mercredi 13 juin 2012

YS, partie 1



YS
REECRITURES D’UNE
LEGENDE ARMORICAINE

http://ker.morigan.free.fr/Cours/MASTER/Ys.pdf


Sommaire
Remerciements
Sommaire
Avant propos p. I
Introduction p. 1
Première partie : Aux sources de la légende p. 13
Seconde partie : De la légende à l’œuvre  p. 28  
Troisième partie : La légende vivante p. 53
Conclusion générale p. 85
Bibliographie p. 87
Annexes p. 91
Extrait de la nouvelle En Bretagne de Guy de Maupassant p. 91
Version française du Livaden Geris De T.H. de La Villemarqué. p. 93
Tableau général des Pratiques Hypertextuelles p. 94
Table des Matières p. 95


PREMIERE PARTIE :
AUX SOURCES DE LA LEGENDE- 14 -
Il serait périlleux d’aborder les réécritures successives dont a fait l’objet la légende
de la ville d’Ys sans évoquer tout d’abord les racines et le terreau dans lequel elle a vu
le jour. Pour en  étudier la postérité, il est nécessaire de dénouer au préalable les
enchevêtrements successifs de thèmes qui lui ont donné naissance. Ce récit parle d’une
somptueuse capitale de Bretagne, peuplée de riches commerçants aux mœurs dissolues
et refusant le christianisme,  qui  fut engloutie par les flots en une nuit, ne laissant
derrière elle qu’une vaste étendue d’eau, la baie de Douarnenez ; elle raconte comment
le tout aussi légendaire roi de la Cornouaille Armoricaine, Gradlon le Grand
22
, fut sauvé
de la noyade tandis que sa fille fut engloutie par les eaux. Cependant lorsqu'il s’agit de
faire un résumé de la légende apparait en fait tout un faisceau de légendes toutes plus ou
moins inconciliables. Car si le schéma global de l’histoire, et ainsi le résultat final est la
même, à savoir que le roi Gradlon est sauvé, tandis que Dahud, quand toutefois elle est
présente dans le récit, sombre avec sa cité, il n’en est pas de même du contexte ni de la
manière dont la submersion survient. Mais alors, quelles sont ces sources, de quelles
natures sont-elles et quels rôles jouent-elles dans la construction de la légende de la ville
d’Ys ? Variantes folkloriques dues à la tradition orale ou créations littéraires, aborder la
question de la réécriture, c’est poser la question de l’origine, puisqu’une réécriture ne se
fait pas ex nihilo, ce qui mène à s’interroger sur une éventuelle source originelle, sur un
éventuel mythe fondateur avant d’étudier  les sources hagiographiques où le nom
prestigieux de la ville d’Ys semble être mentionné pour la première fois, devançant son
apparition dans les chroniques anciennes.   Dans ce cheminement la graphie « Ys » sera
utilisée quand il s’agira de désigner la cité engloutie, ou occasionnellement « Ker Ys »
qui signifie à peu près « la ville d’Ys » en breton, au détriment des formes telles que
« Is » ou « Ker Is ».
                                               
22
Gradlon le grand (Gradlon Meur ou Graelen Voeur en breton) est selon la légende le roi légendaire de
la Cornouaille Armoricaine, dont les capitales sont Quimper et la légendaire Ys. Il est supposé être le père
de Dahud et l’ami de Corentin, qu’il nomme le premier évêque de Quimper. Il est aussi supposé connaître
saint Gwenole, qui prit une grande part dans la christianisation de l’Armorique, créant, entre autre
l’abbaye de Landévennec. Les sources historiques, notamment le Cartulaire de Landévennec, font état
d’un Gradlon Meur, mais il n’est nullement qualifié de roi, quant aux dates, elles ne semblent
correspondre ni aux dates supposées de Ker Ys, ni aux dates correspondant aux vies des deux saints que
Gradlon est supposé connaître. Partiellement légendaire, partiellement historique, sa statue peut être
admirée, érigée entre les deux flèches de la cathédrale de Quimper. Christian-J Guyonvarc’h et Françoise
Le Roux en parlent dans La Légende de la ville d’Is (pp. 113-114) ; Théodore Hersart de La Villemarqué
y fait référence dans son Barzaz Breiz à plusieurs reprises, dans le chapitre sur la submersion de la ville
d’Is tout d’abord (p. 101-105.) puis sur celui sur Saint Ronan (pp. 487-491.). Mais le roi est aussi cité
dans les annales et chroniques bretonnes. - 15 -
CHAPITRE PREMIER : LA SOURCE MYTHIQUE
Dans leur ouvrage sur la ville engloutie, Françoise Le Roux et Christian-J
Guyonvarc’h explorent la mythologie Irlandaise pour remonter à la source, mettant en
lumière le mythe celtique qui sous-tend la légende. Ils remontent ainsi au mythe de la
femme de l’autre monde, la femme du sìd
23
dont les attributs transparaissent au travers
des modifications qui ont transformé la légende. Du mythe découle la légende.
D’emblée, il semble important de définir brièvement ces deux termes, car bien que les
explications et interprétations abondent à leur sujet, la frontière des deux notions tend à
s’estomper dès lors qu’elles sont mises en relation avec ces  deux autres concepts
récurrents de cette étude que sont le conte et le folklore. Pour définir le mythe dans le
cadre particulier du mythe irlandais, il semble naturel de reprendre la réflexion proposée
dans La Légende de la Ville d’Is, menée à partir de l’article « mythe » du Littré.
MYTHE ;  1° Trait, particularité de la Fable, de l'histoire héroïque ou des
temps fabuleux. / 2° Particulièrement, récit relatif à des temps ou à des faits
que l'histoire n'éclaire pas, et contenant soit un fait réel transformé en notion
religieuse, soit l'invention d'un fait à l'aide d'une idée. Le mythe est un trait
fabuleux qui concerne les divinités ou des personnages qui ne sont que des
divinités défigurées ; si les divinités n'y sont pour rien, ce n'est plus mythe,
c'est légende ; Roland à Roncevaux, Romulus et Numa, sont des légendes;
l'histoire d'Hercule est une suite de mythes. Il n'est pas nécessaire que le
mythe soit un récit d'apparence historique, bien que c'en soit la forme la plus
ordinaire. /3° Fig. et familièrement. Ce qui n'a pas d'existence réelle. On dit
qu'en politique la justice et la bonne foi sont des mythes. /  Etymologie.
Muthos, récit, légende
24
.
Ce qu’il faut noter avant tout, c’est que le mythe présente un récit fabuleux situé
dans un temps hors de l’histoire, dont il est indépendant. Ensuite, en tant que récit
fabuleux, le mythe entretient un lien extrêmement fort avec l’oralité. De fait, chez les
                                               
