étude de la Kabbale, les approfondir. Il lui suffit de se reporter,, ainsi que nous l'avons
dit, à l'évocation correspondante de la lettre au chapitre précédent. Poursuivons donc notre bref survol.
La gueule ouverte du lion qui dompte la force (Arcane XI la Force) dessine un Caph, retourné.
Quant aux jambes du Pendu, Arcane XII, elles reproduisent le mouvement du Lamed. En se courbant
sur sa faux, la Mort (Arcane XIII) retrace nettement la silhouette du Mem. Les bras de la Tempérance,
quatorzième Arcane, visent bien nettement à esquisser un Nun.
L'arcane XVII, les Étoiles, le plus beau, celui auquel le poète contemporain André Breton a consacré
un ouvrage entier, représente une jeune fille sous les étoiles en train de transvaser de l'eau dans
une rivière dans deux cruches. Cette jeune fille dessine un Phé. La Lune, Arcane XVIII, trouve son
schéma dans le Tsadé.
Certaines ressemblances ne sont pas tout à fait frappantes. La raison en est que l'alphabet hébraïque
dans son dessin a évolué au cours des âges. Le Tarot divinatoire se rattache aux formes calligraphiques
de l'hébreu ayant pour hase le carré. Nous donnons ci-après les correspondances dont l'étudiant
aura grand besoin au cours de ses travaux comme au cours de son apprentissage.
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Cela se lit comme suit: nombre, lettre, idéogramme, correspondance en français.
1. Aleph, boeuf, A;
2. Beth, maison, B;
3. Guimel, chameau, G;
4. Daleth, porte, D;
5. Hé, fenêtre, E;
6. Vau, crochet, V;
7. Zaïn, arme, Z;
8. Heth, haie, H;
9. Thet, boue, Th;
10. Yod, main, J;
11. Caph, paume, K;
12. Lamed, aiguillon, L;
13. Mem, eau, M;
14. Nun, poisson, N;
15. Samek, poteau, S;
16. Ayn, oeil, O;
17. Phé, bouche, P;
18. Tsadé, javeline, Ts;
19. Kof, singe, Q;
20. Resch, tête, R;
21. Schin, dent, Sch;
22. Tav, croix, T.
Ces correspondances sont très utiles. D'abord parce qu'elles permettent de trouver des équivalences
entre l'alphabet hébraïque et l'alphabet français. Cela est indispensable pour la numérologie. Pour
connaître la valeur numérique d'une lettre en français, il suffit de se reporter à ce tableau. Exemples:
A=l, V=6; etc. La numérologie a ses règles et ses techniques qu'il n'est pas question de développer
ici, ce n'est pas le lieu. Mais il nous faut signaler tout de même qu'elle résulte de la Kabbale, qu'elle
en est une application pratique connexe. Connaître la valeur numérique d'un nom, c'est tout
connaître de ce nom: son essence, sa destinée, etc.
Il existe cependant un problème en ce qui est de l'application de la numérologie: les prénoms sont
donnés aux nouveau-nés au hasard; ce qui n'était pas le cas dans les civilisations traditionnelles où
l'on choisissait le prénom en fonction d'une lignée ancestrale et des circonstances astrologiques. Il
faut ajouter que la numérologie sérieuse, la numérologie initiatique tient compte de cette marge
d'erreur et la corrige par des méthodes appropriées.
Ces correspondances entre Tarot et Kabbale présentent d'autres avantages lorsqu'elles sont révélées.
Il est facile de se procurer un jeu de Tarot initiatique ou divinatoire (on en trouve dans toutes les librairies
spécialisées). La méditation sur les Arcanes, qui sont par ailleurs de toute beauté, introduit à
la connaissance des lettres, et l'on sait que c'est par elles que l'Architecte de tous les mondes créa
l'univers et tout ce qui l'habite.
Par ailleurs, les emblèmes qui correspondent aux lettres (boeuf, javeline, etc.) doivent être pensés
par l'étudiant: ils donnent le sens des forces qui sont condensées en ces lettres. L'eau implique
quelque chose de fluide; la tête, quelque chose de maîtrisé, etc. D'abord, on s'arrêtera à des sensations,
on ne cherchera pas plus loin. Nous n'en disons pas plus, car c'est à l'opérateur de sentir luimême.
Personne ne pourra faire le chemin à sa place. On dira qu'il risque de se tromper. Certes!
Mais il vaut mieux se tromper et ensuite se corriger que piétiner en répétant une leçon apprise par
coeur, mais sans coeur.
50
La Kabbale et l'alchimie
Nous ne restons encore qu'au niveau des lettres hébraïques, nous ne reconstituons nulle phrase, ni
même nul mot, parce qu'il nous faut d'abord, et à tout prix, comprendre la profondeur de ces lettres.
Cette profondeur a de multiples dimensions. Voyons maintenant sa dimension alchimique. Dans ce
qui suit, nous prenons successivement les nombres, mais le lecteur sait qu'ils correspondent à des
lettres. Il lui suffit de trouver par lui-même l'équivalence, c'est un excellent exercice.
1. C'est l'étincelle initiale, le Fiat Lux de la Bible, des initiations.
2. Il s'agit de la matière première qu'il faut d'abord trouver si l'on veut entreprendre le
Grand OEuvre. Cette mystérieuse matière se trouve partout, disent les adeptes, mais seuls les
élus parviennent à la discerner.
3. La matière est une, mais en elle se distinguent le sel, le soufre et le mercure. Le sel symbolise
l'état statique de la matière.
4. Le soufre est le principe du feu formateur. Il brûle au centre des êtres et il assure leur fixité.
Son rayonne-j ment se traduit en chaleur vitale. |
5. Le mercure, fluide universel, pénètre toute chose et subit l'attraction coagulante du
soufre. Il est le grand animateur.
6. Deux voies conduisent au Grand OEuvre: la voie sèche et la voie humide. La première est
rationnelle (solaire) la seconde est affective (lunaire). Ces deux | voies doivent êtres
conjointes. ,
7. Il faut que la double nature de l'homme (matérielle et spirituelle) concourt, sans se heurter,
à faire avancer l'individu.
8. L'art - entendez l'alchimie - se met au service de la nature dont l'adepte doit déchiffrer
patiemment les lois qui restent cachées au profane.
9. Le sage, l'initié, se transforme en même temps qu'il transforme la matière. Les francs-maçons
disent que "dégrossir la pierre brute" revient à cela.
10. L'intuition fondamentale de l'initié est d'agir, sur lui-même ou sur le monde, au bon moment.
11. La force est au service de qui ne l'a pas utilisée à tort et à travers. De celui qui a su la
condenser pour le bon usage et qui a refusé de la gaspiller. Cette lettre fait aussi allusion à
l'alchimie sexuelle et à la "rétention du sperme" pour le sublimer et le transformer en lumière.
12. Le Grand OEuvre exige un absolu désintéressement.
13. La mort n'est pas ce que l'on croit généralement; elle est une source de renouvellement.
L'OEuvre au noir est la première étape. Au cours de l'OEuvre au noir, l'initié meurt au monde,
il se décompose. Cela signifie qu'il quitte ses vieilles habitudes et qu'il dégage son esprit de
la gangue dans laquelle il était enveloppé.
14. Il faut être tempérant en tout et ne pas crier victoire aussitôt une étape franchie.
15. Le grand agent magique, c'est le Diable. Cet Arcane XV, le Diable, mérite quelques explications.
Nous avons dit que c'était le grand agent magique de l'occultisme. Est-il donc le
Diable? Ceux qui disent qu'une odeur de soufre plane autour de l'ésotérisme auraient-ils
donc raison? Les sciences hermétiques seraient-elles maudites? La réponse est complexe.
Non, les sciences occultes ne sont pas maudites, elles ne sont pas soumises à Satan, mais au
contraire source de découverte du message secret divin. Ces mêmes sciences occultes
peuvent cependant donner prise au mal, au satanisme, quand celui qui les met en action
n'en connaît pas les règles. Lorsqu'il n'est pas initié. Le plus grand danger de l'ésotérisme,
lorsqu'il tombe entre des mains profanes, est d'ouvrir la voie au démon, aux forces négatives,
aux forces inversées. Car l'occultisme, c'est en définitive la maîtrise d'une force primordiale
qui n'est ni bonne, ni mauvaise et qui dépend de l'usage que l'on enfuit. Un
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exemple du monde profane nous montrera à peu près ce dont il s'agit: l'énergie atomique
n'est ni bonne ni mauvaise en soi, c'est une énergie comme les autres. Elle est bénéfique
quand on l'utilise à des moyens pacifiques, elle devient maléfique lorsque son usage vise des
fins militaires... Poursuivons, cependant.
16. "Il faut veiller au bon régime de Fathanor." Cela veut dire que la présomption précipite
le présomptueux vers les gouffres.
17. Le sage, l'initié, trouve certes en lui-même ses propres forces, mais il a besoin que la
grâce vienne sanctifier son oeuvre.
18. C'est l'étape de l'OEuvre au blanc qui se place sous le signe de la Lune. A cette étape, la
vérité se révèle, elle reste toutefois mêlée d'illusions.
19. C'est le Soleil qui réchauffe tout et dont le rayonnement fait tout vivre mais qui, exagéré,
peut conduire au feu de l'enfer.
20. La réussite de l'OEuvre.
21. La multiplication, c'est-à-dire la possibilité de recommencer ce que l'on vient d'obtenir.
Il ne suffit pas de réussir une fois, ce peut être par hasard, il faut être capable de refaire les
mêmes opérations.
