mardi 22 mai 2012

Bataille de Moytura

Au cours de la bataille de Mag Tured (Moytura), les guerriers s'affrontent, dynamisés par les chants des bardes. Celui du camp des Fomoiré se nomme Loch et il est à demi-vert, des pieds jusqu'au sommet du crâne.


Dans la bataille de Mag Tured (Moytura), on voit apparaître Lug, dans des circonstances exceptionnelles. En prélude à la guerre, le roi Nuada donne une grande fête.
http://harter.audrey.free.fr/site%20mythologie%20celtique/lexiqueL1.htm
Le roi Nuada a perdu son bras dans la bataille de Mag Tured (Moytura) et, de ce fait, la royauté : un infirme ne pouvant régner. Diancecht le magicien lui fabrique une prothèse, mais son fils Miach réussit une greffe. Furieux et jaloux, Diancecht tue froidement son fils.

MOYTURA / MAG TURED / MAG TUIREADH
Célèbre champ de bataille de l'épopée irlandaise, dont le nom signifie "Pierres Levées".
Une première bataille se livre à Moytura (la plaine des Piliers), près de Cong, dans le comté actuel de Mayo entre les Túatha Dé Dánann et les Fomoiré. C'est lors de cette bataille que Nuada va perdre son bras et la royauté sur les Dé Dánann, qui sortent vainqueurs du combat.
La deuxième bataille s'engage dans la Moytura du Nord (plaine de Carrowmore, près de Sligo, dont les alignements constituent le groupe le plus imposant de pierres levées après Carnac). C'est une deuxième victoire des Túatha Dé Dánann mais leur puissance va vite décliner et ils vont être contraints de fuir à l'arrivée des Milésiens.
Tous ces évènements se passent à peu près à l'époque de la guerre de Troie.
L'histoire est une longue succession de conflits et la nouveauté des armes semble avoir une large part dans la victoire. Le bronze a eu raison de la pierre (les Fomoiré n'étant armés que de flèches et de haches de pierre), le fer et la cavalerie ont eu raison du bronze, l'armée organisée a eu raison des hordes barbares. Ces hordes ont, bien sûr, leurs héros, qui apparaissent, le plus souvent, comme des demi-dieux.
Parmi les champions des Tuatha de Danann, il y a le géant Dagda, le médecin Diancecht, le forgeron Goibné, le charpentier Luchté, l'athlèteOgma (inventeur de l'écriture oghamique), le poète Coipré et surtout Lug, l'artisan aux multiples talents.
Les Gaulois avaient la réputation de partir au combat à la fois dynamisés par des boissons enivrantes et par des chants de combat. Les bardes (ou vates) se chargeaient non seulement de composer des épopées à la fin des combats mais aussi des hymnes de guerre qu'ils récitaient dans le feu de l'action.
http://harter.audrey.free.fr/site%20mythologie%20celtique/lexiqueM1.htm


Le règlement du Tuatha Dé Danann - Tuatha Dé Danann sont les descendants d'un autre groupe de la graine dispersée de Nemed. Ils reviennent à l'Irlande du nord lointain, là où ils ont appris les arts foncés de la magie païenne et druidry, sur ou environ Mai 1. Ils contestent la propriété de l'Irlande avec le sapin Bolg et de leurs alliés dans la première bataille de Moytura (ou magnétique Tuired). Le Dé Danann sont victorieux et conduisent le sapin Bolg dans l'exil aux îles voisines. Mais Nuada, le roi du Dé Danann, perd son bras droit dans la bataille et est forcé de renoncer à sa couronne. Pendant sept années malheureuses le kingship est tenu par le Bres avant les modes de Dian Cécht de la sangsue de Nuada pour lui un bras argenté, et il est reconstitué. La guerre avec le Fomorians éclate et une bataille décisive est combattue : la deuxième bataille de Moytura. Nuada tombe à Balor de l'oeil mauvais, mais le petit-fils de Balor, Lugh du long bras, le tue et devient roi. Le Tuatha Dé Danann apprécient cent cinquante ans de règle ininterrompue.