23
Sìd ou Sidh désigne l’autre monde dans les mythologies celtiques. Il est situé tantôt sous terre, le terme
désignant alors un tertre ou une colline, tantôt au-delà de l’eau, que ce soit au delà de la mer, sous la mer
(comme la ville d’Ys selon certaines légendes), dans ou sous un lac (l’île d’Avalon), de l’autre coté d’une
rivière, ou sous un puits. L’eau est le moyen d’accès privilégié à cet autre monde qui est la résidence du
petit peuple, des fées, des dieux et des esprits.
24
Dictionnaire Le Littré, dans Les Monuments historiques de la langue française sur CD-Rom, Redon,
1998.- 16 -
celtes, les mythes font l’objet d’une transmission exclusivement orale, le recours à
l’écrit ne se fera que très tard, et en outre, les celtes du continent ne l’emploieront pas. A
contrario, la légende, « du latin  legendus, participe futur, devant être lu, de  legere,
lire
25
» présente un « récit populaire reposant sur un fond historique plus ou moins
altéré, ou  du moins prétendu historique
26
». Ce qui est très précisément le cas ici,
puisque la ville d’Ys ainsi que le roi Gradlon et les saints
27
qui gravitent autour sont
supposés être historiques. De plus, la légende se rapproche, contrairement au mythe, du
genre écrit.
Ainsi du mythe à la légende, il est possible de voir en Dahud
28
une réminiscence
de la banshee, thèse de Christian Guyonvarc’h, qui trouve sa confirmation dans les
nombreuses variantes folkloriques présentes sur le continent. En Bretagne, les banshees
peuvent être assimilées aux lavandières
29
et autres femmes mystérieuses qui arpentent
les landes, la nuit venue, ou encore aux Marie Morgane
30
, toutes ces femmes de l’autre
monde reléguées au rang de tentatrices par la christianisation du folklore. Le Braz, dans
La Légende de la Mort rapporte ainsi plusieurs versions de la légende d’Ys où
interviennent ces personnages proches de la banshee. Dans la partie « La Ville d’Is », il
raconte comment deux jeunes hommes refusent d’aider une vieille femme.
- Maudits  soyez vous ! s’écria alors la vieille. Si vous m’aviez
répondu : oui, vous auriez ressuscité la ville d’Is.
Et sur ces mots, elle disparut
31
.
Ou encore un peu plus loin :
                                               