22. Le Rien-Tout est le grand mystère. Un mystère que l'En-Sof lui-même ne laisse qu'entrevoir.
L'alchimiste découvre au cours de ses opérations le même cheminement que celui du kabbaliste.
Ce que ce dernier réussit par le seul recours des lettres hébraïques, le premier l'obtient
par les métaux. Il existe une stricte équivalence entre les opérations de l'alchimie et la méditation
combinatoire sur les lettres de l'alphabet sacré. Sur un mode moins intense, mais extrêmement
intéressant, on retrouve cette démarche schématisée, simplifiée, dans l'initiation
des francs-maçons. L'accession au grade d'apprenti correspond à l'OEuvre au noir, le grade
de compagnon à l'OEuvre au blanc, le grade de maître à l'OEuvre au rouge symbolisée par
l'Arcane XX.
La Kabbale et l'astrologie
Puisque la Kabbale est livre du monde, il est impossible de ne pas reporter une partie de son symbolisme
à l'astrologie. Le fait de passer par le Tarot facilite la tâche, rend les idées évoquées plus explicites.
L'Arcane XVIII du Tarot est de ce point de vue particulièrement remarquable. Il représente une
écrevisse qui correspond au signe astrologique du Cancer. Or, ce signe a la Lune pour domicile.
(Les numéros des Arcanes renvoient aux lettres de l'alphabet hébraïque qui sont, rappelons-le, les
puissances effectives de la Kabbale). Dans ce même Arcane, on voit deux chiens. Sont-ils les
constellations du petit et du grand chien? Constellations voisines qui marquent la canicule. Ces animaux
semblent, par leurs aboiements, vouloir obliger la Lune à se maintenir dans l'écliptique dont
les limites sont marquées par deux tours dressées aux points solsticiaux.
L'Arcane XVIIII22, le Soleil, met en scène deux personnages qui s'enlacent. Ce sont incontestablement
les Gémeaux. Ces deux enfants sont protégés par un mur de briques. Or chez les Sumériens le
13e signe du zodiaque est appelé le mois des briques. Il y a toutefois un problème: l'astrologie traditionnelle
place le domicile du Soleil dans le Lion et non dans les Gémeaux. Quelle en est la signification?
Que le Tarot tient compte du fait que les Gémeaux aboutissent aux jours les plus longs, au
triomphe de la lumière.
Continuons d'examiner les lames et de choisir les cartes en fonction de notre humeur au gré du hasard.
L'Arcane XI nous montre le Lion dompté par la Vierge des Poissons. Cela met un terme aux
22 Pour bien souligner le cheminement positif de celui qui s'initie, les Arcanes du Tarot sont numérotés en chiffres romains, mais toujours
additionnés. Ainsi pour le neuvième Arcane, la lame porte un VIIII (5 + 4) et non IX (1 ôté de 10). Les Arcanes VIIII, IX, XIIII et XVIIII
présentent ainsi même dans leur numérotation l'idée de progression.
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chaleurs de la saison. L'Arcane X, la Roue de Fortune, évoque l'image du Capricorne. Quant au
Scorpion, il est figuré dans l'Arcane XVI. Le Bélier se rattache à l'Arcane V, et le Sépher Yetsirah
accorde au Bélier la cinquième lettre de l'alphabet.
La Kabbale et les quatre éléments
L'alchimie aussi bien que l'astrologie se fondent sur la conception ésotérique des quatre éléments.
Dans la Kabbale, quatre lettres symbolisent les quatre éléments:
Yod: (le pouvoir générateur) le Feu;
Hé: (la réceptivité) l'Eau;
Vau: (l'action) l'Air;
Hé: (la condensation) la Terre.
La tradition partage le ciel en quatre régions, chacune consacrée à un élément:
- à la Terre appartiennent les signes zodiacaux du printemps (Bélier, Taureau, Gémeaux);
- au Feu, ceux de l'été (Cancer, Lion, Vierge);
- à l'Air, ceux de l'automne (Balance, Scorpion, Sagittaire);
- à l'Eau, ceux de l'hiver (Verseau, Poissons, Capricorne).
Que tout soit dans tout, cette règle se vérifie une fois de plus. L'univers étant formé des quatre éléments
de base, les différentes disciplines de l'ésotérisme (alchimie, astrologie, etc.) se fondent sur la
connaissance de ces quatre éléments dont les Anciens se préoccupaient. La Kabbale ne peut évidemment
échapper à cela et les éléments correspondent dans le système kabbalistique à quatre
lettres particulières comme nous venons de le voir.
LE MESSAGE D'ABRAHAM ABULAFIA
L'Épître des sept voies
Abraham Abulafia, un kabbaliste que nous avons cité à plusieurs reprises, a laissé un écrit intitulé
l'Épître des sept voies. Le titre est parlant: il y a sept voies d'accès à l'initiation kabbalistique. Sept
voies selon le degré d'avancement spirituel de l'individu qui doit s'y engager.
La première consiste en une lecture des textes sacrés (la Bible essentiellement) et en son commentaire.
C'est une voie encore exotérique, mais elle est indispensable au commencement. Car, dit Abulafia,
tous avant d'avoir été initiés ont fait partie de la foule. Ce n'est que plus tard, sous l'influence
des circonstances (le don personnel et le fait d'avoir été choisi par un maître) que certains se mettent
à étudier tandis que les autres restent sans connaissance de l'alphabet hébraïque. Aux ignorants, aux
"illettrés en initiation", il faut que les élus transmettent un savoir minimum de manière à ne pas les
laisser totalement dans l'obscurité.
La seconde voie consiste en une compréhension de ce qu'on lit en s'appuyant sur de multiples commentaires.
La troisième en une intelligence des textes traditionnels (livres sacrés, mythes, etc.) en
les comprenant allégoriquement. Ainsi Hercule est l'allégorie de la force, Salomon celui de la sagesse,
etc.
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La quatrième voie marque un progrès: elle consiste à questionner les paraboles: pourquoi Hercule
nettoie-t-il les écuries d'Augias? Pourquoi le roi Salomon s'éprend-il de la reine de Saba?
Mais toutes ces voies que nous venons de citer sont ouvertes aux érudits de toutes les nations. C'est
même à cela que l'on passe son temps dans les universités. Seule la cinquième voie commence à
être proprement kabbalistique. C'est dans cette cinquième voie que l'on découvre, par exemple, ce
que la Bible hébraïque a voulu enseigner par le fait que sa première lettre est un Beth. (Béréchit =
Au commencement). On apprend ici pourquoi vingt-deux lettres apparaissent en tout et pour tout.
Pourquoi le Hé de "Ve hara" (Sa colère brûla) doit se présenter sous forme Ω ; pourquoi les deux
Nun qui encadrent les versets 35 et 36 du chapitre X du Livre des Nombres se présente d'une manière
donnée. Une infinité de choses, dit Abulafia, nous ont été transmises par la tradition: les pleins
et les déliés, les lettres recourbées, les lettres pleines, etc. Rien n'a été laissé au hasard. L'étudiant en
Kabbale commence à s'éveiller.
La guématria et le notarikon
La sixième voie va encore plus loin. Elle ne convient qu'à ceux qui se sont mis en quête du nom de
Dieu et qui sont capables de capter le grand agent magique. Cette méthode mène au secret des
soixante-dix langues par la méthode de la guématria et de la combinaison des lettres à leur "matière
première" (voir ce que nous avons dit au chapitre précédent) par une évocation et une méditation
sur les dix Séphirot. Le kabbaliste doit à la fin s'envoler sur l'arbre des Séphirot comme un chaman
d'Asie sur son arbre cosmique .
La guématria (du grec geometrià) consiste en une exégèse, un commentaire du texte saint basé sur
la valeur numérique des lettres de l'alphabet. Chaque mot a de la sorte une valeur numérique par
laquelle il renvoie à un autre mot de même valeur. La guématria met aussi en oeuvre des systèmes
d'équivalence qui permettent, comme nous le verrons plus loin, de substituer une lettre à une autre.
Et à propos des dix Séphirot, Abulafia explique que toute chose vient par dizaine: Moïse, dit la tradition,
est monté dix fois sur le Sinaï; le monde a été créé en dix paroles mystiques; les Commandements
sont au nombre de dix, etc.
Outre la guématria, la sixième voie a recours à plusieurs techniques: le notarikon, les permutations,
les substitutions de lettres, etc. Le texte sacré peut ainsi devenir véritablement un miroir. Le notarikon
consiste à interpréter les mots comme des sigles où chaque lettre du mot est l'initiale d'un autre
mot (Exemple: Adam donne Abraham, David, Abou, Melchisédek). On peut encore décomposer les
mots en deux ou divers éléments ayant eux-mêmes une signification particulière. Ces opérations
dont parle Abulafia peuvent être théoriquement répétées jusqu'à l'infini, mais il faut s'arrêter à une
dizaine de fois, à cause de la faiblesse de l'esprit humain.
Quant à la septième voie, enfin, elle est unique en son genre; elle est le lieu du sacré par essence;
c'est en elle que prend naissance le grand agent magique. Atteindre cette voie mène à la prophétie.
Cette voie donne le moyen d'approcher le nom secret de Dieu et de s'en imprégner. Ce secret est incommunicable.
Il ne peut qu'être transmis oralement et rituellement.