http://wikipedia.qwika.com/en2fr/Lebor_Gab%C3%A1la_%C3%89renn

La Seconde Bataille de Moytura (extraits)

Cath Maige Turedh

Traduction Georges Dottin

Les tribus Dêdanann étaient dans les îles septentrionales du monde, apprenant la science, la magie, le druidisme, la sorcellerie et la sagesse, et les Dêdanann devinrent supérieurs aux savants ès arts des Gentils. Les quatre villes où ils apprenaient la science et le savoir diaboliques étaient Falias et Gorias, Murias et Findias. De Falias fut apportée la pierre de Fâl qui était à Tara ; elle criait sous chaque roi qui gouvernait l'Irlande. De Gorias fut apportée la lance qu'avait Lug; on ne gagnait pas de bataille sur celle ou sur celui qui l'avait en main. De Findias fut apporté le glaive de Nuada; personne ne lui échappait quand il était tiré de son fourreau guerrier et on ne lui résistait pas. De Murias fut apporté le chaudron de Dagdé; aucune compagnie ne s'en allait sans lui être reconnaissante. Il y avait quatre druides dans ces quatre villes : Morfesa à Falias, Esras à Gorias, Uiscias à Findias, Semias à Murias. Ce sont les quatrefili chez lesquels les tribus Dêdanann apprirent science et doctrine.
Puis les tribus Dé firent amitié avec les Fomoré, et Balor, petit-fils de Nêt, donna sa fille Ethné à Cian, fils de Diancecht. Ce fut elle qui mit au monde l'enfant de la victoire, Lug. Les tribus Dé vinrent avec une grande flotte en Irlande pour la prendre de vive force aux Hommes Bolg. Ils brûlèrent leurs vaisseaux aussitôt après avoir atteint le pays de Coreu Belgatan, aujourd'hui Connemara, pour n'avoir pas la pensée de s'en aller, et la fumée et la brume qui vinrent de leurs navires remplirent la contrée et l'air autour d'eux; c'est pourquoi on raconta qu'ils étaient venus dans des nuages de brume.
La bataille de Moytura fut livrée entre eux et les Hommes Bolg; les Hommes Bolg furent vaincus et cent mille d'entre eux moururent autour d'Eochaid, fils d'Ere, leur roi. C'est dans cette bataille que fut coupée la main de Nuada. Ce fut Sregg fils de Sengand qui la lui coupa, et Diancecht le médecin lui mit une main d'argent qui avait la force de n'importe quelle main, avec l'aide de Credné le forgeron. Cependant les tribus Dêdanann tombèrent en grand nombre dans cette bataille autour d'Edleo fils d'Alla, d'Ernmas, de Fiachra et de Turill Bicreo. Ceux des Hommes Bolg qui échappèrent s'enfuirent chez les Fomoré et s'établirent en Arann, en Islay, en Man et en Rathlin. Une discussion s'éleva au sujet de la souveraineté de l'Irlande entre les tribus Dé et leurs femmes, car Nuada n'était plus roi depuis qu'il avait la main coupée. On dit qu'il convenait de remettre la royauté à Bress fils d'Elatha, leur beau-fils; lui donner la royauté nouerait amitié avec les Fomoré, car son père, Elatha, fils de Delbaeth, était roi des Fomoré.
Voici comment Bress avait été conçu. Une femme de chez eux, un jour, regardait la mer et la terre, de la maison de Maeth Scian; c'était Eri, fille de Delbaeth, et elle vit la mer pleine de calme comme eût été une planche tout unie. Comme elle était là, elle vit ensuite quelque chose : il apparut un navire d'argent dans la mer; la taille lui en parut grande, mais elle n'en distinguait pas la forme, et le courant des flots le porta vers la terre. Alors elle vit qu'il y avait un homme de la plus grande beauté. Une chevelure d'or tombait sur ses épaules; un manteau avec des bandes de fil d'or l'enveloppait; sa tunique avait des broderies de fil d'or; sur sa poitrine était une broche d'or où brillaient des pierres précieuses; il avait deux javelots argentés avec deux hampes de bronze poli, et cinq colliers d'or autour du cou, un glaive à poignée d'or avec cercles d'argent et bossettes d'or. L'homme lui dit : " Est-ce le bon moment pour s'unir à toi?