25
Ibid.
26
Ibid.
27
Ibid. A propos des saints et des réécritures hagiographiques, il faut remarquer de manière subsidiaire
que la première définition que le Littré donne à « légende » est « Livre contenant les actes des saints pour
toute l'année, et ainsi appelé parce qu'à certains jours on désignait la portion qui devait être lue. »
28
Christian-J. Guyonvarc’h donne pour signification à Dahud, « *dago-soitis, ‘la bonne sorcière’  ou
plutôt ‘la bonne magie’ », ce qui se retrouve dans le titre du chapitre sixième de Bran Ruz, « Dahud (La
bonne sorcière) », p. 85.
29
Les lavandières de la nuit sont des femmes mystérieuses qui proposent à ceux qui s’aventurent dans la
lande de nuit de les aider à tordre le linge. Mais malheur à celui qui les aide, car elles se mettront à tordre
le linge si violement qu’elles brisent les os du pauvre homme, le tuant parfois. Pour les contrer, il faut
tourner le linge dans le même sens qu’elles, pour qu’elles se fatiguent et abandonnent. Une version de
cette légende peut se trouver dans Le Foyer Breton d’Emile Souvestre (p. 144-155).
30
La Marie Morgane est un équivalent breton à la sirène.
31
Conté par Françoise Thomas à Penvénan.- 17 -
"Ahès, maintenant Marie Morgane,
Au reflet de la lune, dans la nuit, chante
32
.
Même si la christianisation les a transformées en sorcières, sirènes et revenants,
une part de la source mythique reste en place, et la relation à l’autre monde ne s’efface
jamais totalement.
Un autre trait important de la banshee en particulier, mais aussi  de la femme en
général dans la mythologie, est l'élément féminin de l’eau, élément considéré comme la
frontière de l’autre monde. Le passage vers le sìd se fait par le biais de l’eau,
symbolique ô combien importante dans la légende d’Ys, puisque la cité est engloutie
par la mer ; d'ailleurs dans beaucoup de légendes, la cité est restée intacte, transportée
dans l’autre monde par sa submersion. Christian-J Guyonvarc’h rappelle d’ailleurs à ce
sujet que l’eau n’est pas à envisager comme l’élément de la fécondité, mais bien celui
du passage.
A cette symbolique de l’eau passage s’ajoute l’eau qui détruit, et qui purifie, dont
la manifestation est ici l’Océan qui engloutit la cité. Cette image trouve ses racines dans
« Le puits de Nechtan » rapporté par George Dumézil dans Mythe et Epopée, et évoqué
par Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h.
Bóand, femme de Nechtan fils de Labraid, vint au puits secret qui se trouvait
dans la prairie du sìdh de Nechtan. Quiconque y venait n’en repartait pas sans
que ses  deux yeux éclatassent, sauf si c’était Nechtan lui-même et ses trois
échansons, Flesc, lam et Luam.
Une fois, par orgueil, Bóand vint pour éprouver le pouvoir du puits et dit qu’il
n’y avait pas de pouvoir secret égal au pouvoir de sa beauté. Et elle tourna
trois fois par la gauche autour du puits. Et trois vagues, sortant du puits, se
brisèrent sur elle et lui enlevèrent une cuisse, une main et un œil. Fuyant sa
honte, elle se tourna vers la mer, avec l’eau derrière elle (la poursuivant)
jusqu’à l’estuaire de la Boyne
33
.
                                               
32
Fragment de Gwerz recueilli à l'île de Sein de la bouche de la conteuse Tine Fouquet.
33
Traduction du récit mythique « le puits de Nechtan » par George Dumézil, et tiré de  Mythe
et Epopée III, pp. 1099-1100.- 18 -
Dans ce récit, l’eau châtie. La négligence et l’orgueil de Bóand se retourne contre
elle quand elle défie le puits. Cette conception du puits périlleux semblent se retrouver
dans la tradition orale armoricaine, ce que mentionne notamment  Gwenc'hlan Le
Scouëzec dans  son  Guide de la Bretagne mystérieuse, où il affirme que  certaines
« variantes de la légende parlent aussi d’un puits de l’abîme, expression d’une antique
croyance des Celtes : sous le sol sont amassées les eaux inférieures qui risquent à tout
moment de surgir, de s’épancher et de noyer les humains et leurs cités
34
». Le puits se
fait source dans un autre récit mythique, la « Mort d’Eochaid », dans lequel la
négligence d’une femme entraine la submersion. « Mais un jour que la femme n’avait
pas fermé la source, la Lind Muni jailli sur Liathmuni et elle noya Eochu avec tous ses
enfants à l’exception de Li Ban, de Conaig et de Curan le fou
35
». Dans ce récit
mythique, le thème de la négligence est mis en exergue. Par ailleurs, Li Ban, la femme
qui survit à la submersion, subit une transformation au fil du récit. « Li Ban fut trois
cents ans dans l’étendue de la mer […]. Elle était pour moitié en forme de saumon et
l’autre moitié en forme humaine
36
». Cette métamorphose n’est pas sans rappeler celle
de Dahud devenant Marie Morgane sous la forme de sirène dans les contes populaires.
Bien que le christianisme ait transformé la cause de la submersion, passant de la
négligence de la gardienne de la fontaine dans le récit de Liban, à la culpabilité
pécheresse nécessitant un châtiment divin, leitmotiv on ne peut plus chrétien, il est
toujours possible de retrouver dans la légende de la ville d’Ys la thématique du puits, à
la fois destructeur et passage vers l’autre monde, usant d’une double symbolique de
l’eau, ainsi que l’image de la femme de l’autre monde, à la fois gardienne de la fontaine
et fille de la mer.
Néanmoins, il est nécessaire de noter un autre élément qui ressort du récit du puits
de Nechtan. En effet, l’eau semble à la fois eau et feu, créant une relation entre ces deux
éléments. Cette présence du feu dans l’eau revêt une grande importance dans le récit de
la ville d’Ys, puisque elle est détruite par submersion de cette même eau. Cette
ambivalence n’est sans doute pas sans lien avec le rapprochement possible entre la ville
                                               