La conjonction du Soleil et de la Lune
Abulafia part alors d'une remarque astucieuse. Il n'est pas indifférent, dit-il, ce n'est pas par hasard,
que la Bible dit que Moïse reçut la Loi du Sinaï et non au Sinaï. La raison? Le sens secret du mot
Sinaï est de 130 (Sinaï =Amekh+Yod+Nun+Yod). Or cette valeur est la même que celle des deux
noms sacrés Adonaï Adonaï (Adonaï = Alef = Daleth = Nun = Yod = 65). De même, elle est égale à
celle des cinq tétragrammes, chacun d'eux ayant pour valeur vingt-six. De plus, ces cinq tétragrammes
diversement prononcés renvoient aux dix Séphirot. Les spéculations sont véritablement
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vertigineuses et l'on comprend qu'elles puissent faire perdre la raison à qui s'y adonne sans frein ni
préparation.
Mais poursuivons. Sans quitter le texte, ni le mot, en continuant toujours sur la même voie, Abulafia
fait remarquer que le nom Adonaï (un des noms divins) scelle la conjonction de la Lune et du Soleil.
En effet, 19, nombre des années du cycle lunaire, que multiplie 28, nombre des années du cycle solaire,
donne 532. Or 532 + 532 font Adonaï. En effet, 7 fois tous les 19 ans un mois supplémentaire
est ajouté à l'année hébraïque qui est lunaire. Ceci de façon à combler le retard sur le cycle solaire.
D'autre part, c'est une fois toutes les 28 fois que le Soleil se trouve dans des positions identiques à
celles qu'il occupait lors de la création du monde. Et 532 + 532 = 1064. D'après les règles de la numérologie
de tous les peuples, 1064 = 1+64 = 65. Nous obtenons notre résultat.
Hermès Trismégiste disait de la pierre philosophale que le Soleil était son père et la Lune sa mère;
Abulafia dit exactement la même chose mais sous une forme numérologique. Cette concordance
mérite d'être soulignée, elle est assez extraordinaire. Et Abulafia poursuit en disant: le prophète n'at-
il pas dit "Non, leur oeil est trop faible pour voir, et leur coeur trop fermé pour entendre", où on
trouve 47 pour valeur numérique. Et, c'est toujours Abulafia qui parle: le mystère du monde est
scellé dans ces mots "Et Dieu considéra que cela était bien", où on retrouve la même valeur de 47!"
Diviser le nom sacré pour le rendre opératoire
Et même si la Lune reçoit la lumière du Soleil, continue notre auteur, et si les deux astres sont liés,
ils restent tout de même distincts; deux couronnes différentes viennent ceindre leur front. Le Soleil
n'est pas une espèce, il n'est pas non plus l'un des individus qui constituent l'espèce. Il en va pareillement
pour la Lune. L'un et l'autre sont individualisés, ce qui n'est pas le cas des étoiles, qu'elles
soient fixes ou errantes. Le cycle solaire débute sous le signe du Bélier tandis que celui de la Lune
commence sous le signe de la Balance. Aussi, le nom sacré pour devenir opératoire doit être divisé
en deux. D'ailleurs, et cela est une démonstration, le carré de la valeur numérologique de la première
moitié du tétragramme est égal à 225 (Yod + Hé = 15). Or 15 X 15 = 225 et la seconde moitié
du tétragramme est égale à 121 (Vau + Hé = 11). Or 11 X 11 = 121. Or, la valeur de la constellation
de la Balance est de 225 tandis que la valeur de la constellation du Bélier est de 121!
Cette donnée prouve que la Lune et le Soleil effectuent leurs révolutions de façon régulière en fonction
du nom divin. Les constellations représentent les parties du monde, les noms les parties de
l'âme, et les jours et les nuits les parties de l'année.
Abulafia donne d'autres exemples de sa méthode. Anokhi (Je, qui est le mot par lequel commence le
Décalogue dans la Bible. "Je suis l'Éternel", etc.), par la méthode du notarikon signifie "J'ai moimême
écrit et donné" (les Tables de la Loi). On peut aussi renverser les lettres de Anokhi et obtenir
de la sorte les initiales de l'expression yehiva ketiva néémanin amaréa qui signifie "ce qu'il a donné
et écrit sont paroles dignes de foi."
Le mot karmel (gruau) est une abréviation de kar mâle (épi plein), etc.
Jouir de la lumière
Abulafia explique que le travail de la pensée combinatoire de la Kabbale est une mise en mouvement
des lettres autour des parcelles de vérité qui se trouvent en puissance dans l'âme effectuant des
calculs et établissant des analogies. Ce travail permet à cette âme de jouir, c'est le mot qu'il emploie,
de ce qu'elle parvient à comprendre des Sephiroth, ces condensateurs d'énergie cosmique. Les Sephiroth
font vivre les âmes et les nourrissent jusqu'à ce qu'elles jouissent de la lumière. Elles leur
permettent de se rendre maître du grand agent magique.
55
Ici Abulafia se livre à des raisonnements très utiles que nous résumons. Les lettres de l'alphabet hébraïque,
dit-il, sont classées en individus, espèces et genres. Les individus sont composés de matière
et de forme au moment où ils sont écrits. Leur endroit est le support sur lequel ils sont gravés (le
parchemin), leur matière est l'encre, la forme des lettres est leur configuration. Il en est de l'encre
comme de la liqueur séminale porteuse de formes humaines, matière de tout homme. Le sang de
l'homme, d'autre part, est synonyme de l'âme. Le sang dont il est question ici est d'abord féminin, il
est de couleur rouge et constitue pour moitié la matière de l'homme. Un autre sang de couleur
blanche constitue l'autre moitié. Ces deux sangs sont appelés déménidol (démé = sang; nidot —
menstrues. Abulafia rapproche les menstrues des femmes de l'émission de sperme.
Lorsque ces deux sangs se réunissent, dit Abulafia, leur conjonction s'effectue sous le signe du nom
divin El Shadaï. Or les équivalents de El Shadaï selon des méthodes qui nous sont connues maintenant
sont: Molad qui signifie aussi bien naissance que conjonction Lune-Soleil; Adam Mémald
(l'homme qui parle); Ha Hefqed qui signifie la chute; Métatron qui est l'ange de la prophétie; Sar
qui signifie prince; Mosche = Moïse et enfin, la boucle est ici bouclée, le Haschem qui signifie le
Nom.
LES RITUELS MAGIQUES TIRES DE LA KABBALE
Le mage forme un cercle protecteur autour de lui
La Kabbale est la connaissance des faiblesses et de la force de l'humanité. Elle sait que l'homme a
chuté, mais elle lui montre aussi comment il peut se redresser et prendre son envol. On le comprendra
en considérant le mot Nahash qui veut dire serpent. Le serpent, c'est la cupidité, c'est la raison
de la chute et de notre éloigne-ment de l'état primordial et édénique. Le vulgaire s'en tiendra là et
l'explication exotérique de la Bible ne va pas plus loin elle non plus. Pourtant une lecture kabbalistique
du mot Nahash ouvre des perspectives inattendues. Nahash est composé de trois lettres: Nun,
Hé, Shin. Or d'un point de vue alchimique, et nous savons que la Kabbale peut se lire alchimiquement,
Nun symbolise la force qui produit les mélanges, Hé est le récipient ou le producteur passif
des formes et Shin, le feu central et équilibrant. Nahash, le serpent, lu kabbalistiquement, signifie
donc le grand agent magique, l'âme du monde, l'Od, l'or des alchimistes. Du plus profond de l'obscurité,
lorsque l'on met la Kabbale en application, peut jaillir la lumière. La Kabbale permet de
mettre au point une magie qui se développe selon l'usage que nous venons de définir. Il s'agira toujours
d'invoquer un esprit, ou une force élémentaire de la Terre ou d'ailleurs. Le mage doit se placer
au centre d'un cercle dont il ne sortira à aucun moment sous peine de perdre la concentration cosmique
qu'il aura réussie par son rituel. Le plus souvent, à l'intérieur de ce cercle, le mage trace un
triangle, le fameux triangle primordial de rabbi Siméon bar Yochaï. Si l'esprit vient du Ciel, le magicien
doit se tenir à son sommet, s'il vient de la Terre, le mage se tiendra à sa base. Il faudra aussi
faire des fumigations et porter sur le front le sceau de Salomon.
Il faut réciter ensuite des prières: il y en a une pour chaque esprit que l'on veut invoquer: sur le sel,
sur la cendre, en mêlant l'eau, le sel et la cendre, etc. On convoquera ainsi les ondines, les sylphes,
les gnomes, etc. Mais l'initié véritable ne les convoquera que pour les maîtriser, il ne cherchera pas
à faire des prodiges pour se faire plaisir. Il se servira de ces esprits pour voyager lui-même dans les
sphères supérieures et se rapprocher de la transcendance.
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Seuls les initiés de haut grade, ou ceux qui ont acquis une habitude certaine des invocations pourront
ici utiliser le pentagramme flamboyant (les francs-maçons lui donnent le nom d'étoile flamboyante).
C'est une étoile à cinq branches avec diverses figures que l'étudiant en Kabbale devra luimême
trouver. Le pentagramme aide le mage à se dégager absolument des forces terrestres pour
connaître le monde d'en-haut. Et au cours de ce voyage, les initiés suprêmes, quelques rosé-croix,
par exemple, sont capables de chevaucher Satan, c'est-à-dire de convoquer le démon, de le rendre
inoffensif et de l'obliger à servir le bien. Pour le dire en termes de physique profane: d'inverser son
signe et d'utiliser l'énergie dont il est plein. Chez les alchimistes, cette opération se manifeste par
une forte puanteur. Mais une fois encore, de tels mages sont extrêmement rares. La tradition les appelle
les supérieurs inconnus. Ils sont peut-être eux-mêmes des esprits qui se sont incarnés le temps
d'accomplir une mission sur terre.
