dimanche 3 juin 2012

PISTES GÉNÉTIQUES POUR L'INDO-EUROPÉEN


L'indo-européen est un concept linguistique a priori irréductible à la génétique, on ne peut pas  vraiment prouver qu'une population, un groupe génétique, est le pendant du regroupement identifié par les linguistes. Il s'agit donc de pistes et non de preuves  même si la carte de répartition de l'haplogroupe  R1a vaut bien des discussions IE  (Indo-Européen):

300px-R1a1a distributionOn voit un groupe qui fait le pont entre l'inde et les pays slaves en passant par l'Iran. En Inde c'est le Sanskrit et les langues dérivées qui sont IE et l’idée  d'une origine unique est né de la comparaison avec, notamment, le vieux russe et les langues slaves. Ce sont des langues appartenant au même sous groupe, autrefois dites « Satem » alors que les autres langues sont du groupe « Centum ». Ces langues « Satem » sont le noyau des langues indo-européennes, alors que les langues du groupe Centum sont « satellites ».

260px-Centum Satem map


On constate que l'Europe de l'ouest parle des langues du groupe Centum. La division Ouest Est recoupe à peu près exactement une division génétique : à l'ouest le groupe R1b et à l'Est le groupe R1a. Voici une carte du groupe des R1b d'Europe de l'ouest qu'on doit comparer à la carte R1a ci-dessus :


Haplogroup_R1b.gif
La complémentarité saute aux yeux ainsi que le fait que l'aire des langues IE suit  le domaine R1a/ R1b. A partir de là nous allons être amenés à retracer l'histoire des R1a et R1b telle que la génétique le permet aujourd'hui. Les 2 groupes sont issus d'un même groupe R1, la séparation daterait d'environ 22 000 ans lors du dernier pic de glaciation au moment où 2 groupes de R1 se sont retrouvés séparés par les conditions climatiques et ont  évolué séparément. L'histoire, qui pourrait être simple : [R1a → Satem] et [ R1b → Centum]  se heurte à une origine génétique trop ancienne par rapport à ce qu'attend la linguistique. Il faudra donc envisager un scénario plus complexe et commencer par suivre nos 2 groupes maintenant individualisés. Ce sera en fait le prétexte d'une histoire limitée aux 2 groupes génétiques les plus fréquents en Europe.

Petit rappel : on désigne par haplogroupe un groupe génétique défini par un marqueur porté par le chromosome Y (ou l'ADN mitochondrial). Le chromosome Y n'est présent que chez les hommes et un père le transmet à son fils, un peu comme on transmet un bâton de relai. Les mutations qui ont pu se produire sont transmises et caractérisent un haplogroupe. Ainsi, les R1 (voir ci-dessus) sont identifiables par la présence de la mutation M173. Les R1a ont en plus la mutation M420 alors que les R1b ont, en plus de M173,  M343. On dira qu'un R1a est M173+, M420+ et M343- alors qu'un R1b est M173+, M420- et M343+. Comme on le constate sur ce petit exemple on garde la trace de l’origine (ici R1-M173).
D'autres mutations sont intervenues par la suite aussi bien chez les R1a que chez les R1b, et ce sont ces nouvelles mutations qui permettent de suivre les groupes dans leurs pérégrinations car on retrouve des individus (petits groupes) laissés en route, témoins de passage. La première carte est celle des mouvements R1a, les phases les plus anciennes étant, bien entendu, les moins bien établies :
On suit le tracé en brun, puis en mauve ; dernière phase en rouge.