34
Gwenc'hlan Le Scouëzec,  Guide de la Bretagne mystérieuse, Paris, Tchou, Les Guides noirs, 1966,
p. 223.
35
Christian-J. Guyonvarc’h et Françoise Le Roux, op. cit., p. 63.
36
Op. cit., p. 64.- 19 -
d’Ys et celles de Sodome et Gomorrhe, villes bibliques détruites par le feu. De plus,
Gomorrhe signifie « submersion, immersion » en hébreu. Cette valeur mythique double
de l’eau-feu que Georges Dumézil fait remonter à « l’Apām Napāt védique, lui-même
‘feu dans l’eau
37
’ » rend l’intégration de la ville d’Ys dans les annales chrétiennes bien
plus aisée.
Dans « La saison des rivières », première partie de Mythe et Epopée III, Georges
Dumézil expose donc les liens entre Nechtan et Apām Napāt, mais il y associe
également dans une troisième figure divine, Neptune
38
, issue cette fois ci de la culture
Romaine. Or, le chercheur présente un récit dont une variante présente quelques
similitudes intéressantes avec le récit de la ville d’Ys.
Amulius ou Allodius, petit-fils d’un « Tiberinus » et contempteur des dieux,
prétendait produire la foudre et le tonnerre à la manière de Salmonée ; alors la
pluie et la foudre descendit sur son palais tandis que l’eau du lac montait à une
hauteur inusuelle et  le submergeait avec tous les siens
39
.
Cette « variante albaine
40
» du « prodige du lac Albain
41
» présente donc le récit
de la destruction d’une ville, associée à une submersion, ce qui n’est pas sans rapport
avec Ys, mais cette version « se prolonge […] par le thème […] d’une ville ou d’un
monument submergé qui se laisse voir, par temps clair, au fond de l’eau
42
», un thème
qui se retrouve dans les variantes populaires du récit légendaire.
                                               
37
Georges Dumézil, op. cit., p. 1098.
38
Georges  Dumézil,  op. cit.,  pp. 1106-1114. Le comparatiste base ces rapprochements sur les
thématiques proches de ces divinités liées à l’eau et dont les récits  comparés présentent de nombreuses
similitudes, mais également sur les rapprochements linguistiques entre les formes indo-européennes
connues, le  napt- de  Napāt,  necht- de Nechtan, et la forme théorique  *nept- de  *Nept-o-no-s, le dieu
Neptune.
39
Op. cit., p. 1139.
40
Ibid.
41
Op. cit., pp. 1117-1134. Le récit raconte comment pour vaincre les Véiens, les Romains durent apaiser
la divinité associé aux Monts Albains qui, mécontente des services de magistrats romains non
rituellement créés, avait entrepris de faire déborder le lac Albain, au point que celui ce passa par-dessus
les montagnes, créant alors plus un fleuve qui descendit jusqu’à la mer.
42
Op. cit., p. 1140.- 20 -
Aujourd’hui encore,  […]  en un
certain point du lac, quand les eaux
baissent et que leur fond est calme, on
aperçoit des ruines de portiques et
d’autres vestiges d’habitation
43
.
Depuis, […] quand la mer est calme,
on aperçoit encore au fond de là baie
les restes de la grande cité, et les
dunes d'alentour sont pleines de
ruines qui prouvent sa richesse
44
.
Mais pour les auteurs de La Légende de la ville d’Is, les réécritures ultérieures de
ce mythe fondateur sont au mieux des adaptations qui dénaturent ou oblitèrent le mythe
de la femme de l’autre monde, au pire des hérésies pures et simples, car dénuées de tout
fond mythique. Mais s’ils étudient la ville d’Ys du point de vue de la mythologie
irlandaise, avec un soin et une rigueur scientifique, Françoise le Roux étant historienne
des religions et Christian-J Guyonvarc’h linguiste et philologue, la présente étude
abordera pour sa part la légende non pas d’un point de vue linguistique, ou
ethnologique, mais du point de vue de la création littéraire. Car si les sources
mythologiques sont manifestes, il faut convenir très vite qu’il ne semble pas y avoir de
mythe de la submersion d’Ys, tandis que la légende reste suffisamment éloignée du
mythe de la banshee, ou de celui du puits pour ne pas être réduite à cette seule
dépendance. Sa construction littéraire provient semble-t-il de la collision de plusieurs
mythes, contes et autres hagiographies, recomposés en légende.
CHAPITRE II : CREATION HAGIOGRAPHIQUE
C’est dans les hagiographies que la légende fait son apparition écrite, cela dit il
semble périlleux d’indiquer la date de l’œuvre dans laquelle elle paraît initialement, en
premier lieu parce que les données concernant cette information sont peu nombreuses et
contradictoires, quand elles ne sont pas simplement erronées. Quoi qu’il en soit, ces
premiers textes plantent le décor de Ker Ys, mettant en avant le personnage de Saint
Gwénolé, supposé fondateur de l’abbaye de Landévennec, qui exhorte Gradlon à faire
revenir vers le Christ les habitants de la cité dont les mœurs sont dissolues, invoquant la
colère de Dieu. Parfois, il s’agit de saint Corentin, que Gradlon nomme évêque à
                                               