Les Clavicules de Salomon
Les rituels connus sous le nom de Clavicules de Salomon sont très nombreux. Plusieurs d'entre eux
sont restés manuscrits, ce sont incontestablement les plus intéressants. Certains imprimés sont des
mystifications, ce qui est le cas de plusieurs éditions du célèbre Petit Albert. Ces Clavicules, qui
sont des applications pratiques de la Kabbale, divisent les oeuvres magiques en sept catégories.
1. Les oeuvres de lumière et de richesse sous le signe du Soleil.
2. Les oeuvres de divination et de mystères sous le signe de la Lune.
3. Les oeuvres d'habileté, de science et de savoir-dire sous les auspices de Mercure.
4. Les oeuvres de colère et de châtiment sous l'évocation de Mercure.
5. Les oeuvres d'amour qui sont favorisées par Vénus.
6. Les oeuvres d'ambition et de politique sous le signe de Jupiter.
7. Les oeuvres de malédiction et même de mort enfin sous les auspices de Saturne.
En parallèle, notons le symbolisme traditionnel et ses correspondances:
- le Soleil représente le verbe;
- la Lune est liée à la religion;
- Mercure symbolise l'initiation aux mystères;
- Mars représente la justice;
- Vénus est l'image de l'amour;
- Jupiter est associé au principe de l'En-Sof;
- Saturne est lié à l'enfer.
Il existe également des correspondances symboliques avec le corps humain:
- le Soleil est analogue au coeur;
- la Lune au cerveau;
- Jupiter à la main droite;
- Saturne à la main gauche;
- Mars au pied gauche;
- Vénus au pied droit;
- Mercure au sexe.
Et encore: le Soleil domine le front. Jupiter l'oeil droit, Saturne le gauche, la Lune les deux yeux,
Mercure la bouche et le menton. Cela a son importance tant pour la médecine traditionnelle que
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dans la magie et les actions de guérison. Les mages et les initiés qui veulent agir sur telle ou telle
partie du corps ou de l'âme doivent convoquer les esprits qui leur correspondent. Notons encore que
Paracelse donnait ses ordonnances médicales en fonction d'une grande connaissance des équivalences
entre esprits et métaux. Le mercure par exemple, aux doses qui conviennent, corrige les déficiences
sexuelles.
La médecine traditionnelle est fondée, nous l'avons déjà suggéré un peu plus haut, sur la science du
respir. Il faut bien comprendre que suivant que le souffle est froid ou chaud, il est attractif ou répulsif.
Les animaux "électriques" craignent le souffle froid. Les anciens Assyriens étaient capables en
regardant un lion et en lui soufflant à la face de le forcer à reculer. L'insufflation chaude et prolongée
rétablit la circulation du sang, guérit les douleurs rhumatismales ou goutteuses, rétablit
l'équilibre des humeurs. L'insufflation froide apaise les douleurs dues à des congestions ou à des accumulations
de fluide. Les passes magnétiques, quoique d'une autre nature, agissent comme le
souffle: elles équivalent, selon la loi des analogies, à un souffle intérieur. La médecine occulte est
essentiellement sympathique: il faut que le fluide passe entre le guérisseur et son patient.
Géomancie et cartomancie
Une fois que l'on s'est rendu maître du grand agent magique, tout devient possible. Les applications
dérivées de la science kabbalistique sont nombreuses. Le principe est toujours le même: la lumière
astrale est le grand livre de la divination. La divination n'est possible que dans l'extase (celle du
nom divin), mais comme celle-ci n'est pas accessible à tout le monde il reste possible de se magnétiser
soi-même, de se mettre en condition, à l'aide d'instruments de divination comme les miroirs magiques
ou l'eau dans une coupe de cristal, procédé favori de Cagliostro. La géomancie et la cartomancie
sont d'autres moyens encore pour atteindre la faculté de divination. Elles sont fondées sur la
combinaison des symboles qui équivalent aux nombres de la Kabbale. Ces combinaisons captent
des images du futur, dupasse ou d'un autre monde. Cela s'explique selon le principe kabbalistique
que tout est dans tout; l'ici comme Tailleurs, le demain dans l'aujourd'hui; il faut savoir les discerner.
E. Lévi écrit "Plus l'interprète est excité, plus le désir de voir est grand, plus la confiance dans
l'intuition est complète et plus aussi la vision est claire." Il précise ajuste titre que jeter au hasard les
points de géomancie - elle peut s'effectuer à l'aide de simples lentilles qui représentent les points allant
dessiner des figures - ou tirer les cartes à la légère, le Tarot par exemple, c'est jouer comme les
enfants qui tirent à la plus belle lettre. Les sorts ne sont des oracles que lorsqu'ils sont magnétisés
par l'intelligence et dirigés par la foi.
Les sept carrés magiques de Paracelse
Nous terminerons cet ouvrage en donnant deux découvertes, l'une de Paracelse et l'autre de
Gaffarel. Ces deux découvertes seront très utiles à l'apprenti kabbaliste. Paracelse a mis au point
sept carrés magiques des génies planétaires. Chaque génie a un nombre caractéristique et pour se
placer sous sa protection il faut utiliser sa figure numérique. Remarquez qu'en additionnant chacune
des colonnes de ces carrés, on obtient le nombre caractéristique de la planète, nombre, il faut le
préciser, confirmé par les kabbalistes.
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Gaffarel, un kabbaliste qui fut le bibliothécaire de Richelieu, a prouvé que les chérubins qui gardaient
l'Arche d'Alliance des Hébreux étaient des sphinx au nombre de quatre et qu'ils servaient à la
divination. Ces figures interrogées comme il convient, c'est-à-dire selon les règles du rituel secret
du grand prêtre de Jérusalem, révélaient l'avenir le plus lointain du monde. C'est à leur parole que se
nourrirent les prophètes, dont le dernier en date fut saint Jean avec son fameux nombre 666 dont le
sens ultime ne sera révélé qu'à la fin des temps et ne peut qu'échapper aux hommes du présent.
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QUATRIEME PARTIE DOCUMENTS
Quelques textes choisis fixeront définitivement les idées sur la philosophie de la Kabbale et ses
conceptions ésotériques. Il faudra s'en imprégner pour commencer à pratiquer la Kabbale sous
toutes ses formes (spirituelle, magique, etc.)
LE ZOHAR (LE LIVRE DE LA SPLENDEUR)
Le Zohar est une parole qui remonte à la plus haute antiquité; il véhicule la pensée de l'homme traditionnel.
C'est dire qu'il ne peut être rigoureusement daté. Il réapparut pourtant, sous une nouvelle
forme adaptée à l'époque, une forme écrite, dans l'Espagne médiévale, et ce fut le kabbaliste, il faudrait
dire le kabbaliste missionné, Moïse de Léon qui le révéla au public des lettrés. Depuis cette
dernière apparition, il brille au ciel comme sur la terre et il accompagne les initiés et les autres dans
leur quête. Il est évidemment impossible pour un individu normalement constitué de comprendre,
d'appréhender tout le Zohar. Les extraits que nous choisissons cependant ouvrent une voie et des
pistes.
L'En-Sof et les Séphirot
"Au commencement, rien n'avait de forme, ni d'apparence, et le Divin Architecte n'échappait pas à
cette règle. Cela explique qu'il soit interdit à qui, au cours de son ascension, le perçoit tel qu'il fut
avant la création, de l'imaginer de quelque manière que ce soit, ni par son Nom, ni par les lettres Hé
ou VAV qui sont les symboles de Sa manifestation, ni par un autre moyen. Vous n'avez vu de figure
d'aucune sorte' signifie: vous n'avez rien vu qui se puisse imaginer en forme ou en ressemblance,
rien que vous puissiez enfermer dans une représentation terrestre et donc limitée.
"Quand il eut créé la forme de l'Homme céleste, cela fut pour lui comme un char sur lequel il descendait
pour être connu sous la forme du nom YHVH (le tétragramme sacré). Mais comme il ne
cherchait qu'à se faire connaître par ses attributs, il se fit nommer El, Elohim, Shaddaï, etc. Chacun
de ces noms est parmi les hommes un symbole de tel ou tel de ses attributs divins. Ils rendent manifeste
que le monde est soutenu par sa clémence et sa rigueur, par leur équilibre, et chacune d'elles
est liée aux actions des hommes, les bonnes comme les mauvaises car le ciel et la terre sont liés.
"Malheur à l'homme qui oserait identifier absolument le seigneur à l'un de ses attributs ou à l'un de
ses noms et d'autant plus à une forme humaine dont les produits sont éphémères, bientôt enfuis,
évanouis. L'homme ne peut envisager qu'une seule conception du Saint-Béni soit-il, celle de Sa souveraineté.
Toutefois, s'il ne voulait se laisser entrevoir (entrevoir seulement) sous ces manifestations,
il n'y en aurait en lui ni manifestation, ni forme, tout comme la mer dont les eaux n'ont ni
forme ni consistance, lesquelles n'existent qu'au moment où elles se répandent sur ce vase qu'est la
terre. "De cela nous pouvons sans conteste conclure que: un est la source de la mer. Il est un courant
qui s'en échappe en un tourbillon, un courant qui est YOD. La source est un, et le courant fait deux.
C'est logique. Ensuite est formée la vaste cuvette que l'on appelle la mer: elle est comme un canal
creusé dans la terre et qui s'emplit des eaux de la source. Cette vaste cuvette est partagée en sept canaux
qui sont autant de longs conduits: les eaux vont de la mer à ces sept canaux. Ensemble la
source, le courant, la mer et les sept canaux forment le nombre 10 qui est un nombre sacré. Si le
Créateur qui construisit ces canaux les brisait, les eaux retourneraient à leur source et il ne resterait
que des vases brisés, secs, sans eau.