" Je ne t'ai pas donné rendez-vous, dit la femme.
- Viens au rendez-vous ", dit-il.
Alors ils s'étendirent. Puis la femme pleura quand l'homme se leva. " Pourquoi pleures-tu? dit-il.
- J'ai deux raisons pour pleurer, dit la femme; je me sépare de toi malgré notre rencontre. Les beaux fils des tribus Dêdanann m'ont désirée, et mon désir est en toi depuis que tu m'as possédée.
- Je vais t'ôter tout souci à ces deux propos ", dit-il.
Il tira son anneau d'or de son doigt du milieu, le lui mit dans la main et lui dit de ne point s'en séparer, par vente ou par don, sinon pour celui au doigt duquel il irait.
" J'ai un autre chagrin, dit la femme; je ne sais qui est venu vers moi.
- Tu ne l'ignoreras pas, dit-il. Celui qui est venu vers toi est Elatha, fils de Delbaeth, roi des Fomoré. De notre union tu auras un fils et on ne lui donnera pas d'autre nom que Eochaid Bress, c'est-à-dire Eochaid le beau, et tout ce que l'on voit de beau en Irlande, champ, château, bière, chandelle, femme, homme, cheval, c'est à ce fils qu'on le comparera et l'on en dira : c'est un bress. "
Alors l'homme s'en alla par où il était venu; la femme retourna en sa demeure et telle fut cette conception illustre.
[L'enfant que Eri met au monde se développe avec une grande rapidité. A sept ans, il avait l'air d'avoir quatorze ans. Quand il fut devenu roi d'Irlande, les Fomoré, que le conteur identifie aux Scandinaves, frappèrent l'Irlande de lourds impôts. Bress, d'autre part, mécontenta les gens par son avarice, et les tribus Dêdanann exigèrent qu'il abdiquât. Il demanda un délai et en profita pour aller demander le secours des Fomoré. Ceux-ci le lui promirent dès que, grâce à l'anneau que lui avait remis sa mère, il se futfait reconnaître par son père Elatha. Le conteur coupe ce récit de trois épisodes où il présente les champions des Dêdanann : le géant Daqdé, le médecin Diancecht, l'athlète Ogmé, le poète Coirpré, le multiple artisan Lug, qui est à la fois charpentier, homme fort, harpiste, guerrier, poète, magicien, médecin, échanson, bronzier et joueur d'échecs. Nuada charge Lug des préparatifs de guerre. Au bout de sept ans, l'armée des Dêdanann est prête; elle compte trois fois six mille hommes. Dagdé, dans un épisode comique, va dans le camp des Fomoré qu'il amuse par sa gloutonnerie. Les deux armées se mettent en ligne.]

Les Fomoré marchèrent jusqu'à ce qu'ils fussent, le dixième jour, en Scetné. Les hommes d'Irlande étaient à la Plaine de la Cachette. Les deux armées engageaient la lutte.
" Les hommes d'Irlande osent nous livrer bataille! " dit Bress fils d'Elatha à Indech fils de Dêdanann.
" Je la livre aussitôt, dit Indech, de sorte que leurs os rapetisseront s'ils ne paient pas tribut. "
Les hommes d'Irlande décidèrent, dans un conseil, de ne pas laisser Lug aller au combat, à cause de sa science. Ses neuf pères nourriciers vinrent le garder; c'étaient Tollusdam, Echdam, Era, Rechtaid le beau, Fosad, Fedlimid, Ibor, Scibar, Minn. Ils craignaient une mort prématurée pour un guerrier si bien doué; aussi ne le laissèrent-ils pas aller au combat.
Les nobles des tribus Dêdanann s'assemblèrent chez Lug. Celui-ci demanda à son forgeron Goibné quel haut fait il pouvait accomplir pour eux.
" Ce n'est pas difficile, dit-il. Quand même les hommes d'Irlande seraient en guerre pendant sept ans, pour chaque javelot qui se détacherait de sa hampe ou chaque glaive qui se brisera, je fournirai une arme nouvelle à sa place. Aucune pointe faite de ma main, dit-il, ne manque son coup. Aucune peau où elle pénètre ne goûte désormais la vie. Dolb, le forgeron des Fomoré, n'en fait pas autant. je suis tout prêt pour la bataille de Moytura.