43
Ibid.
44
Emile Souvestre, Le Foyer Breton, pp. 245-246.- 21 -
Quimper, et qui attire l’attention de  celui qu’il nomme ami sur les débauches des
habitants de la ville. Dans les deux variantes, après avoir prophétisé la destruction de la
cité pécheresse, l’un ou l’autre sauve Gradlon qui n’a pas renoncé à la crainte de Dieu,
et qui ne prenant pas part aux orgies d’Ys, sans parler des donations substantielles qu’il
offre à l’Eglise, fait figure de seul juste de la ville. Cette submersion de la ville d’Ys à
cause du courroux divin  la rapproche immédiatement de l’épisode biblique de la
destruction de Sodome et Gomorrhe par une pluie de feu
45
, deux villes anéanties par
Dieu pour leurs péchés
46
.  Ainsi, dans  La Vie de Saint Gwénolé, Abbé le Premier de
Landévennec, le saint homme fustige les habitants de la ville.
- Pour péché grand et odieux, ne l’avez-vous pas lu ?
De Sodome et Gomorrhe, la mer les dévora.
La foudre et le feu ensemble y descendirent,
Et avec surprise et effroi le feu violent les brûla
47
.
Mais ce châtiment divin n’est pas le seul rapprochement que l’on puisse faire avec
le récit biblique. En effet, dans les deux cas, un personnage pieux intercède pour tenter
de sauver la ville. Dans le récit biblique, il s’agit d’Abraham
48
, dans le récit légendaire,
de l’un des deux saints de la légende, Corentin ou Gwénolé, voir les deux. Dans les
deux cas, il y a dans la ville un homme que la corruption a épargné. Dans la Bible, il
s’agit de Lot, et dans la légende de la ville d’Ys du roi Gradlon. Dans les deux récits,
l’homme juste est sauvé par les forces divines. Dans le récit biblique, il s’agit de deux
anges, tandis que dans la submersion de la ville d’Ys il s’agit de l’un des deux saints
intervenants miraculeusement pour sauver le roi. Dans les deux cas, l’homme perd une
femme qui lui est proche. Lot perd sa femme qui se retourne pour regarder la cité, et qui
est transformée en statue de sel
49
, et de son côté, Gradlon perd sa fille lorsqu’elle est
                                               
45
Georges Dumézil a montré la relation étroite des éléments eau et feu dans  Mythe et épopée, Paris,
Edition Gallimard, 1995. Mythe et Epopée III : Première Partie, La Saison des Rivières, Chapitre Premier,
Le Puits de Nechtan. Une référence à laquelle Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h font
référence p. 61 dans La Légende de la ville d’Is, Editions Ouest-France, 2000, Chapitre II, le Thème de la
Submersion.
46
Dans la Bible, il est fait référence aux deux villes afin souligner la puissance de Dieu, certes, mais
surtout pour évoquer les mauvaises manières. Isaïe 1-9 et 1-10, p. 1494 dans  La Bible de Jérusalem,
Paris, Editions du Cerf, Fleurus, 2001 ; ou encore 23-14, p. 1646 Ibid.
47
Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h,  La Légende de la ville d’Is, Editions Ouest-France,
2000, Annexe II, La Vie de Saint Gwénolé, Abbé le Premier de Landévennec, p. 165.
48
La Bible de Jérusalem, Livre de la Genèse, 18-17 à 18-33, pp. 56-57.
49
« Or la femme de Lot regarda en arrière, et elle devint une colonne de sel. », op. cit., 19-26, p. 59.- 22 -
présente dans le récit. Mais le plus souvent dans ces versions hagiographiques, Dahud
n’apparaît pas ou est éclipsée, Gradlon est en quelque sorte victime passive des péchés
de la ville dont il est roi, tandis que les saints sont sur le devant de la scène.
Le second saint fréquemment associé à la légende est Saint Corentin, un
personnage particulièrement important puisqu’il s’agit de l’un des sept saints fondateurs
de la Bretagne.  Il apparait dans  la pièce de théâtre populaire à caractère fortement
hagiographique présentée en annexe par Le Roux et Guyonvarc’h dans leur ouvrage sur
Ys. Mais c’est dans Les Vies des Saints de la Bretagne Armorique par Albert Le Grand
vers 1636 que Saint Corentin est relié à Gradlon. Il est ainsi possible d’y lire la légende
d’un miracle accompli par Corentin pour Gradlon, miracle qui figure  également plus
tard dans L’Histoire de Bretagne
50
de Pierre Le Baud en 1638, puis dans de nombreuses
réécritures dont celle de Souvestre et de Charles Guyot. Ce miracle n’est autre qu’une
multiplication de victuaille et une conversion d’eau en vin, « l'eau qui avait été puisée
dans la cruche d'or se changea en un vin aussi doux que le miel et aussi chaud que le
feu, tandis que, de l'autre, le petit morceau de poisson se multiplia de manière à
rassasier deux fois plus de convives que le roi n'en avait à sa suite
51
» ce qui n’est pas
sans rappeler deux autres miracles du christianisme. On ne trouve pas d’allusion à cette
légende dans le Livaden Geris, ni dans Bran Ruz, même si le saint vieillard y occupe
une grande place. La sainteté de Corentin, mais surtout de Gwénolé est un élément fort
développé dans le mystère ainsi que dans la tragédie dont Christian-J Guyonvarc’h et
Françoise le Roux nous proposent la lecture. Dans La Vie de Saint Guénolé, Abbé, saint
Corentin ordonne Guénolé, le faisant abbé. Par ailleurs, la naissance de Gwénolé fait
dans les deux pièces l’objet d’une annonciation.
   