"De la même manière la Cause des causes, la cause de toutes les causes, le motif de tous les motifs,
a produit les dix aspects de son être et on les nomme SEPHIROT. La source est une fontaine de lu-
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mière jamais épuisée, où il le désigne lui-même sous le nom d'En-Sof (En-soi), l'Infini. Il n'a ni
forme ni apparence, aucun récipient ne le peut contenir, ni aucune pensée le saisir. Abstiens-toi
d'étudier les choses qui te sont trop difficiles. Abstiens-toi d'étudier les choses qui doivent te rester
cachées.
"Puis, il créa un petit vase de la taille de la lettre Yod. Il l'emplit de Lui, de Sa grâce, et II l'appela 'la
fontaine d'or ruisselle la sagesse'. A cause de cela, II prit lui-même le nom de sage. A la suite de
quoi, il fabrique un vase cette fois-ci appelé « mer » qu'il nomma Binah23 (Intelligence) et II prit luimême
le nom d'Intelligence. Dieu est à la fois sage et intelligent. Il l'est par essence, il est l'essence
de la sagesse.
La sagesse n'est rien en elle-même: elle n'existe qu'au travers de Celui qui est sage et l'a remplie de
sa grâce.
De même, l'Intelligence retournerait à son aridité, si Dieu se retirait d'elle. « Les eaux s'échappent
de la mer, le fleuve tarit et se dessèche ».
"Et enfin, II divisa la mer en sept ruisseaux dit le prophète Isaïe. Cela signifie qu'il déverse la mer
dans sept vases qu'il nomme Grandeur, Puissance, Gloire, Triomphe, Majesté, Fondement, Royauté
(les séphiroth). En Royauté, il se nomme Roi. En son pouvoir réside en effet toute chose g et audessus
de Lui n'existe nulle déité."
"Le Seigneur est parmi nous"
"Des profondeurs de l'abîme, je T'invoque, Seigneur!". Ce psaume que l'on trouve dans le Livre sacré
(la Bible) est anonyme. Il n'a pas d'auteur, parce qu'il appartient à tout le monde. Il appartient à
tous les hommes qui prient des profondeurs de leur âme. Leur coeur est tourné vers Dieu et leur esprit
entièrement absorbé par leur prière.
"La prière attire la bénédiction du haut vers le bas. Lorsque le Sublime Vieillard, le Très Secret,
veut bénir le monde, il assemble et réunit dans les profondeurs sans fin du Ciel les bienfaits de Sa
grâce. De là, la prière des hommes les entraînera dans un puits très mystérieux afin: que tous les
fleuves et tous les ruisseaux puissent en être remplis.
"Mais alors que veulent dire les sages par ces mots 'Le Seigneur est-il parmi nous ou non?' Est-il
convenable que dans leur égarement - un égarement tout passager - ils ne sachent point ou ils oublient
qu'il se tient toujours parmi eux? N'étaient-ils pas entourés de la présence divine? N'étaient-ils
donc plus rien? N'ont-ils pas aperçu sur le rivage, près de la mer, la lumière de la majesté éblouissante
de leur Roi? En fait, les sages voulaient savoir si la manifestation du divin qui leur était accordée
provenait du Sublime Vieillard, du Très Secret, du Transcendant qui est au-dessus de toute compréhension
et que l'on appelle Aïn, ou du 'Petit Visage', de l'Immanent, du YHVH.
"On pourrait se demander alors pourquoi les sages ont erré, et pourquoi de même les enfants d'Israël
ont été châtiés. La raison en est que les uns comme les autres ont établi une distinction entre ces
deux aspects en Dieu et qu'ils se sont dits « Nous prierons de telle manière, si c'est l'un et de telle
manière, si c'est l'autre ». La prière ne fait pas de distinction entre les Visages de Dieu. Une prière
est une prière. Celui qui la fait avec son coeur peut devenir plus sage que tous les initiés."
L'écorce et l'amande
Le flux divin est assimilé à une grâce qui se répand; à une mer infinie qui est telle qu'elle occupe
l'univers et irrigue les fleuves célestes. Nous venons de voir et de comprendre pourquoi la prière
23 Voir plus haut les noms des dix Séphirot.
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ésotérique a une puissance magique. Mais regardons d'un peu plus près ce qui s'est passé en ce fameux
commencement du monde. "Au commencement, lorsque le Roi se manifesta, il grava des
signes mystérieux sur la sphère du ciel. Et dans le lieu le plus caché, une sombre flamme s'éleva du
secret de l'En-Sof (l'Infini). Elle s'éleva comme une vapeur qui s'évapore de l'informe, enserrée dans
l'anneau de cette sphère. Elle n'avait aucune couleur. Elle n'était ni noire, ni blanche, ni rouge, ni
verte. Et lorsqu'elle prit de l'ampleur, elle rayonna. Du centre le plus secret de la flamme surgit une
source cachée dans l'En-Sof des couleurs en sortirent et se répandirent partout.
"La source jaillit sans traverser l'éther de la sphère, On ne pouvait la connaître ni même la voir
avant qu'un point ait fait éclater la lumière qu'elle contenait. Ce point, c'était déjà la sagesse de
Dieu. Et au-delà de ce point, rien ne peut être connu. C'est pourquoi on l'appelle 'commencement',
mot qui est le premier des 10 mots par lequel l'univers a été créé."
Lorsque bien plus tard, le roi Salomon pénétra dans son verger, il ramassa une coquille de noix et
comme il l'examinait il remarqua une certaine ressemblance (nous pouvons parler également d'analogie)
entre ses différentes couches et les esprits qui suscitent la concupiscence. Dieu avait compris
qu'il était nécessaire d'assurer la permanence du monde et d'avoir pour cela, pour ainsi dire, un cerveau
enveloppé de nombreuses écorces. Le monde entier, celui d'en bas comme celui d'en haut, est
formé selon ce principe et cela depuis le mystérieux centre qui se trouve à l'origine jusqu'en ses
couches les plus lointaines. Elles sont toutes comme des vêtements, des guenilles, des tuniques, des
enveloppes l'une pour l'autre; cerveau dans le cerveau, esprit à l'intérieur de l'esprit, écorce dans
l'écorce.
"Le centre d'où procède l'origine constitue la lumière la plus secrète. Elle est d'une pureté, d'une
diaphanéité, d'une délicatesse qui ne se peut comprendre. Lorsqu'il se répand ce point lumineux devient
un palais qui enveloppe le centre. Lui aussi est translucide. Ce palais, vêtement du point inconnaissable
est pourtant moins diaphane que le point originel. Mais de ce palais se répand la lumière
originelle de l'univers. Et à partir de là, couche sur couche, chacune forme le vêtement de la
précédente, comme la membrane sur le cerveau.
"De même ici-bas, sur un modèle identique, l'homme chemine. Ici-bas, il associe cerveau et membrane,
esprit et corps en vue d'un meilleur ordre du monde. Lorsque la Lune était liée au Soleil, elle
était lumineuse. Quand elle s'en sépara, quand elle reçut le gouvernement de ses propres légions, sa
place fut aussitôt diminuée et aussi sa lumière. Pelure sur pelure se formèrent pour revêtir le cerveau.
Tout cela évidemment pour son bien."
La lumière
"Et Dieu dit 'Que la lumière soit', et la lumière fut." Dieu créa la lumière originelle, celle de l'oeil secret
que retrouvaient tous les initiés, celle que Dieu montra à Adam, et grâce à laquelle il fut capable
de voir le monde d'une extrémité à l'autre.
"Mais comme il vit (ou devina) que viendraient trois générations qui pécheraient, celle d'Enoch,
celle du Déluge et celle de la Tour de Babel, Dieu dissimula cette lumière et elles ne purent en jouir.
Ensuite, il la donna à Moïse au temps où sa mère, durant les trois premiers mois qui sui virent sa venue
au monde, le cachait pour le soustraire au Pharaon. Lorsque Moïse fut conduit devant le Pharaon,
Dieu la lui retira; il ne la lui rendit que lorsqu'il gravit le mont Sinaï pour recevoir la Loi. De
ce jour, Moïse la garda jusqu'à la fin de sa vie. Et cela explique pourquoi les enfants-d'Israël ne pouvaient
l'approcher qu'à la condition qu'il mette un voile sur son visage.
"Lors de la création, Dieu illumina le monde d'une extrémité à l'autre; ensuite la lumière fut retirée
afin que les pécheurs ne puissent en jouir. Elle est gardée pour les Justes. 'La lumière est semée pour
les Justes'. Alors les différents mondes qui sont dans le vaste univers se trouveront en harmonie et
tout sera un, mais, jusqu'à la fin du monde, cette lumière est tenue cachée."
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Les étoiles
"Toutes les étoiles du ciel se comportent en gardiennes du monde et chaque chose qui est au monde
a une étoile qui lui est assignée et qui veille sur lui. Les buissons et les arbres, l'herbe de même que
les plantes sauvages ont besoin pour fleurir et pour croître du pouvoir des étoiles qui se trouvent audessus
d'eux. Les étoiles et les planètes véritablement sans nombre commencent à poindre au début
de la nuit et elles brillent jusqu'à trois heures moins le quart. Ce n'est certainement pas sans raison
que cela se produit: certaines étoiles qui sont de service toute la nuit font croître et fleurir la plante
dont elles ont la garde, d'autres qui entrent en activité à la tombée de la nuit veillent sur ce qui leur a
été assigné; d'autres encore accomplissent rapidement une tâche spéciale. Lorsque les étoiles accomplissent
leur mission, elles quittent ce monde et montent à leur place qui leur a été désignée làhaut.