- Et toi, ô Diancecht, dit Lug, quel haut fait pouvez-vous accomplir en vérité?
- Ce n'est pas difficile, dit-il; quiconque aura été blessé, à moins qu'on ne lui ait coupé la tête, tranché la membrane du cerveau ou la moelle, je le rendrai sain et sauf à la bataille le lendemain.
- Et toi, ô Credné, dit Lug à son bronzier, quel sera ton haut fait dans la bataille?
- Ce n'est pas difficile, dit Credné; rivets de javelots, poignées de glaives, bossettes de boucliers, et bordures, je les leur fournirai tous.
- Et toi, ô Luchté, dit Lug à son charpentier, quel sera ton haut fait dans la bataille?
- Ce n'est pas difficile, dit Luchté; tous les boucliers et les bois de lance qu'il faudra, je les leur fournirai tous.
- Et toi, ô Ogmé, dit Lug à son homme fort, quel sera ton haut fait dans la bataille?
- Ce n'est pas difficile, dit-il : repousser le roi et repousser trois neuvaines de ses amis et gagner le tiers de la bataille, avec les hommes d'Irlande.
- Et toi, ô Morrigane, dit Lug, quel haut fait?
- Ce n'est pas difficile, dit-elle; ce que je poursuivrai, je l'atteindrai, ce que je frapperai aura été frappé, ce que je couperai sera lié.
- Et vous, ô sorciers, dit Lug, quel haut fait?
- Ce n'est pas difficile, dirent les sorciers; la plante de leurs pieds blanchira quand ils auront été terrassés par notre art, jusqu'à ce que leurs champions meurent privés des deux tiers de leur force par une rétention d'urine.
- Et vous, ô échansons, dit Lug, quel haut fait?
- Ce n'est pas difficile, nous leur donnerons une grande soif et ils ne trouveront pas de boisson pour l'étancher.
- Et vous, ô druides, dit Lug, quel haut fait?
- Ce n'est pas difficile, dirent les druides; nous amènerons des pluies de feu sur les faces des Fomoré, en sorte qu'ils ne pourront plus regarder en haut et qu'ils succomberont sous la force des guerriers qui se battront avec eux.
- Et toi, ô Coirpré fils d'Etan, dit Lug à son poète, quel sera ton haut fait dans la bataille?
- Ce n'est pas difficile, dit Coirpré; je ferai contre eux le qlam dicinn, et je les sati riserai et les déshonorerai en sorte qu'ils ne résisteront pas à nos guerriers, par la magie de mon art.
- Et vous, ô Bechullé et Dianann, dit Lug à ses deux sorcières, de quel haut fait êtes-vous capables dans la bataille?
- Ce n'est pas difficile, dirent-elles; nous ensorcellerons les arbres, les pierres et les mottes de terre, qui leur apparaîtront comme une troupe en armes et les mettront en déroute, pleins d'horreur et d'angoisse.
- Et toi, ô Dagdé, dit Lug, quel haut fait pourras-tu accomplir contre l'armée des Fomoré dans la bataille?