                                               
50
Dont le titre complet est : Histoire de Bretagne, avec les chroniques des maisons de Vitré, et de Laval
par Pierre Le Baud, chantre et chanoine de l'eglise collegiale de Nostre-Dame de Laval, tresorier de la
Magdelene de Vitré, conseiller & aumosnier d'Anne de Bretagne reine de France. Ensemble quelques
autres traictez servans à la mesme histoire. Et un recueil armorial contenant par ordre alphabetique les
armes  & blazons de plusieurs anciennes maisons de Bretagne. Comme aussi le nombre des duchez,
principautez, marquisats, & comtez de cette province. Le tout nouvellement mis en lumiere, tiré de la
bibliotheque de monseigneur le marquis de Molac, & à luy dedié: par le sieur d'Hozier, gentil-homme
ordinaire de la Maison du roy, & chevalier de l'ordre de sainct Michel.
51
Emile Souvestre, « variante cornouaillaise d’Emile Souvestre »,  in La Légende de la ville d’Is,
Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h, op. cit., Chapitre II, le Thème de la Submersion, p. 79.- 23 -
DEUX ANGES
Ici Fragan pur, sans tache,
Je t’apporte une éclatante nouvelle
Et je te salue d’abord.
Ton Roi le fils de Dieu qui te créa
T’envoya une grâce éclatante
Parce qu’il t’entendit, il n’y manqua pas.
Prépare-toi à aller, toi et ta Dame,
Toi et tes serviteurs par la mer profonde,
Comme il faut, jusque chez les bretons
Tu auras là un fils privilégié,
De ton épouse alors, toi et elle
Quand tu y seras arrivé,
Qui sera appelé Guénolé ;
Il sera baptisé dans la foi ;
Bienheureux ceux qui le croiront
52
.
L’ANGE, Chantant.
Ta femme aura un fils,
Qui sera appelé Gwénolé ;
Cet enfant sera béni,
Et l’ami du Créateur du Monde.
Tu le conduiras en occident,
A l’école, chez un homme savant :
Il est prédestiné par Dieu
Pour être sanctifié.
Il souffrira beaucoup de peine,
Dans ce monde, et fera pénitence ;
Il endurera beaucoup de tourment,
Pour triompher de l’esprit malin.
Va par la mer en [Armorique]
Gwénolé sera (le nom de) ton fils chéri ;
Il contentera ton esprit,
Il sera rempli de toutes les grâces
53
.
A ce duo classique du prince et du clerc, alliance du chef politique et du chef
spirituel que l’on retrouve  de manière récurrente dans la matière de Bretagne,
réminiscence de l’association du druide et du chef de clan de la civilisation celtique
54
,
s’ajoute le personnage de Dahud, pécheresse qui précipite le sort de la ville comme ce
sera le cas dans la plupart des réécritures où elle est présente. Figure anti chrétienne, elle
véhicule nombre des péchés capitaux. La luxure bien sûr, puisqu’elle guide la débauche
de la cité, mais aussi  l’acédie
55
puisque les églises l’ennuie, qu’elle se lasse de ses
amants successifs, et  sombrant dans l’oisiveté, elle  semble se désintéresser de tout,
trouvant tout fade. L’orgueil, puisque rien n’est jamais assez beau pour elle. En somme
elle ne semble souvent être présente que pour justifier la destruction de la ville, les
récits exhibant la femme pécheresse qui précipite Ys dans la débauche et le vice, pour
mieux magnifier les saints et le Roi Gradlon. L’existence historique d’un Gradlon est
                                               
52
Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h, op. cit., Annexe II, La Vie de Saint Gwénolé, Abbé le
Premier de Landévennec, pp. 135-136.
53
Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h, op. cit., Annexe III, La Vie de Saint Gwénolé, Abbé,
p. 223. Dans le texte, c’est Amérique qui est noté, et non Armorique.
54
Cet aspect de la civilisation celtique est abordé dans les trois ouvrages de Françoise Le Roux et
Christian-J Guyonvarc’h auquel ce mémoire se réfère, à savoir La Légende de la ville d’Is, La Civilisation
celtique et Les druides.
55
La paresse (morale), ou plus anciennement l’acédie est l’un des péchés capitaux. Il se manifeste certes
par la paresse au sens commun du terme, mais aussi par une indifférence religieuse. Venant de la fille
d’un roi chrétien, ce péché est loin d’être anodin.- 24 -
admise, mais le personnage en lui même est une création littéraire qui provient parfois
même de plusieurs sources, de plusieurs Gradlon historiques ou  imaginaires. Cette
fusion est un travers qui s’observe de manière bien plus affirmée dans les reprises
littéraires, mais qui n’en reste pas moins ancré dans une certaine réalité historique.


