mardi 15 mai 2012

Zoroastrisme en Chine



Journal de Téhéran
Zoroastrisme en Chine

A. Fâroughy


4 Mehr 1316
26 Septembre 1937
Nous commençons aujourd’hui un intéressant article de M. A. Faroughy sur la propagande religieuse zoroastrienne en Chine.
M. A. Faroughy fait partie de cette élite de jeunes iraniens, qui, conscients des responsabilités de l’heure présente travaillent de tout cœur pour la grandeur de leur patrie et l’idéal noble de leur souverain.
Cette étude qui tire au clair la propagation de notre culture nationale et le rayonnement de notre pensée contribuera à montrer une fois de plus combien notre génie créateur était apprécié dans tout l’Univers.
A l’aurore de sa propagation, le zoroastrisme est connu en Chine sous le nom de "pai houo" ou "adoration du feu".
Mais plus tard ce nom fut changé en celui de "hou hien" ou l’"adoration du ciel", et c’est sous cette dernière dénomination qu’on devra suivre dans la littérature chinoise - du moins pendant la dynastie T’ang (618-907 après J.-C.) et Song (960-1279) l’histoire de la propagande zoroastrienne au céleste Empire. Il semble que le caractère "hien" soit une abréviation du caractère "tien chen" (Esprit Céleste), cependant la prononciation a été changée en "hien" pour indiquer qu’il s’agit là d’un "Dieu" étranger.
En effet, dans le premier volume du livre de Yao Koan écrit sous le règne de Chaohino (1131) de la dynastie Nan Soung (méridionaux), on lit : "Mon frère aîné, Pecheno a examiné le caractère Hien ; il se compose du caractère "t’ien" ("ciel" ou "Esprit barbare"), sa Prononciation est "Hien"…
Dans les livres bouddhiques on l’appelle "Mosin Cheou Louo". Il vient de Perse sous le nom de Souloutche. Celui-ci eut un disciple nommé Siuentche qui étudia le bouddhisme, fut grand maître de la religion en Perse puis vint prêcher en Chine".
Mais la plus ancienne mention du zoroastrisme se trouve dans le livre Se.i.Pien.Nien.Pao [1] au cours de l’article consacré à la Perse : "Alors Zoroastre (composa) sa doctrine et établit sa religion, il est le sage de la Perse".
Cela nous prouve que la religion zoroastrienne a été connue de bonne heure en Chine.
Cependant, sa diffusion ne commencera réellement qu’après qu’elle sera promue en Perse au rang de religion d’Etat [2].
A partir de cette époque, la religion mazdéenne fera de grands progrès en Chine et quelques pagodes zoroastriennes seront édifiées.
Plus tard même, sous les dynasties (Nan) Leang et Pei Wei, elle devient à tel point florissante que "les souverains de la dynastie du Nord s’en font les adeptes".
A partir de l’avènement de la dynastie Pei Vei [3] les Chinois commenceront à "célébrer des cérémonies en l’honneur de l’esprit du ciel des peuples barbares".
Mais le caractère "hien" se trouve pour la première fois dans le dictionnaire de Yu. Pien [4] avec la prononciation "han" et la signification : "hou chen" (dieu des barbares).
Le zoroastrisme obtint souvent la faveur des souverains de la dynastie Heoutsi qui "assistaient aux cérémonies suivant la coutume des peuples barbares". [5]
Le roi Heou Tchou de la dynastie Heoutsi (576) [6] "sacrifia à des dieux qu’il ne faut pas honorer et alla même jusqu’à jouer du tambour et de danser en l’honneur du dieu des peuples barbares. A partir de cette époque, on trouve dans la ville de Ye beaucoup de pagodes superstitieuses ; jusqu’à nos jours sans interruption".
La religion zoroastrienne sera de la part des Chinois l’objet d’une faveur toute particulière. En effet, les pagodes des religions étrangères furent détruites à plusieurs reprises mais on épargna celles du zoroastrisme. "La Reine Langtaï [7] (516 ou 527) gravit la montagne de Sono Kao suivie de plusieurs centaines d’hommes ; arrivée au sommet elle détruisit toutes les pagodes superstitieuses mais elle épargna la pagode du "Dieu des peuples barbares".
Mais peu à peu, le zoroastrisme perdit du terrain en faveur de ses concurrents le manichéisme et le christianisme. De fait, ces deux dernières religions venues de Perse étaient également placées par les Chinois sous l’étiquette de "religion céleste persane".
Cependant que le manichéisme et le christianisme plus tolérants que le zoroastrisme traduisaient leurs ouvrages en Chinois et répandaient leurs propagandes dans la masse du peuple, le mazdéisme, de par l’essence même de sa doctrine, se défendait jalousement de devenir une religion non aryenne : aussi fit-elle bien moins d’adeptes parmi les Chinois, et son action en Chine consista simplement à élever des pagodes, organiser un service religieux, et offrir des sacrifices.
Néanmoins, la conquête de la Perse par les Arabes en 626 donna un nouvel élan au zoroastrisme en Chine. En effet, Pirouz (Pilou Se), le fils de Yazd-Guerd III (Yi Se-Se) se réfugia en Chine où on lui donna le titre de "Général des gardes militaires de droite" ; pendant son séjour, il fit construire "en 677, un temple mazdéen appelé Temple de la Perse". [8]