"Le livre de la Sagesse parle d'étoiles filantes, de comètes qui ont la maîtrise sur la croissance de
certaines herbes: celles qu'on appelle élixirs de longue vie. Ces mêmes astres influencent aussi la
formation des pierres précieuses (diamants, rubis, etc.) et de l'or que l'on trouve sous de hautes montagnes
et qui naît de l'éclat de la traîne lumineuse qui suit ces étoiles dans le ciel.
"Il existe aussi des maladies humaines, telle la jaunisse, qui peuvent se soigner si l'on fait tourner un
acier luisant d'un mouvement extrêmement rapide devant les yeux du malade en lui envoyant des
lueurs éblouissantes pareilles à la queue d'une comète. Le roi Salomon parlant des pierres précieuses
dit que ces pierres sont arrêtées dans leur développement et ne parviennent pas à leur perfection
si elles sont privées de la lumière des étoiles."
La mort est une fête
"Quand le moment est venu pour un homme de quitter le monde, ce jour est redoutable. Les quatre
points cardinaux mettent cet homme en accusation, les châtiments lui viennent de quatre côtés à la
fois. Les quatre éléments (l'eau, la terre, le feu et l'air) se disputent dans le corps de l'homme et chacun
tire de son côté. Un messager s'avance alors et fait une proclamation qu'on entend dans les
soixante-dix mondes. Si l'homme s'avère digne de cette proclamation, il est accueilli avec allégresse
par tous les mondes et sa mort est une fête dont se réjouissent tous les mondes. S'il en va autrement,
s'il est indigne, malheur à lui!
"Lorsque retentit la proclamation en question, une flamme surgit du nord et se divise et se répand
sur les quatre points cardinaux. Puis elle repart, bondit, consume les âmes des pécheurs, s'immobilise
enfin entre les ailes d'un coq noir qui bat des ailes et pousse des cris. C'est le moment où les
actes de l'homme témoignent contre lui. On se demande ce qu'est ce coq noir. Il faut répondre qu'un
sens mystique est inscrit dans tout ce qu'a créé le Tout-Puissant. Selon la loi occulte de l'analogie,
un châtiment ne s'abat que sur un lieu qui ressemble. Le noir est le symbole du Jugement et la
flamme, en s'élevant, luit sur les ailes d'un coq noir qui est le mieux approprié.
"C'est lorsque pour un homme approche l'heure du Jugement qu'il commence à entrer en lui. Seul le
malade sait qu'un nouvel esprit pénètre d'en haut à l'intérieur de l'homme souffrant dont l'heure est
venue de quitter le monde. Nous savons aussi qu'à l'heure de sa mort l'homme est autorisé à rencontrer
ses parents et amis de l'autre monde. S'il est vertueux, tous se réjouissent, tous lui font fête. Sinon
les pécheurs l'entraînent avec eux dans le feu de l'Enfer."
Le précieux trésor du Roi
"Le plus souvent, c'est le mâle qui poursuit la femelle, cherchant de la sorte à provoquer son amour,
mais dans ce que nous évoquons en ce moment nous voyons le contraire: c'est la femelle qui pour-
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suit le mâle et qui le courtise. On considère d'habitude cette chose comme inconvenante. Mais ici,
pour ce qui concerne ce dont nous parlons, il y a un mystère très profond, l'un des trésors les plus
précieux du Roi. Les initiés savent que trois âmes appartiennent aux degrés divins; et même quatre,
car il existe une âme supérieure qui ne peut être perçue par le gardien du trésor. L'âme de toutes les
âmes, l'âme qui se cache à l'intérieur de toutes les âmes, est inconnaissable. Or, tout dépend d'elle,
et elle est drapée dans un voile à l'éclat resplendissant. Elle laisse tomber des perles qui se nouent,
semblables aux articulations du corps, elle pénètre en ces perles, elle les habite, leur donne sa force.
Et elle ne forme qu'Un avec ses perles. Mais il en est encore une autre, une âme femelle cachée et à
laquelle un corps adhère et par lequel elle exprime sa puissance comme l'âme dans le corps humain.
"Ces âmes sont, d'une certaine manière, la reproduction des structures cachées d'en haut. Cependant,
une autre âme s'y trouve encore - à savoir les âmes des Justes d'en bas qui émanent des âmes
supérieures et ont donc la prééminence sur toutes les légions célestes. On peut alors s'interroger:
pourquoi donc si elles ont la prééminence, descendent-elles en ce monde? Pourquoi s'incarnent-
elles?
"On peut l'expliquer par une analogie. Un roi envoie son fils dans un village pour qu'il y soit élevé
et qu'il y apprenne les coutumes du palais. Lorsqu'il apprend que son fils a atteint l'âge d'homme, le
roi, par amour, envoie sa mère pour le ramener au palais. De même Dieu possédait-il un fils de Sa
femme, à savoir l'âme supérieure. Il l'envoya dans un village (c'est-à-dire en ce mondé) pour qu'il y
soit initié aux coutumes du palais du roi. Quand le Seigneur est averti que Son fils est devenu
adulte, il envoie Sa femme le chercher. Ainsi l'âme ne quitte pas ce monde avant que l'Épouse ne
vienne la chercher pour la conduire au palais divin. Les villageois pleurent alors le départ du fils du
Roi. Mais un sage leur dit 'Pourquoi pleurez-vous? La place du fils du Roi n'est-elle pas au palais?'.
Si seulement les hommes savaient cela, ils seraient tout emplis de joie quand le temps est venu pour
eux de quitter ce monde. N'est-ce point un grand honneur si l'Épouse vient les chercher? Seules les
âmes des Justes peuvent éveiller l'amour de la Communauté d'Israël pour Dieu, car elles viennent
du côté droit de Dieu, de son côté mâle. Cette exaltation, cette excitation, gagne la femelle et éveille
son amour, et la femelle est prise de désir, d'un désir fou que le sage canalise. Mais comme dit le
Cantique des Cantiques: 'N'éveillez pas l'amour avant qu'il le veuille'; c'est-à-dire avant que la
femme n'en exprime le désir."
DE ARTE CABALISTICA
Avec Pic de la Mirandole, Johann Reuchlin (1455-1522) son disciple fut l'un des premiers chrétiens
à s'intéresser (à se passionner même) pour la tradition de la Kabbale. Il découvre qu'elle rejoint la
tradition chrétienne et il en met à jour les richesses particulières. Son ouvrage De Arte Cabalistica
influence de nombreux artistes et écrivains, et en particulier Franz Kafka, l'homme qui bouleversa
le monde du roman et modifia la littérature contemporaine. Il fallait le signaler pour montrer comment
la tradition exerce ses effets sur l'art et la littérature que nous disons profanes. Voyons
quelques extraits du livre de Reuchlin.
Le mariage de la pyramide et du cube
"De la même façon que le nombre Un se trouve à l'origine du monde mental, le Deux est le début du
monde sensible. Le monde des corps ne serait pas lui-même s'il ne consistait pas en ces quatre
signes (qui correspondent aux lettres du tétragramme): le point, la ligne, la surface et l'épaisseur.
Ceci à l'exemple de la figure cubique. Le Un en position fixe crée le point. La ligne tirée d'un point
à un autre fait Deux. La surface naît de Trois lignes, l'épaisseur de Quatre: le devant, le derrière, le
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dessus, le dessous. Cela fait que le binaire multiplié par lui-même, 2x2 font 4; ainsi le binaire en se
repliant sur lui fait le premier cube."
Le lecteur dira que ce sont là des notions simples, simplistes même. Or il n'en est rien! Qu'il médite
sur elles, qu'il trace un point sur une feuille avec un stylographe, qu'il réunisse deux points, etc. Il
sentira de l'intérieur de quoi il s'agit. Et d'ailleurs, ce que nous venons de noter ne constitue que des
notions fondamentales, des bases qui lui permettront de poursuivre sur la voie de l'apprentissage...
"Donc après le quinaire qui est la pyramide à quatre angles et qui est le principe du monde intelligible
(voyez les Égyptiens) vient le cube à six côtés, dont nous disons qu'il est l'emblème de l'architecte
du monde. Car parmi les principes les plus hauts, il faut bien savoir que le Sept est vierge et
qu'il n'enfante rien. On l'appelle pour cette raison Pallas, les chrétiens l'appellent la Vierge Marie.
Tournons-nous plutôt vers le premier cube qui est un être fécond, puisqu'il est constitué de 2 X 2 et
de 2. Pythagore appelait le 2 la mère, et il disait que du carré naît le cube qui est un corps très ferme
et très stable. C'est sur ce fond que s'enracine toute forme qui vient à se manifester au monde, c'est
sur ce siège matériel. Elle y devient semblable à un esclave attaché à la glèbe, sujette au temps et au
lieu et comme proscrite de liberté, comme enfouie dans la servitude de la matière."
Le lecteur qui voudra mieux suivre les démonstrations de Reuchlin pourra confectionner des cubes
et des pyramides en carton et les étudier. (On en vend dans certaines librairies spécialisées.) "D'une
seule et unique source découlent les principes jumeaux des choses temporelles; c'est-à-dire la pyramide
et le cube; c'est-à-dire la forme et la matière. Et tout cela procède du carré. Mais pour unir la
forme et la matière, il faut un troisième terme, car ils restent séparés et leur assemblage n'est jamais
le fait du hasard. Ce n'est pas en effet du corps de l'homme, aussitôt après que l'âme l'a quitté, que
l'airain est engendré ou le fer, et la laine ne vient pas de la pierre! nous le savons. Il faut placer un
élément tiers pour les unir.