CHAPITRE III : HISTOIRE ET CHRONIQUES DE BRETAGNE
Ces mystères, ces hagiographies et ces récits mythiques ne sont pas encore
devenus légende. C’est dans l’histoire que la légende semble trouver le catalyseur de sa
genèse, faisant entrer la ville d’Ys sinon dans l’histoire, au moins dans les chroniques
historiques. Car si l’existence historique de la ville d’Ys, hautement improbable, n’est
nullement attestée, on n’en retrouve pas moins la trace dans plusieurs chroniques. « Les
habitants trouvent comme laissé de main à main qu'il y avait au même temps,
auparavant la venue des Ducs prés de Kemper-Corentin, une grande ville appelée Is, sur
le bord de la mer, laquelle ils disent avoir été submergée et couverte, le Roy Grallon
estant en icelle. De laquelle adventure il se sauva comme par miracle, se montrant
encore en ces lieux des ruines
56
» relate L’histoire de Bretagne, des Roys, Ducs, Comtes
et Princes d'icelle, de Bertrand d’Argentré, puis plus tard, Pierre Le Baud écrit que « La
grande cité d'Is située près de la grand'-mer, fut, pour les péchés des habitants,
submergée par les eaux issant de cette mer. Le Roy Grallon qui lors était en cette cité,
échappa miraculeusement : c'est à savoir par le mérite de saint Guénolé. Et dit-on que
encore appièrent les vestiges sur la rive qui de l'ancien nom de la cité, est jusqu'à
maintenant appelée Ys
57
».
Pour comprendre comment la légende  a pu se former, il est nécessaire de
s’intéresser à la situation de l’Armorique du V
e
au VI
e
siècle. En effet, plusieurs exodes
importants ont lieu au début et au milieu du V
e
siècle venant de la Bretagne insulaire
vers l’Armorique. Les immigrants apportent avec eux leur culture, leur religion, mais
aussi leurs princes et leurs chefs religieux. Comme  l’affirment Myles Dillon et  Nora
                                               
56
Bertrand d’Argentré, L'Histoire de Bretagne, des Roys, Ducs, Comtes et Princes d'icelle, Rennes, 1582,
p. 49.
57
Pierre Le Baud, Histoire de Bretagne, Paris, Gervais Alliot, 1638, p. 45-46.- 25 -
Kershaw Chadwik dans Les Royaumes celtiques, ce n’est pas « une troupe d’émigrants
fuyant sous la direction d’un chef spirituel élevé, mais c’est l’expansion politique de
peuples, organisés à partir de familles princières galloises régnantes, dont les droits, les
privilèges et la spiritualité entière sont confiés à la responsabilité de clercs instruits
58
».
Ce n’est  donc pas uniquement une fuite face aux pressions des Pictes, Scots, Jutes,
Angles et Saxons mais une installation qui a laissé de très nombreuses traces, dans les
toponymes, l’organisation  des paroisses et des pays bretons. De nombreuses légendes
bretonnes ont fait leurs apparitions, comme celle des sept saints fondateurs débarquant
de vaisseaux de pierre, et autres légendes des nombreux miracles de  ces sept
personnages au nombre duquel figure comme cela a été dit précédemment  saint
Corentin. Les deux pièces de théâtre présentées en annexe dans La Légende de la Ville
d’Is de Le Roux et Guyonvarc’h  se révèlent intéressantes, car elles font clairement
allusion aux invasions que subit la Grande Bretagne, mais parlent également de la
filiation qu’il y a entre les classes régnantes sur le continent et sur l’île. Ainsi dans le
mystère, Gradlon parle en ces termes de son cousin.
GRADLON
[…]
Humblement je le traiterai dans mon pays, quand il sera venu,
Mon cher aimable cousin arrivé dans ma terre
59
.
Puis, un peu plus tard, Gradlon et Fragan discutent de la fuite de l’île.
GRADLON
[…]
Ils descendent à terre
Est-elle vraie, la nouvelle que j’ai entendue,
Que toute la Grande-Bretagne vient d’être conquise
Et prise par les Saxons sur les bretons ?
FRAGAN
Gradlon, roi des Bretons, je prie le roi de ce monde,
Moi et mon épouse et mes gens, humblement, de vous saluer.
En parlant de cette nouvelle, seigneur, je pleure,
                                               