- Ce n'est pas difficile, dit-il; je me mettrai du côté des hommes d'Irlande tant pour frapper et détruire que pour ensorceler. Aussi nombreux que les grêlons sous les pieds des chevaux seront leurs os sous ma massue là où vous vous rencontrerez avec les ennemis, en mouvement sur la plaine de Moytura. "
Ainsi Lug s'entretint tour à tour avec chacun d'eux au sujet de leurs talents; il réconforta et harangua l'armée en sorte que chaque homme eut de cette manière la mentalité d'un roi ou d'un prince. Tous les ours, la bataille s'engageait entre des clans de Fomoré et des tribus Dêdanann; il n'y avait point de roi ni de prince à y prendre part, mais seulement des gens ardents et téméraires. Les Fomoré s'étonnaient de ce qui leur arrivait dans la bataille. Leurs armes, c'est-à-dire leurs javelots et leurs glaives, se détérioraient et ceux de leurs gens qui étaient tués ne revenaient pas le lendemain. Il n'en allait pas de même des tribus Dé, car si leurs armes étaient détériorées aujourd'hui, elles étaient refaites le lendemain, parce que le forgeron Goibné était dans la forge à fabriquer des épées, des javelots et des javelines; il faisait ces armes en trois coups. Le charpentier Luchtainé fabriquait les hampes en trois coups; le troisième coup les polissait et les faisait entrer dans la douille du javelot; quand les armes étaient posées à côté de la forge, il lançait les anneaux sur les hampes; il n'était pas nécessaire de les ajuster de nouveau. Alors Credné le bronzier fabriquait les clous en trois coups et il jetait les anneaux dessus et il n'était pas nécessaire de les ajuster, et ils tenaient ainsi. Voici maintenant comment on redonnait la chaleur aux guerriers qui étaient tués, en sorte qu'ils étaient pleins de vie le lendemain - Diancecht, ses deux fils et sa fille, Ochtriuil, Airmed et Miach chantaient un charme sur la fontaine appelée Santé. Ils y jetaient les hommes mortellement blessés qu'ils soignaient, et c'était vivants qu'ils en sortaient. Les blessés guérissaient par la vertu du chant des quatre médecins qui étaient autour de la fontaine. Ce fut su des Fomoré et ils dirent à l'un d'eux d'aller voir les bataillons et les armements des tribus Dé; ce fut Ruadan, fils de Bress et de Brig fille de Dagdé; il était donc fils et petit-fils de Tuath Dé. Il revint rapporter aux Fomoré ce que faisaient le forgeron, le charpentier, le bronzier et les quatre médecins qui étaient autour de la source. On l'envoya de nouveau pour tuer l'un des artistes, Goibné. Il demanda à celui-ci un javelot, au bronzier des clous, au charpentier une hampe. On lui donna ce qu'il disait. Il y avait une femme qui aiguisait les armes, c'était Cron, mère de Fianlug, et ce fut elle qui aiguisa le javelot de Ruadan. Le javelot fut donné à Ruadan par un chef, aussi donne-t-on encore en Irlande le nom de javelot de chef aux ensouples. Quand il eut reçu le javelot, Ruadan se retourna et blessa Goibné. Celui-ci arracha le javelot et le jeta sur Ruadan qui fut percé de part en part et mourut, en présence de son père, dans l'assemblée des Fomoré. Brig vint pleurer son fils. Elle cria d'abord et se lamenta ensuite; ce fut la première fois que l'on entendit en Irlande des pleurs et des cris...
Goibné alla à la fontaine et fut guéri. Il y avait chez les Fomoré un jeune guerrier, Octriallach fils d'Indech, fils de Dêdomnann, fils du roi des Fomoré. Celui-ci dit aux Fomoré de prendre chacun une pierre de la rivière Drowes et de la mettre sur la fontaine Santé dans le champ d'Abla, à l'ouest de Moytura et au nord du lac Arboch. Il y allèrent et chacun mit une pierre sur la fontaine. On appelle ce tas de pierres Tertre d'Octriallach. La fontaine porte un autre nom, Lac des herbes, parce que Diancecht y avait mis un brin de chaque herbe qu'il y a en Irlande. Quand vint donc le rassemblement pour la grande bataille, les Fomoré sortirent hors de leur camp et formèrent des bataillons solides et indestructibles. il n'y eut parmi eux chef ni bon soldat sans haubert sur la peau, sans casque sur la tête, sans lance d'armée dans la main droite, sans glaive bien aiguisé à la ceinture, sans bouclier solide sur l'épaule. C'était frapper la tête contre un rocher, mettre la main dans un nid de serpents, ou la figure dans le feu que d'attaquer l'armée des Fomoré ce jour-là. Voici les rois et les princes qui étaient la force de l'armée des Fomoré : Balor fils de Dot fils de Nêt, Bress fils d'Elatha, Tuiré Tortbuillech fils de Lobos, Goll et Irgoll, Loscennlom fils de Lomgluinech, Indech fils de Dêdomnann, roi des Fomoré, Octriallach fils d'Indech, Omna et Bagna, Elatha fils de Delbaeth. Les tribus Dêdanann se levèrent de leur côté; ils laissèrent leurs neuf camarades à garder Lug et ils allèrent livrer bataille. Quand le combat fut engagé, Lug échappa à sa garde, monta sur son char et se,rendit sur le front des tribus Dé. Alors eut lieu une rencontre violente et rude entre les clans des Fomoré et les hommes d'Irlande. Lug encourageait les hommes d'Irlande : " qu'ils menassent fortement la bataille pour ne pas rester en esclavage plus longtemps, car il vaudrait mieux pour eux trouver la mort en défendant leur patrie que d'être en esclavage et de payer tribut comme ils le faisaient ". Et Lug chanta ce poème
Il se lèvera une bataille, etc.