"C'est pourquoi Socrate et Platon dirent qu'il y avait trois principes en toute chose: Dieu, l'Idée et la
Matière. Et Pythagore avant eux avait symbolisé occultement par des signes mystérieux en enseignant
que les principes premiers étaient l'Infini, le Un et le Deux. (Nous retrouvons ici le triangle
primordial de rabbi Siméon bar Yochaï). La matière, dit Pythagore, est la mère de la différence
mais Dieu unit matière et forme, et ramène tout à l'unité. De ce principe découle que tous les
hommes sont égaux devant le Seigneur. La loi en grec est dite Nomos, et le mot vient du terme
Nemo qui veut dire partager, distribuer. Orphée dit que la loi céleste distribue tout. La loi de la nature
scelle par le moyen d'une seule forme plusieurs matières, comme un notaire avec l'effigie d'un
anneau plusieurs cires. Dès lors, toutes les formes scellées dans la nature s'appellent idées, c'est-àdire
empreintes inséparables dans la matière. C'est ainsi que nous est maintenant dévoilée l'origine
exacte du monde sensible, que produit le mariage célébré dans le ciel du cube et de la pyramide."
Ce mariage du cube et de la pyramide est une chose très mystérieuse. Les Égyptiens le connais -
saient, leurs rites en tenaient compte. Et les Sumériens le célébraient dans une cérémonie dont la
réalisation restait secrète. Une fois l'an le roi de Sumer (le cube était son emblème)' couchait avec
une vestale consacrée (son symbole était la pyramide) dans le temple, et très précisément dans
l'équivalent sumérien du saint des saints. Des échos de cette cérémonie amoureuse nous sont parvenus
dans le Cantique des Cantiques, le livre érotique de la Bible, et l'un des plus beaux livres
d'amour de l'humanité, que les kabbalistes commentaient. En outre, il apparaît dans le dernier paragraphe
cité du texte que les idées sont d'essence divine et que lorsque l'on croit trouver une idée, on
ne fait qu'être traversé par le souffle divin. Et enfin, les "empreintes laissées sur la cire", Paracelse
les appelait des "signatures" laissées par l'Architecte pour nous aider, comme on dépose des signes
sur un jeu de piste. Ces signatures se trouvent à la base, une fois déchiffrée par analogie avec les
lettres hébraïques, à la base de la chiromancie, de la physiognomonie et de bien d'autres méthodes
de divination.
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La tétraktis sacrée de Pythagore
"Les Pythagoriciens (qui étaient des kabbalistes grecs) ramenèrent tout au Dix, parce que ce nombre
est le plus parfait de tous (10 = 1 +2 + 3 + 4; c'est-à-dire la somme des quatre premiers desquels les
autres découlent). C'est par le 10 que tous les peuples comptent en se servant de leurs dix doigts
comme autant d'instruments naturels. La perfection de ce nombre nous est indiquée par l'ordonnancement
du cosmos; celui-ci, dit la tradition, se meut sur 10 sphères, c'est-à-dire sur 10 Séphirot.
La perfection de ce nombre s'avère d'autant plus remarquable qu'il englobe plusieurs manières de
compter: pair, impair, carré, cube, long, plat, etc.; il n'y a rien de plus absolu que lui. C'est en lui
que consiste tout l'univers. Il forme une structure où agissent dix êtres primordiaux.
"Parmi ces dix êtres, on peut en trouver deux principaux en qui les diviser. D'abord l'unité qui demeure
encore unité, qui n'a pas encore de position, le point qui reste point. Comme il n'y avait rien
avant le Un, il tombe sous le sens que le Un est premier. Quant au binaire il n'est pas composé de
nombres différents, selon la Kabbale, en ce sens qu'il est le premier nombre avec lequel on peut
commencer à compter vraiment. Le Deux est le premier nombre, parce qu'il est le premier multiple
et qu'aucun nombre ne le peut mesurer sinon la seule unité, qui est la mesure commune de tous les
nombres. Le premier nombre incomposé est, en fait, le ternaire: le binaire qui le précède n'est pas
un nombre incomposé mais un nombre non composé.
"Vu ce qui précède, le ternaire désire ne pas rester inactif mais multiplier sa bonté pour toutes les
créatures sans envie et progresse de la puissance à l'acte. Ce caractère fécond qui est en lui donne
naissance au multiple, il est ce qui fait que le monde est à la fois divers et unifié. Il est l'idée de
toute chose créée, mais cette création s'effectue par le quaternaire. De là la tétraktis sacrée (10) des
pythagoriciens qui symbolise les dix genres les plus généraux de toute chose, par 1, 2, 3, 4 à partir
de la puissance toute puissante produit 10 en passant de l'énergie à l'acte.
"Plaçons 5 au milieu de la tétraktis et à sa droite le premier nombre supérieur (6) et à sa gauche le
premier inférieur (4). En les joignant, nous obtenons encore 10. Plaçons de nouveau le nombre immédiatement
supérieur (7) et le nombre immédiatement inférieur (3) et joignons, nous obtenons encore
10, etc. Le 10, quand on le brise, se reconstitue; c'est la lumière.
"Ce qui précède, on peut le dire autrement, mais cela revient au même. L'Un est le principe des
nombres et Deux est le premier nombre. L'Un est Dieu. Étant donné que la production du Deux demeure
à l'intérieur de l'essence divine (le nombre s'est, en effet, engendré par lui-même) alors nécessairement
le Deux est Dieu lui aussi. L'unité passe en dualité et elle progresse en permanence jusqu'au
Trois. De l'Un qui produit dans la divinité et du Deux qui est produit en elle naît le Trois. Si
l'on y ajoute l'essence qui se distingue, il y aura la quaternité qui n'est pas autre chose que l'infini en
puissance. C'est la substance, la perfection et la fin de tout nombre, car 1, 2, 3, et 4 en s'additionnant
font 10 et qu'au-delà il n'y a rien. Pythagore comprit qu'il y avait là un mystérieux principe."
Les sceaux sacrés
"Pour conserver la majesté du tétragramme sacré, il fut interdit de le prononcer. Il fut seulement
permis aux grands prêtres de le dire chaque année le jour du jeûne. Mais il existe une science très
secrète qui consiste à combiner les lettres du tétragramme pour en faire des sceaux. Ces sceaux permettent
de se tenir devant la divinité dans un esprit de dévotion qui a réussi à rejeter toute crainte et
tout danger. Cela permet de recevoir les 'dix-huit bénédictions' promises au sage par la tradition et
de briser tout destin défavorable, c'est-à-dire d'échapper à tout déterminisme (l'initiation kabbalistique
permet à l'initié d'échapper à la fatalité astrologique). La prière des mots sacrés formés par ces
sceaux s'attire les bonnes grâces des lois divines.
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"Ce n'est pas seulement avec des caractères et des figures mais encore avec des paroles et des chants
que le kabbaliste qui a saisi le secret de sa quête réalise n'importe quel miracle. Par l'aide de Dieu et
des anges, il a pouvoir sur les esprits inférieurs. Avec des noms tirés de la combinatoire du tétragramme
sacré, il chasse les démons, impose les mains sur les malades, guérit des maladies mortelles.
Mais les kabbalistes affirment avec insistance que sots ou menteurs sont ceux qui croient à la
seule vertu des sceaux, les actions miraculeuses dépendent de la volonté divine et de la foi de
l'homme".
La suite des nombres
Un résumé et quelques explications supplémentaires sur la suite des nombres permettront à l'apprenti
kabbaliste qui nous a suivis jusqu'ici d'avoir entre les mains tous les éléments qui lui permettront
non seulement de comprendre la Kabbale mais de commencer à la mettre en pratique. Nous
venons de dire que l'étudiant aura entre les mains tous les éléments, il faudrait préciser: il disposera
de toutes les informations et des techniques les plus importantes, mais il lui manquera évidemment
la grâce, ou la chance. Celle-ci s'obtiendra par le concours inattendu d'un maître, ou le plus souvent
par le travail acharné. Un travail patient aussi, car le plus grand défaut en ce domaine est, comme le
dit Franz Kafka, l'impatience qui nous fait sortir de nos gonds. Voici les informations supplémentaires.
L'Un premier est l'harmonie, le Feu mâle qui traverse tout, l'Esprit qui se meut par lui-même, l'indivisible,
le Non manifesté. "L'essence en soi se dérobe à l'homme. Il ne connaît que les choses de ce
monde d'ici-bas où le fini se combine avec l'infini. Comment d'ailleurs peut-il connaître ces choses?
C'est qu'entre lui et les choses, il existe une harmonie préétablie et cachée. Une harmonie, un principe
commun à qui le Un donne mesure et intelligibilité. C'est la commune mesure entre l'objet et le
sujet et la raison pour laquelle l'âme participe à l'Un". Dans les mathématiques kabbalistiques,
zéro multiplié par l'infini égale Un. Zéro signifie l'être indéterminé. L'infini, l'éternel est symbolisé
dans la langue des hiéroglyphes sacrés et aussi en alchimie par un serpent qui se mord la queue. Or
du moment que l'infini se détermine, il produit tous les nombres qu'il contient dans sa grande unité
et qu'il gouverne selon les lois de l'analogie. Tous les nombres, la suite des nombres, sont contenus
dans la grande unité, dans le Un.