Migration-R1a-copie-1.jpg
L'origine est incertaine mais il est assez bien établi que le premier groupe R1a a circulé dans la région des plateaux Iraniens, puis vers 8000 av. JC  il migre vers le Caucase et peut être l'Anatolie. Le passage dans les Balkans (Europe) se fait à cette époque. Puis, ce groupe se répand dans toute l'Europe ; on n'est qu'au tout début du néolithique et les R1a ont des concurrents. Des Balkans le groupe est poussé plus au nord vers la Pologne actuelle. Il y a de bonnes raisons d'associer les R1a à la culture  chalcolithique dite de la céramique cordée qui se développe en Europe du nord et repousse les autres peuples en progressant vers l'ouest. Cette progression vers l'ouest sera stoppée et, suite à un reflux vers l'Est il y a une  expansion jusqu'en Inde où le groupe est daté de 1500 av. JC (fin de l’âge du bronze). Plus de 60% des Brahmanes sont R1a et ce sont de proches cousins des Russes et Polonais R1a (confirmé par la génétique). En Inde les R1a sont majoritairement descendants  de la vague récente (1500 av. JC) mais on trouve aussi quelques cas  issus du premier passage au nord de l'Inde.


L’étude du groupe R1b réservait une surprise de taille. La carte ci-dessous est un peu moins précise sur les origines R1b, très discutées, mais probablement proches de R1a.

migration-R1b.pngLa présence au moyen orient des premiers R1b est bien établie, la surprise a été cette branche africaine, un rameau ancien caractérisé par une mutation spécifique (V88) ; il n’y a donc aucun doute, ce ne sont pas des descendants de colons européens.  Je vais rester un peu sur cette découverte récente (mais certaine) pour préciser ce qui a été établi jusqu’à présent et présenter d’autres cartes.

  La carte de droite schématise la scission (ancienne) au sein du groupe R1b primitif entre une branche V88 qui évolue ensuite en Afrique, mais pas seulement et on trouve des V88 dans plusieurs lignées juives (parmi les populations les plus testées). La zone en bleu est celle d’où partiront les vagues de migration vers l’Europe. Les Arméniens ont une forte proportion de ces R1b  (marqueur L23). La carte de séparation V88 / L23  est montrée ici à titre indicatif car il va falloir préciser cette division de R1b. Reste que la zone V88 a une certaine ressemblance avec la zone de diffusion des langues Chadiques, un groupe des langues Afro-asiatiques, donc pas indo-européen.



R-V88
V88-L389















Vous trouverez sur bien des sites web que R1b vient d’Anatolie. La vérité est qu’on ne sait pas si le passage vers les Balkans s’est fait via l’Anatolie ou via le Caucase mais il est certains que vers 3500 av. JC (il y a 5500 ans) une branche de R1b L23+, c'est-à-dire porteurs du marqueur L23 , apparaissent en Europe de l’Est et leur arrivée est liée semble-t-il au travail du cuivre (la génétique ne peut pas prouver le travail du cuivre, c’est l’aire de diffusion et la période qui le suggère).

Voici une carte de ces premiers R1b en Europe.
Busby ht35
Il y a eu une tentative d’implantation en Suisse et en Italie mais cette première vague semble avoir essuyé un blocage. La zone plus claire au dessus de la zone d’implantation de ces R1b est la zone d’expansion R1a, les 2 populations ne se mélangent pas bien ! Pourtant la zone de ces R1b correspond à la culture Yamna souvent proposée comme origine des Indo-européens. J’insiste, on peut focaliser sur ces premiers R1b européens grâce à des marqueurs spécifiques qui permettent de filtrer les européens de l’ouest correspondants à des phases de peuplement ultérieurs.
Je vais faire court sur la dernière phase de  « conquête » R1b. Elle correspond à la culture des vases Campaniformes qui se développe à partir de l’ouest de l’Europe dès 2800 av. JC au Portugal. Les R1b ont trouvé un moyen de contourner et d’aborder l’Europe par l’ouest. Un passage possible est : Italie du nord, Corse, Sardaigne, côte d’Afrique du nord puis sud de la péninsule ibérique par petites embarcations.
Soit les R1b parlaient une langue proche du Basque actuel et l’IE est venu des populations en place influencées par les R1a, soit la culture Yamna a acquis l’IE par un contact suivi avec leurs voisins cordés et la différence centum/ satem vient de ce que les nouveaux locuteurs ont introduit une prononciation altérée. Cette dernière approche qui semble la plus probable. Même si le détail n’est pas maîtrisé on aboutit à une description assez cohérente  de la linguistique, de la génétique.

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