Au début des T’ang, les pagodes étrangères acquirent une telle importance qu’on dut établir un bureau officiel relevant du ministère des cultes et chargé de régler les affaires religieuses. "Le bureau de "Sapao" remonte probablement aux alentours de 621, il est encore mentionné en 731-741 et dura vraisemblablement jusqu’aux mesures de proscriptions de 843 et 845". [9]
Ces "sapao" ou officiers du culte, étaient choisis parmi les membres ecclésiastiques de la religion en question et responsables devant l’Empereur. Devera [10] identifie ce titre de sapao avec le syriaque Saba qui signifie "vieillard, ancien" et répond au prêtre.
D’autre part, les sources chinoises nous enseignent que sous les T’ang, les pagodes du culte de Zoroastre étaient nombreuses : 4 dans la capitale de l’Ouest, 2 dans celle de l’Est.
Dans le 3ème volume du livre Liang King-Sin Ki [11], on lit notamment : "Dans la capitale de l’Ouest au sud-ouest du quartier nommé Pou-Tchengi-Fang, se trouve une pagode du culte de Zoroastre. (Note : cette pagode fut construite la 4ème année du règne de Wou Te ; l’on y vénère le dieu des barbares occidentaux appelé Mou Cheou Louo dans le livre de Bouddha". Et plus loin : "Dans la capitale de Ho-Nan, il y a des pagodes de Zoroastre ; chaque année, des commerçants barbares viennent y demander le bonheur, offrent en sacrifice des porcs et des brebis au milieu des danses, de festins et au son de la musique. Après le sacrifice, l’un d’entre eux prenant un couteau se l’enfonce dans le corps, et après le festin, par l’effet de leur magie, il se trouve saint et sauf".
Plus loin : "Dans les deux capitales et dans les villes situées à l’ouest du désert, on signale la religion de Zoroastre. Deux fois par an, on fait des sacrifices mais les lois des Chinois leur défendent d’y prendre part".
"La quatrième année de l’Empereur Wou Te (dynastie des T’ang), on édifia des pagodes et on constitua des officiers du culte, il y eut affluence continuelle des barbares venant se livrer à leur culte, prenant du feu, faisant des imprécations et des prières".
En 845, l’Empereur Wou Tsoung [12], poussé par le Tao Che en particulier par Tchao, Kouei-Tchen, approuvé par Li-Te Yen, lança un édit de proscription contre les bouddhistes qui comptaient 260 500 bonzes et bonzesses, édit dans lequel furent englobés les sectateurs des religions étrangères, nestoriens, manichéens, etc.
"4 600 temples furent détruits dans les villes et 40 000 dans les campagnes". [13]
"On régla que les bonzes conservés dans l’Empire seraient sous la direction des Mandrins qui avaient soin des affaires des pays étrangers, parce que, disait l’ordre de l’Empereur, "la religion de Fo (Bouddha) est venue des Indes". [14]
D’après T’ong Kien, livre 248 : l’Empereur Hoei-Tchang, ne pouvant souffrir les bonzes et les bonzesses en tant que bouches inutiles, prescrivit que dans chacune des deux capitales il n’y aurait que deux pagodes et dans chacune des pagodes, 30 bonzes. Dans les grandes villes on ne pouvait conserver qu’une pagode ; dans les pagodes de première importance, 10 bonzes et dans celle de seconde importance, 5 bonzes.
Tous les autres bonzes ainsi que tous les autres ministres des religions Ta-Ts’in (christianisme) ; Mani et de Zoroastre auraient à "retourner dans le siècle".
De fait, l’ordre de l’Empereur était ainsi conçu : "Quant aux bonzes étrangers venus ici pour faire connaître la loi qui a cours en leur royaume, ils sont environ 3 000, tant de Ta-Ts’in que de Mou-Hou-Pa. Mon ordre est ainsi qu’ils retournent au siècle afin que dans les coutumes de notre Empire il n’y ait point de mélange". [15]
En effet, chaque prêtre était tenu à se procurer une licence d’exercer sa profession. Les successeurs de Wout-Soung atténuèrent beaucoup ces rigueurs, mais le régime de diplôme persistera.
Un texte Chinois assez récent nous dit :
"Au Nord de la capitale, il y a une pagode de Zoroastre. L’un des officiers du culte s’appelle Che-Che-Choang. Il déclare que tous ses ancêtres ont exercé la même charge. Il dit posséder 3 décrets de l’Empereur le confirmant dans cette charge ; le 1er de ces décrets lui fut donné par l’Empereur Hien-T’ong 3ème année de la dynastie T’ang (862) ; le 2ème par l’Empereur Hien-Tei 3ème année de la dynastie Tcheou (956), le 3ème par le même Empereur lors de la 5ème année (958) du règne des Tcheou.
Depuis l’époque des T’ang jusqu’à nos jours, le dieu Hien [16] reçoit continuellement des sacrifices dans la ville de Pien-Leag". [17]
Après la dynastie de Nan Soung nous ne trouvons plus dans la littérature chinoise aucune mention du zoroastrisme, ce qui laisse présumer qu’il a disparu de la Chine vers cette époque (IXe siècle après. J.-C.)

