jeudi 29 mars 2012

Peuple déicide

Peuple déicide

Le peuple déicide est une expression chrétienne désignant autrefois le peuple juif, en opposition avec le peuple de Dieu, qui est le nom donné à l'Église. Le terme de « déicide » signifie le « meurtre de Dieu », c'est-à-dire la crucifixion de Jésus-Christ selon le point de vue chrétien.
Parmi les formulations classiques, revenait l'idée que « le déicide est sur le peuple d'Israël ». La notion de peuple juif « meurtrier du Christ », et donc « meurtrier de Dieu », est demeurée une constante dans de nombreux sermons durant des siècles. Elle constitue l'un des fondements historiques de l'antijudaïsme chrétien. Pour Jules Isaac, elle fait partie des « mythes tendancieux » du christianisme : « le mythe de Jésus méconnu [...] et finalement crucifié par le peuple juif réfractaire et aveugle, d'où s'ensuit le terrifiant mythe – à lui seul plus meurtrier que tous les autres – du crime de "déicide"1 ».

Le corpus patristique[modifier]

L'accusation de déicide, exprimée en d'autres termes, remonte au moins au iie siècle, avec Justin de Naplouse. Celui-ci écrit dans son Dialogue avec Tryphon (133, 3), en s'adressant aux Juifs :
« Maintenant encore, en vérité, votre main est levée pour le mal ; car, après avoir tué le Christ, vous n’en avez pas même le repentir ; vous nous haïssez, nous qui par lui croyons au Dieu et Père de l’univers, vous nous mettez à mort chaque fois que vous en obtenez le pouvoir ; sans cesse vous blasphémez contre lui et ses disciples, et cependant tous nous prions pour vous et tous les hommes sans exception. »
Méliton de Sardes tient des propos similaires dans son Homélie de Pâques :
« Qu’as-tu fait, Israël ? Tu as tué ton Seigneur, au cours de la grande fête. Écoutez, ô vous, les descendants des nations, et voyez. Le Souverain est outragé. Dieu est assassiné par la main d’Israël. »
La notion de « peuple déicide » s'appuie sur plusieurs passages du Nouveau Testament, notamment dans les Épîtres de Paul. Elle est reprise et développée par Augustin d'Hippone,Jean Chrysostome (auteur de l'Adversus Judaeos) ainsi que Pierre Chrysologue2, entre autres : les Juifs seraient les « meurtriers de Dieu » car ils porteraient la culpabilité de la crucifixion. Cette expression n'apparut que rarement dans les textes théologiques et resta sous-entendue dans la liturgie catholiqueBernhard Blumenkranz relève d'ailleurs que, « d’une manière générale, les morceaux liturgiques à caractère antijuif prononcé resteront toujours rares » dans l’histoire de l’Église3. L'accusation elle-même fut contredite par le concile de Trente, mais réapparut dans nombre d'écrits et d'homélies jusqu'au concile Vatican II.
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