Les armées jetèrent une grande clameur en allant au combat; elles se rencontrèrent, et chacun se mit à frapper l'autre. Beaucoup de beaux hommes tombèrent là dans l'étable de la mort. Il y eut un grand carnage et des pierres tombales. L'honneur et la honte furent là côte à côte; il y eut colère et férocité; d'abondants flots de sang coulaient sur la peau blanche des tendres guerriers qui en venaient aux mains avec des forts, s'exposant au danger par émulation. Il y eut un grand fracas et tohu-bohu des héros et des braves défendant leurs javelots, leurs boucliers et leurs corps, pendant que les autres les frappaient à coups de javelots et de glaives. Rude était le tonnerre qui grondait le long de la bataille : cri des guerriers, fracas des boucliers, éclat et sifflement des glaives et des épées à dents; la musique et le cliquetis aigu des carquois, le mugissement du vol des dards et des javelines, le craquement des armes. Peu s'en fallait que les bouts des doigts et les jambes ne se rencontrassent dans le choc, en sorte qu'ils tombaient de leur haut tant le sol était glissant sous les pieds des soldats à cause du sang répandu, et qu'ils s'entrechoquaient les têtes en s'asseyant. Il s'éleva un combat dur, effrayant, lamentable, sanglant, et la rivière d'Unnsenn charriait les cadavres des ennemis. Ce fut alors que Nuada à la main d'argent et Macha fille d'Ernmas tombèrent sous les coups de Balor petit-fils de Nêt. Cassmael tomba sous les coups d'Oct'riallach fils d'Indech. il y eut une rencontre entre Lug et Balor à l'oeil perçant. Celui-ci avait un oeil pernicieux; cet oeil ne s'ouvrait que dans le combat. Quatre hommes soulevaient la paupière avec un croc bien poli qu'ils passaient dans la paupière. L'armée qui regardait cet oeil ne pouvait résister, fût-elle de plusieurs milliers d'hommes. Voici d'où venait son poison : les druides de son père faisaient cuire des charmes; Balor survint et regarda par la fenêtre, en sorte que la fumée de la préparation l'atteignit et que le poison de la préparation alla dans son oeil. Lug et lui se rencontrèrent.
[Suit un dialogue inintelligible.]
" Lève-moi la paupière, garçon, dit Balor, que je voie le bavard qui me parle. "
On lève la paupière de l'oeil de Balor. Alors Lug lui lança une pierre de fronde qui lui fit sortir l'oeil à travers la tête. Son armée même regardait; l'oeil tomba sur l'armée des Fomoré et trois neuvaines tombèrent à côté; leur crânes heurtèrent la poitrine d'Indech fils de Dêdanann, et un flot de sang jaillit sur ses lèvres.
" Qu'on m'appelle, dit Indech, Loch le demi-vert, mon poète " (il était à demi vert, depuis le sol jusqu'au sommet de la tête).
Celui-ci arriva : " Trouve- moi, dit Indech, celui qui m'a envoyé ce coup-là. "
[Indech, Loch et Lug s'entretiennent en une langue incompréhensible. ]
Alors la Morrigane fille d'Ernmas vint les exciter et se mit à encourager les tribus.Dê, pour qu'ils combattissent avec force et ardeur : Et elle chanta ce lai
Les rois se lèvent pour le combat, etc.
La bataille se changea alors en déroute et les Fomoré se replièrent jusqu'à la mer. Ogmé fils d'Elatha, l'homme fort, et Indech fils de Dêdanann, roi des Fomoré, tombèrent ensemble. Loch le demi-vert demande merci à Lug.
