mardi 17 avril 2012

L'Arbre des Sephiroth

Description des Sephiroth
Les sephiroth sont des facteurs agissant dans l'homme et dans l'univers à tous les niveaux. Selon le niveau sur lequel on se place, les sephiroth sont vues comme des concepts, des attributs divins, des types de forces, des niveaux de conscience, des processus à l'oeuvre dans des structures vivantes (le corps humain par exemple mais aussi l'Histoire), des qualités, des perceptions particulières de la réalité. Les sephiroth sont des voiles masquant la divinité et des principes actifs maintenant l'illusion du monde.

Les diagrammes suivants montrent la translittération usuelle (à gauche) des noms hébreux des sephiroth (à droite). Cette façon d'écrire les sephiroth se retrouvent dans beaucoup d'ouvrages kabbalistiques. Elle ne reflète pas forcément la façon de prononcer le mot hébreu (ainsi Chokmah, la deuxième séphire, se prononce généralement "hormah", Chesed "essed", etc).
Ces diagrammes montrent la disposition des sephiroth pour représenter le MACROCOSME (l'univers). Pour illustrer le MICROCOSME (l'homme), l'Arbre pivote sur son axe : ainsi Chokmah échange sa place avec Binah, Chesed avec Geburah, Netza'h avec Hod, les quatre autres sephiroth ne bougent pas. Ce basculement de l'arbre sur son axe est une illustration du principe d'inversion.

La multiplicité des significations des sephiroth, suivant le niveau sur lequel on se place (macroscosmique, microcosmique), se reflète dans la diversité des noms et des symboles associés à chaque sephirah.

Les tableaux suivants décrivent brièvement les sephiroth en indiquant pour chacune d'elles :
- sa translittération et son nom hébreu
- son nom usuel en français
- ses autres appellations (parfois plus parlantes que le nom lui-même)
- ses caractéristiques
- ses symboles associés



Kéther
la Couronne
le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l'ancien des jours
La première séphire commence l'Arbre et n'a pas de commencement. Elle incarne l'étincelle divine elle-même. Cette "incarnation" est dépourvue de forme, même mentale et ne peut être comprise, d'après la Kabbale, qu'en faisant un avec elle, en devenant dieu. La maxime "Nul ne peut contempler la face de Dieu et continuer à vivre" semble s'appliquer tout particulièrement à Kether.
Dans les traditions et les religions, elle représente le Dieu suprême, le Père hermaphrodite, le Créateur. Dans un système de pensée, elle peut être assimilée au postulat de départ, le concept-clé qui n'a pas d'antécédent et qui permet au système de se déployer.
L'image du point, objet sans dimension, est fréquemment associé à Kether. Elle est Couronne car elle confère tout pouvoir à l'homme tout en étant distincte de son être, posée "au-dessus" de lui.
le point, le point dans le cercle, le crâne, l'étincelle divine, le lotus aux mille pétales


Chokmah
la Sagesse
le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement
La deuxième séphire est expansion, une déferlante dans laquelle tout existe de manière indifférenciée. Elle est mouvement : le point s'animant devient ligne et acquiert la première dimension. Chokmah représente l'élan premier, le flux inexorable, le concept-père qui contient potentiellement tous les autres, le principe masculin. Elle est Sagesse en ce sens qu'elle incarne l'état ultime avant la fusion totale avec Dieu (la conscience cosmique).
la ligne droite, le côté gauche du visage, le phallus, la pierre dressée, la tour, le bâton de pouvoir, un visage barbu


Binah
la Compréhension
la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer, le réservoir
La troisième séphire densifie et concentre le flux de Chokmah. Binah est associée au principe féminin. Elle est la Mère dans toute son ambiguïté : celle qui donne la vie, c'est-à-dire qui façonne l'élan premier pour lui donner forme, mais aussi celle qui donne la mort, toute limitation du divin étant voué à la destruction. Cette restriction de Chokmah en Binah marque la naissance du Temps. La ligne, canalisée, se façonne et devient triangle. La deuxième dimension apparaît et, avec elle, les prémisses de la finitude.
Binah est Compréhension, ce qui induit déjà une certaine dualité : on comprend quelque chose (qui nous était donc étranger) tandis que l'on est sage (synthèse, union). 
la coupe, le côté droit du visage, la Vesica Piscis, la vulve, le calice, une femme mûre