58
Myles Dillon, et  Nora Kershaw Chadwick, Les Royaumes celtiques, traduit de l’anglais par Christian-J
Guyonvarc'h et augmenté par Françoise Le Roux, Paris, Fayard, 1974, p. 82.
59
Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h, op. cit., Annexe II, La Vie de Saint Gwénolé, Abbé le
Premier de Landévennec, p. 143.- 26 -
Tant que je pense mourir quand j’en fais le récit
60
.
Il est possible d’observer ces mêmes éléments dans la tragédie. Acte II, scène 3.
Le théâtre représente l’île de Bréhat
Fragan, avec ses gens, arrive par un côté du théâtre,
le roi et sa suite entrent par l’autre côté.
GRADLON
Salut mon cousin, ma cousine et vos enfants,
Je vous rends mes respects, avec un amour sincère :
Contez-moi, je vous prie, la teneur de votre voyage :
La Grande-Bretagne est-elle toujours remplie d’outrage ?
FRAGAN
Hélas ! Mon cher cousin, roi des bretons,
Jamais vous n’avez vu autant de carnage
Comme il y en a en Grande-Bretagne, avec ces gens sans pitié :
Ils se massacrent tous les uns les autres,
Si bien que j’ai voulu m’éloigner, avec les miens ;
C’est pourquoi je vous adresse une demande :
Si vous êtes assez bon pour soulager notre misère,
Nous prierons Dieu pour vous, en tout temps
61
.
Ces deux  passages montrent  d’abord  que cette émigration à une importance
suffisante pour figurer en place de choix dans les deux  pièces de théâtre, d’autre part
que certaines valeurs religieuses ont bien voyagé en même temps que cet exode, et enfin
que cette migration ne se fait en direction d’une terre inconnue. La mer rapproche plus
qu’elle ne sépare, et le lien de parenté est clairement souligné dans les deux pièces.
Parallèlement à ces migrations, les rivages de l’Armorique subissent régulièrement
des inondations et raz-de-marée qui détruisent  épisodiquement en partie ou en totalité
les villages et villes côtières. Ce phénomène résulte d’une élévation du niveau de la mer
par rapport à la terre ferme, comme en témoignent les ruines aujourd’hui submergées de
diverses époques. Ces transgressions marines dites « flandriennes » n’ont sans doute pas
                                               
60
Op. cit., p. 145.
61
Françoise Le Roux et Christian-J Guyonvarc’h, op. cit., Annexe III, La Vie de Saint Gwénolé, Abbé,
p. 229.- 27 -
manqué de marquer les esprits, laissant leur trace dans la mémoire populaire, ce  qui
peut se constater par les nombreux récits de cités englouties. Nazado, Lexobie, Tolente
et bien d’autres encore, avec chacune leurs légendes basées sur des faits historiques. La
plus célèbre de ces villes englouties de Bretagne reste Ker Ys, dont aucune ruine
n’atteste la présence ni dans la baie de Douarnenez ni ailleurs, et qui pourtant reste
ancrée dans la tradition orale, comme dans la tradition écrite.  Dans son Histoire de
Bretagne, Bertrand d’Argentré  ajoute au sujet de la submersion de la cité légendaire
que « D'autres accidents, par semblables submersions, sont encore advenus ailleurs
62
».
Gilles Martin Chauffier propose avec une certaine désinvolture dans Le Roman de
la Bretagne la thèse que cette légende possède une certaine valeur étiologique en ce
qu’elle explique la création de l’Abbaye de Landévennec, ainsi que l’établissement de la
capitale de Cornouaille dans la cité de Quimper sous l’égide de la religion chrétienne et
plus spécifiquement de Saint Corentin, considéré comme l’un des sept saints fondateurs
de la Bretagne. Après avoir résumé la légende, il affirme ainsi que « Telle est du moins
la version que l’Eglise présente pour expliquer le raz de marée qui frappa le royaume de
Cornouaille et décida du transfert de la capitale à Quimper. Où tout rentra dans
l’ordre
63
».
Fusion de mythes celtiques anciens, de vie des saints magnifiés et de faits
historiques, la ville d’Ys est née de collisions de religions, de civilisations et de
catastrophes naturelles. S’établissant en légende des origines à plus d’un titre,  elle
marque durablement les esprits et demeure ainsi vivace tant dans la littérature orale
qu’écrite, connaissant ainsi maintes variantes jusqu’aux réécritures récentes. Mais cette
mise à l’écrit de textes anciens et de chants populaires n’est pas encore littérature, et de
la légende à l’œuvre, le chemin est encore long.
                                               
62
Bertrand d’Argentré, L'Histoire de Bretagne, des Roys, Ducs, Comtes et Princes d'icelle, Rennes, 1582,
p. 49.
63
Gilles Martin Chauffier, Le Roman de la Bretagne, Monaco, Éditions du Rocher, Le roman des lieux
magiques, 2008,  p. 50.

http://ker.morigan.free.fr/Cours/MASTER/Ys.pdf


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