" Accorde-moi mes trois souhaits ! dit Lug.
- Soit, dit Loch. J'écarterai d'Irlande à jamais les ravages des Fomoré, et ce que j'ai de langue guérira, jusqu'à la fin du monde, toute indisposition. "
Ainsi Loch fut épargné. Alors il chanta aux Gaëls l'ordre de s'arrêter :
Que fassent halte les chars, etc.
Loch dit que, par sa rançon, il dénommerait les neuf chars de Lug. Lug lui dit de les dénommer. Loch répondit et dit : Luachta, Anagat, etc.
" Une question : quels sont maintenant les noms des cochers?
- Medo, Medon, Moth, etc.
- Quels sont les noms des baguettes qu'ils avaient à la main?
- Ce n'est pas difficile : Fes, Res, Roches, etc.
- Quels sont les noms des chevaux?
- Can, Doriadha, etc.
- Une question : quel est le nombre des tués? dit Lug à Loch.
- Je ne sais pas le nombre des plébéiens et du vulgaire. Si c'est le nombre des seigneurs, des nobles champions, des fils de rois et des grands-rois des Fomoré, je le sais : cinq mille soixante-trois, deux mille cent cinquante, quatre-vingt mille quarante-cinq, cent soixante-huit, quatre-vingt-sept, quatre-vingt-six, cent soixante-cinq, quarante-deux; autour du petit-fils de Nêt, quatre-vingt-dix. Voilà le nombre des grands-rois et des seigneurs fomoré qui tombèrent tués dans la bataille. Si c'est le nombre des plébéiens, des roturiers, de la racaille et des gens de tout métier en outre qui accompagnaient la grande armée (car tout champion, tout prince et tout grand-roi des Fomoré est venu à la bataille avec son peuple et tous, libres et esclaves, ont succombé), je ne compte que quelques-uns des esclaves des grands-rois. Voici le nombre que j'ai relevé de ceux que j'ai vus : sept cent vingt-sept, cinquante-sept, deux cent cinquante, deux cent vingt, quarante autour de Sab à-la-tête-d'agneau fils de Coirpré Cole, fils d'une esclave d'Indech fils de Dêdanann (fils d'un esclave du roi des Fomoré). Si c'est ceux qui tombèrent en outre, demi-hommes et troupe roturière, tous ceux qui n'ont pas atteint le coeur de la bataille, d'ici qu'on ne compte les étoiles du ciel, le sable de la mer, les grains de neige, la rosée sur la prairie, les grêlons, l'herbe sous les pieds des chevaux, et les chevaux du fils de Lêr dans une tempête, on ne pourra les compter.
Ensuite on trouva Bress fils d'Elatha en danger. Il dit :" Mieux vaut m'épargner, dit-il, que me tuer.
- Qu'est-ce qui en résultera? dit Lug.
- Les vaches d'Irlande auront toujours du lait, dit Bress, si vous m'épargnez.
- Je demanderai à nos sages, répliqua Lug.
Alors Lug alla trouver Maeltné au-grand-jugement et lui dit : " Épargnera-t-on
Bress pour que les vaches d'Irlande aient toujours du lait?
- Non, dit Maeltné, il ne peut rien sur leur vie ni leur production, s'il peut leur assurer du lait tant qu'elles vivront. "
Lug dit à Bress : " Ce n'est pas cela qui te sauvera; tu ne peux rien sur leur vie ni sur leur production, bien que tu puisses assurer du lait. "
Bress dit : Forbotha ruada roicht Mailtne.
" Y a-t-il autre chose à te sauver, ô Bress? dit Lug.
- Oui, certes : dis à vos juges que vous aurez une moisson par saison, pour m'épargner" Lug dit à Maeltné :
" Épargnera-t-on Bress, s'il assure aux hommes d'Irlande une moisson de blé chaque saison?
- Voici ce qui nous convient, dit Maeltné : le printemps pour labourer et pour semer; le commencement de l'été pour achever et fortifier le blé, le commencement de l'automne pour finir de le mûrir et pour le couper; l'hiver pour le manger. "
- Cela ne te sauve pas, dit Lug à Bress.