Chesed
la Miséricorde

Gedulah, bienveillance, amour, majesté
La quatrième séphire est intelligence cohésive et réceptacle de tous les pouvoirs. Les formes rendues possibles par Binah sont maintenues et alimentées par Chesed. Elle assure leur pérennité. Chesed est cohésion et multiplicité. Elle est associée aux principes d'ordre, de synthèse et d'assimilation. Dans le corps humain, on peut l'associer à l'anabolisme. En termes d'attitude, elle est compassion et magnanimité.
la figure géométrique, le bras gauche, le tétraèdre, la pyramide, l'orbe, la croix aux bras égaux, le sceptre, un roi couronné assis sur son trône


Geburah
la Sévérité

Din [justice], Pa'had [crainte], rigueur, force
La cinquième séphire est intelligence radicale. Elle est discriminante : elle va à l'encontre du processus de cohésion de Chesed. Elle est force car elle disperse, guerre car elle oppose, chaos car elle détruit. Elle est courage car elle met à l'épreuve les créations de Chesed. Elle est souvent associée au principe du Mal et à Satan, l'Adversaire, "celui qui sème la discorde". Ceci ne signifie pas que Geburah soit "maléfique" (voir qualités des séphiroth). Ordre et chaos sont deux principes indispensables à l'équilibre du monde. De ce point de vue, il n'est pas étonnant que les mathématiques et la physique moderne s'en fassent aussi l'écho.
Dans le corps humain, Geburah s'apparente au catabolisme (partie destructrice du métabolisme amenant la transformation de la matière vivante en déchets). Geburah est parfois appelée Din, la Justice, bien qu'on la qualifie de "sévère". La Justice serait plutôt l'action conjuguée du couple Chesed, Geburah. Cette dernière séphire peut être alors perçue comme étant la balance qui permettra de rendre le jugement final (de trancher).
le pentagone, l'épée, la lance, le fouet, un guerrier sur son char


Tiphereth
la Beauté

l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme
La sixième séphire est intelligence médiatrice et union des influences. Elle est beauté, harmonie des formes et des idées. C'est un point d'équilibre mais aussi un carrefour : le lieu où la transmutation des énergies est possible. En ce sens elle est associée au sacrifice (renoncer à un acquis pour atteindre un état de conscience plus grand).
Le soleil qui se consume en permanence pour briller est le symbole le plus utilisé pour désigner Tiphéreth.
le cube, la poitrine, le coeur, la croix du calvaire, la rose-croix, la pyramide tronquée, le soleil, un enfant, un dieu sacrifié


Netza'h
la Victoire

fermeté, puissance, synthèse
La septième séphire est intelligence occulte, union de l'intellect et de la foi. Netza'h est associée à la beauté, sous toutes ses formes. Netza'h est élan mystique, confiance et enthousiasme.
Elle est la sphère des émotions, des sentiment et plus généralement des élans, des tentatives de compréhension immédiate. Les errances de Netza'h deviennent alors coups de foudre ou projections (au sens de Jung : on octroie aveuglément à l'être aimé les qualités que l'on souhaite y trouver).
Netza'h est Victoire car elle est but atteint, adéquation. Elle nourrit les tentatives de compréhension dans lesquelles on essaie d'entrer en résonance avec l'objet que l'on cherche à comprendre.
les reins, les hanches, les jambes (en mouvement), la lampe, la ceinture, la rose, une femme nue


Hod
la Gloire

-
La huitième séphire est intelligence absolue. Hod est associée aux formalismes, à la logique, aux systèmes formels, au rationalisme. Elle est Gloire car elle exprime la reconnaissance du savoir maîtrisé, codifié et délivré à tous. Hod dissèque les élans de Netza'h, analyse et oppose, démonte et argumente. Le flux de Netza'h, canalisé par Hod, engendre une boulimie de savoir, une versatilité, une inventivité extrême. Celui qui cherche à tout savoir, qui "dévore" les informations, se rencontre souvent dans la sphère d'Hod. Sous l'influence de cette séphirah, l'homme tente de comprendre un objet en l'analysant.
Hod est le réceptacle de la connaissance figée (les livres), en ce sens elle est la gardienne des secrets, des savoirs et de la mémoire du monde.
les reins, les jambes, les Noms, le tablier, un hermaphrodite, le langage


Yesod
le Fondement

fondation, trésor des images
La neuvième séphire est intelligence purifiante. Elle conçoit le moule des formes, les sculpte, assure leur intégrité. Elle façonne le fleuve de vie issu de Netza'h dans les structures complexes élaborées par Hod. Elle sélectionne les images résultant de l'union de ces deux principes pour ne garder que les esquisses pures et équilibrées. Ces images, ces plans, ces architectures, deviendront matière dans Malkuth.
Ainsi Yesod est le fondement de toute chose s'incarnant. En tant qu'union de deux principes, elle est plaisir et jouissance. La lune, qui préside aux cycles menstruels chez la femme, est intimement liée à Yesod.
les organes génitaux, les parfums, les sandales, la Lune, un homme nu


Malkuth
le Royaume

Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge
La dixième séphire est intelligence resplendissante. Elle est le réceptacle de toutes les influences. Malkuth incarne le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d'exister plus concrètement. Elle est notre univers, notre planète, notre corps et toutes choses animées et inanimées qui nous entourent.
Malkuth est le Royaume des formes imaginées enfin réalisées. Malkuth est aussi le lieu où les liens entre force et forme se dégradent et se rompent, le seuil où l'on "rend l'âme", où ce qui ne peut être assimilé devient déjection. Le défi de l'homme est sans doute de pouvoir maîtriser un jour la myriade d'énergies et d'influences qui s'agitent dans son royaume.
le cercle, les pieds, l'anus, l'autel du double cube, le diadème, la croix aux bras égaux, une jeune femme couronnée assise sur son trône


 Leurs relations

Même s'il est utile de considérer les sephiroth séparément, il faut garder à l'esprit le fait qu'elles interagissent en permanence. Leurs influences se déversent continuellement dans la réalité. Ce flux incessant assure la stabilité de l'Arbre. Tour à tour, les sephiroth jouent un rôle d'émetteur et de récepteur. Ainsi Chokmah est passive vis à vis de Kether et active vis à vis de Binah. De plus, une séphire subit l'influence des sephiroth qui lui sont directement liées mais aussi de toutes celles qui la précèdent.

Malkuth, la réalité telle que nous la percevons (notre monde matériel), est donc la synthèse et le réceptacle de toutes les émanations.

La figure ci-contre montre le cumul des influences. A chaque étape de la construction de l'Arbre, les sephiroth deviennent ainsi plus denses, plus lentes et offrent des visages de plus en plus complexes, la connaissance est de plus en plus voilée.
Il existe de nombreuses relations entre les sephiroth. Leur découverte est riche d'enseignement. Le Zohar (voir les livres de la Kabbale) en évoque plusieurs. La compréhension de ces relations permet de résoudre certains paradoxes ou de rapprocher des notions qui semblent antagonistes ou étrangères. Ainsi Hod est reliée à Gedulah (Chésed), Malkuth apparaît comme "la Kéther du non-manifesté", etc. Afin de mettre de tels liens en évidence, il ne faut pas hésiter à jouer avec le dessin de l'Arbre. La Kabbale est aussi ludique : la révérer comme une relique est une attitude peureuse et stérile : on ne découvre rien les mains jointes.

 Leurs qualités
Une séphire est tour à tour positive et négative, active et passive, sauf peut être Malkuth, qui, recevant toutes les influences, est de nature plus féminine. Notons ici qu'associer féminin au mots "négatif", "passif", "réceptacle" n'est pas un jugement de valeur. De même aucune séphirah n'est "bonne" ou "mauvaise". Une séphirah peut être assimilée à une force caractérisée par son point d'application, sa direction et son intensité. Nous la considérons (à tort) bonne ou mauvaise selon les variations de ces trois facteurs. Ainsi dans le corps humain, un excès de Chesed pourrait correspondre à une multiplication incontrôlée de cellules, un cancer. Dans ce cas, Geburah la force rectificatrice et destructrice aurait un rôle vital : restaurer l'équilibre du métabolisme en détruisant les cellules surnuméraires. Sur un plan psychologique, un esprit extrêmement critique (sous l'influence de Hod et de Geburah) risque de devenir cruel et stérile sauf si Netza'h et Gedulah viennent tempérer son acidité.

Dans un autre registre, on peut associer Hod  à la tendance rationnelle (la logique, l'analyse) et Netza'h aux élans non-rationnels (émotions, imagination). Dans l'Arbre, raison et sentiments ne sont pas opposés mais liés et situés sur le même niveau : ils sont donc complémentaires et se priver de l'une ou l'autre séphirah revient à s'amputer d'un puissant moyen d'expression. La difficulté est que ces deux principes semblent avoir des méthodes divergentes et des intérêts contradictoires : la solution réside en Tiphéreth, dans lequel l'élan du coeur tempéré devient équilibre et compassion, où l'analyse subtile associée à la synthèse qui embrasse fait naître l'harmonie.

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