La substance indivisible, le grand tout (emblème de l'Architecte) a en cela le Un pour nombre et ce
Un contient l'infini, l'éternel masculin-féminin principe de toute génération, il a le feu pour signe et
l'esprit pour symbole. C'est un point brillant qui se trouve à l'origine comme l'explique le Zohar.
Mais du moment que Dieu se manifeste, il est double: la grande monade agit sous la forme d'une
dyade créatrice. Cette dualité est composée de la façon suivante: essence indivisible et substance
divisible, principe masculin (actif) et principe féminin (passif). La mythologie a poétisé cette vérité
en disant que "Jupiter est d'abord l'époux et J'Epouse divine". Les figures mythologiques s'appellent
Isis, Cybèle ou Maïa. Dans l'humanité, la femme représente la nature, l'image parfaite de Dieu, dit
la Kabbale, n'est pas l'homme seul mais l'homme et la femme. Cela explique pourquoi la Kabbale
contient une voie très secrète et fort peu connue jusqu'à aujourd'hui qui est une voie érotique initiatique,
comme le yoga tan-trique dans un autre cycle de civilisation traditionnelle.
La monade symbolise numériquement (il faudrait dire: numérologiquement) l'essence de la divinité
ou, pour l'exprimer autrement, sa faculté génératrice, et reproductrice. Le monde, rappelle la Kabbale,
est le corps de Dieu: c'est l'épanouissement visible, le Dieu dans l'espace et dans le temps. Or
le monde est triple. De même que l'homme se compose de trois éléments, le corps, l'âme et l'esprit,
l'univers est divisé en trois cercles concentriques entrant l'un dans l'autre: la nature, l'humain et le
divin. La triade ou loi du ternaire est donc la loi constitutive de toute chose, C'est véritablement la
clef de ce qui se passe sur la Terre. On la retrouve partout. Cela a pour conséquences théoriques que
Dieu apparaît multiple comme dans le paganisme ou le polythéisme quand on le voit au travers du
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miroir de ses sens; qu'il est double, comme chez les manichéens, si on le voit au travers du prisme
esprit-matière, qu'il est triple, comme dans le christianisme (Père, Fils et Saint-Esprit) ou l'Inde
(Brahma, Vishnou, Shiva) quand on le voit au travers de l'esprit et qu'il est unique quand on le voit
au travers de la tradition juive. La tradition hébraïque refuse toute personnalisation de Dieu; elle
sort du visible pour entrer dans l'absolu. Remarquons, mais cela nous entraînerait beaucoup trop
loin, que le tétragramme de la Kabbale et la tétraktis de Pythagore expriment la même vérité. Seules
les formes diffèrent, elles sont adaptées au génie propre, à la psyché, des deux traditions auxquelles
elles se rapportent: la juive et la grecque. Vouloir étudier ce problème demanderait un ouvrage entier
et dévoilerait des secrets de l'histoire humaine, d'après les conceptions occultistes...
Mais reprenons la suite des nombres. Chacun d'entre eux est un être, une force, une lettre de l'alphabet
hébraïque, une loi, une force de l'univers, une puissance:
- Un est le nombre de l'essence (Dieu);
- Deux est le nombre de la manifestation;
- Trois est le nombre de toute chose sur la terre;
- Quatre est le nombre de l'infini;
- Cinq est le nombre de la déchirure de Dieu, ou celui de l'homme;
- Sept est le nombre de l'initiation (7 = 3 + 4; c'est-à-dire l'union du manifesté - de la chose
ou de l'être -avec l'infini. Cela nous montre que l'initiation signifie se prendre en charge, se
responsabiliser et, en même temps, se transcender, comme le font les kabbalistes; - 10, c'est
la tétraktis; -21, c'est le nombre des supérieurs inconnus ou des grands maîtres spirituels de
l'humanité, car 21 = 3x7.
Nous espérons que notre lecteur suivra cette voie ici tracée et que personne ne pourra emprunter à
sa place. Pour une raison bien simple: prendre ce chemin, c'est trouver sa vraie place dans l'univers,
puisque c'est trouver sa véritable position. Et l'on sait que toute position est repérée
mathématiquement par un nombre. Tout se qui se passe sur la terre a son équivalent dans l'au-delà.
La Kabbale est la voie royale de la recherche ésotérique dans laquelle il ne faut s'engager qu'avec
prudence et armé au moins des connaissances traditionnelles.
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Table des matières
La succession des différentes races: au commencement du monde................................................4
Orphée, Moïse, Jésus et les autres grands initiés.............................................................................5
L'homme qui se prit pour le Messie.................................................................................................6
Les manuscrits de la Mer morte.......................................................................................................7
"Il les a suspendus au Dragon"........................................................................................................7
La Kabbale existait déjà du temps du patriarche Abraham.............................................................8
Le vertige de l'origine......................................................................................................................9
Mise en garde...................................................................................................................................9
L'expérience initiatique peut conduire à la mort ou à la folie........................................................10
Métempsychose, chemin initiatique et Fardes...............................................................................10
L'appel de rabbi Siméon bar Yochaï..............................................................................................11
La conjuration des initiés...............................................................................................................12
Et l'homme révolté dit à Dieu "Soumets-toi toi-même à cette loi"................................................13
Le Vieillard qui n'a pas d'âge.........................................................................................................13
La céleste rosée..............................................................................................................................14
Microcosme, macrocosme, sceau de Salomon..............................................................................14
L'ultime vision du kabbaliste.........................................................................................................15
"On ne comprend pas Dieu, on l'aime"..........................................................................................16
Le livre des Mystères.....................................................................................................................16
L'ascension mystique de l'initié kabbaliste....................................................................................17
Les trente-deux voies merveilleuses de la sagesse........................................................................18
La Kabbale provençale du Moyen Âge.........................................................................................19
Trois lettres mères, sept lettres doubles et douze lettres simples...................................................20
Combiner des nombres et des idées...............................................................................................21
Le temps, l'espace et la matière.....................................................................................................21
Le nom mystérieux........................................................................................................................22
Poussons plus loin la spéculation...................................................................................................23
Les soixante-douze génies.............................................................................................................25
Les autres noms divins...................................................................................................................26
Les trois mondes............................................................................................................................27
Les dix Séphirot.............................................................................................................................28
Ce que la Kabbale enseigne sur Dieu............................................................................................29
Enseignement de la Kabbale sur l'homme.....................................................................................30
Retrouver l'immortalité perdue......................................................................................................31
Enseignement de la Kabbale sur la nature (l'univers se réincarne)................................................32
Les grands philosophes connaissaient la Haute Kabbale...............................................................33
L'exil de l'âme selon rabbi Hagège................................................................................................33
La mort par en haut et la mort par en bas......................................................................................34
Qu'est-ce que l'"esprit des ossements"?.........................................................................................35
LES TROIS PREMIERES LETTRES MYSTERIEUSES............................................................37
1. L'AIeph, l'En-Sof.......................................................................................................................37
2. Le Beth, les colonnes du temple................................................................................................39
3. Le Ghimel, le triangle de Salomon............................................................................................40
4. Le Daleth, le tétragramme.........................................................................................................41
5. Le Hé, le pentagramme..............................................................................................................42
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6. Le Vau, l'équilibre....................................................................................................................42
7. Le Zaïn, l'épée flamboyante.......................................................................................................43
8. Le Heth (ou Hêt), la réalisation.................................................................................................44
9. Le Thet, l'initiation.....................................................................................................................44
10. Le Yod, la Kabbale...................................................................................................................44
11. Le Kaph (ou Caph), la chaîne magique...................................................................................45
12. Le Lamed, le Grand OEuvre......................................................................................................45
13. Le Mem, la lumière astrale......................................................................................................45
14. Le Nun, les transmutations......................................................................................................45
15. Le Samek.................................................................................................................................46
16. Le Ayin, les envoûtements.......................................................................................................46
17. Le Phé, l'astrologie...................................................................................................................46
18. Le Tsadé, les philtres ou les sorts.............................................................................................47
19. Le Kof, la pierre philosophale.................................................................................................47
20. Le Resch, la médecine universelle...........................................................................................47
21. Le Shin, la divination...............................................................................................................47
22. Le Tav (ou Tau), le Thot..........................................................................................................48
La Kabbale et le Tarot....................................................................................................................49
La Kabbale et l'alchimie................................................................................................................51
La Kabbale et l'astrologie..............................................................................................................52
La Kabbale et les quatre éléments.................................................................................................53
L'Épître des sept voies...................................................................................................................53
La guématria et le notarikon..........................................................................................................54
La conjonction du Soleil et de la Lune..........................................................................................54
Diviser le nom sacré pour le rendre opératoire..............................................................................55
Jouir de la lumière..........................................................................................................................55
Le mage forme un cercle protecteur autour de lui.........................................................................56
Les Clavicules de Salomon............................................................................................................57
Géomancie et cartomancie.............................................................................................................58
Les sept carrés magiques de Paracelse..........................................................................................58
LE ZOHAR (LE LIVRE DE LA SPLENDEUR)..........................................................................60
L'En-Sof et les Séphirot.................................................................................................................60
"Le Seigneur est parmi nous"........................................................................................................61
L'écorce et l'amande.......................................................................................................................61
La lumière......................................................................................................................................62
Les étoiles......................................................................................................................................63
La mort est une fête.......................................................................................................................63
Le précieux trésor du Roi...............................................................................................................63
DE ARTE CABALISTICA............................................................................................................64
Le mariage de la pyramide et du cube...........................................................................................64
La tétraktis sacrée de Pythagore....................................................................................................66
Les sceaux sacrés...........................................................................................................................66
La suite des nombres......................................................................................................................67
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