Notes

[1] L’année vingt et unième de l’Empereur Ling Wang (571- 545 av. J.-C.) de la dynastie des Tcheou (1122-256 av. J.-C.).
C’est à la 22ème année du règne de ce souverain (551 ou 552 av. J.-C.) qu’on place la naissance de K’oung Foutsen (Maître Koung) ou "Confucius".
[2] Les historiens chinois attribuent cet événement au roi de Perse qu’ils nomment "San Chan" corruption du mot "sâssân" aïeul commun des sassanides ; les Chinois désignent par là Ardéshir, le fondateur de la dynastie. Etant donné que les Chinois ont inscrit la date de 226, il semblerait plus raisonnable de placer la défaite d’Arbatan V en 224 et non pas en 226 ; comme certains auteurs l’on fait.
[3] Les Wei septentrionaux appartiennent à la période San Kouo (trois royaumes). Ils régnèrent pendant 40 ans (221- 265) dans le nord de la Chine, qu’ils partagèrent en 12 provinces ; leur cour était à Lo Yang dans le Honan.
[4] Dictionnaire écrit en l’an 543.
[5] Dans la Li-i-Tche, 7e volume du Soei-Chou.
[6] Texte cité par l’auteur Chinois Tchen-Yuen.
[7] La vie de la reine Langtaï, 13e volume de Wei-Chou (cf. le Peche vol.13)
[8] H. Cordier, Histoire générale de la Chine, T.I, p. 438.
[9] Pelliot dans Bullecol, Ext. Orient, 1903.
[10] J. Asiatique, 1898, p. 24.
[11] Cet intéressant ouvrage de Zei-Chou est complètement perdu ; de nos jours, seul de 3ème volume se trouve conservé au Japon dans le livre intitulé : I-Tsuen-Tsoung-Chou.
[12] Wou Tsoung (841-846) de la dynastie T’ang mourut à l’âge de 33 ans.
[13] Havret, Stile de Si-Nganfou, II, p.252.
[14] Gabriel, p. 226 texte cité par Cordier.
[15] Soulie, Hist. de la Chine, Paris, 1929.
[16] "Ciel" divinité zoroastrienne.
[17] Tchang-Pang-Ki.

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