Forbotha ruada roicht Mailtne, dit-il.
- Moins que cela te sauvera, dit Lug.
" Quoi? dit Bress.
- Comment laboureront, comment sèmeront, comment moissonneront les hommes d'Irlande? C'est après qu'on saura ces trois choses qu'on t'épargnera.
- Dis-leur qu'ils labourent le mardi, qu'ils mettent la semence dans le champ le mardi, qu'ils moissonnent le mardi. "
Bress fut relâché par suite de cette ruse.
Ce fut à cette bataille que Ogmé, l'homme fort, trouva Orné, le glaive de Téthra, roi des Fomoré. Ogmé le dégaina et le nettoya. Alors le glaive raconta ce qu'il avait fait (car les glaives en ce temps-là avaient coutume, une fois dégainés, de faire connaître les exploits qui avaient été accomplis par eux; aussi les glaives ont-ils droit au tribut de nettoyage après qu'ils ont été dégainés, et c'est pour cela qu'il y a des charmes dans les épées depuis lors; c'est pourquoi aussi les démons parlaient par les armes en ce temps-là; les armes étaient alors adorées par les hommes et les armes servaient de sauvegarde à cette époque). C'est à propos de glaive que Loch le demi-vert a chanté le lai Admell maorna uath, etc.
Puis Lug, Dagdé et Ogmé poursuivirent les Fomoré; car ils avaient emmené avec eux le harpiste de Dagdé, qui s'appelait Uaitné. Ils arrivèrent à la salle de banquet où étaient Bress fils d'Elatha et Elatha fils de Delbaeth. Là était la harpe sur la muraille. C'est la harpe sur laquelle Dagdé avait fixé les mélodies, de sorte qu'elles ne se faisaient entendre que par son ordre. Dagdé l'appela et dit
Viens, Table-de-chêne;
Viens Air-aux-quatre-coins.
Viens, été; viens, hiver;
bouches de harpes, de musettes et de tuyaux!
(Cette harpe avait deux noms : Table-de-chêne et Air-aux-quatre-coins.)
Alors, la harpe se détacha de la muraille, tua neuf hommes et vint à Dagdé. Et celui-ci leur joua les trois airs par lesquels se distingue un harpiste : l'air du sommeil, l'air du rire, l'air de la plainte. Il leur joua l'air de la plainte et leurs femmes larmoyantes pleurèrent. Il leur joua l'air du rire et leurs femmes et leurs fils se mirent à rire. Il leur joua l'air du sommeil et l'armée s'endormit. Ainsi, tous les trois s'échappèrent sains et saufs, bien que les Fomoré voulussent les tuer.
Dagdé emmena avec lui les bestiaux, grace au mugissement de la génisse qu'on lui avait donnée pour son travail; car, quand elle appela son veau, tout le bétail d'Irlande que les Fomoré avaient exigé comme tribut se mit à paître.
Après la déroute et le nettoyage du champ de carnage, Morrigane fille d'Ernmas partit annoncer cette bataille et la grande victoire qui était survenue aux royales collines d'Irlande, aux troupes de fées, aux grandes eaux et aux embouchures. C'est depuis lors que la Corneille a raconté les hauts faits. - " Tu n'as pas d'histoire? " lui disait chacun. [Et elle chantait :]
Paix au ciel,
ciel à terre,
monde sous ciel,
force à chacun, etc.
Puis elle prophétisa la fin du monde et elle prédit tous les maux qu'il y aurait, toutes les épidémies et toutes les vengeances, et elle chanta ce lai :
Je ne verrai pas un monde qui me plaira
été sans fleurs,
bétail sans lait,
femmes sans pudeur,
hommes sans courage,
captures sans roi...,
arbres sans fruits,
mer sans produit.
Vieillards aux jugements faux,
fausses maximes des juges;
traître tout homme,
voleur tout fils;
le fils ira dans le lit de son père;
le père ira dans le lit de son fils;
chacun sera le beau-frère de son frère...
temps mauvais!
le fils trompera son père;
la fille trompera sa mère.

création : 12/03/2006
Sources : Georges Dottin, L'Épopée irlandaise

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire